Le trait distinctif du juste à toutes les époques était considéré, si ce n’est pas une indifférence totale, au moins, c’est une relation sobre calme envers ces circonstances de la vie, dans lesquelles il s’est trouvé. Et le problème ici n’est pas dans l’indifférence ascétique...
Le trait distinctif du juste à toutes les époques était considéré, si ce n’est pas une indifférence totale, au moins, c’est une relation sobre calme envers ces circonstances de la vie, dans lesquelles il s’est trouvé. Et le problème ici n’est pas dans l’indifférence ascétique envers tout ce qui se passe autour, mais dans ce système des valeurs et des priorités de la vie, qui est inhérent à chacun, allant sur la voie de la justice. On aurait pu dire qu’à celui qui s'est mis sur cette voie, il ne reste simplement pas de temps pour les lamentations au sujet des difficultés de la vie, également, comme pour les manifestations de joie au sujet de leur absence.
Mais le problème n’est pas seulement en cela : la voie de la justice suppose la compréhension par l’homme du simple fait que la question du bien et du mal, tout comme la question du choix entre eux (la question clé sur le chemin de la justice) n'est aucunement liée à la question sur les difficultés de la vie ou sur leur absence. Ni la pauvreté, ni la richesse ne justifient en eux-mêmes aucun péché. Lorsqu’il s’agit de la voie spirituelle du chrétien, tout cela est vrai dans une mesure encore plus grande. En effet, la voie du juste au temps d'avant l'ère chrétienne signifiait le choix des lois du Royaume, malgré le fait que le Royaume n'était pas encore entré dans notre monde et dans nos vies.
Après l'arrivée du Christ, à chaque chrétien s'ouvre la possibilité de rejoindre ce Royaume, essayer, ce que c'est cette vie, que les justes des anciennes époques ne pouvaient que deviner. Sur le fond de cette vie nouvelle, les difficultés de la vie ancienne, la vie de notre monde pas encore transformé, ne peuvent ne pas aller au second plan, si seulement la vie du Royaume est vraiment devenue pour nous une réalité, si nous sommes des chrétiens dans les actes, et non seulement dans notre propre imagination.
Paul, pour qui le Royaume et sa vie sont devenus une réalité absolue, témoigne de sa propre indifférence envers les difficultés de la vie et les conditions extérieures, comme de quelque chose d’évident. C’est seulement ainsi que le chrétien doit regarder tout ce qui n'influence aucunement sur sa vie dans le Royaume.
2 u) 4.2-9 est la suite de 3.1 ; voir introduction.
3 v) Le nom de Syzyge signifie « collègue », « compagnon ». Jeu de mots sur un nom comme en Phm 10-11.
7 w) Var « vos corps ».
8 x) Add. « de la science » ou « de la discipline » (Vulg.).
8 y) Paul recommande, v. 8, un idéal de conduite dont tous les termes étaient courants chez les moralistes grecs de son temps (c’est la seule fois qu’il emploie le mot de « vertu », cf. Sg 4.1 ; 5.13), mais il invite, v. 9, à le mettre en pratique suivant les enseignements et surtout l’exemple qu’il en a donnés, 3.17 ; cf. 2 Th 3.7.
10 z) Dans cette section Paul remercie les Philippiens de l’avoir aidé financièrement. Il se montre si profondément reconnaisssant qu’on s’attendrait à voir ce sentiment déjà manifesté plus tôt dans la lettre. Or on ne trouve auparavant que deux allusions, 1.5 ; 2.30, qui laissent supposer que les expéditeurs ont déjà été remerciés. C’est pourquoi 4.10-20 est considéré comme une première lettre de Paul aux Philippiens.
13 a) Var. « en le Christ ».
15 b) Paul n’acceptait l’aide financière d’une communauté qu’après l’avoir quittée, 1 Co 9.1-8.
19 c) Var. (Vulg.) « puisse mon Dieu combler ».
22 d) Tous les chrétiens de la ville où Paul écrit.
22 e) L’expression a un sens très large ; elle peut désigner tout le personnel employé au service de l’empereur, tant à Rome que dans les grandes villes de l’empire.
23 f) Add. « Amen ».
Philippes, ville importante de Macédoine et colonie romaine, avait été évangélisée par Paul lors de son deuxième voyage, entre l’automne 48 et l’été 49, Ac 16.12-40. Il y repassa à deux reprises au cours du troisième voyage, en hiver 54-55, Ac 20.1-2, et à Pâques 56, Ac 20.3-6. Les fidèles qu’il y gagna au Christ témoignèrent d’une affection touchante pour leur apôtre en lui envoyant des secours à Thessalonique, 4.16, puis à Corinthe, 2 Co 11.9. Et quand Paul leur écrit, c’est précisément pour les remercier de nouveaux subsides qu’il vient de recevoir par l’intermédiaire de leur délégué, Épaphrodite, 4.10-20 ; en agréant leur offrande, lui qui craignait d’ordinaire de paraître intéressé, Ac 18.3, il marque à leur égard une confiance toute particulière.
Paul est prisonnier au moment où il leur écrit, 1.7, 12-17, et l’on a longtemps pensé qu’il s’agissait de sa première captivité romaine. Cependant les échanges fréquents et apparemment très faciles que les Philippiens ont avec lui, et avec Épaphrodite alors près de lui, 2.25-30, surprennent s’il se trouve dans la lointaine Rome. Surtout on comprend mal, si Paul est à Rome (ou à la rigueur à Césarée de Palestine, autre lieu d’une captivité connue de nous), que leur envoi d’argent par Épaphrodite soit la première occasion qu’ils aient trouvée d’aider l’Apôtre depuis leurs charités du deuxième voyage, 4.10, 16, puisqu’il est repassé deux fois chez eux au cours du troisième voyage. Tout s’explique mieux si Paul écrit avant ces deux nouvelles visites, c’est-à-dire à Éphèse entre 52 et 54. Les allusions au « Prétoire », 1.13, et à la « maison de César », 4.22, ne font pas difficulté, car il y avait des détachements de prétoriens dans les grandes villes, en particulier à Éphèse, aussi bien qu’à Rome. Notre ignorance d’une captivité de Paul à Éphèse n’est pas non plus un obstacle insurmontable, car Luc nous a dit fort peu de choses sur ce séjour de presque trois ans, et Paul laisse entendre qu’il y rencontra de bien graves difficultés, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10.
Si l’on admet cette hypothèse, il faut dissocier Ph de Col, Ep, Phm et la rapprocher des « grandes épîtres », en particulier de 1 Co. Loin de s’y opposer, le style et la doctrine de l’épître favorisent plutôt ce rapprochement. Aussi bien cet écrit est-il peu doctrinal. C’est plutôt une effusion du cœur, un échange de nouvelles, une mise en garde contre les « mauvais ouvriers » qui ravagent ailleurs les travaux de l’Apôtre et pourraient bien s’attaquer aussi à ses chers Philippiens, enfin et surtout un appel à l’unité dans l’humilité qui nous vaut l’admirable passage sur les souffrances du Christ, 2.6-11 : que cette hymne rythmée soit citée par saint Paul ou qu’elle soit bien de lui, de toute façon elle apporte un témoignage de première valeur sur la foi primitive.
L’authenticité de Ph ne fait pas de doute mais son unité a été sérieusement mise en question. Pour beaucoup de critiques, ce pourrait être le résultat du regroupement de trois lettres. La division probablement la plus satisfaisante est la suivante : lettre A : 4.10-20 ; lettre B : 1.1–3.1, 4.2-9, 21-23 ; lettre C : 3.2 – 4.1. La lettre A, antérieure aux deux autres, aura été envoyée dès la réception du don apporté par Épaphrodite. La lettre C est probablement la dernière. C’est une brûlante polémique contre des missionnaires judéo-chrétiens dont il n’apparaît aucune trace dans la lettre B ; celle-ci est un appel serein à l’unité et à la persévérance, ainsi qu’au témoignage résolu à la vérité.