Parlant de la vie chrétienne, Paul évoque entre autres l'importance de la Tradition (« les traditions »), sans laquelle cette vie deviendrait, sinon impossible, du moins, peut-on penser, beaucoup plus difficile...
Parlant de la vie chrétienne, Paul évoque entre autres l'importance de la Tradition (« les traditions »), sans laquelle cette vie deviendrait, sinon impossible, du moins, peut-on penser, beaucoup plus difficile. Mais, pour lui, les « traditions » sont inséparables de l'expérience d'une communion personnelle avec le Christ, qui soutient et console Lui-même les fidèles. Pour l'apôtre, l'une ne va manifestement pas sans l'autre. Rien d'étonnant à cela : la Tradition vivante ne se réduit jamais à l'assimilation de ses formes extérieures. Cela vaut pour toute tradition, y compris religieuse, mais surtout pour la tradition spirituelle. Aujourd'hui, nous associons d'abord la tradition à certains textes ou rites, que l'on peut, en un sens, considérer eux aussi comme des textes.
Mais qu'est-ce qu'un texte ? C'est un système de significations exprimé par un système de signes. Pour comprendre un texte, il ne suffit pas de lire les signes dans lesquels il est écrit ; il faut aussi recréer les significations qui se trouvent derrière eux. Les recréer, précisément, car les significations ne se lisent pas sur un support comme les signes qui y sont inscrits. Il faut refaire, à la suite de l'auteur, son chemin intellectuel, et parfois spirituel, pour comprendre le texte qu'il a créé.
La parole du Seigneur dont parle l'apôtre existe sous forme de texte ; mais, pour être vivante, elle doit vivre dans l'âme de ceux qui peuvent recréer les significations qui la sous-tendent. Or, ici, outre les auteurs humains, il existe un autre Auteur, sans la participation duquel ces significations ne peuvent être comprises. Le porteur de la Tradition doit donc avoir l'expérience d'une communion avec cet Auteur. La Tradition ne demeure Tradition avec une majuscule que tant qu'elle existe comme des significations reproduites par ses porteurs, et non comme des formes qu'ils copient.
Une telle Tradition, la Tradition avec une majuscule, devient véritablement un soutien pour ceux qui suivent un chemin spirituel : chacun peut toujours y trouver quelque chose qui résonne avec lui, avec ses situations et ses difficultés. Mais si la Tradition dégénère spirituellement et ne reste qu'un ensemble de formes extérieures, elle est de peu d'utilité. Elle peut seulement rappeler quelque chose qui s'est passé quelque part, à une certaine époque, pour quelqu'un ; jamais elle ne deviendra actuelle pour celui qui vit ici et maintenant. Elle sera donc également inutile sur le chemin spirituel : là aussi, l'essentiel se passe non dans un passé grand et glorieux, mais ici et maintenant.
3 u) Ou peut-être « du mal ». Les chrétiens seront tentés, mais pas au-delà de leurs forces, 1 Co 10.13.
2 Th présente de frappantes ressemblances littéraires avec 1 Th, au point que des critiques y ont vu l’œuvre d’un faussaire qui se serait inspiré de saint Paul en imitant son style. Mais on ne voit guère le motif d’un tel faux, et il est plus simple de penser que l’Apôtre lui-même, voulant corriger certains éléments mal compris de son enseignement eschatologique 1 Th 5.2, 9, a écrit cette deuxième lettre en reprenant des formules de la première. Les deux écrits ne se contredisent pas mais se complètent ; et leur authenticité est également bien attestée par l’ancienne tradition de l’Église.
Outre leur intérêt de présenter déjà en germe bien des thèmes que reprendront les épîtres ultérieures, celles-ci sont importantes surtout par leur doctrine sur l’eschatologie. En cette étape ancienne de son apostolat, la pensée de l’Apôtre apparaît toute centrée sur la résurrection du Christ et sur sa venue en gloire qui apportera le salut à ceux qui auront cru en lui, fussent-ils déjà morts, 1 Th 4.13-18. Cette venue glorieuse, il la décrit selon les traditions de l’apocalyptique juive et du christianisme primitif (discours eschatologique des Synoptiques, surtout de Mt). Conformément aux enseignements de Jésus, tantôt il insiste sur l’imminence imprévisible de cette venue qui requiert la vigilance, 1 Th 5.1-11, au point de donner l’impression que lui et eux la verront de leur vivant, 1 Th 4.17, tantôt il calme ses fidèles agités par cette perspective, en leur rappelant que le Jour n’est pas encore arrivé et doit être précédé de certains signes, 2 Th 2.1-12. Ceux-ci ne sont plus aussi clairs pour nous qu’ils devaient l’être pour les lecteurs. Il semble que Paul conçoive l’Antichrist comme un individu réservé pour la fin des temps. Quant à l’obstacle « qui le retient présentement », 2 Th 2.6, certains interprètes y ont vu l’Empire romain, d’autres la prédication évangélique, et la chose reste incertaine.