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La Bible pour les débutants pour le 31 juillet 2020

La Bible de Jérusalem (fr)

Luc, Chapitre 9,  vers 28-45

III. Ministère de Jésus en Galilée> 22 Première annonce de la Passion., 27 La venue prochaine du Royaume., 28 La Transfiguration., 37 Le démoniaque épileptique., 43 Deuxième annonce de la Passion.
28 Or il advint, environ huit jours après ces paroles, que, prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, il gravit la montagne pour prier.
29 Et il advint, comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante.
30 Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie
31 qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem.
32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. S’étant bien réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui.
33 Et il advint, comme ceux-ci se séparaient de lui, que Pierre dit à Jésus : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie » : il ne savait ce qu’il disait.
34 Et pendant qu’il disait cela, survint une nuée qui les prenait sous son ombre et ils furent saisis de peur en entrant dans la nuée.
35 Et une voix partit de la nuée, qui disait : « Celui-ci est mon Fils, l’Élu, écoutez-le. »
36 Et quand la voix eut retenti, Jésus se trouva seul. Pour eux, ils gardèrent le silence et ne rapportèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu’ils avaient vu.
37 Or il advint, le jour suivant, à leur descente de la montagne, qu’une foule nombreuse vint au-devant de lui.
38 Et voici qu’un homme de la foule s’écria : « Maître, je te prie de jeter les yeux sur mon fils, car c’est mon unique enfant.
39 Et voilà qu’un esprit s’en empare, et soudain il crie, le secoue avec violence et le fait écumer ; et ce n’est qu’à grand-peine qu’il s’en éloigne, le laissant tout brisé.
40 J’ai prié tes disciples de l’expulser, mais ils ne l’ont pu. » ­
41 « Engeance incrédule et pervertie, répondit Jésus, jusques à quand serai-je auprès de vous et vous supporterai-je ? Amène ici ton fils. »
42 Celui-ci ne faisait qu’approcher, quand le démon le jeta à terre et le secoua violemment. Mais Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant et le remit à son père.
43 Et tous étaient frappés de la grandeur de Dieu.Comme tous étaient étonnés de tout ce qu’il faisait, il dit à ses disciples :
44 « Vous, mettez-vous bien dans les oreilles les paroles que voici : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. »
45 Mais ils ne comprenaient pas cette parole ; elle leur demeurait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens, et ils craignaient de l’interroger sur cette parole.
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Notes sur la partie

28 k) De nombreux traits originaux trahissent chez une autre source que Mc. De l’ensemble se dégage une présentation de la Transfiguration différente de celles de Mt et de Mc. Alors que Mt met en valeur la manifestation de Jésus comme nouveau Moïse, cf. Mt 17.1, et que Mc décrit une épiphanie du Messie caché, cf. Mc 9.2, Lc, ou du moins la source qu’il combine avec Mc, songe davantage à une expérience personnelle de Jésus qui, au cours d’une prière ardente et transformante, est éclairé par le ciel sur le « départ » (litt. exode), c’est-à-dire la mort, cf. Sg 3.2 ; 7.6 ; 2 P 1.15, qu’il doit accomplir à Jérusalem, la ville qui tue les prophètes, cf. 13.33-34.


30 l) Moïse et Élie n’étant nommés que pour identifier les « deux hommes » mentionnés d’abord, on peut penser que, dans la source combinée par avec Mc, ceux-ci étaient deux anges, cf. 24.4 ; Ac 1.10, qui instruisaient et confortaient Jésus, cf. 22.43. Sur la signification de Moïse et Élie dans la tradition de Mt, cf. Mt 17.1.


32 m) Ou bien « Demeurés quand même éveillés ». Ce sommeil accablant des disciples, propre à Lc, rappelle celui de Gethsémani, 22.45, où il est plus naturel et d’où il pourrait provenir.


35 n) Var. « mon Fils bien-aimé », cf. Mt et Mc. ­ Le titre d’« Élu », cf. 23.35 ; Isa 42.1, alterne avec celui de « Fils de l’homme » dans les Paraboles d’Hénok.


Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.

D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.

Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

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