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La Bible en cinq ans pour le 25 juillet 2019

La Bible de Jérusalem (fr)

Proverbes, Chapitre 10

1 II. Le grand recueil salomonien
1 Proverbes de Salomon.Le fils sage réjouit son père,
le fils sot chagrine sa mère.
2 Trésors mal acquis ne profitent pas,
mais la justice délivre de la mort.
3 Yahvé ne laisse pas le juste affamé,
mais il réprime la convoitise des méchants.
4 Main nonchalante appauvrit,
la main des diligents enrichit.
5 Amasser en été est d’un homme avisé,
dormir à la moisson est d’un homme indigne.
6 Bénédictions sur la tête du juste,
mais la bouche des impies recouvre la violence.
7 La mémoire du juste est en bénédiction,
le nom des méchants tombe en pourriture.
8 L’homme au cœur sage accepte les ordres,
l’homme aux lèvres folles court à sa perte.
9 Qui va honnêtement va en sécurité,
qui suit une voie tortueuse est démasqué.
10 Qui cligne de l’œil donne du tourment,
qui réprimande en face procure l’apaisement.
11 Source de vie : la bouche du juste,
mais la bouche des impies recouvre la violence.
12 La haine allume des querelles,
l’amour couvre toutes les offenses.
13 Sur les lèvres de l’homme intelligent se trouve la sagesse,
sur le dos de l’insensé, le bâton.
14 Les sages thésaurisent le savoir,
mais la bouche du fou est un danger menaçant.
15 La fortune du riche, voilà sa place forte ;
le mal des faibles, c’est leur indigence.
16 Le salaire du juste procure la vie,
le revenu du méchant, le péché.
17 Il marche vers la vie, celui qui garde la discipline ;
qui délaisse la réprimande se fourvoie.
18 Les lèvres du menteur couvrent la haine ;
qui profère une calomnie est un sot.
19 Abondance de paroles ne va pas sans offense ;
qui retient ses lèvres est avisé.
20 La langue du juste est pur argent,
le cœur des méchants est de peu de prix.
21 Les lèvres du juste repaissent une multitude,
mais les fous meurent faute de sens.
22 C’est la bénédiction de Yahvé qui enrichit,
sans que l’effort y ajoute rien.
23 C’est un jeu pour le sot de s’adonner au crime,
et pour l’homme intelligent de cultiver la sagesse.
24 Ce que redoute le méchant lui échoit,
ce que souhaite le juste lui est donné.
25 Quand la tourmente a passé, plus de méchant !
mais à jamais, le juste est établi.
26 Vinaigre aux dents, fumée aux yeux,
tel est le paresseux pour qui l’envoie.
27 La crainte de Yahvé prolonge les jours,
les années du méchant seront abrégées.
28 L’espoir des justes est joie,
l’espérance des méchants périra.
29 La voie de Yahvé est un rempart pour l’homme honnête,
pour les malfaisants, une ruine.
30 Jamais le juste ne sera ébranlé,
mais les méchants n’habiteront pas le pays.
31 La bouche du juste exprime la sagesse,
la langue perverse sera coupée.
32 Les lèvres du juste connaissent la bienveillance,
la bouche des méchants la perversité.
Lire la suite:Proverbes, Chapitre 11
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 o) On a probablement ici la partie la plus ancienne du livre. Aucun ordre apparent dans ce recueil, sinon quelques rapprochements parfois tout extérieurs. Les sentences de 10.1 à 15.32 offrent un parallélisme antithétique.


6 p) Stique identique à 11. Le grec lit « un deuil prématuré ferme la bouche aux impies »


8 q) Avec grec ; l’hébr. répète « l’homme aux lèvres folles (c’est-à-dire le bavard) court à sa perte », cf. 8.


17 r) « Il marche » ’oreah conj. ; « sentier » ’orah hébr.


26 s) C’est-à-dire le messager paresseux (cf. 22.21).


Le livre des Proverbes est le plus typique de la littérature sapientielle d’Israël. Il s’est formé autour de deux recueils : 10-22.16, intitulé « Proverbes de Salomon » (375 sentences), et 25-29, introduit par « Voici encore des proverbes de Salomon, que transcrivirent les gens d’Ézéchias » (128 sentences). À ces deux parties sont ajoutés des appendices : à la première, les « Paroles des sages », Pr 22.17-24.22, et « Ceci est encore des sages », Pr 24.23-34 ; à la seconde, les « Paroles d’Agur », Pr 30.1-14, suivies de proverbes numériques, Pr 30.15-33, et les « Paroles de Lemuel », Pr 31.1-9. Cet ensemble est précédé par une longue introduction, 1-9, où un père fait à son fils des recommandations de sagesse et où la Sagesse elle-même prend la parole. Le livre s’achève par un poème alphabétique, qui loue la femme parfaite, Pr 31.10-31.

L’ordre des sections est indifférent, il n’est pas le même dans la Bible grecque et, à l’intérieur de chacune, les maximes s’alignent sans aucun plan et avec des répétitions. Le livre est donc une collection de collections, encadrées par un prologue et un épilogue. Il reflète une évolution littéraire qui a été esquissée dans l’introduction générale aux livres sapientiaux. Les deux grands recueils représentent le mâshâl sous sa forme primitive et n’ont que de brèves sentences, généralement d’un seul distique. La formule devient déjà plus ample dans les appendices ; les petits poèmes numériques de Pr 30.15-33, cf. Pr 6.16-19, ajoutent à l’enseignement l’attrait d’une présentation énigmatique, déjà connue anciennement, cf. Am 1. Le prologue, 1-9, est une suite d’instructions, coupée par deux harangues de la Sagesse personnifiée, et l’épilogue, Pr 31.10-31, est une composition savante.

Cette évolution de la forme correspond à une succession dans le temps. Les parties les plus anciennes sont les deux grands recueils de 10-22 et 25-29. Ils sont attribués à Salomon, qui, d’après 1 R 5.12, « prononça trois mille sentences », et qui fut toujours considéré comme le plus grand sage d’Israël. En dehors de ce témoignage de la tradition, le ton des Proverbes est trop anonyme pour qu’on puisse rapporter sûrement au roi telle ou telle maxime particulière, mais il n’y a pas de raison de douter que l’ensemble ne remonte à son époque ; les maximes du second recueil étaient déjà anciennes lorsque les gens d’Ézéchias les recueillirent vers l’an 700. Formant le noyau du livre, ces deux collections lui ont donné son nom : il s’appelle tout entier « Proverbes de Salomon », 11. Mais les sous-titres des petites sections indiquent que ce titre général ne doit pas être pris à la lettre : il recouvre aussi l’œuvre de sages anonymes, Pr 22.17-24.34, et les paroles d’Agur et de Lemuel, Pr 30.1-31.8. Même si ces noms de deux sages arabes sont fictifs et n’appartiennent pas à des personnages réels, ils témoignent de l’estime qu’on faisait de la sagesse étrangère. Une preuve claire de cette estime est donnée par certaines « paroles des sages », Pr 22.17-23.11, qui s’inspirent des maximes égyptiennes d’Amenemopé, écrites au début du premier millénaire avant notre ère.

Les discours de Pr 1-9 se modèlent sur les « Instructions », qui sont un genre classique de la sagesse égyptienne, mais aussi sur les « Conseils d’un père à son fils », récemment retrouvés dans un texte akkadien d’Ugarit. Même la personnification de la Sagesse a des antécédents littéraires en Égypte, où fut personnifiée Maat, la Justice-Vérité. Mais l’imitation n’est pas servile, elle préserve l’originalité du penseur israélite et est transformée par sa foi yahviste. On peut avec confiance dater d’avant l’Exil tout le centre du livre, les chap. 10-29 ; la date des chap. 30-31 est incertaine. Quant au prologue, 1-9, il est sûrement plus tardif : son contenu et ses attaches littéraires avec les écrits postérieurs à l’Exil permettent de fixer sa composition au Ve siècle av. J.-C. Ce doit être le moment aussi où l’ouvrage prit sa forme définitive.

Parce que le livre représente ainsi plusieurs siècles de réflexion des sages, on y suit un progrès de la doctrine. Dans les deux anciens recueils domine un ton de sagesse humaine et profane, qui déconcerte le lecteur chrétien. Cependant, déjà, un proverbe sur sept y a un caractère religieux. C’est l’exposé d’une théologie pratique : Dieu récompense la vérité, la charité, la pureté de cœur, l’humilité, et punit les vices opposés. La source et le résumé de toutes ces vertus est la sagesse, qui est crainte de Yahvé, Pr 15.16, 33 ; 16.6 ; 22.4, et c’est en Yahvé seul qu’il faut se confier, Pr 20.22 ; 29.25. La première partie donne les mêmes conseils de sagesse humaine et religieuse ; elle insiste sur des fautes que les vieux sages passaient sous silence : l’adultère et la fréquentation de la femme étrangère, Pr 21.6s ; 5.2s, 15s. L’épilogue manifeste également un plus grand respect de la femme. Surtout, le prologue donne, pour la première fois, un enseignement suivi sur la sagesse, sa valeur, son rôle de guide et de modérateur des actions. Prenant elle-même la parole, la Sagesse fait son propre éloge et définit son rapport avec Dieu, en qui elle est de toute éternité et qu’elle a assisté quand il a créé le monde, Pr 8.22-31. C’est le premier des textes sur la Sagesse personnifiée, qui ont été présentés ensemble.

L’enseignement des Proverbes a sans doute été bien dépassé par celui du Christ, Sagesse de Dieu, mais certaines maximes annoncent déjà la morale de l’Évangile. On doit aussi se souvenir que la vraie religion ne se développe que sur un fond d’honnêteté humaine, et le fréquent usage que le Nouveau Testament fait du livre (quatorze citations et une vingtaine d’allusions) commande aux chrétiens le respect pour ces pensées des vieux sages d’Israël.

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