L'histoire de la guérison de la fille de la Syro-Phénicienne frappe parfois le lecteur par la dureté apparente des paroles du Sauveur adressées à la mère de la fille guérie...
L'histoire de la guérison de la fille de la Syro-Phénicienne frappe parfois le lecteur par la dureté apparente des paroles du Sauveur adressées à la mère de la fille guérie. La comparaison avec un chien indigne d'attention paraît réellement, au minimum, excessivement dure. Pourtant, la réaction de la femme elle-même à cette dureté apparente se révèle assez calme.
L'exégèse traditionnelle explique ce qui se passe par le profond repentir de la femme, prête à reconnaître n'importe quel péché chez elle si une telle reconnaissance peut aider sa fille. Cependant, à y regarder de plus près, le dialogue entre Jésus et la femme qui s'adresse à lui pour demander la guérison de sa fille ressemble davantage à une parabole, que la femme comprend et dans le langage de laquelle elle répond au Sauveur. On peut d'ailleurs remarquer que l'image du chien comme symbole d'impureté se rencontre assez souvent dans le texte évangélique. Cela n'a rien d'étonnant : la Torah rangeait réellement le chien, comme le porc, parmi les animaux impurs, et de tous ces animaux, ce sont précisément ces deux-là qui tombaient le plus souvent sous les yeux des interlocuteurs et des auditeurs de Jésus.
Alors la question de Jésus prend un sens bien déterminé : celui qui est pur a droit au Royaume, mais l'impur, par exemple le même païen, et la Syro-Phénicienne était sans aucun doute païenne ? Peut-il prendre part au Royaume ouvert aux enfants de Dieu, et tels étaient tous ceux qui appartenaient au peuple de Dieu, celui qui n'a jamais connu ni la pureté ni la sanctification ? Et la femme, comprenant parfaitement le Sauveur, parle des miettes qui tombent de la table. Elle accueille, au fond, Jésus lui-même et le Royaume qu'il a apporté dans le monde. Elle l'accueille en comprenant qu'elle-même n'a aucun droit à ce Royaume venu dans le monde. Mais elle ne prétend pas à grand-chose : elle demande seulement très peu, il lui suffit de ce reflet de la lumière du Royaume qui suffira à guérir sa fille. Et elle reçoit ce qu'elle demande, elle le reçoit comme un don immérité qu'elle ne pouvait nullement attendre.
C'est ainsi que se résout, par rapport au Royaume, la question du peuple de Dieu et des païens : celui qui revendique des droits sur ce Royaume devra prouver les droits revendiqués, il devra correspondre à ce qu'il affirme ; mais à celui qui ne prétend à rien, comprenant qu'il n'a aucun droit sur rien, le Royaume sera donné gratuitement, à une seule condition : son humilité doit être authentique, elle ne peut être pour celui qui demande que, pour parler en langage philosophique, un choix existentiel, et en aucun cas un simple tribut rendu à la politesse, fût-elle religieuse. Ainsi le Royaume réconcilie tous les hommes : ceux qui ressentent leur propre force comme ceux qui se sentent faibles et indignes de ce qu'ils cherchent. Il les réconcilie par cet amour dont le fort et le faible ont également besoin.