8 N’ayez de dettes envers personne, sinon celle de l’amour mutuel. Car celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi. |
9 En effet, le précepte : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
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10 La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude. |
En parlant des relations qui unissent ceux qui vivent dans le Royaume, Paul revient aux paroles du Sauveur prononcées lors de la Cène et rappelle l'amour. L'apôtre est convaincu que la plénitude réside précisément en lui. En effet, tous les commandements ont finalement été donnés afin que celui qui les suit puisse faire le bon choix entre le bien et le mal ; l'amour suppose que ce choix a déjà été fait. C'est donc celui qui aime son prochain qui manifeste la plénitude de l'accomplissement de la Loi. Ici, l'apôtre revient manifestement au thème de la « Torah vivante » que doit devenir celui qui cherche le Royaume. Pour Paul, la « Torah vivante » n'est véritablement possible que là, car la Torah est pour lui une réalité tout à fait objective. À l'époque de Paul, on admettait généralement que la Torah existait dans le dessein de Dieu avant même la création du monde et que, dans l'histoire, elle avait seulement été révélée au peuple de Dieu, lui aussi conçu dès l'origine.
Cette conception n'est pas très éloignée de la vérité si l'on admet—et la Bible part précisément de ce présupposé—que la Torah décrit la dynamique objectivement existante des relations entre Dieu et l'homme, ainsi que ses lois. Dans ce cas, elle doit exister au moins depuis aussi longtemps que l'homme lui-même, et peut-être même plus longtemps, si l'on admet que cette dynamique était connue de Dieu dans tous ses détails avant même qu'Il ne crée l'homme, hypothèse tout à fait fondée. La Torah ne peut alors être réduite aux seuls commandements ou lois ; elle est avant tout relation, qu'il s'agisse de la relation de l'homme avec Dieu ou de sa relation avec son prochain.
Mais la plénitude de la relation avec Dieu comme avec le prochain est nécessaire et possible précisément dans le Royaume. L'amour dont parle Jésus, cet amour que le monde ne connaît pas mais dont le Royaume est imprégné, constitue la chair, la substance spirituelle, de telles relations ; tandis que la Torah, cette Torah intérieure dont on débattait tant à l'époque de Paul, en forme la structure. C'est seulement dans la Torah que la substance spirituelle dont se compose le Royaume trouve sa forme, et la Torah, à son tour, ne trouve que dans le Royaume la substance spirituelle qui lui permet de s'incarner. Cela se produit dans l'homme et par l'homme, car, dans le Royaume, chacun devient une « Torah vivante », comme le Sauveur Lui-même l'est devenu pour ceux qui cherchent le Royaume. C'est apparemment cette expérience de la vie du Royaume que Paul a en vue lorsqu'il dit que le jour se lève déjà et que le salut est proche. S'abstenir des excès ne paraît plus ici être même un effort ascétique, mais simplement un état naturel, aussi naturel que peut l'être la vie dans le Royaume.
8 N’ayez de dettes envers personne, sinon celle de l’amour mutuel. Car celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi. |
9 En effet, le précepte : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
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10 La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude. |
Une telle approche de la vie et des relations peut paraître maximaliste et donc peu réaliste, mais seulement au premier regard. En réalité, les paroles de l'apôtre sont plus profondes qu'il n'y paraît d'abord, et c'est justement pourquoi elles sont pleinement réalistes, à condition bien sûr de regarder l'amour non comme des émotions, en divisant tous ceux qui nous entourent selon le principe « il me plaît, il ne me plaît pas », « il m'est sympathique, il m'est antipathique », mais comme des relations qui ne dépendent ni des émotions ni des sympathies. Alors on comprend précisément que ce sont les relations qui conditionnent tout le reste, tout ce qui entre dans la notion de Torah intérieure. En effet, la Torah intérieure, ce sont avant tout les aspirations, les désirs, les intentions qui déterminent la vie spirituelle de l'homme. Elles peuvent correspondre aux commandements de Dieu, vécus par l'homme comme un impératif spirituel et moral intérieur, ou ne pas leur correspondre.
On a l'habitude de penser que, physiquement, nous sommes ce que nous mangeons, et psychiquement, ce que nous pensons et ressentons. Spirituellement, nous sommes ce que nous désirons et ce vers quoi nous tendons. Jésus Lui-même le dit brièvement et simplement : là où est le trésor, là aussi est le coeur. Mais les désirs, les aspirations et, par conséquent, les intentions qui leur sont liées peuvent exister dans notre coeur de façons différentes.
Ils peuvent être quelque chose d'autosuffisant, nous gouvernant et déterminant notre attitude envers les autres et envers le monde en général, sans se soumettre à personne ni à rien, pas même à nous-mêmes. Ou bien ils peuvent faire partie des relations et oeuvrer à les maintenir et à les construire. Dans le premier cas, on ne peut parler d'amour qu'en un certain sens et jusqu'à une certaine limite : car ce sont souvent précisément nos désirs qui détruisent nos relations avec les autres lorsqu'ils deviennent autosuffisants.
Parfois, des relations peuvent s'effondrer sous l'effet d'émotions négatives très ordinaires et peu profondes, qui capturent notre volonté et nous obligent à désirer, ou plus exactement, dans ce cas, à ne pas désirer ce qui nous est en réalité important et cher, mais ne nous apparaît pas tel lorsque les émotions prennent le dessus sur nous. Dans le second cas, lorsque ce sont précisément les relations qui sont vécues par l'homme comme une vraie valeur, aucune émotion ni aucun désir en eux-mêmes ne deviennent plus pour lui une valeur absolue. Alors il peut être tranquille aussi quant à l'observance des commandements : avec une telle attitude envers le prochain, il lui viendra difficilement à l'esprit de les violer, du moins ceux qui déterminent ses relations avec ce même prochain.
Si l'on aime, il n'est plus nécessaire de se dresser à prononcer des paroles polies et à afficher des sourires polis, ni de retenir des émotions négatives envers l'autre : elles n'existent tout simplement pas, et les paroles comme les sourires naissent d'eux-mêmes sur la langue et sur le visage. Alors suivre la Torah intérieure devient pour l'homme tout à fait naturel et organique. À plus forte raison s'il s'agit de cet amour qui unit les habitants du Royaume : car il y a là la plénitude, supposant l'idéal de la Torah vivante vers lequel, aux temps évangéliques, chaque chrétien tendait comme vers le but de sa vie spirituelle, comme vers ce qui le rendrait semblable au Christ.
8 N’ayez de dettes envers personne, sinon celle de l’amour mutuel. Car celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi. |
9 En effet, le précepte : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
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10 La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude. |
11 D’autant que vous savez en quel moment nous vivons. C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil ; le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru. |
12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière. |
13 Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité : point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies. |
14 Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises. |
Nous avons l'habitude de percevoir les désordres dans les relations humaines comme une donnée, et si nous en souffrons, c'est souvent simplement parce qu'ils nous font perdre notre équilibre. Or, chez l'apôtre, nos disputes et nos sentiments sombres envers le prochain qui a un peu mieux réussi que nous sont du même ordre que les festins, l'ivresse et la débauche. Précisément parce que l'ivresse comme les querelles sont le résultat de notre volonté propre, le résultat du fait que nos soucis pour nous-mêmes, dans le corporel comme dans le psychique, soumettent à eux notre aspiration au bien.
Paul ne répète pas par hasard, un peu plus haut, les paroles du Christ sur le commandement principal qui embrasse tous les autres: aimer son prochain comme soi-même. Les querelles et l'envie, c'est-à-dire les péchés contre le prochain, ont pour source notre manque d'amour envers le prochain, ce qui est assez évident, mais aussi envers nous-mêmes, ce qui n'est pas moins important. Cette seconde partie du commandement n'est pas toujours pleinement comprise. Or l'amour est accueil, et son fondement est l'accueil de soi-même, une représentation juste de ses possibilités et de leurs limites. Pour s'accueillir soi-même, il est très important de comprendre que nous ne sommes pas des surhommes et que nous ne le serons jamais, que nos possibilités ne sont pas sans limites, que souvent nous prenons parfois trop sur nous et que, de fatigue, nous commençons à blesser nos proches. Beaucoup de querelles peuvent être évitées en reconnaissant simplement sa fatigue et en comprenant qu'il vaut mieux remettre une conversation constructive à plus tard. Notre chair éprouve souvent de nombreux besoins qui demandent satisfaction. Mais pour que la nourriture ne se transforme pas en gourmandise, il est important de bien se comprendre soi-même et ses besoins, de comprendre qu'en réalité une nourriture simple nous suffit. C'est ce dont parle Paul: «ne transformez pas les soins de la chair en convoitises».
Et si nous nous aimons tels que nous sommes, si nous accueillons et reconnaissons nos péchés sans transformer le repentir en autoflagellation, il deviendra beaucoup plus facile d'aimer le prochain. Car eux aussi sont exactement comme nous, tout aussi imparfaits. Et Dieu ne nous donne qu'un seul moyen de faire face à notre limitation humaine: l'amour.
8 N’ayez de dettes envers personne, sinon celle de l’amour mutuel. Car celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi. |
9 En effet, le précepte : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
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10 La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude. |
11 D’autant que vous savez en quel moment nous vivons. C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil ; le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru. |
12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière. |
13 Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité : point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies. |
14 Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises. |
L’un des principaux défauts de la loi, et pas seulement dans le domaine religieux, est qu’elle est très vaste. Pour ne pas l’enfreindre, et plus encore pour l’accomplir, il faut bien la connaître et se souvenir constamment de l’observer. Et puisque la loi contient la volonté de Dieu sur la façon dont nous devons vivre dans ce monde immense, son ampleur est trop grande pour l’être humain faible. À en juger par les paroles de l’apôtre Paul, cela n’a rien d’étonnant, car, selon le dessein du Créateur, ce n’était pas la loi qui devait diriger notre vie. Non pas la loi, mais le Législateur. Il s’avère qu’il existe une manière parfaitement compréhensible et sûre, bien que nullement simple, d’accomplir la loi : aimer son prochain. C’est précisément ce que veut dire l’apôtre Paul lorsqu’il écrit aux chrétiens que nous vivons non sous la loi, mais sous la grâce, car l’amour est un don que Dieu nous fait gratuitement et sans que nous le méritions.
Et puisque l’amour est l’accomplissement de la loi, son absence est une violation de celle-ci, c’est-à-dire un péché. Par sa nature, le péché n’est rien d’autre qu’un manque d’amour. Cela est important, car cela nous permet de déterminer concrètement si nos actes sont ou non des péchés.
Il n’y a pas de lecture pour dimanche
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