Pour l’apôtre, l’amour et la connaissance de Dieu sont non seulement inséparables l’un de l’autre: ils sont pour lui les deux faces d’une seule et même réalité...
Pour l’apôtre, l’amour et la connaissance de Dieu sont non seulement inséparables l’un de l’autre: ils sont pour lui les deux faces d’une seule et même réalité. Personne n’a jamais vu Dieu, dit Jean, mais si nous nous aimons les uns les autres, alors Dieu demeure « en nous » (l’expression grecque correspondante peut signifier aussi bien « à l’intérieur de chacun de nous » que « parmi nous »). Dans ce cas, l’amour de Dieu demeure « en nous » (dans les deux sens de cette expression) dans toute sa plénitude. Au premier regard, l’idée que toute connaissance de Dieu est amour peut paraître étrange. Il existe en effet d’autres formes de cette connaissance, qui ne nient pas l’amour, mais ne le placent pas non plus au centre des relations de l’homme avec Dieu.
Mais si l’on considère l’amour non seulement comme une relation entre les hommes, mais aussi comme une forme de la présence de Dieu, principale et fondamentale pour le Royaume, beaucoup de choses deviennent plus claires. En effet: comment l’homme peut-il voir Dieu? La seule possibilité réelle (sans compter les abstractions spéculatives, qui n’ont habituellement aucun rapport avec la véritable connaissance de Dieu) est la prise de conscience de ce souffle de vie que Dieu a « insufflé » à l’homme lors de la création.
Le placer consciemment au centre de sa propre vie dans toutes ses manifestations. C’est seulement ainsi que la connaissance de Dieu et la communion avec Dieu peuvent devenir une réalité pour l’homme. Alors deviennent aussi réalité pour lui la force de Dieu et l’amour de Dieu: ces formes de la présence divine qui étaient accessibles à l’homme déjà avant la venue du Christ dans le monde. Toute autre expérience de communion avec Dieu se révèle dérivée de l’expérience de la conscience de cette Présence.
Mais avec la venue du Christ, la situation change objectivement: désormais, toute expérience de la Présence (pourvu, bien sûr, qu’elle soit authentique) est inséparable du Royaume qui entre dans le monde. Ce souffle de vie, donné à chacun, peut aujourd’hui devenir une porte vers le Royaume, à condition de frapper. Mais seul le Christ peut ouvrir la porte, et lorsqu’Il l’ouvre, le nouveau fondement de la vie de l’homme devient l’énergie de l’amour sur laquelle repose toute la vie du Royaume. Seule la vie du monde déchu repose sur l’énergie naturelle, mais derrière l’énergie naturelle aussi Dieu se cache.
Mais derrière l’énergie de l’amour, Dieu ne se cache pas; en elle et par elle, Il se révèle, et c’est pourquoi elle est au fondement du Royaume. Or si, selon les paroles du Sauveur, le Royaume est au-dedans de nous et parmi nous, alors l’amour, si nous sommes habitants du Royaume, sera lui aussi au-dedans de nous et au milieu de nous. Et derrière ses manifestations concrètes au-dedans de nous et parmi nous se tient toute la plénitude de l’amour de Dieu manifesté au Royaume. Tout le reste, toutes les formes de l’être, de la conscience et de la connaissance de Dieu, est dérivé de l’amour de Dieu. Indépendamment de la mesure dans laquelle les hommes le comprennent.
12 o) Pointe polémique contre les « spirituels » qui se flattaient d’atteindre Dieu par une intuition directe, cf. Jn 1.18 ; 3.13 ; 5.37 ; 6.46. La communion, 1.3, et la vision, 3.2, sont liées à la charité.
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).