Plus d'une fois et de différentes manières, Paul a tenté de décrire ce qu'est la vie chrétienne. Et maintenant encore, il appelle ses coreligionnaires à s'examiner eux-mêmes : sont-ils chrétiens ? À première vue...
Plus d'une fois et de différentes manières, Paul a tenté de décrire ce qu'est la vie chrétienne. Et maintenant encore, il appelle ses coreligionnaires à s'examiner eux-mêmes : sont-ils chrétiens ? À première vue, la question peut paraître étrange : chacun de ceux qui entraient dans l'Église, et à cette époque on ne recevait le baptême qu'à l'âge conscient, savait parfaitement ce qu'il faisait et à la suite de Qui il marchait. Et pourtant, comme on le voit, les choses n'étaient pas si simples.
Certes, si le christianisme n'était qu'une nouvelle religion, un choix fait une fois, une promesse prononcée une fois, un baptême reçu une fois suffiraient : tant que celui qui a fait son choix n'y renoncerait pas, il resterait chrétien. Mais le christianisme n'est pas une nouvelle religion ; il est la vie dans le Royaume que le Sauveur a apporté dans le monde. Ici, il est impossible de se limiter à un seul choix, une seule décision, un seul acte, même d'une importance décisive. La vie ne cesse pas, elle continue dans le Royaume, et le choix fait une fois doit ensuite être confirmé encore et encore. C'est pourquoi l'apôtre conseille de s'examiner, de surveiller son état spirituel, de se rendre compte si nous vivons ou non de la vie du Christ : car la vie du Christ est la vie même du Royaume, et nous ne restons chrétiens que tant que nous vivons d'une vie une avec le Christ.
Il semblerait que, pour ceux qui sont entrés dans l'Église, il ne puisse en être autrement. Il en serait réellement ainsi si nous avions déjà achevé le chemin de notre transfiguration, si notre nature humaine avait été renouvelée jusqu'au bout, comme cela arrivera à la fin des temps, lorsque le Royaume se révélera dans toute sa plénitude. Mais pour le moment, le Royaume ne fait encore qu'entrer dans le monde, et nous entrons dans le Royaume ; et comme le monde n'est pas encore transfiguré jusqu'au bout, nous ne sommes, nous aussi, transfigurés que partiellement. Dans une telle situation, les péchés, les erreurs et les chutes sont encore possibles. Jusqu'à la transfiguration complète, il nous reste encore des choses à craindre.
S'il en est ainsi, ce contrôle constant de soi dont Paul parle est lui aussi nécessaire. Car tout péché commis nous sépare du Royaume, et si, en le commettant, nous ne perdons pourtant pas notre salut, c'est seulement parce que l'histoire du Royaume n'est pas encore achevée, que le point final n'a pas été posé, que les portes ne sont pas fermées. Mais même dans une telle situation, il vaut mieux ne pas prendre de risques inutiles et réduire au minimum la possibilité de perdre la plénitude de la vie. C'est précisément à cela que l'apôtre nous appelle.
1 x) La « troisième fois ». La première, lors de la fondation de l’Église ; la seconde, lors de la visite pénible évoquée en 2 Co 1.23 ; 2.1 ; voir l’Introduction.
1 y) L’allusion ne concerne pas les charges contre Paul, 2 Co 12.16. Dans le judaïsme palestinien, on interprétait Dt 19.15 comme l’exigence d’avertir deux ou trois fois les coupables avant de les châtier.
4 z) Om. « à votre égard ».
7 a) Cette épreuve sera le comportement de Paul et des Corinthiens lors de la visite annoncée en 2 Co 13.1, où Paul fera la preuve que le Christ agit par lui, 2 Co 13.3s. Cette épreuve se réalisera au détriment des Corinthiens, 2 Co 13.6, s’ils ne se convertissent pas. Par ses sanctions Paul triomphera, 2 Co 13.7. Mais si les Corinthiens se convertissent, Paul n’aura pas à faire usage de sa puissance, il paraîtra faible et eux forts, 2 Co 13.9 ; et il paraîtra succomber dans l’épreuve, 13.7, car on pourra encore dire que ses menaces sont purement verbales, cf. 2 Co 10.9s. Il accepte pourtant avec joie cette éventualité, humiliante pour lui mais glorieuse pour ses chers fidèles.
10 b) Ce sommaire ne peut s’appliquer qu’aux chap. 10-11 ; il est tout à fait incompatible avec le contenu des chap. 1-9. Ceci confirme la division de 2 Co en deux lettres distinctes.
12 c) C’est le baiser liturgique, symbole de la fraternité chrétienne, Rm 16.16 ; 1 Co 16.20 ; 1 Th 5.26.
13 d) Cette formule trinitaire, probablement d’origine liturgique, cf. aussi Mt 28.19, a son écho dans maints passages des épîtres, où les rôles respectifs des Trois Personnes sont présentés en fonction des divers contextes Rm 1.4 ; 15.16, 30 ; 1 Co 2.10-16 ; 6.11, 14, 15, 19 ; 12.4-6 ; 2 Co 1.21s ; Ga 4.6 ; Ph 2.1 ; Ep 1.3-14 ; 2.18, 22 ; 4.4-6 ; 2 Th 2.13 ; Tt 3.5s ; He 9.14 ; 1 P 1.2 ; 3.18 ; 1 Jn 4.2 ; Jude 20, 21, Ap 1.4s ; 22.1 ; cf. Ac 10.38 ; 20.28 ; Jn 14.16, 18, 23. On remarquera en 1 Co 6.11 ; Ep 4.4-6 les formulations ternaires qui renforcent la pensée trinitaire. Comparer aussi la triade des vertus théologales, 1 Co 13.13.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.