Passant du thème de la fin des temps, Paul aborde celui de l'élection. À première vue, il peut sembler que...
Passant du thème de la fin des temps, Paul aborde celui de l'élection (13–14). À première vue, il peut sembler que l'un n'a aucun rapport avec l'autre. Pourtant, à y regarder de plus près, il devient clair que ce n'est pas tout à fait le cas. En parlant de «l'élection pour le salut», l'apôtre suit sans aucun doute la conception du Messie et du peuple de Dieu généralement admise à son époque dans le milieu rabbinique, selon laquelle le Messie et le peuple avaient été conçus par Dieu avant même la création du monde. Bien sûr, il ne s'agit pas ici du destin de personnes concrètes, que Dieu ne prédétermine nullement en laissant à l'homme la liberté de choisir, mais seulement du fait même de l'existence du peuple de Dieu, destiné à apparaître dans le monde et à jouer son rôle dans le dessein divin. Paul applique cette représentation à l'Église, en laquelle il voit le nouveau peuple de Dieu. En se tournant vers le Christ et en entrant dans le Royaume, celui qui y est admis devient une partie du peuple de Dieu conçu avant la création du monde, et un participant du plan qui existe depuis toujours. Mais l'avènement du Royaume de Dieu fait lui aussi partie de ce plan, dont la réalisation est entrée dans une étape nouvelle et décisive avec la venue du Sauveur dans le monde.
La diffusion de la «parole», c'est-à-dire du témoignage, n'est rien d'autre que l'entrée du Royaume dans le monde: c'est précisément par le témoignage que ceux qui cherchent une vie nouvelle y sont associés. Ce n'est pas un hasard si l'apôtre parle de l'importance de la diffusion et de la «glorification» de la parole, ainsi que de la nécessité d'être délivré de ceux qui prêchent le Royaume sans sincérité (1–2). En mentionnant la «glorification», Paul a sans aucun doute en vue la présence de Dieu, révélée à Moïse lors de la théophanie du Sinaï (Ex 3:1–6) et accompagnant le peuple tout au long de son histoire, que l'on appela par la suite «gloire de Dieu» ou «gloire de Yahvé» (dans la traduction synodale, «gloire du Seigneur»).
L'entrée dans le Royaume supposait naturellement aussi de demeurer dans la présence de Dieu, cette sanctification des fidèles et, par eux, du monde entier, qui auparavant, avant la venue du Christ dans le monde, n'était possible qu'en partie, mais qui est désormais devenue possible dans toute sa plénitude. C'est en cela que consiste le plan de Dieu, auquel participe quiconque entre dans la vie du Royaume. Il n'est donc pas étonnant que l'histoire du Royaume et de son avènement dans notre monde en cours de transfiguration, mais pas encore transfiguré jusqu'au bout, le chemin spirituel de chaque fidèle et le dessein de Dieu qui détermine l'un et l'autre se trouvent unis en un seul tout. Le Royaume n'appartient pas à Dieu seul. Il le partage avec chacun de ceux qui, à leur tour, sont prêts à partager leur vie avec Lui.
15 s) Les traditions enseignées par Paul pendant son séjour ou par écrit depuis son départ, 2.2, 5 ; 3.6 ; 1 Th 3.4 ; 4.2, 6 ; 5.27, englobent dans le message évangélique, cf. 1 Th 2.13, les principes directeurs de la vie chrétienne, cf. 1 Th 4.1 ; 1 Co 11.2, 23-25.
2 Th présente de frappantes ressemblances littéraires avec 1 Th, au point que des critiques y ont vu l’œuvre d’un faussaire qui se serait inspiré de saint Paul en imitant son style. Mais on ne voit guère le motif d’un tel faux, et il est plus simple de penser que l’Apôtre lui-même, voulant corriger certains éléments mal compris de son enseignement eschatologique 1 Th 5.2, 9, a écrit cette deuxième lettre en reprenant des formules de la première. Les deux écrits ne se contredisent pas mais se complètent ; et leur authenticité est également bien attestée par l’ancienne tradition de l’Église.
Outre leur intérêt de présenter déjà en germe bien des thèmes que reprendront les épîtres ultérieures, celles-ci sont importantes surtout par leur doctrine sur l’eschatologie. En cette étape ancienne de son apostolat, la pensée de l’Apôtre apparaît toute centrée sur la résurrection du Christ et sur sa venue en gloire qui apportera le salut à ceux qui auront cru en lui, fussent-ils déjà morts, 1 Th 4.13-18. Cette venue glorieuse, il la décrit selon les traditions de l’apocalyptique juive et du christianisme primitif (discours eschatologique des Synoptiques, surtout de Mt). Conformément aux enseignements de Jésus, tantôt il insiste sur l’imminence imprévisible de cette venue qui requiert la vigilance, 1 Th 5.1-11, au point de donner l’impression que lui et eux la verront de leur vivant, 1 Th 4.17, tantôt il calme ses fidèles agités par cette perspective, en leur rappelant que le Jour n’est pas encore arrivé et doit être précédé de certains signes, 2 Th 2.1-12. Ceux-ci ne sont plus aussi clairs pour nous qu’ils devaient l’être pour les lecteurs. Il semble que Paul conçoive l’Antichrist comme un individu réservé pour la fin des temps. Quant à l’obstacle « qui le retient présentement », 2 Th 2.6, certains interprètes y ont vu l’Empire romain, d’autres la prédication évangélique, et la chose reste incertaine.