Les prédicateurs sont divers, et ils prêchent de diverses manières. Cela vaut particulièrement pour le christianisme, qui est impensable sans prédication. Mais les chrétiens eux aussi, si l'on parle de l'histoire de la prédication chrétienne, ont prêché de différentes manières. Et la différence principale, en tout temps, fut...
Les prédicateurs sont divers, et ils prêchent de diverses manières. Cela vaut particulièrement pour le christianisme, qui est impensable sans prédication. Mais les chrétiens eux aussi, si l'on parle de l'histoire de la prédication chrétienne, ont prêché de différentes manières. Et la différence principale, en tout temps, fut la différence entre la prédication-récit et la prédication-témoignage.
À l'origine, chez tous les prédicateurs chrétiens, y compris Paul lui-même, la prédication était précisément un témoignage, un témoignage au Christ et au Royaume. Rien d'étonnant : le christianisme n'est pas une religion, mais la vie avec le Christ ressuscité dans Son Royaume, et les premiers chrétiens ne pouvaient raconter que cela. Bien sûr, ils pouvaient parler aussi d'autres choses, mais à la question de savoir ce qu'est le christianisme, ils ne pouvaient raconter qu'une seule chose : la vie avec le Christ ressuscité dans Son Royaume.
Un tel témoin ne veut rien de l'homme ; il veut seulement l'associer à ce qu'il a lui-même vécu, faire de lui, comme lui-même, un habitant du Royaume, en le présentant à Celui qui lui a ouvert ce Royaume. C'est ainsi que Paul, s'adressant aux membres de l'Église de Corinthe, dit qu'il n'a besoin de rien de ce qui leur appartient ; il a besoin d'eux-mêmes, afin de faire d'eux les mêmes habitants du Royaume qu'il était lui-même devenu à ce moment-là.
Mais une autre prédication est possible, non pas prédication-témoignage, mais prédication-récit. Dans l'histoire du christianisme, ce genre de prédication et de prédicateurs devenait d'autant plus fréquent que le christianisme devenait davantage une religion, acquérant les traits caractéristiques de la religion : son propre rite, sa doctrine, sa structure.
Désormais, les prédicateurs avaient la possibilité non seulement de témoigner du Christ et du Royaume, mais aussi de faire connaître aux auditeurs cette religion nouvelle pour eux, dont les prédicateurs commençaient à se sentir les adeptes. Cela pouvait parfois intéresser ceux qui écoutaient, mais malheureusement il arrivait souvent alors que l'essentiel dans le christianisme, le Christ et le Royaume, passait au second plan pendant une telle prédication.
Certes, à l'époque primitive du christianisme, les possibilités pour ce genre de prédicateurs étaient moindres qu'ensuite ; mais, à en juger par la lettre de Paul à l'Église de Corinthe, ils commençaient déjà à apparaître : la tradition religieuse juive leur offrait à cet égard de nombreuses possibilités. Paul, comme on le voit, cherche à établir les priorités afin que le secondaire ne cache pas le principal et n'empêche pas ceux qui cherchent le Christ de Le trouver et d'entrer dans le Royaume.
2 p) C’est-à-dire au plus haut des cieux.
6 q) Ou « ce qu’on entend dire de moi ».
7 r) Peut-être une maladie à accès sévères et imprévisibles ; peut-être la résistance d’Israël, les frères de Paul selon la chair, à la foi chrétienne.
7 s) Om. « pour que je ne m’enorgueillisse pas ». — On peut aussi rattacher le début du v. 7 au v. 6 « ... de peur qu’on ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu’on voit en moi ou à ce qu’on m’entend dire, en raison même de l’excellence de ces révélations. Voilà pourquoi, afin que je ne m’enorgueillisse pas... » La phrase est embarrassée et le texte n’est pas critiquement sûr.
13 t) Bel exemple d’ironie paulinienne.
15 u) Paul insiste souvent sur l’amour profond qu’il éprouve pour les chrétiens des communautés auxquelles il écrit : 2 Co 2.4 ; 6.12 ; 11.11 ; 12.15 ; 1 Co 16.24 ; 1 Th 2.8 ; Ga 4.19 ; Ph 1.8, amour souvent comparé à celui d’une mère, Ga 4.19 ; 1 Th 2.8, d’un père, 1 Co 4.14s ; 2 Co 6.13. Il est prêt à donner sa vie pour eux, Ph 2.17. Il demande aux fidèles de lui rendre la pareille, 2 Co 6.13. Mais, au nom de cet amour, il n’hésite pas à les corriger et à les reprendre, même si cette attitude refroidit leur amour, 2 Co 7.8 ; 12.15 ; Ga 4.16.
15 v) Var. « et me dépenserai moi-même pour vos âmes, même si, vous aimant davantage, je dois être moins aimé ».
19 w) Var. « Vous vous imaginez encore ».
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.