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Lecture en trois ans pour le 26 juillet 2013

La Bible de Jérusalem (fr)

Isaïe, Chapitre 36

I. Première partie du livre d’Isaïe> 1 COMPLÉMENTS e, 1 L’invasion de Sennachérib.
Il arriva qu’en la quatorzième année du roi Ézéchias, Sennachérib, roi d’Assyrie, monta contre toutes les villes fortes de Juda et s’en empara.
De Lakish, le roi d’Assyrie envoya vers le roi Ézéchias, à Jérusalem, le grand échanson avec un important corps de troupes. Le grand échanson se posta près du canal de la piscine supérieure, sur le chemin du champ du Foulon.
Le maître du palais Élyaqim, fils de Hilqiyyahu, le secrétaire Shebna et le héraut Yoah, fils d’Asaph, sortirent à sa rencontre.
Le grand échanson leur dit : « Dites à Ézéchias : Ainsi parle le grand roi, le roi d’Assyrie : Quelle est cette confiance sur laquelle tu te reposes ?
Tu t’imagines que paroles en l’air valent conseil et vaillance pour faire la guerre. En quoi donc mets-tu ta confiance pour t’être révolté contre moi ?
Voici que tu te fies au soutien de ce roseau brisé, l’Égypte, qui pénètre et perce la main de qui s’appuie sur lui. Tel est Pharaon, roi d’Égypte, pour tous ceux qui se fient à lui.
Vous me direz peut-être : « C’est en Yahvé notre Dieu que nous avons confiance », mais n’est-ce pas lui dont Ézéchias a supprimé les hauts lieux et les autels en disant aux gens de Juda et de Jérusalem : « C’est devant cet autel que vous vous prosternerez » ?
Eh bien ! fais un pari avec Monseigneur le roi d’Assyrie : je te donnerai deux mille chevaux si tu peux trouver des cavaliers pour les monter.
Comment ferais-tu reculer un seul des moindres serviteurs de mon maître ? Mais tu t’es fié à l’Égypte pour avoir chars et cavaliers !
10 Et puis, est-ce sans la volonté de Yahvé que je suis monté contre ce pays pour le dévaster ? C’est Yahvé qui m’a dit : “Monte contre ce pays et dévaste-le !” »
11 Élyaqim, Shebna et Yoah dirent au grand échanson : « Je t’en prie, parle à tes serviteurs en araméen, car nous l’entendons, ne nous parle pas en judéen à portée des oreilles du peuple qui est sur les remparts. »
12 Mais le grand échanson dit : « Est-ce à toi ou à ton maître que Monseigneur m’a envoyé dire ces choses ? N’est-ce pas plutôt aux gens assis sur le rempart et condamnés à manger leurs excréments et à boire leur urine avec vous ? »
13 Alors le grand échanson se tint debout, il cria d’une voix forte, en langue judéenne, et dit : « Écoutez les paroles du grand roi, le roi d’Assyrie !
14 Ainsi parle le roi : Qu’Ézéchias ne vous abuse pas ! Il ne pourra vous délivrer.
15 Qu’Ézéchias n’entretienne pas votre confiance en Yahvé en disant : « Sûrement Yahvé nous délivrera, cette ville ne tombera pas entre les mains du roi d’Assyrie. »
16 N’écoutez pas Ézéchias, car ainsi parle le roi d’Assyrie : Faites la paix avec moi, rendez-vous à moi, et chacun de vous mangera le fruit de sa vigne et de son figuier, chacun boira l’eau de sa citerne,
17 jusqu’à ce que je vienne et que je vous emmène vers un pays comme le vôtre, un pays de froment et de moût, un pays de pain et de vignobles.
18 Qu’Ézéchias ne vous abuse pas en vous disant : « Yahvé nous délivrera. » Les dieux des
nations ont-ils vraiment délivré chacun son pays des mains du roi d’Assyrie ?
19 Où sont les dieux de Hamat et d’Arpad, où sont les dieux de Sepharvayim, où sont les dieux du pays de Samarie ? Ont-ils délivré Samarie de ma main ?
20 Parmi tous les dieux de ces pays, lesquels ont délivré leur pays de ma main, pour que Yahvé délivre Jérusalem ? »
21 Ils gardèrent le silence et ne lui répondirent pas un mot, car tel était l’ordre du roi : « Vous ne lui répondrez pas. »
22 Le maître du palais Élyaqim, fils de Hilqiyyahu, le secrétaire Shebna et le héraut Yoah, fils d’Asaph, vinrent auprès d’Ézéchias, les vêtements déchirés, et ils lui rapportèrent les paroles du grand échanson.
Lire la suite:Isaïe, Chapitre 37
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 e) Les chap. 36-39 reproduisent, à quelques variantes près, 2 R 18 (13) 17 — 20.19 (voir les notes à 2 R). Ces chap. ont été empruntés au livre des Rois et placés à la fin de la première partie d’Isaïe, pour compléter le recueil des traditions relatives au prophète. Dans les chap. 36-37, le rédacteur a combiné deux sources 36.1 — 37.9, 37-38 provient, comme les chap. 38-39, des cercles prophétiques, peut-être d’une biographie d’Isaïe ; un récit parallèle, 37.9-36, insiste sur la piété d’Ézéchias et sur l’intervention d’Isaïe, auquel sont attribués plusieurs oracles qui, s’ils sont authentiques, ont au moins été retouchés par ses disciples, desquels semble provenir ce récit. Il s’achève par une touche de merveilleux, 37.36.


5 f) « tu t’imagines » litt. « tu dis », 2 R 18.20 ; « je dis » hébr.


9 g) « un seul » conj., « un seul gouverneur » hébr., glose ou ditt.


19 h) « où sont les dieux du pays de Samarie » conj. d’après 2 R 18.34 grec et vet. lat., et cf. la suite.


Le prophète Isaïe est né aux environs de 765 av. J.-C. L’année de la mort du roi Ozias, en 740, il reçut dans le Temple de Jérusalem sa vocation prophétique, la mission d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple, 6.1-13. Il exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda. On distingue quatre périodes entre lesquelles on peut, avec plus ou moins d’assurance, répartir les oracles du prophète.

Cette participation active aux affaires de son pays fait d’Isaïe un héros national. Il est aussi un poète de génie. L’éclat de son style, la nouveauté de ses images font de lui le grand « classique » de la Bible. Ses compositions ont une force concise, une majesté, une harmonie qui ne seront plus jamais atteintes. Mais sa grandeur est d’abord religieuse. Isaïe a été marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l’indignité de l’homme. Son idée de Dieu a quelque chose de triomphal et d’effrayant aussi : Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi. L’homme est un être souillé par le péché, dont Dieu demande réparation. Car Dieu exige la justice dans les relations sociales et aussi la sincérité dans le culte qu’on lui rend. Il veut qu’on soit fidèle. Isaïe est le prophète de la foi et, dans les crises graves que traverse sa nation, il demande qu’on se confie en Dieu seul : c’est l’unique chance de salut. Il sait que l’épreuve sera sévère, mais il espère qu’un « reste » sera épargné, dont le Messie sera le roi. Isaïe est le plus grand des prophètes messianiques. Le Messie qu’il annonce est un descendant de David, qui fera régner sur terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu, 2.1-5 ; 7.10-17 ; 9.1-6 ; 11.1-9 ; 28.16-17.

Un tel génie religieux a profondément marqué son époque et a fait école. On conserva ses paroles et on y ajouta. Le livre qui porte son nom est le résultat d’un long travail de composition dont il est impossible de restituer toutes les étapes. Le plan définitif rappelle celui de Jérémie (d’après le grec) et d’Ézéchiel : 1-12, oracles contre Jérusalem et Juda ; 13-23, oracles contre les nations ; 24-35, promesses. Mais ce plan n’est pas rigide ; d’autre part, l’analyse a montré que le livre ne suivait qu’imparfaitement l’ordre chronologique de la carrière d’Isaïe. Il a été formé à partir de plusieurs collections d’oracles. Certains groupements remontent au prophète lui-même, cf. 8.16 ; 30.8. Ses disciples, immédiats ou lointains, ont réuni d’autres ensembles, glosant parfois les paroles du maître ou y ajoutant. Les oracles contre les nations, groupés dans 13-23, ont accueilli des pièces postérieures, en particulier 13-14 contre Babylone (exilique). Des additions plus étendues sont : « l’Apocalypse d’Isaïe », 24-27, que son genre littéraire et sa doctrine ne permettent pas de mettre plus haut que le Ve siècle av. J.-C. ; une liturgie prophétique d’après l’Exil, 33 ; une « petite Apocalypse », 34-35, qui dépend du Second Isaïe. Enfin, on a mis en appendice le récit de l’action d’Isaïe lors de la campagne de Sennachérib, 36-39, emprunté à 2 R 18-19 avec l’insertion d’un psaume post-exilique mis dans la bouche d’Ézéchias, 38 9-20.

Le livre a reçu des additions encore plus considérables. Les chap. 40-55 ne peuvent pas être l’œuvre du prophète du VIIIe siècle. Non seulement son nom n’y est jamais mentionné, mais le cadre historique est postérieur d’environ deux siècles : Jérusalem est prise, le peuple est captif en Babylonie, Cyrus est déjà en scène et il sera l’instrument de la délivrance. Certes, la toute-puissance divine pourrait transporter un prophète dans un avenir éloigné, le couper du présent et changer ses images et ses pensées. Mais cela suppose un dédoublement de sa personnalité et un oubli de ses contemporains – vers lesquels il a été envoyé – qui sont sans exemple dans la Bible et contraires à la notion même de la prophétie, qui ne fait intervenir l’avenir que comme un enseignement pour le présent. Ces chapitres contiennent la prédication d’un anonyme, un continuateur d’Isaïe et un grand prophète comme lui, que, faute de mieux, nous appelons le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe. Il a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’édit libérateur de 538, qui permit les premiers retours. Le recueil, sans être réellement composé, offre plus d’unité que les chap. 1-39. Il s’ouvre par l’équivalent d’un récit de vocation prophétique, 40.1-11, et il s’achève par une conclusion, 55.6-13. D’après ses premiers mots : « Consolez, consolez mon peuple », 40.1, on l’appelle le « livre de la Consolation d’Israël ».

C’est en effet son thème principal. Les oracles des chap. 1-39 étaient généralement menaçants et pleins d’allusions aux événements des règnes d’Achaz et d’Ézéchias ; ceux des chap. 40-55 sont détachés de ce contexte historique et ils sont consolants. Le jugement a été accompli par la ruine de Jérusalem, le temps de la restauration est proche. Ce sera un complet renouveau et cet aspect est souligné par l’importance donnée au thème de Dieu créateur joint à celui de Dieu sauveur. Un nouvel Exode, plus merveilleux que le premier, ramènera le peuple à une nouvelle Jérusalem, plus belle que la première. Cette distinction entre deux temps, celui des « choses passées » et celui des « choses à venir », marque le début de l’eschatologie. Par rapport au premier Isaïe, la pensée est plus théologiquement construite. Le monothéisme est affirmé doctrinalement et la vanité des faux dieux est démontrée par leur impuissance. La sagesse et la providence insondables de Dieu sont mises en relief. L’universalisme religieux s’exprime clairement pour la première fois. Ces vérités sont dites sur un ton enflammé et avec un rythme bref, qui manifestent l’urgence du salut.

Dans le livre sont enclavées quatre pièces lyriques, les « chants du Serviteur », 42.1-4 (5-9) ; 49.1-6 ; 50.4-9 (10-11) ; 52.13–53.12. Ils présentent un parfait serviteur de Yahvé, rassembleur de son peuple et lumière des nations, qui prêche la vraie foi, qui expie par sa mort les péchés du peuple et est glorifié par Dieu. Ces passages sont parmi les plus étudiés de l’Ancien Testament et l’on ne s’accorde ni sur leur origine ni sur leur signification. L’attribution des trois premiers chants au Second Isaïe reste très vraisemblable ; il est possible que le quatrième soit l’œuvre d’un de ses disciples. L’identification du Serviteur est très discutée. On y a souvent vu une figure de la communauté d’Israël, à laquelle d’autres passages du Second Isaïe donnent effectivement le titre de « serviteur ». Mais les traits individuels sont trop marqués et c’est pourquoi d’autres exégètes, qui forment actuellement la majorité, reconnaissent dans le Serviteur un personnage historique du passé ou du présent ; dans cette perspective, l’opinion la plus attrayante est celle qui identifie le Serviteur avec le Second Isaïe lui-même ; le quatrième chant aurait été ajouté après sa mort. On a combiné aussi les deux interprétations en considérant le Serviteur comme un individu incorporant les destinées de son peuple.

De toute manière, une interprétation qui se limiterait au passé ou au présent ne rend pas suffisamment compte des textes. Le Serviteur est le médiateur du salut à venir et cela justifie l’interprétation messianique qu’une partie de la tradition juive elle-même a donnée de ces passages, moins l’aspect de la souffrance. Ce sont au contraire les textes sur le Serviteur souffrant et son expiation vicaire que Jésus a retenus en les appliquant à lui-même et à sa mission, Lc 22.19-20, 37 ; Mc 10.45, et la première prédication chrétienne a reconnu en lui le Serviteur parfait annoncé par le Second Isaïe, Mt 12.17-21 ; Jn 1.29.

La dernière partie du livre, chap. 56-66, a été considérée comme l’œuvre d’un autre prophète qu’on a appelé le « Trito-Isaïe », le Troisième Isaïe. On reconnaît généralement aujourd’hui que c’est un recueil composite. Le Psaume de 63.7–64.11 paraît antérieur à la fin de l’Exil ; l’oracle de 66.1-4 est contemporain de la reconstruction du Temple vers 520 av. J.-C. La pensée et le style des chap. 60-62 les apparentent de très près au Second Isaïe. Les chap. 56-59, dans leur ensemble, peuvent dater du Ve siècle av. J.-C. Les chap. 65-66 (sauf 66.1-4), qui ont une forte saveur apocalyptique, ont été datés de l’époque grecque par certains exégètes, mais d’autres les placent au lendemain du retour de l’Exil. Prise en général, cette troisième partie du livre apparaît comme l’œuvre des continuateurs du Second Isaïe ; c’est le dernier produit de la tradition isaïenne qui a prolongé l’action du grand prophète du VIIIe siècle.

On a retrouvé dans une grotte du bord de la mer Morte un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle avant notre ère. Il s’écarte du texte massorétique par une orthographe particulière et par des variantes dont certaines sont utiles pour l’établissement du texte. Elles sont indiquées dans les notes par le sigle 1 QIsa.

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