Qui peut comprendre la nature de Dieu ? Bien sûr, Dieu Lui-même seul. Mais Il nous révèle ce qui est essentiel pour notre salut. C'est pourquoi l'Église s'est toujours efforcée d'être précise dans la compréhension de cette Révélation...
Qui peut comprendre la nature de Dieu ? Bien sûr, Dieu Lui-même seul. Mais Il nous révèle ce qui est essentiel pour notre salut. C'est pourquoi l'Église s'est toujours efforcée d'être précise dans la compréhension de cette Révélation, et c'est pourquoi nous devons avoir une idée claire de ce qui est important pour notre cheminement vers Dieu.
L'idée selon laquelle Jésus-Christ serait une créature a été avancée pour la première fois par le prêtre alexandrin Arius au début du IVe siècle de notre ère. L'Église a très unanimement rejeté cette opinion comme étant erronée, car si ce n'est pas Dieu qui a partagé avec nous notre vie et notre mort, alors il n'y a pour nous aucun salut face au péché et à la mort. De la même manière, si le Saint-Esprit n'était qu'une force impersonnelle (une sorte de bouillie informe, que le Seigneur me pardonne), alors la communion avec un Dieu Personnel nous serait impossible. Dans ce cas, une fois de plus, il n'y a pas de salut, car toute la foi biblique s'effondre. En effet, le Saint-Esprit est précisément Celui qui répand la vie dans nos cœurs, et ce non pas dans une « existence post-mortem » hellénistique (qui est une idée non biblique), mais ici et maintenant. Ainsi, l'Église croit que Jésus est le Dieu-Homme, consubstantiel au Père selon la Divinité et consubstantiel à nous selon l'humanité, et que le Saint-Esprit est une Personne, Dieu, que nous adorons avec le Père et le Fils.
Les arguments que vous évoquez ne semblent pas convaincants. Certes, Jésus prie — car comment autrement un homme (et Dieu incarné en homme également) pourrait-il communiquer avec le Père ? Le mode de communion du Père, du Fils et de l'Esprit dans la Trinité est incompréhensible pour nous ; mais le Dieu-Homme Jésus-Christ s'abaisse pour nous au point de partager aussi notre mode de communion avec le Père. Quant à l'adoration de Jésus-Christ, les Saintes Écritures déclarent que c'est précisément la foi en ce qu'Il est le Seigneur qui donne le salut à l'homme. L'apôtre Paul, dans ses épîtres aux Romains ( 10:9), aux Philippiens ( 2:6-11) et aux Colossiens, affirme que la volonté de Dieu pour notre salut est que nous adorions Dieu en Jésus-Christ, car « en Lui habite corporellement toute la plénitude de la Divinité » ( 2:9). Il est évident que l'opinion d'Arius sur la nature créée du Fils de Dieu contredit radicalement ces dernières paroles de l'apôtre.
Le Saint-Esprit, bien sûr, peut agir en chaque personne, et en de nombreuses personnes à la fois, puisqu'Il est Tout-Puissant ! Et « des langues, semblables à des langues de feu, qui se séparèrent les unes des autres » ne sont que les signes visibles de Sa venue, et non pas Lui-même. En fin de compte, je réponds aux lettres de nombreuses personnes — ma personnalité se divise-t-elle pour autant en morceaux de papier séparés ?
Il est véritablement important pour nous de connaître et d'accepter ce qui est exprimé dans l'enseignement dogmatique des sept Conciles Œcuméniques, y compris la conception de la Trinité, clairement formulée pour la première fois par saint Théophile d'Antioche dans la seconde moitié du IIe siècle. La Trinité de Dieu signifie pour nous qu'Il a) n'est pas comme nous ; b) nous surpasse, ainsi que notre compréhension ; c) a la vie en Lui-même ; d) nous donne la possibilité de partager avec Lui la plénitude de Sa vie. Ceci est en résumé, bien sûr. L'enseignement de l'Église sur le Dieu Trinitaire est suffisamment profond et significatif pour que l'on s'y familiarise à travers la Bible elle-même et des sources spécialisées.
Chacun, bien sûr, est libre de choisir sa confession. Mais pour les chrétiens, il est important de se rappeler que toute affirmation dogmatique a des conséquences dans la vie spirituelle pratique, et que ces conséquences doivent être observées et évaluées à leurs fruits.
8 r) Une fois délivrés de l’empire des ténèbres et affranchis par le Christ, 1.13s, renier le Christ pour retourner aux erreurs anciennes serait retomber en esclavage ; cf. Ga 4.8s ; 5.1.
9 s) Le sens du mot « Plénitude », 1.19, est ici précisé par l’adverbe « corporellement » et le génitif « de la Divinité » dans le Christ ressuscité se rassemble tout le monde divin, auquel il appartient par son être préexistant et glorifié, et tout le monde créé, qu’il a assumé directement (l’humanité) et indirectement (le cosmos) par son Incarnation et sa Résurrection en somme toute la Plénitude de l’Être.
10 t) Le chrétien participe à la plénitude du Christ, en tant que membre de son corps, de son « Plérôme », voir 1.19 ; Ep 1.23 ; 3.19 ; 4.12-13 et les notes. Associé ainsi à celui qui est la Tête des Puissances célestes, il leur est désormais supérieur. — Les vv. suivants vont développer ces deux idées participation du chrétien au triomphe du Christ, vv. 11-13 ; soumission des Puissances célestes à ce triomphe, vv. 14-15.
11 u) La circoncision matérielle n’enlevait qu’un petit lambeau de chair.
11 v) C’est-à-dire la circoncision spirituelle instituée par le Christ, et qui est le baptême.
13 w) Dieu le Père, cf. 1.22.
13 x) « vous »; var. « nous ».
13 y) « nous »; var. (Vulg.) « vous ».
14 z) Le régime de la Loi, en interdisant le péché, n’aboutissait qu’à une sentence de mort portée contre l’homme transgresseur, cf. Rm 7.7. C’est cette sentence que Dieu a supprimée en l’exécutant sur la personne de son Fils après l’avoir « fait péché », 2 Co 5.21, « soumis à la Loi », Ga 4.4, et « maudit » par elle, Ga 3.13, Il l’a livré à la mort sur la croix, clouant au bois et détruisant en sa personne le document qui portait notre dette et nous condamnait.
15 a) Derrière la Loi juive, Paul aperçoit, conformément à une vieille tradition, les Puissances angéliques, cf. Ga 3.19. Elles ont usurpé, dans l’esprit des hommes, cf. v. 18, l’autorité du Créateur. En supprimant par la croix de son Fils le régime de la Loi, Dieu a retiré à ces Puissances l’instrument de leur domination ; elles apparaissent désormais soumises au Christ.
17 b) Littéralement « mais le corps, c’est (celui) du Christ ». Paul joue sur le double sens du mot grec sôma le « corps » qui s’oppose à l’ombre ; et le corps physique du Christ ressuscité, qui est la réalité eschatologique essentielle, le germe du nouvel univers.
18 c) Ou « Que nul ne se donne le plaisir de prononcer contre vous ».
18 d) Le culte céleste offert par les anges plutôt qu’une adoration des anges.
18 e) Var. (Vulg.) « qu’il n’a pas vues ». — Paul reproche ici aux docteurs de Colosses, soit de se fier à leurs « visions », soit simplement de construire toute leur religion sur les choses visibles.
19 f) Le Christ, Ep 4.15.
23 g) Pour mater l’insolence de la chair. D’autres entendent « elles n’ont aucune valeur et ne tournent qu’à la satisfaction de la chair ».
Voir « Les Épîtres de Saint Paul » en introduction de « l’épître aux Romains ».
Les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens forment un groupe bien homogène : même mission de Tychique en Col 4.7s et Ep 6.21s ; frappantes ressemblances de style et de doctrine entre Col et Ep. Paul est encore prisonnier, Phm 1, 9s, 13, 23 ; Col 4.3, 10, 18 ; Ep 3.1 ; 4.1 ; 6.20, et cette fois tout suggère Rome comme lieu de sa captivité (de 61 à 63) plutôt que Césarée où l’on s’expliquerait mal la présence de Marc ou d’Onésime, et qu’Éphèse où Luc ne paraît pas avoir été aux côtés de Paul. D’ailleurs le changement du style et le progrès de la doctrine requièrent une certaine distance entre Col, Ep et les « grandes épîtres » Co, Ga, Rm. Une crise est survenue dans l’intervalle : de Colosses, que Paul n’a pas évangélisée lui-même, Col 1.4 ; 2.1, son représentant apostolique Épaphras, 1.7, est venu lui apporter des informations alarmantes. Aussitôt alerté, Paul répond par l’épître aux Colossiens qu’il confie à Tychique. Mais la réaction suscitée en son esprit par le nouveau péril a produit un approfondissement de sa pensée et, de même que Rm lui avait servi à mettre en ordre les idées jaillies dans Ga, de même il écrit cette fois encore une autre épître, pratiquement contemporaine de Col, où il organise sa doctrine en fonction du nouveau point de vue que vient de lui imposer la polémique. Cette admirable synthèse est notre épître « aux Éphésiens ». Une telle dénomination, qui n’est même pas textuellement garantie, cf. Ep 1.1, pourrait faire illusion. En fait, Paul ne s’adresse pas aux fidèles d’Éphèse, qu’il a fréquentés durant trois ans, Ep 1.15 ; 3.2-4, mais plutôt aux croyants en général, et plus particulièrement aux communautés de la vallée du Lycus parmi lesquelles il fait circuler sa lettre, Col 4.16.
L’interprétation dont nous venons de donner les grandes lignes respecte la tradition qui attribue Col et Ep à Paul et garde une forte probabilité. Mais depuis le milieu du XIXe siècle, l’authenticité de ces deux épîtres a été contestée. Le style lourd et répétitif semble à certains n’être pas paulinien ; les idées théologiques, particulièrement celles qui concernent le Corps du Christ, le Christ, Tête du corps et l’Église universelle ne sont pas les mêmes que dans les lettres précédentes, les erreurs combattues sont postérieures à Paul et appartiennent plutôt au gnosticisme du IIe siècle. Ces objections méritent d’être prises au sérieux. Elles sont formulées par de nombreux critiques y compris catholiques. Mais elles ne sont pas irréfutables. En fait, en ce qui concerne Col, on penche plutôt à présent en faveur de l’authenticité – et cela pour de bonnes raisons. Car non seulement on y retrouve ses idées fondamentales, mais les idées nouvelles s’expliquent de façon satisfaisante par les circonstances rapportées plus haut. La même chose peut se dire pour Ep mais là, le doute subsiste. Parmi les arguments en faveur de l’authenticité paulinienne, on note : 1° Ep est l’œuvre d’un auteur doué d’une pensée créatrice, non de quelqu’un qui utilise la pensée d’un autre. 2° Le style lent, riche, voire pesant de Col et Ep qui contraste tant avec les discussions rapides, heurtées des lettres antérieures peut s’expliquer par le fait que Paul ouvrait là de nouveaux et larges horizons. 3° Le style des lettres antérieures n’est lui-même pas totalement cohérent et on peut trouver deux exemples de ce style tardif, contemplatif et quasi liturgique en Rm 3.23-26 et 2 Co 9.8-14. La seule véritable difficulté vient de ce qu’en plusieurs passages Ep semble emprunter des phrases à Col de manière servile et parfois maladroite mais cela peut venir du fait que Paul n’était pas habitué à composer intégralement ses lettres et qu’il peut dans le cas présent avoir permis à un disciple de jouer une part plus grande que d’habitude. Mais il faut reconnaître que les phénomènes notés en 2 et 3 s’expliqueraient plus facilement par l’hypothèse d’un auteur qui ne serait pas Paul si un tel auteur existe, qui fût un penseur au génie créateur semblable à celui de Paul, et qui, en même temps, acceptât d’emprunter servilement des phrases entières à d’autres lettres pauliniennes. La difficulté qu’il y a à postuler un être aussi hybride que l’auteur d’Éphésiens est l’un des principaux facteurs qui ont poussé certains critiques à supposer que Colossiens, d’où sont tirées la plupart des phrases empruntées, était elle aussi non paulinienne. Sachant donc que l’authenticité paulinienne de ces deux épîtres est l’hypothèse la plus probable mais pas la seule possible, nous pouvons tenter de reconstituer la genèse de la pensée paulinienne dans Col et Ep. Les erreurs à Colosses, contre lesquelles se dresse Paul, ne sont pas encore celles des gnostiques du IIe siècle mais plutôt les idées communément rencontrées parmi les juifs esséniens. Le péril y venait de spéculations fondamentalement juives (Col 2.16) sur les puissances célestes ou cosmiques. On accordait à celles-ci le pouvoir de contrôler le mouvement du Cosmos et les Colossiens tendaient à exagérer leur importance, jusqu’à compromettre la suprématie du Christ.
L’auteur de la lettre accepte le terrain de la lutte et ne met pas en doute l’activité de ces Puissances ; il les assimile même aux Anges de la tradition juive, cf. Col 2.15. Mais c’est précisément pour les remettre à leur juste place dans le grand plan du salut. Ils ont joué leur rôle comme intermédiaires et administrateurs de la Loi. Aujourd’hui ce rôle est fini. En instaurant l’ordre nouveau, le Christ Kyrios a pris en main le gouvernement du monde. Son exaltation céleste l’a placé au-dessus des Puissances cosmiques qu’il a dépouillées de leurs anciennes attributions, 2 .15. Lui qui les dominait déjà de par la première création, à titre de Fils Image du Père, il les domine définitivement comme leur chef dans la nouvelle création où il a assumé en lui tout le Plérôme, c’est-à-dire toute la plénitude de l’Être, de Dieu et du monde en Dieu, Col 1.13-20. Affranchis de ces « éléments du monde », Col 2.8, 20, par leur union au Chef et la participation à sa Plénitude, Col 2.10, les chrétiens n’ont plus à se remettre sous leur tyrannie par des observances désuètes et inefficaces, Col 2.16-23. Unis par le baptême au Christ mort et ressuscité, Col 2.11-13, ils sont les membres de son Corps et ne reçoivent leur vie nouvelle que de lui comme de leur Tête vivifiante, Col 2.19. C’est bien toujours ce salut chrétien qui intéresse l’auteur au premier chef, mais les besoins de la polémique l’ont amené à préciser l’extension cosmique de l’œuvre du Christ en y intégrant aux côtés de l’humanité sauvée ce vaste cosmos qui en est le cadre et qui se trouve lui aussi rangé, de façon indirecte, sous la mouvance du seul Seigneur. De là cet épanouissement du thème du « Corps du Christ », déjà esquissé naguère, 1 Co 12: 12, avec une insistance nouvelle sur le Christ comme Tête ; de là cet élargissement cosmique de l’œuvre du salut ; de là cet horizon dilaté où le Christ est davantage considéré dans son triomphe céleste, tandis que l’Église dans son unité collective se construit vers lui ; de là enfin cet accent plus marqué sur l’eschatologie déjà réalisée, cf. Ep 2.6.
Ces perspectives sont reprises dans l’épître aux Éphésiens. Mais l’effort polémique pour remettre les Puissances à leur place a porté ses fruits, Ep 1.20-22, et le regard se dirige davantage sur l’Église, Corps du Christ dilaté aux dimensions de l’univers nouveau, « Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout », Ep 1.23. Dans cette contemplation suprême qui est comme le sommet de son œuvre, l’auteur reprend bien des thèmes anciens pour les ordonner dans la synthèse plus vaste à laquelle il est parvenu. Il repense particulièrement les problèmes de l’épître aux Romains, cet autre sommet qui couronnait l’étape antérieure de sa pensée. Non seulement il en évoque d’un mot les aperçus sur le passé pécheur de l’humanité et sur la gratuité du salut par le Christ, Col 2 1-10, mais encore il reconsidère le problème des Juifs et des païens qui angoissait Paul naguère, Rm 9-11. Et cette fois, c’est sous la lumière apaisée de l’eschatologie réalisée dans le Christ céleste : désormais les deux peuples lui apparaissent unis, réconciliés en une seule humanité nouvelle, et marchant de concert vers le Père, Ep 2.11-22. Cet accès des païens au salut d’Israël dans le Christ est le grand « mystère », Ep 1.9 ; 3.3-6, 9 ; 6.19 ; Col 1.27 ; 2.2 ; 4.3, dont la contemplation lui inspire des accents inimitables : sur l’infinie sagesse divine qu’il y voit déployée, Col 3.9s ; Col 2.3, sur la charité insondable du Christ qui s’y manifeste, Ep 3.18s, sur l’élection toute gratuite qui l’a choisi pour en être le ministre, Col 3.2-8. Ce plan du salut s’est déroulé par étapes selon les desseins éternels de Dieu, Col 1.3-14, et son terme est le mariage du Christ avec l’humanité sauvée qui est l’Église, Ep 5.22-32.