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La Bible en cinq ans pour le 16 juillet 2024

La Bible de Jérusalem (fr)

Proverbes, Chapitre 2

I. Prologue> 1 La sagesse contre les mauvaises compagnies.
Mon fils, si tu accueilles mes paroles,
si tu conserves à part toi mes préceptes,
rendant tes oreilles attentives à la sagesse,
inclinant ton cœur vers l’intelligence,
oui, si tu fais appel à l’entendement,
si tu réclames l’intelligence,
si tu la recherches comme l’argent,
si tu la creuses comme un chercheur de trésor,
alors tu comprendras la crainte de Yahvé,
tu trouveras la connaissance de Dieu.
Car c’est Yahvé qui donne la sagesse,
de sa bouche sortent le savoir et l’intelligence.
Il réserve aux hommes droits son conseil,
il est le bouclier de ceux qui pratiquent l’honnêteté ;
il monte la garde aux chemins de l’équité,
il veille sur la voie de ses fidèles.
Alors tu comprendras justice, équité et droiture,
toutes les pistes du bonheur.
10 Quand la sagesse entrera dans ton cœur,
que le savoir fera les délices de ton âme,
11 la prudence veillera sur toi,
l’intelligence te gardera
12 pour t’éloigner de la voie mauvaise,
de l’homme aux propos pervers,
13 de ceux qui délaissent les droits sentiers
et vont courir par des voies ténébreuses ;
14 ils trouvent leur joie à faire le mal,
ils se complaisent dans la perversité ;
15 leurs sentiers sont tortueux,
leurs pistes sont obliques.
16 Pour te garder aussi de la femme étrangère,
de l’inconnue aux paroles enjôleuses ;
17 elle a abandonné l’ami de sa jeunesse,
elle a oublié l’alliance de son Dieu ;
18 sa maison penche vers la mort,
ses pistes conduisent vers les ombres.
19 De ceux qui vont à elle, pas un ne revient,
ils ne rejoignent plus les sentiers de la vie.
20 Ainsi chemineras-tu dans la voie des gens de bien,
garderas-tu le sentier des justes.
21 Car les hommes droits habiteront le pays,
les gens honnêtes y demeureront,
22 mais les méchants seront retranchés du pays,
les traîtres en seront arrachés.
Lire la suite:Proverbes, Chapitre 3
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 i) Toute sagesse vient de Dieu, v. 6, mais on s’y dispose par une curiosité toujours en éveil, vv. 3-4, et par la docilité à l’enseignement des aînés, vv. 1-2, etc.


16 j) C’est-à-dire la femme d’autrui. Cette première partie des Proverbes, la plus récente dans sa rédaction, met souvent en garde contre l’adultère, 2.16-19 ; 5.2-23 ; 6.24-7.27. L’adultère y est assimilé, 2.17, à une rupture de l’alliance avec Dieu, cf. encore 5.15 ; il conduit au shéol, 2.18 ; 5.5, 6 ; 7.26-27. Il n’est fait dans ces textes qu’une allusion à la prostitution, 6.26, que les anciens proverbes assimilent à l’adultère, cf. 23.27 ; 29.3 ; 31.3, sous le commun grief de corrompre les rois et d’affaiblir les guerriers.


Le livre des Proverbes est le plus typique de la littérature sapientielle d’Israël. Il s’est formé autour de deux recueils : 10-22.16, intitulé « Proverbes de Salomon » (375 sentences), et 25-29, introduit par « Voici encore des proverbes de Salomon, que transcrivirent les gens d’Ézéchias » (128 sentences). À ces deux parties sont ajoutés des appendices : à la première, les « Paroles des sages », Pr 22.17-24.22, et « Ceci est encore des sages », Pr 24.23-34 ; à la seconde, les « Paroles d’Agur », Pr 30.1-14, suivies de proverbes numériques, Pr 30.15-33, et les « Paroles de Lemuel », Pr 31.1-9. Cet ensemble est précédé par une longue introduction, 1-9, où un père fait à son fils des recommandations de sagesse et où la Sagesse elle-même prend la parole. Le livre s’achève par un poème alphabétique, qui loue la femme parfaite, Pr 31.10-31.

L’ordre des sections est indifférent, il n’est pas le même dans la Bible grecque et, à l’intérieur de chacune, les maximes s’alignent sans aucun plan et avec des répétitions. Le livre est donc une collection de collections, encadrées par un prologue et un épilogue. Il reflète une évolution littéraire qui a été esquissée dans l’introduction générale aux livres sapientiaux. Les deux grands recueils représentent le mâshâl sous sa forme primitive et n’ont que de brèves sentences, généralement d’un seul distique. La formule devient déjà plus ample dans les appendices ; les petits poèmes numériques de Pr 30.15-33, cf. Pr 6.16-19, ajoutent à l’enseignement l’attrait d’une présentation énigmatique, déjà connue anciennement, cf. Am 1. Le prologue, 1-9, est une suite d’instructions, coupée par deux harangues de la Sagesse personnifiée, et l’épilogue, Pr 31.10-31, est une composition savante.

Cette évolution de la forme correspond à une succession dans le temps. Les parties les plus anciennes sont les deux grands recueils de 10-22 et 25-29. Ils sont attribués à Salomon, qui, d’après 1 R 5.12, « prononça trois mille sentences », et qui fut toujours considéré comme le plus grand sage d’Israël. En dehors de ce témoignage de la tradition, le ton des Proverbes est trop anonyme pour qu’on puisse rapporter sûrement au roi telle ou telle maxime particulière, mais il n’y a pas de raison de douter que l’ensemble ne remonte à son époque ; les maximes du second recueil étaient déjà anciennes lorsque les gens d’Ézéchias les recueillirent vers l’an 700. Formant le noyau du livre, ces deux collections lui ont donné son nom : il s’appelle tout entier « Proverbes de Salomon », 11. Mais les sous-titres des petites sections indiquent que ce titre général ne doit pas être pris à la lettre : il recouvre aussi l’œuvre de sages anonymes, Pr 22.17-24.34, et les paroles d’Agur et de Lemuel, Pr 30.1-31.8. Même si ces noms de deux sages arabes sont fictifs et n’appartiennent pas à des personnages réels, ils témoignent de l’estime qu’on faisait de la sagesse étrangère. Une preuve claire de cette estime est donnée par certaines « paroles des sages », Pr 22.17-23.11, qui s’inspirent des maximes égyptiennes d’Amenemopé, écrites au début du premier millénaire avant notre ère.

Les discours de Pr 1-9 se modèlent sur les « Instructions », qui sont un genre classique de la sagesse égyptienne, mais aussi sur les « Conseils d’un père à son fils », récemment retrouvés dans un texte akkadien d’Ugarit. Même la personnification de la Sagesse a des antécédents littéraires en Égypte, où fut personnifiée Maat, la Justice-Vérité. Mais l’imitation n’est pas servile, elle préserve l’originalité du penseur israélite et est transformée par sa foi yahviste. On peut avec confiance dater d’avant l’Exil tout le centre du livre, les chap. 10-29 ; la date des chap. 30-31 est incertaine. Quant au prologue, 1-9, il est sûrement plus tardif : son contenu et ses attaches littéraires avec les écrits postérieurs à l’Exil permettent de fixer sa composition au Ve siècle av. J.-C. Ce doit être le moment aussi où l’ouvrage prit sa forme définitive.

Parce que le livre représente ainsi plusieurs siècles de réflexion des sages, on y suit un progrès de la doctrine. Dans les deux anciens recueils domine un ton de sagesse humaine et profane, qui déconcerte le lecteur chrétien. Cependant, déjà, un proverbe sur sept y a un caractère religieux. C’est l’exposé d’une théologie pratique : Dieu récompense la vérité, la charité, la pureté de cœur, l’humilité, et punit les vices opposés. La source et le résumé de toutes ces vertus est la sagesse, qui est crainte de Yahvé, Pr 15.16, 33 ; 16.6 ; 22.4, et c’est en Yahvé seul qu’il faut se confier, Pr 20.22 ; 29.25. La première partie donne les mêmes conseils de sagesse humaine et religieuse ; elle insiste sur des fautes que les vieux sages passaient sous silence : l’adultère et la fréquentation de la femme étrangère, Pr 21.6s ; 5.2s, 15s. L’épilogue manifeste également un plus grand respect de la femme. Surtout, le prologue donne, pour la première fois, un enseignement suivi sur la sagesse, sa valeur, son rôle de guide et de modérateur des actions. Prenant elle-même la parole, la Sagesse fait son propre éloge et définit son rapport avec Dieu, en qui elle est de toute éternité et qu’elle a assisté quand il a créé le monde, Pr 8.22-31. C’est le premier des textes sur la Sagesse personnifiée, qui ont été présentés ensemble.

L’enseignement des Proverbes a sans doute été bien dépassé par celui du Christ, Sagesse de Dieu, mais certaines maximes annoncent déjà la morale de l’Évangile. On doit aussi se souvenir que la vraie religion ne se développe que sur un fond d’honnêteté humaine, et le fréquent usage que le Nouveau Testament fait du livre (quatorze citations et une vingtaine d’allusions) commande aux chrétiens le respect pour ces pensées des vieux sages d’Israël.

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