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Lecture en trois ans pour le 21 juin 2024

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Corinthiens, Chapitre 12

III. Apologie de Paul> 1 Paul se voit contraint de faire son propre éloge., 19 Appréhensions et inquiétudes de Paul.
Il faut se glorifier ? (cela ne vaut rien pourtant) eh bien ! j’en viendrai aux visions et révélations du Seigneur.
Je connais un homme dans le Christ qui, voici quatorze ans — était-ce en son corps ? Je ne sais ; était-ce hors de son corps ? Je ne sais ; Dieu le sait — ... cet homme-là fut ravi jusqu’au troisième ciel.
Et cet homme-là — était-ce en son corps ? était-ce sans son corps ? je ne sais, Dieu le sait — , je sais
qu’il fut ravi jusqu’au paradis et qu’il entendit des paroles ineffables, qu’il n’est pas permis à un homme de redire.
Pour cet homme-là je me glorifierai ; mais pour moi, je ne me glorifierai que de mes faiblesses.
Oh ! si je voulais me glorifier, je ne serais pas insensé ; je dirais la vérité. Mais je m’abstiens, de peur qu’on ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu’on voit en moi ou à ce qu’on m’entend dire.
Et pour que l’excellence même de ces révélations ne m’enorgueillisse pas, il m’a été mis une écharde en la chair, un ange de Satan chargé de me souffleter — pour que je ne m’enorgueillisse pas !
À ce sujet, par trois fois, j’ai prié le Seigneur pour qu’il s’éloigne de moi.
Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. » C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ.
10 C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.
11 Me voilà devenu insensé ! C’est vous qui m’y avez contraint. C’était à vous de me recommander. Car je n’ai été en rien inférieur à ces « archiapôtres », bien que je ne sois rien.
12 Les traits distinctifs de l’apôtre ont été réalisés chez vous ; parfaite constance, signes, prodiges et miracles.
13 Qu’avez-vous eu de moins que les autres Églises, sinon que personnellement je ne vous ai pas été à charge ?
Pardonnez-moi cette injustice.
14 Voici que, pour la troisième fois, je suis prêt à me rendre chez vous, et je ne vous serai pas à charge ; car ce que je recherche, ce ne sont pas vos biens, mais vous. Ce ne sont pas en effet les enfants qui doivent thésauriser pour les parents, mais les parents pour les enfants.
15 Pour moi, je dépenserai très volontiers et je me dépenserai moi-même tout entier pour vos âmes. Faut-il que, vous aimant davantage, je sois moins aimé ?
16 Soit, dira-t-on ; personnellement je ne vous ai pas grevés. Mais, en fourbe que je suis, je vous ai pris par la ruse.
17 Vous aurais-je donc exploités par l’un quelconque de ceux que je vous ai envoyés ?
18 J’ai insisté auprès de Tite, et j’ai envoyé avec lui le frère. Tite vous aurait-il exploités ? N’avons-nous pas marché dans le même esprit ? suivi les mêmes traces ?
19 Depuis longtemps, vous vous imaginez que nous nous défendons devant vous. C’est devant Dieu, dans le Christ, que nous parlons. Et tout cela, bien-aimés, pour votre édification.
20 Je crains, en effet, qu’à mon arrivée je ne vous trouve pas tels que je voudrais, et que vous me trouviez tel que vous ne voudriez pas ; qu’il n’y ait discorde, jalousie, animosités, disputes, calomnies, commérages, insolences, désordres.
21 Je crains qu’à ma prochaine visite mon Dieu ne m’humilie à votre sujet, et que je n’aie à mener le deuil sur plusieurs de ceux qui ont péché précédemment et ne se sont pas repentis pour leurs actes d’impureté, de fornication et de débauche.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

2 p) C’est-à-dire au plus haut des cieux.


6 q) Ou « ce qu’on entend dire de moi ».


7 r) Peut-être une maladie à accès sévères et imprévisibles ; peut-être la résistance d’Israël, les frères de Paul selon la chair, à la foi chrétienne.


7 s) Om. « pour que je ne m’enorgueillisse pas ». — On peut aussi rattacher le début du v. 7 au v. 6 « ... de peur qu’on ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu’on voit en moi ou à ce qu’on m’entend dire, en raison même de l’excellence de ces révélations. Voilà pourquoi, afin que je ne m’enorgueillisse pas... » La phrase est embarrassée et le texte n’est pas critiquement sûr.


13 t) Bel exemple d’ironie paulinienne.


15 u) Paul insiste souvent sur l’amour profond qu’il éprouve pour les chrétiens des communautés auxquelles il écrit : 2 Co 2.4 ; 6.12 ; 11.11 ; 12.15 ; 1 Co 16.24 ; 1 Th 2.8 ; Ga 4.19 ; Ph 1.8, amour souvent comparé à celui d’une mère, Ga 4.19 ; 1 Th 2.8, d’un père, 1 Co 4.14s ; 2 Co 6.13. Il est prêt à donner sa vie pour eux, Ph 2.17. Il demande aux fidèles de lui rendre la pareille, 2 Co 6.13. Mais, au nom de cet amour, il n’hésite pas à les corriger et à les reprendre, même si cette attitude refroidit leur amour, 2 Co 7.8 ; 12.15 ; Ga 4.16.


15 v) Var. « et me dépenserai moi-même pour vos âmes, même si, vous aimant davantage, je dois être moins aimé ».


19 w) Var. « Vous vous imaginez encore ».


Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.

La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.

Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.

Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.

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