Paul parle de la nécessité de s'abstenir de juger et d'évaluer l'homme. Il a évidemment en vue la même chose que Jésus lui-même, qui appelait ses disciples à ne pas juger leurs prochains. C'est précisément ce trait qui distingue...
Paul parle de la nécessité de s'abstenir de juger et d'évaluer l'homme. Il a évidemment en vue la même chose que Jésus lui-même, qui appelait ses disciples à ne pas juger leurs prochains. C'est précisément ce trait qui distingue les véritables serviteurs du Christ. Il ne s'agit bien sûr pas d'évaluer des actes concrets ou les résultats d'une activité, car sans une telle évaluation aucune interaction avec les hommes n'est possible, mais d'évaluer l'homme lui-même. Souvent, nous transférons sur la personne l'évaluation d'un acte concret ou de son état spirituel, en considérant qu'elle n'est rien d'autre que ce qu'elle paraît être à ce moment. Pourtant il est propre aux hommes de changer, et la source de tous les changements est le « moi » spirituel de l'homme, celui-là même que la Bible appelle le cœur et que Dieu seul voit jusqu'au bout, jusqu'à la dernière profondeur. C'est pourquoi lui seul peut évaluer l'homme de manière adéquate. Nous, nous ne pouvons juger équitablement que des paroles, des actes et des résultats concrets.
Mais même dans ce cas, il importe de ne pas utiliser ces évaluations pour déterminer la place de l'homme dans notre propre monde, dans le monde de nos relations. Au bout du compte, c'est Dieu qui donne à chacun son évaluation, et il lui importe peu ce que nous pensons les uns des autres, non parce que nous et nos opinions lui serions indifférents, mais parce que nos évaluations mutuelles se révèlent presque toujours assez éloignées de la réalité qui lui est ouverte. C'est pourquoi Paul n'attache pas d'importance particulière à l'opinion des hommes sur lui et sur son ministère, et conseille la même chose aux autres. Dans ce cas, il n'a guère de sens d'exiger de ceux qui nous entourent qu'ils tiennent compte de notre opinion sur eux. Du moins lorsqu'il s'agit d'évaluer l'homme lui-même, et non ses actes.
D'ailleurs, même lorsqu'il s'agit des actes, il faut tenir compte des motifs qui ont poussé l'homme, et ceux-ci sont parfois très difficiles à comprendre. Il ne vaut donc pas la peine de déterminer la place de l'homme dans notre propre monde à partir de ses paroles, de ses actes ou de ses états passagers, spirituels ou psychiques. Sinon chaque personne nous plaira ou nous déplaira tour à tour, nous paraîtra tantôt proche et compréhensible, tantôt étrangère et lointaine, et nous la tiendrons tantôt pour amie, tantôt pour ennemie. En réalité, cette personne peut très bien n'être rien de ce qu'elle nous paraît être.
Bien sûr, ses états, ses paroles et ses actes peuvent et vont inévitablement influencer la possibilité d'interagir avec elle, mais cette interaction n'est qu'une fonction déterminée par la situation. Porter une évaluation définitive sur l'homme à partir des modes et des formes de son fonctionnement est pour le moins imprudent. Car il arrive souvent que des personnes spirituellement vides soient extrêmement actives et « correctes », au point qu'elles peuvent sembler être un modèle de vie chrétienne. Mais souvent de tels activistes, après avoir épuisé leurs forces et perdu leur ancien enthousiasme, se révèlent précisément inconsistants spirituellement, n'ayant pas en eux cette vie du Royaume qui donne sens à toute activité. C'est pourquoi l'apôtre conseille de ne pas juger et de ne pas porter d'évaluation avant le jour du retour du Sauveur et du triomphe du Royaume: car c'est alors seulement que deviendra clair qui a parcouru son chemin de quelle manière et ce que chacun vaut réellement.