Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 17 juillet 2004

La Bible de Jérusalem (fr)

Isaïe, Chapitre 25

I. Première partie du livre d’Isaïe> 1 Hymne d’action de grâces., 6 Le festin divin.
Yahvé, tu es mon Dieu,
je t’exalterai, je louerai ton nom,
car tu as accompli des merveilles,
les desseins de jadis, fidèlement, fermement.
Car tu as fait de la ville un tas de pierres,
la cité fortifiée est une ruine,
la citadelle des étrangers n’est plus une ville,
jamais elle ne sera reconstruite.
C’est pourquoi un peuple fort te glorifie,
la cité des nations redoutables te craint.
Car tu as été un refuge pour le faible,
un refuge pour le malheureux plongé dans la détresse,
un abri contre la pluie, un ombrage contre la chaleur,
car le souffle des violents est comme la pluie d’hiver.
Comme la chaleur sur une terre aride,
tu apaises le tumulte des étrangers :
la chaleur tiédit à l’ombre d’un nuage,
le chant des violents se tait.
Yahvé Sabaot prépare pour tous les peuples, sur cette montagne,
un festin de viandes grasses, un festin de bons vins,
de viandes mœlleuses, de vins dépouillés.
Il fait disparaître sur cette montagne
le voile qui voilait tous les peuples
et le tissu tendu sur toutes les nations ;
il fait disparaître la mort à jamais.
Le Seigneur Yahvé essuie les pleurs sur tous les visages,
il ôtera l’opprobre de son peuple sur toute la terre,
car Yahvé a parlé.
Et on dira, en ce jour-là :
Voyez, c’est notre Dieu,
en lui nous espérions pour qu’il nous sauve ;
c’est Yahvé, nous espérions en lui.
Exultons, réjouissons-nous du salut qu’il nous a donné.
10 Car la main de Yahvé reposera sur cette montagne
et Moab sera foulé sur place,
comme on foule la paille dans la fosse à fumier.
11 Il étend les mains, au milieu de la montagne,
comme le nageur les étend pour nager.
Mais il rabaissera son orgueil,
malgré les efforts de ses mains.
12 Et la place forte inaccessible de tes remparts,
il l’a abattue, abaissée, renversée à terre, dans la poussière.

Isaïe, Chapitre 26

I. Première partie du livre d’Isaïe> 1 Hymne d’action de grâces., 7 Psaume., 20 Le passage du Seigneur.
En ce jour-là, on chantera ce chant au pays de Juda :
Nous avons une ville forte ;
pour nous protéger, il a mis mur et avant-mur.
Ouvrez les portes ! Qu’elle entre, la nation juste
qui observe la fidélité.
C’est un dessein arrêté : tu assureras la paix,
la paix qui t’est confiée.
Confiez-vous en Yahvé à jamais !
Car Yahvé est un rocher, éternellement.
C’est lui qui a précipité les habitants des hauteurs, la cité élevée ;
il l’abaisse, il l’abaisse jusqu’à terre,
il lui fait mordre la poussière.
Elle sera foulée aux pieds,
par les pieds du malheureux, par les pas du faible.
Le sentier du juste, c’est la droiture,
tu aplanis la droite trace du juste.
Oui, dans le sentier de tes jugements, nous t’attendions, Yahvé,
à ton nom et à ta mémoire va le désir de l’âme.
Mon âme t’a désiré pendant la nuit,
oui, au plus profond de moi, mon esprit te cherche,
car lorsque tu rends tes jugements pour la terre,
les habitants du monde apprennent la justice.
10 Si l’on fait grâce au méchant sans qu’il apprenne la justice,
au pays de la droiture il fait le mal,
sans voir la majesté de Yahvé.
11 Yahvé, ta main est levée et ils ne voient pas !
Ils verront, pleins de confusion, ton amour jaloux pour ce peuple,
oui, le feu préparé pour tes ennemis les dévorera.
12 Yahvé, tu nous assures la paix,
et même toutes nos œuvres, tu les accomplis pour nous.
13 Yahvé notre Dieu, d’autres maîtres que toi ont dominé sur nous,
mais, attachés à toi seul, nous invoquons ton nom.
14 Les morts ne revivront pas, les ombres ne se relèveront pas,
car tu les as visités, exterminés,
tu as détruit jusqu’à leur souvenir.
15 Tu as fait de nous une nation, Yahvé,
tu as fait de nous une nation et tu as été glorifié.
Tu as fait reculer les limites du pays.
16 Yahvé, dans la détresse ils t’ont cherché,
ils se répandirent en prière
car ton châtiment était sur eux.
17 Comme la femme enceinte à l’heure de l’enfantement
souffre et crie dans ses douleurs,
ainsi étions-nous devant ta face, Yahvé.
18 Nous avons conçu, nous avons souffert,
mais c’était pour enfanter du vent :
nous n’avons pas donné le salut à la terre,
il ne naît pas d’habitants au monde.
19 Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront.
Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière,
car ta rosée est une rosée lumineuse,
et le pays va enfanter des ombres.
20 Va, mon peuple, entre dans tes chambres,
ferme tes portes sur toi ;
cache-toi un tout petit instant,
jusqu’à ce qu’ait passé la fureur.
21 Car voici Yahvé qui sort de sa demeure
pour châtier la faute des habitants de la terre ;
et la terre dévoilera son sang,
elle cessera de recouvrir ses cadavres.

Isaïe, Chapitre 27

I. Première partie du livre d’Isaïe> 20 Le passage du Seigneur., 2 La vigne de Yahvé., 6 Grâce et châtiment., 12 Retour des Israélites.
Ce jour-là, Yahvé châtiera
avec son épée dure, grande et forte,
Léviathan, le serpent fuyard,
Léviathan, le serpent tortueux ;
il tuera le dragon qui habite la mer.
Ce jour-là, la vigne délicieuse chantez-la !
Moi, Yahvé, j’en suis le gardien,
de temps en temps, je l’irrigue ;
pour qu’on ne lui fasse pas de mal,
nuit et jour je la garde.
— Je ne suis plus en colère.
Qui va me réduire en ronces et en épines ?— Dans la guerre, je la foulerai, je la brûlerai en même temps.
Ou bien que l’on fasse appel à ma protection,
que l’on fasse la paix avec moi,
la paix, qu’on la fasse avec moi.
À l’avenir Jacob s’enracinera,
Israël bourgeonnera et fleurira,
la face du monde se couvrira de récolte.
L’a-t-il frappé comme avaient frappé ceux qui le frappaient ?
A-t-il assassiné comme avaient assassiné ses assassins ?
En la chassant, en l’excluant, tu as exercé un jugement,
il l’a chassée de son souffle violent, tel le vent d’orient.
Car ainsi sera pardonnée la faute de Jacob,
tel sera le fruit qu’il recueillera en renonçant à son péché,
quand toutes les pierres de l’autel seront mises en pièces
comme des pierres à chaux,
quand les Ashéras et les brûle-parfums ne seront plus debout.
10 Car la ville fortifiée est devenue une solitude,
abandonnée, délaissée comme un désert,
où les veaux paissent, où ils se couchent
en détruisant les branchages.
11 Quand sèchent les branches on les brise,
des femmes viennent et y mettent le feu.
Or ce peuple n’est pas intelligent,
aussi son créateur n’aura pas pitié de lui,
celui qui l’a modelé ne lui fera pas grâce.
12 Et il arrivera qu’en ce jour-là, Yahvé fera le battage,
depuis le cours du Fleuve jusqu’au torrent d’Égypte,
et vous, vous serez glanés un à un, enfants d’Israël.
13 Et il arrivera qu’en ce jour-là, on sonnera du grand cor,
alors viendront ceux qui se meurent au pays d’Assur,
et ceux qui sont bannis au pays d’Égypte,
ils adoreront Yahvé sur la montagne sainte, à Jérusalem.
Lire la suite:Isaïe, Chapitre 28
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

25:1 k) Ce cantique se réfère aux événements racontés précédemment, destruction de la ville, v. 2, cf. 24.10, conversion des peuples lointains, v. 3, cf. 24.15, victoire sur les orgueilleux, vv. 2, 4, cf. 24.21, 22.


25:4 l) « d’hiver » qor conj. ; « d’un mur » qîr hébr.


25:6 m) Reprenant et amplifiant des conceptions universalistes déjà répandues chez les prophètes antérieurs, 2.2-3 ; 56.6-8 ; 60.11-14 ; Za 8.20 ; 14.16, etc., l’auteur décrit l’affluence des peuples à Jérusalem comme un immense festin. À partir de ce texte, l’idée d’un festin messianique est devenue courante dans le judaïsme et se retrouve dans le NT Mt 22.2-10 ; Lc 14.14, 16-24.


25:10 n) Cf. la note sur 24.7. Cependant la mention de Moab a étonné, car c’est le seul nom propre du poème qui a même évité « Moab » dans la citation de Jr 48.43-44 en 24.17-18. On a donc proposé de corriger en ’oyeb, « ennemi », mais cette correction n’a aucun appui textuel.


26:1 o) Jérusalem, que Yahvé a fortifiée et qui sert de refuge aux justes, est opposée à la « cité élevée », v. 5, la ville détruite des chap. 24-25, cf. 24.7.


26:7 p) Le jugement de Yahvé s’accomplit selon la justice, vv. 7-10, et assure la délivrance et la gloire de son peuple, vv. 11-15 ; les épreuves actuelles préparent la renaissance, vv. 16-19. Les douleurs de l’enfantement sont devenues l’image des tribulations qui doivent précéder la venue du Messie, cf. Mt 24.8 ; Mc 13.8 ; Jn 16.20-22.


26:16 q) Sens incertain.


26:20 r) Le peuple est invité à se mettre à l’abri pendant que Yahvé exécutera son jugement contre les méchants.


27:1 s) Sur Léviathan, cf. Jb 3.8. — Le texte est ici influencé par un poème de Râs-Shamra (XIVe s. av. J.-C.) où on lit « Tu écraseras Léviathan, serpent fuyard, tu consumeras le serpent tortueux, le puissant aux sept têtes ».


27:2 t) Comme en 5.1-7, Israël est représenté comme une vigne sur laquelle Dieu veille avec amour si l’on fait appel à lui.


27:4 u) — « qui... épines » incertain. Le TM, très obscur, se traduirait litt. « qui me donnera ronces et épines dans (par ?) la guerre ? »; le texte est peut-être corrompu. On comprend ce v. comme une réponse de la vigne personnifiée.


27:6 v) L’interprétation de ce passage est entravée par le désordre apparent et l’état corrompu du texte. Il semble que les vv. 7-8, 10-11 concernent le châtiment des oppresseurs d’Israël, identifiés avec la « ville forte » de cette apocalypse, v. 10. Les vv. 6 et 9, qui sont une promesse à Israël dont la faute est expiée, pourraient préparer l’oracle de 12-13.


27:12 w) Cet « oracle », placé ici comme une conclusion, annonce le retour à Jérusalem de tous les Israélites dispersés.


27:13 x) Le cor (shofar) qui a plusieurs emplois, cf. Jl 2.1, sonne ici le rassemblement du dernier jour. Il convenait que cette apocalypse s’achevât par une sonnerie de la trompette du jugement, cf. Mt 24.31 ; 1 Co 15.52 ; 1 Th 4.16.


Le prophète Isaïe est né aux environs de 765 av. J.-C. L’année de la mort du roi Ozias, en 740, il reçut dans le Temple de Jérusalem sa vocation prophétique, la mission d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple, 6.1-13. Il exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda. On distingue quatre périodes entre lesquelles on peut, avec plus ou moins d’assurance, répartir les oracles du prophète.

Cette participation active aux affaires de son pays fait d’Isaïe un héros national. Il est aussi un poète de génie. L’éclat de son style, la nouveauté de ses images font de lui le grand « classique » de la Bible. Ses compositions ont une force concise, une majesté, une harmonie qui ne seront plus jamais atteintes. Mais sa grandeur est d’abord religieuse. Isaïe a été marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l’indignité de l’homme. Son idée de Dieu a quelque chose de triomphal et d’effrayant aussi : Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi. L’homme est un être souillé par le péché, dont Dieu demande réparation. Car Dieu exige la justice dans les relations sociales et aussi la sincérité dans le culte qu’on lui rend. Il veut qu’on soit fidèle. Isaïe est le prophète de la foi et, dans les crises graves que traverse sa nation, il demande qu’on se confie en Dieu seul : c’est l’unique chance de salut. Il sait que l’épreuve sera sévère, mais il espère qu’un « reste » sera épargné, dont le Messie sera le roi. Isaïe est le plus grand des prophètes messianiques. Le Messie qu’il annonce est un descendant de David, qui fera régner sur terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu, 2.1-5 ; 7.10-17 ; 9.1-6 ; 11.1-9 ; 28.16-17.

Un tel génie religieux a profondément marqué son époque et a fait école. On conserva ses paroles et on y ajouta. Le livre qui porte son nom est le résultat d’un long travail de composition dont il est impossible de restituer toutes les étapes. Le plan définitif rappelle celui de Jérémie (d’après le grec) et d’Ézéchiel : 1-12, oracles contre Jérusalem et Juda ; 13-23, oracles contre les nations ; 24-35, promesses. Mais ce plan n’est pas rigide ; d’autre part, l’analyse a montré que le livre ne suivait qu’imparfaitement l’ordre chronologique de la carrière d’Isaïe. Il a été formé à partir de plusieurs collections d’oracles. Certains groupements remontent au prophète lui-même, cf. 8.16 ; 30.8. Ses disciples, immédiats ou lointains, ont réuni d’autres ensembles, glosant parfois les paroles du maître ou y ajoutant. Les oracles contre les nations, groupés dans 13-23, ont accueilli des pièces postérieures, en particulier 13-14 contre Babylone (exilique). Des additions plus étendues sont : « l’Apocalypse d’Isaïe », 24-27, que son genre littéraire et sa doctrine ne permettent pas de mettre plus haut que le Ve siècle av. J.-C. ; une liturgie prophétique d’après l’Exil, 33 ; une « petite Apocalypse », 34-35, qui dépend du Second Isaïe. Enfin, on a mis en appendice le récit de l’action d’Isaïe lors de la campagne de Sennachérib, 36-39, emprunté à 2 R 18-19 avec l’insertion d’un psaume post-exilique mis dans la bouche d’Ézéchias, 38 9-20.

Le livre a reçu des additions encore plus considérables. Les chap. 40-55 ne peuvent pas être l’œuvre du prophète du VIIIe siècle. Non seulement son nom n’y est jamais mentionné, mais le cadre historique est postérieur d’environ deux siècles : Jérusalem est prise, le peuple est captif en Babylonie, Cyrus est déjà en scène et il sera l’instrument de la délivrance. Certes, la toute-puissance divine pourrait transporter un prophète dans un avenir éloigné, le couper du présent et changer ses images et ses pensées. Mais cela suppose un dédoublement de sa personnalité et un oubli de ses contemporains – vers lesquels il a été envoyé – qui sont sans exemple dans la Bible et contraires à la notion même de la prophétie, qui ne fait intervenir l’avenir que comme un enseignement pour le présent. Ces chapitres contiennent la prédication d’un anonyme, un continuateur d’Isaïe et un grand prophète comme lui, que, faute de mieux, nous appelons le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe. Il a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’édit libérateur de 538, qui permit les premiers retours. Le recueil, sans être réellement composé, offre plus d’unité que les chap. 1-39. Il s’ouvre par l’équivalent d’un récit de vocation prophétique, 40.1-11, et il s’achève par une conclusion, 55.6-13. D’après ses premiers mots : « Consolez, consolez mon peuple », 40.1, on l’appelle le « livre de la Consolation d’Israël ».

C’est en effet son thème principal. Les oracles des chap. 1-39 étaient généralement menaçants et pleins d’allusions aux événements des règnes d’Achaz et d’Ézéchias ; ceux des chap. 40-55 sont détachés de ce contexte historique et ils sont consolants. Le jugement a été accompli par la ruine de Jérusalem, le temps de la restauration est proche. Ce sera un complet renouveau et cet aspect est souligné par l’importance donnée au thème de Dieu créateur joint à celui de Dieu sauveur. Un nouvel Exode, plus merveilleux que le premier, ramènera le peuple à une nouvelle Jérusalem, plus belle que la première. Cette distinction entre deux temps, celui des « choses passées » et celui des « choses à venir », marque le début de l’eschatologie. Par rapport au premier Isaïe, la pensée est plus théologiquement construite. Le monothéisme est affirmé doctrinalement et la vanité des faux dieux est démontrée par leur impuissance. La sagesse et la providence insondables de Dieu sont mises en relief. L’universalisme religieux s’exprime clairement pour la première fois. Ces vérités sont dites sur un ton enflammé et avec un rythme bref, qui manifestent l’urgence du salut.

Dans le livre sont enclavées quatre pièces lyriques, les « chants du Serviteur », 42.1-4 (5-9) ; 49.1-6 ; 50.4-9 (10-11) ; 52.13–53.12. Ils présentent un parfait serviteur de Yahvé, rassembleur de son peuple et lumière des nations, qui prêche la vraie foi, qui expie par sa mort les péchés du peuple et est glorifié par Dieu. Ces passages sont parmi les plus étudiés de l’Ancien Testament et l’on ne s’accorde ni sur leur origine ni sur leur signification. L’attribution des trois premiers chants au Second Isaïe reste très vraisemblable ; il est possible que le quatrième soit l’œuvre d’un de ses disciples. L’identification du Serviteur est très discutée. On y a souvent vu une figure de la communauté d’Israël, à laquelle d’autres passages du Second Isaïe donnent effectivement le titre de « serviteur ». Mais les traits individuels sont trop marqués et c’est pourquoi d’autres exégètes, qui forment actuellement la majorité, reconnaissent dans le Serviteur un personnage historique du passé ou du présent ; dans cette perspective, l’opinion la plus attrayante est celle qui identifie le Serviteur avec le Second Isaïe lui-même ; le quatrième chant aurait été ajouté après sa mort. On a combiné aussi les deux interprétations en considérant le Serviteur comme un individu incorporant les destinées de son peuple.

De toute manière, une interprétation qui se limiterait au passé ou au présent ne rend pas suffisamment compte des textes. Le Serviteur est le médiateur du salut à venir et cela justifie l’interprétation messianique qu’une partie de la tradition juive elle-même a donnée de ces passages, moins l’aspect de la souffrance. Ce sont au contraire les textes sur le Serviteur souffrant et son expiation vicaire que Jésus a retenus en les appliquant à lui-même et à sa mission, Lc 22.19-20, 37 ; Mc 10.45, et la première prédication chrétienne a reconnu en lui le Serviteur parfait annoncé par le Second Isaïe, Mt 12.17-21 ; Jn 1.29.

La dernière partie du livre, chap. 56-66, a été considérée comme l’œuvre d’un autre prophète qu’on a appelé le « Trito-Isaïe », le Troisième Isaïe. On reconnaît généralement aujourd’hui que c’est un recueil composite. Le Psaume de 63.7–64.11 paraît antérieur à la fin de l’Exil ; l’oracle de 66.1-4 est contemporain de la reconstruction du Temple vers 520 av. J.-C. La pensée et le style des chap. 60-62 les apparentent de très près au Second Isaïe. Les chap. 56-59, dans leur ensemble, peuvent dater du Ve siècle av. J.-C. Les chap. 65-66 (sauf 66.1-4), qui ont une forte saveur apocalyptique, ont été datés de l’époque grecque par certains exégètes, mais d’autres les placent au lendemain du retour de l’Exil. Prise en général, cette troisième partie du livre apparaît comme l’œuvre des continuateurs du Second Isaïe ; c’est le dernier produit de la tradition isaïenne qui a prolongé l’action du grand prophète du VIIIe siècle.

On a retrouvé dans une grotte du bord de la mer Morte un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle avant notre ère. Il s’écarte du texte massorétique par une orthographe particulière et par des variantes dont certaines sont utiles pour l’établissement du texte. Elles sont indiquées dans les notes par le sigle 1 QIsa.

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