La lecture d'aujourd'hui nous ramène à l'image du Royaume qui vient, en soulignant la différence entre lui et notre monde, qui n'est pas encore transfiguré. Elle commence par la mention d'événements que nous ne connaissons que par l'Évangile, l'un lié à des persécutions (v. 1), l'autre à une catastrophe que nous appellerions aujourd'hui technologique (v. 4).
Ceux qui informaient Jésus des persécutions attendaient manifestement Ses commentaires. Il s'agissait peut-être de répressions entreprises par les autorités romaines en réponse à une nouvelle révolte, touchant peut-être des personnes qui n'y étaient pas mêlées, comme cela arrivait souvent à cette époque. Mais Jésus ne cherche rien à expliquer lorsqu'il s'agit du monde qui gît dans le mal. Pour Lui, semble-t-il, le mal n'a ni explication ni justification. Il n'avance aucun raisonnement théologique, aucun des arguments auxquels recourent si souvent les représentants des différentes écoles de théologie morale. Il dit quelque chose de plus terrible, quelque chose qu'aucun théologien n'aurait sûrement osé dire à haute voix: il n'y a aucune justice dans le monde; la vertu n'y est pas récompensée et le vice n'y est pas puni, et la tour peut s'écrouler sur la tête de chacun, qu'il soit juste ou pécheur (v. 2, 4).
Le seul moyen d'éviter ce sort est la conversion («repentir») (v. 3, 5). Dans la bouche de Jésus, la conversion était sans aucun doute inséparable de la disponibilité à accueillir le Royaume qu'Il a apporté dans le monde. Et à l'accueillir non pas un jour, lorsque celui qui l'accueille sera «mûr», mais ici et maintenant, quand le Royaume rejoint celui qui se convertit. Tel est aussi le sens de la parabole du figuier que Jésus raconta à ceux qui Lui posaient la question (v. 6-9): si quelqu'un reste encore vivant dans un monde plein de mal, c'est seulement parce que Dieu lui donne encore et encore du temps et la possibilité de se convertir.
Mais la situation est déjà limite, tous les délais sont depuis longtemps passés, et chaque fois qu'il remet la conversion à plus tard, celui qui l'ajourne risque de ne pas vivre jusqu'à la tentative suivante. Dans ce monde, il n'y a pas de salut; il n'est que dans le Royaume, et il ne faut pas tarder, en repoussant le moment de la rencontre avec lui: mieux vaut maintenant que plus tard, quand il sera déjà trop tard. Voilà pourquoi Jésus traite avec tant de fermeté toute tentative de reléguer le Royaume au second plan et de remettre la rencontre avec lui «à plus tard». Il guérit ostensiblement le jour du sabbat (v. 10-13), non seulement parce que, pour la manifestation du Royaume, la synagogue, l'assemblée des fidèles, est le lieu le plus approprié, et le sabbat, le jour de Dieu, le temps le plus approprié. Il agit ainsi aussi parce que l'attente, dans ce cas, est une question de vie ou de mort. Il dit au chef de la synagogue: ne donnez-vous pas à boire à votre bétail le jour du sabbat? Vous savez que, sinon, l'animal mourra, et c'est pourquoi vous ne considérez pas comme une violation du sabbat le fait que quelqu'un détache une bête et la conduise boire; en quoi l'homme serait-il moins digne, d'autant plus s'il appartient au peuple de Dieu (v. 15-16)?
Certes, Jésus ne pouvait ignorer la réponse traditionnelle à la question qu'Il posait: l'animal, si on ne lui donne pas d'eau, risque de mourir de soif; c'est pourquoi abreuver un animal n'est pas considéré comme une violation du sabbat. Quant à la femme guérie par Jésus, elle aurait tranquillement vécu jusqu'à la fin du jour du sabbat, comme elle avait déjà vécu de nombreuses années, et, du point de vue d'un homme fidèle à la tradition religieuse, il n'y avait aucune nécessité de se hâter de la guérir. Mais Jésus ne peut ni ne veut attendre pour faire participer l'homme au Royaume. À la différence du chef de la synagogue, Il sait combien le temps se resserre en allant vers sa fin. Et Il se hâte, Il se hâte afin que le Royaume s'ouvre à chacun de ceux qui le cherchent et sont prêts à l'accueillir.
