« Et encore : Toi, Seigneur, au commencement, Tu as fondé la terre, et les cieux sont l’œuvre de Tes mains ; ils périront, mais Toi Tu demeures ; tous vieilliront comme un vêtement, et Tu les rouleras comme un manteau... » Dans le texte d’aujourd’hui, l’apôtre renvoie au texte...
« Et encore : Toi, Seigneur, au commencement, Tu as fondé la terre, et les cieux — sont l’œuvre de Tes mains ; ils périront, mais Toi Tu demeures ; tous vieilliront comme un vêtement, et Tu les rouleras comme un manteau... »
Dans le texte d’aujourd’hui, l’apôtre renvoie au texte du prophète Isaïe : « Levez les yeux vers les cieux et regardez en bas vers la terre ; car les cieux s’évanouiront comme une fumée, et la terre vieillira » (Is 51:6). Mais ce n’est évidemment pas le seul passage du livre du prophète Isaïe où il est question de la fin des jours. Cela fait partie de tout ministère prophétique : rappeler aux hommes la fin des jours « de la terre et du ciel », la fin de l’existence de l’Univers physique. « Toute l’armée des cieux se dissoudra ; les cieux seront roulés comme un livre ; et toute leur armée tombera comme tombe la feuille de la vigne, comme tombe la feuille flétrie du figuier » (Is 34:4).
Sergueï Averintsev écrivait ainsi : « D’une ultime lumière s’éclaire le firmament, / Les murs blancs comme une mort paisible, / en rouleau se replient tous les temps, / les minutes tardent et la coupe est pleine ». La mort paisible est quelque chose de très important pour nous aujourd’hui aussi, parce que les images de la fin peuvent nous effrayer, et donc nous plonger inévitablement dans la dépression. Et les paroles d’Averintsev ne sont pas une interprétation tardive dont nous pourrions ne pas faire confiance à la consolation parce qu’elle serait trop moderne, trop jeune, non éprouvée par le temps. Non : le prophète lui-même dit aussitôt : « Dites à ceux qui ont le cœur troublé : ne craignez pas ; voici votre Dieu, la vengeance viendra, la rétribution de Dieu ; Il viendra et vous sauvera » (Is 35:4). Il suffit seulement d’entrer dans la paix de Dieu, maintenant, encore sur la terre, et alors de dire avec joie avec l’apôtre : « Tu es le même, et Tes années ne finiront pas ».
Notre propre destin après la mort ne nous importe pas ; nous aimons tellement le Seigneur que nous dissolvons en Lui notre moi propre. L’essentiel, c’est que « Tu es le même, et Tes années ne finiront pas » ; l’essentiel, c’est que Toi, Dieu bien-aimé, Tu ne mourras pas de la mort de la corruption. Et en Toi sont tous ceux qui sont entrés dans Ta paix, et que nous aimons tant.
1 k) Si Dieu parle aux hommes par un fils qui les sauve et que servent les anges, comment pourraient-ils ne pas prendre au sérieux une telle économie ?
2 l) La Loi mosaïque, transmise par l’intermédiaire des anges, cf. Ga 3.19, sanctionnée par de sévères pénalités.
7 m) Le terme « fils de l’homme » qu’on lit au Ps 8.5 permet l’application en trois temps du psaume à Jésus il a été « pour peu (de temps) » inférieur aux anges, après la mort il a été « couronné », à la fin des temps il dominera sur tout.
8 n) Les premiers chrétiens méprisés et persécutés attendent encore l’avènement du règne de Dieu sur terre, 2 P 3.4. Mais le Christ lui-même est déjà entré dans la gloire, bien que son règne militant soit progressif ; il doit abattre tous ses ennemis, 1.13, avant sa pleine et triomphante consommation, 1 Co 15.25 ; Ep 1.21-22 ; Ph 3.20-21.
9 o) Le couronnement « de gloire et d’honneur » implique soit la proclamation royale soit la consécration sacerdotale, 5.4-5.
9 p) « par la grâce de Dieu »; var. peu attestée « hors de Dieu ». C’est sans doute une glose, qui veut peut-être souligner l’impassibilité de la divinité du Christ c’est seulement comme homme que Jésus a souffert, ou faire allusion au cri de Jésus sur la croix, Mt 27.46. Enfin, on peut comprendre que le Christ a souffert pour tous, à l’exception du Dieu, cf. 1 Co 15.27.
À la différence de toutes les précédentes, l’épître aux Hébreux a vu son authenticité mise en question dès l’Antiquité. Sa canonicité a été rarement contestée, mais l’Église d’Occident a refusé jusqu’à la fin du IVe siècle de l’attribuer à saint Paul ; et si celle d’Orient a accepté cette attribution, ce ne fut pas sans faire parfois des réserves en ce qui concerne sa forme littéraire (Clément d’Alexandrie, Origène). C’est qu’en effet la langue et le style de cet écrit sont d’une pureté élégante qui n’appartient pas à saint Paul. La manière de citer et d’utiliser l’AT n’est pas la sienne. L’adresse et le préambule par lesquels il a coutume de commencer ses lettres font ici défaut.
On peut toutefois reconnaître des résonances de la pensée paulinienne là où est développé le thème de la foi : la Loi ancienne a été donnée par l’intermédiaire des anges (2.2 ; cf. Ga 3.19), la défaillance de la génération sortie d’Égypte et disparue pendant la traversée du désert constitue un avertissement pour les croyants (3.7-4.2 ; cf. 1 Co 10.1-13), les destinataires sont comme des enfants qui ont besoin du lait maternel (5.12, cf. 1 Co 3 ;1-3 ; 1 P 2.2), Abraham est l’exemple de la foi (6.12-15 ; 11.19 ; cf. Rm 4.17-21), l’Alliance du Sinaï s’oppose à la Jérusalem nouvelle (12.18-24 ; cf. Ga 4.24-26), etc. Un « billet » final cite Timothée et le langage de cet écrit rappelle parfois les épîtres pastorales et celles de la prison.
Ces considérations ont amené nombre de critiques catholiques et protestants à admettre un rédacteur évoluant dans la mouvance paulinienne, mais l’accord n’existe plus quand il s’agit d’identifier l’auteur anonyme. Toutes sortes de noms ont été proposés, tels que Barnabé, Aristion, Silas, Apollos, Priscilla, etc. Il semble plus simple d’essayer d’en tracer le portrait : il s’agit d’un Juif de culture hellénistique, familier de l’art oratoire, attentif à une interprétation ponctuelle des passages vétérotestamentaires qu’il utilise, souvent d’après la version des LXX, pour appuyer ses arguments.
Le lieu et la date de composition, ainsi que les destinataires, ne sont pas non plus assurés. Il semble que l’écrit ait été envoyé depuis l’Italie (13.24, mais l’expression n’est pas claire) et qu’il ait été rédigé avant la destruction de Jérusalem. Mais, s’il parle effectivement de la liturgie vétérotestamentaire comme d’une réalité encore actuelle (8.4s ; 13.10), il ne fait jamais allusion au Temple détruit par Tite en 70 après J.-C. et se réfère toujours à la Tente du désert et aux textes qui la décrivent, encore en vigueur au-delà des vicissitudes historiques concernant le sanctuaire. Même la résonance de certains passages de 1.1-13 dans la Prima Clementis – que l’on accepte ou non l’hypothèse d’un fonds commun de références bibliques – n’est pas très utile, compte tenu des difficultés de datation de l’écrit clémentin. Hébreux fait ensuite allusion à une persécution désormais finie (10.32-34) ou en voie d’extinction (13.3), mais ces données sont trop minces pour nous aider à décider d’une date. Ce qui est sûr, en revanche, c’est une certaine distance dans le temps par rapport à la prédication apostolique (2.3-4) et à la première annonce reçue par les destinataires eux-mêmes faite par des « chefs » qui ne sont pas mieux identifiés (13.7 ; cf. 10.32). Hébreux réserve au seul Christ le titre d’« apôtre » (3.1).
Étant donné que la préoccupation principale de l’écrivain semble être celle de mettre en garde contre le danger d’apostasie (6.4-8 ; 10.19-39) et de conforter ceux qui semblent regretter la splendeur du culte mosaïque et le côté rassurant – y compris du point de vue psychologique – d’une religion officielle que les jeunes communautés chrétiennes n’étaient pas en mesure de garantir (9.9b-10), on peut penser que les destinataires étaient des Hébreux convertis en milieu hellénistique ou bien des gentils fascinés par la culture hébraïque, à l’image des lecteurs auxquels s’adresse Philon d’Alexandrie. Ce qui est sûr c’est qu’ils devaient être familiarisés – à travers la catéchèse ou l’exégèse juive contemporaine – avec un certain jargon technique issu de la lecture des LXX (cf. 5.10 ; 7.11) ainsi qu’avec certaines interprétations traditionnelles (7.1-3 ; 11.17-19). On ne peut pas en dire autant en ce qui concerne le Temple : les descriptions de lieux et de rites sont abondantes mais elles ne sont pas toujours précises (cf. 9.1-4 ; 10.11 ; 13.21).
Il y a aussi discussion à propos du genre littéraire auquel appartiendrait He : lettre, discours, traité sous forme épistolaire ? La langue a, en effet, la spontanéité du langage parlé (p. ex. : 2.5 ; 7.4 ; 9.5 ; 11.32), en même temps, l’ensemble présente des décrochages subits (3.1 ; 8.1 ; 10.1 ; 13.1), des répétitions (2.1-4 ; 12.25 ; 2.17-18 ; 4.14-16 ; 6.4-8 ; 10.26-31) et surtout des reprises du thème principal après de longs intervalles qui cadrent mal dans le contexte (4.4-16 ; 5.9-10 ; 6.20 ; 8.1-2 ; 9.11 ; 10.19-23). Tout cela ne rappelle pas le genre de l’homélie qui, elle, doit tenir en haleine un auditoire du début jusqu’à la fin. En outre, la disposition quasi concentrique des thèmes cadre encore moins avec le genre du discours : apparemment on parle du sacerdoce et du sacrifice du Christ dans un passage central (7.1-10.8) ; de la persévérance dans la foi, dans deux passages symétriques (3.1-4.14 ; 10.19-12.13) encadrés par deux discours, l’un sur les anges (1 ;5-2.18) l’autre étant une parénèse aux teintes apocalyptiques (12.14-13.19). Il n’y aurait pas d’auditeur qui ne s’y perde !
Encore est-il possible de reconnaître deux parcours argumentaires. Le premier prend son élan de l’exégèse christologique de Ps 8 en 2.5-18, il se prolonge en 5.1-10 pour atteindre son plein développement en 7.1-28 ; 10.1-18 est enrichi d’une parénèse (10.26-36 et 12.14-17) et arrive à sa conclusion en 13.20-21. Ce premier parcours est spécifiquement consacré au sacerdoce du Christ. Le second parcours développe le thème de la foi, suivant l’exemple du peuple de l’Exode et il est reconnaissable surtout en 1.1-3 ; 2.1-4 ; 3.1-4.13 ; 10.36-12.3 ; 12.18-25. C’est bien à l’intérieur de ce thème que sont concentrés les traits les plus marqués d’inspiration paulinienne. L’insertion (cf. 13.1) des chapitres 8 et 9, qui brise la continuité entre 7.28 et 10.1, (qui présente des doublets avec 10.1-18 et qui constitue le thème auquel on fait le plus souvent appel dans les reprises du sujet, ci-dessus citées) peut être considérée comme un développement complémentaire du premier parcours argumentaire.
Vraisemblablement deux homélies, écrites pour être prononcées, ont été fusionnées dans la phase rédactionnelle de façon à regrouper les parénèses vers la fin du texte. C’est à cette phase que l’on pourrait attribuer l’insertion de 8-9, les reprises et la récapitulation de 13.9-15. Certes, n’importe quelle subdivision a son côté arbitraire ; je suivrai celle-ci dans la présentation de la traduction du texte.
Le premier auteur conçoit la révélation biblique comme un « continuum » (1.1-2) en quatre temps : le temps des Patriarches et des promesses (6.13-18) ; le temps de la Loi, « ombre » (8.5 ; 10.1) et réalisation « charnelle » (7.16) ; la relance des promesses à travers David et les Prophètes (4.7 ; 7.28 ; 8.7-13 ; l’« image » de 10.1) ; et enfin l’ère eschatologique, l’« aujourd’hui » (4.7) qui nous englobe (11.39-40) inauguré par le Christ. L’auteur ébauche les traits de ce temps à partir d’une conception de l’univers constitué en deux plans, les « éons »: l’univers immanent que nous ne voyons pas encore soumis au Christ (2.8) et l’univers divin, fondement de la réalité selon la mentalité hellénistique et selon certains courants de l’apocalyptique juive, dans lequel Jésus est rentré en tant que roi (1.6) et comme prêtre après avoir été libéré du pouvoir de la mort (5.7 ; 13.20). Une réédition postérieure (chap. 8-9) présente l’action sacerdotale éternelle qu’il exerce, en continuité avec l’offre de soi-même accomplie pendant sa vie. Cela permet au croyant de s’approcher de Dieu en pleine confiance, sans médiation humaine.
En effet, la vie du fidèle doit être considérée comme un exode continu vers une patrie promise (4.1-6) qui ne peut pas être identifiée avec un lieu terrestre quel qu’il soit (4.8 ; 11.13 ; 13.14).
Cette affirmation, qui est loin d’être banale pour des Hébreux – même hellénisés – vivant entre deux révoltes juives (64-135 ap. J.-C.), doit être intégrée à l’idée que l’existence terrestre, vécue dans l’obéissance au Christ (5.9) précurseur et guide du salut (6.20 ; 2.10), est elle-même une liturgie (13.15-16).