2 Jean, Chapitre 1, vers 4-9
4 Le commandement de la charité., 7 Les antichrists.Luc, Chapitre 17, vers 26-37
IV. La montée vers Jérusalem> 22 Le Jour du Fils de l’homme.Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

4 d) Littéralement « marchent dans la vérité », parce qu’ils observent les commandements dans l’amour.
6 e) Ou « Ce commandement, vous devez l’observer tel que vous l’avez appris dans le début. »
8 f) Var. (Vulg.) « vos travaux ».
9 g) Les hérétiques se croyaient « avancés » en prétendant dépasser les bornes de l’enseignement apostolique, 1 Jn 2.18, 23, pour se livrer au jeu des pures spéculations ; cf. 1 Tm 6.4 ; 2 Tm 2.16 ; Tt 3.9 ; etc.
9 h) Ce peut être aussi bien la doctrine enseignée par le Christ que la doctrine le concernant.
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).