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Lecture en trois ans pour le 25 juin 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

Isaïe, Chapitre 1

I. Première partie du livre d’Isaïe> 1 1. ORACLES ANTÉRIEURS À LA GUERRE SYRO-ÉPHRAÏMITE, 1 Titre., 2 Contre un peuple ingrat., 10 Contre l’hypocrisie., 21 Lamentation sur Jérusalem., 29 Contre les arbres sacrés.
Vision d’Isaïe, fils d’Amoç, qu’il reçut au sujet de Juda et de Jérusalem, au temps d’Ozias, de Yotam, d’Achaz et d’Ézéchias, rois de Juda.
Cieux écoutez, terre prête l’oreille, car Yahvé parle.
J’ai élevé des enfants, je les ai fait grandir,
mais ils se sont révoltés contre moi.
Le bœuf connaît son possesseur,
et l’âne la crèche de son maître,
Israël ne connaît pas,
mon peuple ne comprend pas.
Malheur ! nation pécheresse ! peuple coupable !
race de malfaiteurs, fils pervertis !
Ils ont abandonné Yahvé, ils ont méprisé le Saint d’Israël,
ils se sont détournés de lui.
Où frapper encore, si vous persévérez dans la trahison ?
Toute la tête est mal en point, tout le cœur est malade,
de la plante des pieds à la tête, il ne reste rien de sain.
Ce n’est que blessures, contusions, plaies ouvertes,
qui ne sont pas pansées ni bandées, ni soignées avec de l’huile.
Votre pays est une désolation, vos villes sont la proie du feu,
votre sol, sous vos yeux des étrangers le ravagent,
c’est la désolation comme une dévastation d’étrangers.
Elle est restée, la fille de Sion, comme une hutte dans une vigne,
comme un abri dans un champ de concombres,
comme une ville assiégée.
Si Yahvé Sabaot ne nous avait laissé quelques rares survivants,
nous serions comme Sodome, nous ressemblerions à Gomorrhe.
10 Écoutez la parole de Yahvé, chefs de Sodome,
prêtez l’oreille à l’enseignement de notre Dieu, peuple de Gomorrhe !
11 Que m’importent vos innombrables sacrifices, dit Yahvé.
Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux ;
au sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je ne prends pas plaisir.
12 Quand vous venez vous présenter devant moi,
qui vous a demandé de fouler mes parvis ?
13 N’apportez plus d’oblation vaine :
c’est pour moi une fumée insupportable !
Néoménie, sabbat, assemblée,
je ne supporte pas fausseté et solennité.
14 Vos néoménies, vos réunions, mon âme les hait ;
elles me sont un fardeau que je suis las de porter.
15 Quand vous étendez les mains, je détourne les yeux ;
vous avez beau multiplier les prières, moi je n’écoute pas.
Vos mains sont pleines de sang :
16 lavez-vous, purifiez-vous !
Ôtez de ma vue vos actions perverses !
Cessez de faire le mal,
17 apprenez à faire le bien !
Recherchez le droit, redressez le violent !
Faites droit à l’orphelin, plaidez pour la veuve !
18 Allons ! Discutons ! dit Yahvé.
Quand vos péchés seraient comme l’écarlate,
comme neige ils blanchiront ;
quand ils seraient rouges comme la pourpre,
comme laine ils deviendront.
19 Si vous voulez bien obéir, vous mangerez les produits du terroir.
20 Mais si vous refusez et vous rebellez,
c’est l’épée qui vous mangera !
Car la bouche de Yahvé a parlé.
21 Comment est-elle devenue une prostituée,
la cité fidèle ?
Sion, pleine de droiture, où la justice habitait,
et maintenant des assassins !
22 Ton argent est changé en scories, ta boisson est coupée d’eau.
23 Tes princes sont des rebelles, complices de brigands,
tous avides de présents, courant après les pots-de-vin.
Ils ne font pas droit à l’orphelin, la cause de la veuve ne leur parvient pas.
24 C’est pourquoi, oracle du Seigneur Yahvé Sabaot, le Puissant d’Israël :
Malheur ! j’aurai raison de mes adversaires,
je me vengerai de mes ennemis.
25 Je tournerai la main contre toi,
j’épurerai comme à la potasse tes scories,
j’ôterai tous tes déchets.
26 Je rendrai tes juges tels que jadis, tes conseillers tels qu’autrefois.
Après quoi on t’appellera Ville-de-Justice, Cité-fidèle.
27 Sion sera rachetée par la droiture,
et ceux qui reviendront, par la justice.
28 C’est la destruction des criminels et des pécheurs, tous ensemble !
Ceux qui abandonnent Yahvé périront.
29 Oui, on aura honte des térébinthes qui font vos délices,
vous rougirez des jardins que vous avez choisis.
30 Car vous serez comme un térébinthe au feuillage flétri,
et comme un jardin qui n’a plus d’eau.
31 Le colosse deviendra comme de l’étoupe, et son œuvre sera l’étincelle :
ils flamberont tous deux ensemble, et personne pour éteindre.
Lire la suite:Isaïe, Chapitre 2
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 a) Ce titre donne le cadre chronologique de toute l’activité du prophète, mais il est difficile de décider s’il introduit tout le livre dans sa forme finale, chap. 1-66, ou seulement les chap. 1-39, ou même seulement les chap. 1-12. En tout cas « Juda et Jérusalem » n’est pas à prendre au sens géographique ; c’est une désignation du peuple élu pour l’instruction duquel sont prononcés tous les oracles, même ceux qui concernent le royaume du Nord et les peuples étrangers.


2 b) Le ciel et la terre sont pris à témoins dans le procès que Dieu a avec son peuple, cf. Dt 4.26 ; 30.19 ; 32.1 ; Ps 50.4. Le poème qui suit se rapporte à la dévastation du territoire et au siège de Jérusalem soit sous Sennachérib en 701, cf. 36.1s ; 2 R 18.13s, soit lors de la guerre syro-éphraïmite en 735, cf. 7.1-2 et 2 R 16.5-9.


4 c) Expression favorite d’Isaïe pour désigner Yahvé, cf. 6.3 et la note.


6 d) Ces vers qui, selon le sens littéral, visent le peuple de Juda, pécheur et châtié, ont été appliqués à la passion du Christ, comme les textes analogues sur le Serviteur souffrant, 53.3s.


7 e) Cette fin de phrase n’ajoute rien à ce qui précède, et le terme hébreu traduit par « dévastation » désigne toujours le châtiment de Sodome et Gomorrhe qui sera rappelé aux vv. 9 et 10 et à 3.9 c’est pourquoi on corrige généralement « étrangers », zarîm, en Sodome, sedom, mais cette correction n’est appuyée par aucune version.


8 f) Personnification de la ville de Jérusalem, 10.32 ; 16.1, etc. ; ou de sa population, 37.22 ; So 3.14 ; Lm 4.22. « Sion » était le nom de la citadelle des Jébuséens, devenue « Cité de David », cf. 2 S 5.9.


10 g) L’oracle date probablement de la première période du ministère d’Isaïe, avant 735. Comme Am 5.21-27, le prophète s’en prend à un ritualisme auquel ne correspond pas un sentiment intérieur ; il y reviendra à 29.13-14 en des termes que Jésus appliquera aux Pharisiens, Mt 15.8-9.


15 h) Le sang des innocents mêlé à celui des victimes sacrifiées.


17 i) L’orphelin et la veuve sont parmi les personnes économiquement faibles que la loi protège, Ex 22.21-22 ; Dt 10.18 ; 14.29 ; 27.19, etc., et pour qui les prophètes intercèdent, Jr 7.6 ; 22.3. Cf. par contraste 1.23 ; 9.16 ; Jr 49.10-11 ; Ez 22.7.


18 j) Comme le jugement, Ps 9.9, le pardon des péchés est œuvre divine, Ex 34.6 ; Os 11.8-9. Dans sa miséricorde, Dieu met fin au péché de l’homme qui est ainsi rétabli dans sa véritable relation avec lui. Il n’est pas de faute qui épuise le pardon divin, Ps 130. La condition que Dieu exige est l’aveu avec le repentir, 57.15 ; Ps 19.13 ; 25.11, 18 ; 32.5 ; 51.19-20, etc., et le retournement intérieur qu’il suppose, Jr 3.14 ; Ez 18.30-32 ; 33.1 ; cf. 31.18 ; Lm 5.21. Le pardon des fautes est aussi un des traits du royaume messianique, Jr 31.31, cf. Ez 36.25-26, et Jésus l’exercera, Mc 2.5-11 p.


21 k) L’« épée », c’est-à-dire l’invasion avec tous ses maux, n’est encore qu’une menace qui peut être écartée par la soumission à Dieu, v. 19.


21 l) Ce poème adopte au début le rythme dissymétrique de la qîna ou lamentation (3 + 2 ou 4 + 3 appuis rythmiques).


26 m) « Sion » grec, vet lat ; omis par hébr. — Le thème de Jérusalem prostituée rappelle la prédication d’Osée et annonce les allégories de Jr 3.6-13 et Ez 16 et 23. Cette déchéance est en contraste avec la fidélité première de Jérusalem, qu’elle retrouvera après avoir été purifiée par le châtiment, v. 26.


28 n) Le nom propre définit l’être qui le porte et fixe sa destinée, cf. les noms de Jacob, Gn 25.26 ; 27.36, et de ses fils, Gn 29.31 — 30.24, etc. Un changement de nom signifie un changement de vocation, cf. Abraham, Gn 17.5 ; Israël, Gn 32.29, etc. Les noms que les prophètes donnent à des personnes sont des signes efficaces, chez Isaïe 7.3 (cf. 10.21) ; 7.14 ; 8.1-3 (cf. 8.18), et chez Osée Os 1.4, 6, 9 ; 2.1-3, 25. La Jérusalem future recevra d’autres noms prophétiques, 60.14 ; 62.4, 12 ; Ez 48.35. Ici les noms nouveaux de Jérusalem, reprenant le v. 21, sont « fidélité » et « justice ». Pour Isaïe, comme pour Amos, la justice est d’abord l’équité dans l’application du droit, mais, plus profondément, elle est une participation de la justice de Dieu, en quoi se révèle sa sainteté, cf. 5.16.


29 o) Ces deux vv., qui sont un commentaire assez prosaïque de ce qui précède, pourraient avoir été ajoutés par un disciple d’Isaïe.


Le prophète Isaïe est né aux environs de 765 av. J.-C. L’année de la mort du roi Ozias, en 740, il reçut dans le Temple de Jérusalem sa vocation prophétique, la mission d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple, 6.1-13. Il exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda. On distingue quatre périodes entre lesquelles on peut, avec plus ou moins d’assurance, répartir les oracles du prophète.

Cette participation active aux affaires de son pays fait d’Isaïe un héros national. Il est aussi un poète de génie. L’éclat de son style, la nouveauté de ses images font de lui le grand « classique » de la Bible. Ses compositions ont une force concise, une majesté, une harmonie qui ne seront plus jamais atteintes. Mais sa grandeur est d’abord religieuse. Isaïe a été marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l’indignité de l’homme. Son idée de Dieu a quelque chose de triomphal et d’effrayant aussi : Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi. L’homme est un être souillé par le péché, dont Dieu demande réparation. Car Dieu exige la justice dans les relations sociales et aussi la sincérité dans le culte qu’on lui rend. Il veut qu’on soit fidèle. Isaïe est le prophète de la foi et, dans les crises graves que traverse sa nation, il demande qu’on se confie en Dieu seul : c’est l’unique chance de salut. Il sait que l’épreuve sera sévère, mais il espère qu’un « reste » sera épargné, dont le Messie sera le roi. Isaïe est le plus grand des prophètes messianiques. Le Messie qu’il annonce est un descendant de David, qui fera régner sur terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu, 2.1-5 ; 7.10-17 ; 9.1-6 ; 11.1-9 ; 28.16-17.

Un tel génie religieux a profondément marqué son époque et a fait école. On conserva ses paroles et on y ajouta. Le livre qui porte son nom est le résultat d’un long travail de composition dont il est impossible de restituer toutes les étapes. Le plan définitif rappelle celui de Jérémie (d’après le grec) et d’Ézéchiel : 1-12, oracles contre Jérusalem et Juda ; 13-23, oracles contre les nations ; 24-35, promesses. Mais ce plan n’est pas rigide ; d’autre part, l’analyse a montré que le livre ne suivait qu’imparfaitement l’ordre chronologique de la carrière d’Isaïe. Il a été formé à partir de plusieurs collections d’oracles. Certains groupements remontent au prophète lui-même, cf. 8.16 ; 30.8. Ses disciples, immédiats ou lointains, ont réuni d’autres ensembles, glosant parfois les paroles du maître ou y ajoutant. Les oracles contre les nations, groupés dans 13-23, ont accueilli des pièces postérieures, en particulier 13-14 contre Babylone (exilique). Des additions plus étendues sont : « l’Apocalypse d’Isaïe », 24-27, que son genre littéraire et sa doctrine ne permettent pas de mettre plus haut que le Ve siècle av. J.-C. ; une liturgie prophétique d’après l’Exil, 33 ; une « petite Apocalypse », 34-35, qui dépend du Second Isaïe. Enfin, on a mis en appendice le récit de l’action d’Isaïe lors de la campagne de Sennachérib, 36-39, emprunté à 2 R 18-19 avec l’insertion d’un psaume post-exilique mis dans la bouche d’Ézéchias, 38 9-20.

Le livre a reçu des additions encore plus considérables. Les chap. 40-55 ne peuvent pas être l’œuvre du prophète du VIIIe siècle. Non seulement son nom n’y est jamais mentionné, mais le cadre historique est postérieur d’environ deux siècles : Jérusalem est prise, le peuple est captif en Babylonie, Cyrus est déjà en scène et il sera l’instrument de la délivrance. Certes, la toute-puissance divine pourrait transporter un prophète dans un avenir éloigné, le couper du présent et changer ses images et ses pensées. Mais cela suppose un dédoublement de sa personnalité et un oubli de ses contemporains – vers lesquels il a été envoyé – qui sont sans exemple dans la Bible et contraires à la notion même de la prophétie, qui ne fait intervenir l’avenir que comme un enseignement pour le présent. Ces chapitres contiennent la prédication d’un anonyme, un continuateur d’Isaïe et un grand prophète comme lui, que, faute de mieux, nous appelons le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe. Il a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’édit libérateur de 538, qui permit les premiers retours. Le recueil, sans être réellement composé, offre plus d’unité que les chap. 1-39. Il s’ouvre par l’équivalent d’un récit de vocation prophétique, 40.1-11, et il s’achève par une conclusion, 55.6-13. D’après ses premiers mots : « Consolez, consolez mon peuple », 40.1, on l’appelle le « livre de la Consolation d’Israël ».

C’est en effet son thème principal. Les oracles des chap. 1-39 étaient généralement menaçants et pleins d’allusions aux événements des règnes d’Achaz et d’Ézéchias ; ceux des chap. 40-55 sont détachés de ce contexte historique et ils sont consolants. Le jugement a été accompli par la ruine de Jérusalem, le temps de la restauration est proche. Ce sera un complet renouveau et cet aspect est souligné par l’importance donnée au thème de Dieu créateur joint à celui de Dieu sauveur. Un nouvel Exode, plus merveilleux que le premier, ramènera le peuple à une nouvelle Jérusalem, plus belle que la première. Cette distinction entre deux temps, celui des « choses passées » et celui des « choses à venir », marque le début de l’eschatologie. Par rapport au premier Isaïe, la pensée est plus théologiquement construite. Le monothéisme est affirmé doctrinalement et la vanité des faux dieux est démontrée par leur impuissance. La sagesse et la providence insondables de Dieu sont mises en relief. L’universalisme religieux s’exprime clairement pour la première fois. Ces vérités sont dites sur un ton enflammé et avec un rythme bref, qui manifestent l’urgence du salut.

Dans le livre sont enclavées quatre pièces lyriques, les « chants du Serviteur », 42.1-4 (5-9) ; 49.1-6 ; 50.4-9 (10-11) ; 52.13–53.12. Ils présentent un parfait serviteur de Yahvé, rassembleur de son peuple et lumière des nations, qui prêche la vraie foi, qui expie par sa mort les péchés du peuple et est glorifié par Dieu. Ces passages sont parmi les plus étudiés de l’Ancien Testament et l’on ne s’accorde ni sur leur origine ni sur leur signification. L’attribution des trois premiers chants au Second Isaïe reste très vraisemblable ; il est possible que le quatrième soit l’œuvre d’un de ses disciples. L’identification du Serviteur est très discutée. On y a souvent vu une figure de la communauté d’Israël, à laquelle d’autres passages du Second Isaïe donnent effectivement le titre de « serviteur ». Mais les traits individuels sont trop marqués et c’est pourquoi d’autres exégètes, qui forment actuellement la majorité, reconnaissent dans le Serviteur un personnage historique du passé ou du présent ; dans cette perspective, l’opinion la plus attrayante est celle qui identifie le Serviteur avec le Second Isaïe lui-même ; le quatrième chant aurait été ajouté après sa mort. On a combiné aussi les deux interprétations en considérant le Serviteur comme un individu incorporant les destinées de son peuple.

De toute manière, une interprétation qui se limiterait au passé ou au présent ne rend pas suffisamment compte des textes. Le Serviteur est le médiateur du salut à venir et cela justifie l’interprétation messianique qu’une partie de la tradition juive elle-même a donnée de ces passages, moins l’aspect de la souffrance. Ce sont au contraire les textes sur le Serviteur souffrant et son expiation vicaire que Jésus a retenus en les appliquant à lui-même et à sa mission, Lc 22.19-20, 37 ; Mc 10.45, et la première prédication chrétienne a reconnu en lui le Serviteur parfait annoncé par le Second Isaïe, Mt 12.17-21 ; Jn 1.29.

La dernière partie du livre, chap. 56-66, a été considérée comme l’œuvre d’un autre prophète qu’on a appelé le « Trito-Isaïe », le Troisième Isaïe. On reconnaît généralement aujourd’hui que c’est un recueil composite. Le Psaume de 63.7–64.11 paraît antérieur à la fin de l’Exil ; l’oracle de 66.1-4 est contemporain de la reconstruction du Temple vers 520 av. J.-C. La pensée et le style des chap. 60-62 les apparentent de très près au Second Isaïe. Les chap. 56-59, dans leur ensemble, peuvent dater du Ve siècle av. J.-C. Les chap. 65-66 (sauf 66.1-4), qui ont une forte saveur apocalyptique, ont été datés de l’époque grecque par certains exégètes, mais d’autres les placent au lendemain du retour de l’Exil. Prise en général, cette troisième partie du livre apparaît comme l’œuvre des continuateurs du Second Isaïe ; c’est le dernier produit de la tradition isaïenne qui a prolongé l’action du grand prophète du VIIIe siècle.

On a retrouvé dans une grotte du bord de la mer Morte un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle avant notre ère. Il s’écarte du texte massorétique par une orthographe particulière et par des variantes dont certaines sont utiles pour l’établissement du texte. Elles sont indiquées dans les notes par le sigle 1 QIsa.

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