8 Ayez les yeux sur vous, pour ne pas perdre le fruit de nos travaux, mais recevoir au contraire une pleine récompense. |
Que veut dire l'apôtre lorsqu'il appelle ses compagnons dans la foi à « veiller sur eux-mêmes » afin de ne pas perdre la récompense promise ? De quelle perte est-il question ? Et sur quoi exactement faut-il veiller pour que tout soit en ordre ?
À en juger par le contexte de cette parole, on peut penser qu'il s'agit de doctrine, d'orthodoxie, qu'il faut préserver, sinon il y a un risque de perdre le Royaume et, avec lui, le salut. À première vue, un tel appel est tout à fait naturel : les représentants de tout enseignement religieux, et d'ailleurs de tout autre enseignement, se préoccupent toujours, à un degré ou à un autre, de la pureté de leurs propres rangs, y compris de la pureté, pour ainsi dire, de la vision du monde. Après tout, toute communauté religieuse a besoin d'adhérents capables de propager l'enseignement et d'attirer de nouveaux membres. Mais le christianisme n'est pas une religion ; il est la vie dans le Royaume apporté dans le monde par le Sauveur. Pour en être habitant, il faut la fidélité non à une idée, non à une doctrine et non à un credo, mais à Dieu et au Christ, à la Torah et à l'Évangile. C'est une question moins de convictions que de vie pratique, moins d'orthodoxie que d'orthopraxie.
Mais alors, quel rapport les questions de juste croyance ont-elles avec cela ? Peuvent-elles influencer cette vie même dans le Royaume qui constitue l'essence du christianisme ? Il est évident que si une telle influence est possible, elle ne l'est que sous un seul aspect : celui des relations qui lient un habitant du Royaume à Dieu, au Christ et aux prochains. Les relations de l'homme avec Dieu et les prochains sont décrites et réglées de façon exhaustive par la Torah ; le Décalogue leur suffit. Mais les relations avec Jésus dépendent à bien des égards de celui que voit en lui l'homme qui s'approche de lui. La question de Jésus, « Qui dit-on que je suis ? Et vous, qui dites-vous que je suis ? », s'adresse en réalité à chacun de nous. Et il faut y répondre chaque fois que l'on veut partager le repas avec lui lors de la fraction du pain dans l'assemblée ecclésiale.
Apparemment, déjà au temps de Jean, il y avait dans l'Église et autour d'elle beaucoup de gnostiques pour qui Jésus n'était jamais un Homme, et qui étaient prêts à voir en lui plutôt un ange ou quelque esprit supérieur. Le danger spirituel ne résidait pas ici dans la fausse croyance comme telle, mais dans le fait qu'une telle vision de Jésus rendait impossible la transformation de l'homme, et donc impossible la participation au Royaume, du moins dans cette vie. Alors la fraction du pain et l'existence même de l'Église perdaient leur sens : selon la définition d'un autre apôtre, elle ne pouvait en aucune manière être le « corps du Christ » dans un tel cas, et en toute autre qualité elle ne pouvait donner à l'homme rien que la Synagogue ne puisse lui donner.
L'orthodoxie n'a jamais été nécessaire à l'Église en elle-même ; en elle-même, elle pouvait n'être nécessaire qu'à des structures ecclésiastiques parasitant sur elle. Pour l'Église elle-même, en fait, elle n'a toujours été nécessaire que du point de vue de la question principale que Jésus posa un jour aux apôtres : qui dites-vous que je suis ? Car la possibilité même de la vie dans le Royaume dépend de la réponse à cette question. Et donc aussi la possibilité du salut.
8 Ayez les yeux sur vous, pour ne pas perdre le fruit de nos travaux, mais recevoir au contraire une pleine récompense. |
9 Quiconque va plus avant et ne demeure pas dans la doctrine du Christ ne possède pas Dieu. Celui qui demeure dans la doctrine, c’est lui qui possède et le Père et le Fils. |
Aujourd'hui, l'apôtre Jean nous rappelle une possibilité assez désagréable : il apparaît que tout ce pour quoi nous travaillons dans l'Église, nos relations avec Dieu, tout cela peut être perdu. On a tant envie de s'asseoir et de se détendre… mais on ne le peut pas. L'apôtre Jean dit que, pour ne pas perdre ce qui a été atteint, il faut veiller sur soi-même. Comment cela ? La grâce est pourtant donnée pour toujours, Dieu ne reprend pas Ses dons… C'est vrai, mais ce n'est pas toute la vérité. Car il n'y a pas seulement Lui, qui est immuable, il y a aussi nous, qui changeons, et pas toujours dans le bon sens. C'est de cela que parle Jean : il faut sans cesse confronter son état intérieur au critère fondamental, Ses commandements.
1 Moi, l’Ancien, à la Dame élue et à ses enfants, que j’aime en vérité non pas moi seulement, mais tous ceux qui ont connu la Vérité — |
2 en raison de la vérité qui demeure en nous et restera avec nous éternellement. |
3 Avec nous seront grâce, miséricorde, paix, de la part de Dieu le Père et de la part de Jésus Christ, le Fils du Père, en vérité et amour. |
4 Je me suis beaucoup réjoui d’avoir rencontré de tes enfants qui vivent dans la vérité, selon le commandement que nous avons reçu du Père. |
5 Et maintenant, Dame, bien que ce ne soit pas un commandement nouveau que je t’écris mais celui que nous possédons depuis le début, je te le demande, aimons-nous les uns les autres. |
6 L’amour consiste à vivre selon ses commandements. Et le premier commandement, ainsi que vous l’avez appris dès le début, c’est que vous viviez dans l’amour. |
7 C’est que beaucoup de séducteurs se sont répandus dans le monde, qui ne confessent pas Jésus Christ venu dans la chair. Voilà bien le Séducteur, l’Antichrist. |
8 Ayez les yeux sur vous, pour ne pas perdre le fruit de nos travaux, mais recevoir au contraire une pleine récompense. |
9 Quiconque va plus avant et ne demeure pas dans la doctrine du Christ ne possède pas Dieu. Celui qui demeure dans la doctrine, c’est lui qui possède et le Père et le Fils. |
10 Si quelqu’un vient à vous sans apporter cette doctrine, ne le recevez pas chez vous et abstenez-vous de le saluer. |
11 Celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises. |
12 Ayant beaucoup de choses à vous écrire, j’ai préféré ne pas le faire avec du papier et de l’encre. Mais j’espère vous rejoindre et vous parler de vive voix, afin que notre joie soit parfaite. |
13 Les enfants de ta sœur Élue te saluent. |
La vérité nous a déjà été donnée une fois pour toutes, et personne ne pourra nous l’enlever, à moins que nous n’y renoncions nous-mêmes. Or, extérieurement, le refus de la vérité peut ne pas ressembler à un reniement direct. Le signe de la fidélité à la vérité est l’amour de Dieu, qui se manifeste par l’observance de Ses commandements. On peut donc déchoir de la vérité tout en la reconnaissant en théorie, si l’on ne vit pas en accord avec elle.
Les séducteurs qui cherchent à semer la discorde parmi les chrétiens ne confessent pas Jésus Christ venu dans la chair. Un antichrist, pas nécessairement le dernier, puisqu’il peut être l’un des nombreux « petits antichrists », peut qualifier le Christ de quelque chose comme un « esprit incorporel », à la manière de certains hérétiques qui niaient la réalité de Son incarnation et prétendaient illusoires Ses souffrances sur la croix. Les séducteurs peuvent aussi ne pas confesser le Christ du tout, en niant Son existence et, par conséquent, Sa venue dans la chair. Enfin, ils peuvent même Le reconnaître comme une personne réelle, mais nier qu’Il soit le Fils de Dieu venu dans la chair. Dans tous ces cas, il ne s’agit pas de personnes sincères mais égarées, qui ne savent rien du Christ, mais d’idéologues qui opposent au message évangélique leurs propres faux enseignements et cherchent ainsi à séduire ceux qui ont cru.
L’appel à ne pas fréquenter de telles personnes et même à ne pas les saluer pourrait paraître excessif et contraire aux principes de tolérance et de bon voisinage. Mais il faut tenir compte du fait qu’il ne s’agit pas ici de voisins qui n’ont pas encore accueilli le Christ, mais de prédicateurs itinérants qui se rendent dans les communautés fraternelles pour y introduire la discorde et le trouble. Eux-mêmes n’entendent nullement respecter les principes de la tolérance religieuse et ne comptent pas se montrer de bons voisins pacifiques. Il faut les aimer eux aussi, mais il s’agit, hélas, de l’amour des ennemis.
Profaner le don reçu du Seigneur est pire encore que de ne l’avoir jamais reçu.
1 Moi, l’Ancien, à la Dame élue et à ses enfants, que j’aime en vérité non pas moi seulement, mais tous ceux qui ont connu la Vérité — |
2 en raison de la vérité qui demeure en nous et restera avec nous éternellement. |
3 Avec nous seront grâce, miséricorde, paix, de la part de Dieu le Père et de la part de Jésus Christ, le Fils du Père, en vérité et amour. |
4 Je me suis beaucoup réjoui d’avoir rencontré de tes enfants qui vivent dans la vérité, selon le commandement que nous avons reçu du Père. |
5 Et maintenant, Dame, bien que ce ne soit pas un commandement nouveau que je t’écris mais celui que nous possédons depuis le début, je te le demande, aimons-nous les uns les autres. |
6 L’amour consiste à vivre selon ses commandements. Et le premier commandement, ainsi que vous l’avez appris dès le début, c’est que vous viviez dans l’amour. |
7 C’est que beaucoup de séducteurs se sont répandus dans le monde, qui ne confessent pas Jésus Christ venu dans la chair. Voilà bien le Séducteur, l’Antichrist. |
8 Ayez les yeux sur vous, pour ne pas perdre le fruit de nos travaux, mais recevoir au contraire une pleine récompense. |
9 Quiconque va plus avant et ne demeure pas dans la doctrine du Christ ne possède pas Dieu. Celui qui demeure dans la doctrine, c’est lui qui possède et le Père et le Fils. |
10 Si quelqu’un vient à vous sans apporter cette doctrine, ne le recevez pas chez vous et abstenez-vous de le saluer. |
11 Celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises. |
12 Ayant beaucoup de choses à vous écrire, j’ai préféré ne pas le faire avec du papier et de l’encre. Mais j’espère vous rejoindre et vous parler de vive voix, afin que notre joie soit parfaite. |
13 Les enfants de ta sœur Élue te saluent. |
Aujourd’hui sont lus deux textes qui frappent, à première vue, par la divergence des pensées. La Deuxième lettre de Jean peut être appelée une lettre d’un pasteur à ses amis, dans laquelle il les bénit et les informe de sa venue. Dans le texte évangélique, nous lisons le récit de l’exécution et de la mort du Christ. Et, après avoir lu ces textes, il semble qu’après une telle exécution du maître, un groupe de personnes continue son œuvre, parle de ce dont il parlait, se souvient de lui. Mais il n’en est pas ainsi. Jésus avant sa mort : « Mon Dieu, Mon Dieu ! Pourquoi M’as-tu abandonné ? ». Et comme en réponse aux paroles du Christ, s’adressant à la famille des chrétiens, l’apôtre écrit : « celui qui demeure dans l’enseignement du Christ a le Père et le Fils ». C’est pour nous une indication que, en suivant le Christ, nous ne sommes pas seuls sur ce chemin. Les doutes et les peurs peuvent nous tourmenter, ainsi que le sentiment d’abandon et de désarroi, mais nous sommes gardés et conduits par le Christ. La mort du Christ nous a annoncé la Résurrection d’entre les morts et le salut du monde par Son sacrifice, par la Communion. Et en suivant le Christ, nous devons nous souvenir de Son sacrifice et communier à Ses Saints Mystères. Le Carême est un temps de prière constante et de marche sur le chemin du repentir. Par le Carême, l’Église aide le chrétien sur ce chemin. Mais le chemin du repentir passe toujours par la Communion, sans condamnation, avec un cœur pur et dans l’humilité. Parcourons le chemin de ceux qui L’ont suivi en Galilée, qui sont venus à Jérusalem et sont devenus les témoins muets et souffrants de l’exécution. Et approchons des jours lumineux de Pâques dans la prière et dans une participation particulière aux œuvres du Christ.
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