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La Bible en cinq ans pour le 17 août 2019

La Bible de Jérusalem (fr)

Proverbes, Chapitre 30

1 VI. Paroles d’Agur, 15 VII. Proverbes numériques
1 Paroles d’Agur, fils de Yaqé, de Massa. Oracle de cet homme pour Itéel, pour Itéel et pour Ukal.
2 Oui, je suis le plus stupide des hommes,
sans aucune intelligence humaine,
3 je n’ai pas appris la sagesse
et j’ignore la science des saints.
4 Qui est monté au ciel et puis en est descendu ?
Qui a recueilli le vent à pleines mains ?
Qui dans son manteau a serré les eaux ?
Qui a affermi toutes les extrémités de la terre ?
Quel est son nom ?
Quel est le nom de son fils, si tu le sais ?
5 Toute parole de Dieu est éprouvée,
il est un bouclier pour qui s’abrite en lui.
6 À ses discours, n’ajoute rien,
de crainte qu’il ne te reprenne
et ne te tienne pour un menteur.
7 J’implore de toi deux choses,
ne les refuse pas avant que je meure :
8 éloigne de moi fausseté et paroles mensongères,
ne me donne ni pauvreté ni richesse,
laisse-moi goûter ma part de pain,
9 de crainte que, comblé, je ne me détourne
et ne dise : « Qui est Yahvé ? »
Ou encore, qu’indigent, je ne vole
et ne profane le nom de mon Dieu.
10 Ne dénigre pas un esclave près de son maître,
de crainte qu’il ne te maudisse et que tu n’en portes la peine.
11 Engeance qui maudit son père
et ne bénit pas sa mère,
12 engeance pure à ses propres yeux,
mais dont la souillure n’est pas effacée,
13 engeance aux regards altiers
et aux paupières hautaines,
14 engeance dont les dents sont des épées,
les mâchoires, des couteaux,
pour dévorer les pauvres et les retrancher du pays,
et les malheureux, d’entre les hommes.
15 La sangsue a deux filles : « Apporte ! Apporte ! »Il y a trois choses insatiables
et quatre qui jamais ne disent : « Assez ! » :
16 le shéol, le sein stérile,
la terre que l’eau ne peut rassasier,
le feu qui jamais ne dit : « Assez ! »
17 L’œil qui nargue un père
et méprise l’obéissance due à une mère,
les corbeaux du torrent le crèveront,
les aigles le dévoreront.
18 Il est trois choses qui me dépassent
et quatre que je ne connais pas :
19 le chemin de l’aigle dans les cieux,
le chemin du serpent sur le rocher,
le chemin du vaisseau en haute mer,
le chemin de l’homme chez la jeune femme.
20 Telle est la conduite de la femme adultère :
elle mange, puis s’essuie la bouche en disant :
« Je n’ai rien fait de mal ! »
21 Sous trois choses tremble la terre
et il en est quatre qu’elle ne peut porter :
22 un esclave qui devient roi,
une brute gorgée de nourriture,
23 une fille odieuse qui vient à se marier,
une servante qui hérite de sa maîtresse.
24 Il est quatre êtres minuscules sur la terre,
mais sages entre les sages :
25 les fourmis, peuple chétif,
mais qui, en été, assure sa provende ;
26 les damans, peuple sans vigueur,
mais qui gîtent dans les rochers ;
27 chez les sauterelles, point de roi !
mais elles marchent toutes en bon ordre ;
28 le lézard que l’on capture à la main,
mais qui hante les palais du roi.
29 Trois choses ont une belle allure
et quatre une belle démarche :
30 le lion, le plus brave des animaux,
qui ne recule devant rien ;
31 le coq bien râblé, ou le bouc,
et le roi, quand il harangue le peuple.
32 Si tu fus assez sot pour t’emporter
et si tu as réfléchi, mets la main sur ta bouche !
33 Car en pressant le lait, on obtient le beurre,
en pressant le nez, on obtient le sang,
en pressant la colère, on obtient la querelle.
Lire la suite:Proverbes, Chapitre 31
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 q) « de Massa » hammassa’î conj ; « l’oracle » hammassa’ hébr. Sur Massa, cf. 31.1. — La Vulgate n’a pas vu ici des noms propres, et interprète ainsi ce titre « Paroles de celui qui rassemble, fils de celui qui vomit ». — Dans le texte grec, 30.1-14 se trouve inséré entre 24.22 et 24.23, et 30.15—31.9 suit 24.34.


1 r) Interprétation incertaine d’un texte sans doute mal transmis. D’autres corrigent la vocalisation et comprennent « Je me suis fatigué, ô Dieu, je me suis fatigué et je suis épuisé » Les versions anciennes témoignent du même embarras Vulg. « Vision dite par l’homme avec qui est Dieu, et qui, Dieu étant avec lui, a été réconforté » Grec « Voici ce que dit l’homme à ceux qui croient en Dieu, et je m’arrête »


3 s) C’est-à-dire des sages, ou « du Saint » (avec pluriel de majesté), c’est-à-dire de Dieu, cf. 9.10.


14 t) On ne sait s’il faut appliquer cette description à une catégorie définie, nation ou classe sociale. On propose de corriger me’adam, « d’entre les hommes » en me’adamah, « de la campagne ».


15 u) Le « proverbe numérique » tient à la fois de la maxime, de l’énigme et de la comparaison. Ce procédé littéraire est attesté dans la littérature hébraïque, sous une forme encore imparfaite, dès l’époque prophétique, Am 1.3, 6, 9, 11, 13 ; Isa 17.6 ; Mi 5.4, cf. Ps 62.12s, et reparaît à travers toute la littérature sapientielle, 6.16s et ici 30.15-33 ; Jb 5.19 ; 40.5 ; Qo 11.2 ; 4.12 (?) ; Si 23.16s ; 25.7 ; 26.5-7, 28 ; 50.25 ; cf. 25.1-2. — Le bref recueil 30.15-33 marque un intérêt particulier pour les merveilles de la nature et les mœurs des animaux.


19 v) Non pas les manœuvres pour la séduire, mais le mystère de l’union conjugale et de la procréation.


20 w) Ce v. semble être une glose maladroite des deux vv. précédents.


24 x) « entre les sages » versions ; « formés à la sagesse » hébr.


26 y) Petit mammifère ressemblant à la marmotte, qui vit dans les rochers et se laisse très difficilement approcher. Cf. Ps 104.18 ; Lv 11.5.


31 z) D’après le grec. Hébr. « et un roi (ayant) son armée (?) avec lui ». — Le début du v. est également incertain ; au lieu de « coq » (grec, et aussi d’après l’arabe) on a proposé « cigale » (d’après l’akkadien), ou encore « cheval », « zèbre », « lévrier », etc.


Le livre des Proverbes est le plus typique de la littérature sapientielle d’Israël. Il s’est formé autour de deux recueils : 10-22.16, intitulé « Proverbes de Salomon » (375 sentences), et 25-29, introduit par « Voici encore des proverbes de Salomon, que transcrivirent les gens d’Ézéchias » (128 sentences). À ces deux parties sont ajoutés des appendices : à la première, les « Paroles des sages », Pr 22.17-24.22, et « Ceci est encore des sages », Pr 24.23-34 ; à la seconde, les « Paroles d’Agur », Pr 30.1-14, suivies de proverbes numériques, Pr 30.15-33, et les « Paroles de Lemuel », Pr 31.1-9. Cet ensemble est précédé par une longue introduction, 1-9, où un père fait à son fils des recommandations de sagesse et où la Sagesse elle-même prend la parole. Le livre s’achève par un poème alphabétique, qui loue la femme parfaite, Pr 31.10-31.

L’ordre des sections est indifférent, il n’est pas le même dans la Bible grecque et, à l’intérieur de chacune, les maximes s’alignent sans aucun plan et avec des répétitions. Le livre est donc une collection de collections, encadrées par un prologue et un épilogue. Il reflète une évolution littéraire qui a été esquissée dans l’introduction générale aux livres sapientiaux. Les deux grands recueils représentent le mâshâl sous sa forme primitive et n’ont que de brèves sentences, généralement d’un seul distique. La formule devient déjà plus ample dans les appendices ; les petits poèmes numériques de Pr 30.15-33, cf. Pr 6.16-19, ajoutent à l’enseignement l’attrait d’une présentation énigmatique, déjà connue anciennement, cf. Am 1. Le prologue, 1-9, est une suite d’instructions, coupée par deux harangues de la Sagesse personnifiée, et l’épilogue, Pr 31.10-31, est une composition savante.

Cette évolution de la forme correspond à une succession dans le temps. Les parties les plus anciennes sont les deux grands recueils de 10-22 et 25-29. Ils sont attribués à Salomon, qui, d’après 1 R 5.12, « prononça trois mille sentences », et qui fut toujours considéré comme le plus grand sage d’Israël. En dehors de ce témoignage de la tradition, le ton des Proverbes est trop anonyme pour qu’on puisse rapporter sûrement au roi telle ou telle maxime particulière, mais il n’y a pas de raison de douter que l’ensemble ne remonte à son époque ; les maximes du second recueil étaient déjà anciennes lorsque les gens d’Ézéchias les recueillirent vers l’an 700. Formant le noyau du livre, ces deux collections lui ont donné son nom : il s’appelle tout entier « Proverbes de Salomon », 11. Mais les sous-titres des petites sections indiquent que ce titre général ne doit pas être pris à la lettre : il recouvre aussi l’œuvre de sages anonymes, Pr 22.17-24.34, et les paroles d’Agur et de Lemuel, Pr 30.1-31.8. Même si ces noms de deux sages arabes sont fictifs et n’appartiennent pas à des personnages réels, ils témoignent de l’estime qu’on faisait de la sagesse étrangère. Une preuve claire de cette estime est donnée par certaines « paroles des sages », Pr 22.17-23.11, qui s’inspirent des maximes égyptiennes d’Amenemopé, écrites au début du premier millénaire avant notre ère.

Les discours de Pr 1-9 se modèlent sur les « Instructions », qui sont un genre classique de la sagesse égyptienne, mais aussi sur les « Conseils d’un père à son fils », récemment retrouvés dans un texte akkadien d’Ugarit. Même la personnification de la Sagesse a des antécédents littéraires en Égypte, où fut personnifiée Maat, la Justice-Vérité. Mais l’imitation n’est pas servile, elle préserve l’originalité du penseur israélite et est transformée par sa foi yahviste. On peut avec confiance dater d’avant l’Exil tout le centre du livre, les chap. 10-29 ; la date des chap. 30-31 est incertaine. Quant au prologue, 1-9, il est sûrement plus tardif : son contenu et ses attaches littéraires avec les écrits postérieurs à l’Exil permettent de fixer sa composition au Ve siècle av. J.-C. Ce doit être le moment aussi où l’ouvrage prit sa forme définitive.

Parce que le livre représente ainsi plusieurs siècles de réflexion des sages, on y suit un progrès de la doctrine. Dans les deux anciens recueils domine un ton de sagesse humaine et profane, qui déconcerte le lecteur chrétien. Cependant, déjà, un proverbe sur sept y a un caractère religieux. C’est l’exposé d’une théologie pratique : Dieu récompense la vérité, la charité, la pureté de cœur, l’humilité, et punit les vices opposés. La source et le résumé de toutes ces vertus est la sagesse, qui est crainte de Yahvé, Pr 15.16, 33 ; 16.6 ; 22.4, et c’est en Yahvé seul qu’il faut se confier, Pr 20.22 ; 29.25. La première partie donne les mêmes conseils de sagesse humaine et religieuse ; elle insiste sur des fautes que les vieux sages passaient sous silence : l’adultère et la fréquentation de la femme étrangère, Pr 21.6s ; 5.2s, 15s. L’épilogue manifeste également un plus grand respect de la femme. Surtout, le prologue donne, pour la première fois, un enseignement suivi sur la sagesse, sa valeur, son rôle de guide et de modérateur des actions. Prenant elle-même la parole, la Sagesse fait son propre éloge et définit son rapport avec Dieu, en qui elle est de toute éternité et qu’elle a assisté quand il a créé le monde, Pr 8.22-31. C’est le premier des textes sur la Sagesse personnifiée, qui ont été présentés ensemble.

L’enseignement des Proverbes a sans doute été bien dépassé par celui du Christ, Sagesse de Dieu, mais certaines maximes annoncent déjà la morale de l’Évangile. On doit aussi se souvenir que la vraie religion ne se développe que sur un fond d’honnêteté humaine, et le fréquent usage que le Nouveau Testament fait du livre (quatorze citations et une vingtaine d’allusions) commande aux chrétiens le respect pour ces pensées des vieux sages d’Israël.

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