5 Pour toi, sois prudent en tout, supporte l’épreuve, fais œuvre de prédicateur de l’Évangile, acquitte-toi à la perfection de ton ministère. |
6 Quant à moi, je suis déjà répandu en libation et le moment de mon départ est venu. |
7 J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. |
8 Et maintenant, voici qu’est préparée pour moi la couronne de justice, qu’en retour le Seigneur me donnera en ce Jour-là, lui, le juste Juge, et non seulement à moi mais à tous ceux qui auront attendu avec amour son Apparition. |
« ...Désormais m'est réservée la couronne de justice, que le Seigneur, le juste Juge, me donnera en ce jour-là; et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui auront aimé son apparition... » Ce sentiment qu'une couronne t'attend, sinon aujourd'hui du moins demain, est connu de tout véritable chrétien. Sans lui, notre christianisme n'est pas authentique. Mais qu'est-ce donc que la « couronne de justice » ou la « couronne de droiture », comme traduit l'évêque Cassien, et toute souffrance de notre part est-elle cette couronne? Dans de telles traductions, il nous paraît que cette couronne est quelque chose qui n'est préparé que pour les saints. Le mot même de « couronne » sonne de manière élevée, et l'ajout du prédicat de justice ou de droiture élève tout à fait cette expression à une hauteur inaccessible aux simples mortels. Comment comprendre alors les paroles de l'apôtre Paul disant que la couronne est préparée pour « tous »?
Tournons-nous vers le texte grec. On y trouve l'expression « dikaiosynes stephanos ». Parmi ses significations figurent en effet la justice, la rectitude, la vérité, la fidélité à la loi, le mérite et la dignité; mais, en outre, d'autres sens sont aussi présents, selon le dictionnaire grec ancien-russe de Dvoretsky. Regardons-les: premièrement, « égal, exact »; deuxièmement, « approprié »; troisièmement, « ayant droit »; et enfin, simplement, « obligé ». Bien sûr, l'apôtre ne voulait guère mettre simultanément dans le texte tous ces sens. Mais puisque nous ne connaissons pas exactement ses intentions, en choisissant exclusivement un style élevé, nous risquons de déformer sa pensée. Il ne sera donc pas mauvais de regarder de plus près d'autres sens, même proches.
En réalité, chacune des quatre significations citées ici nous est proche. « Égal, exact »: chacun sait en effet que Dieu nous donne la couronne exactement selon nos forces. Monseigneur Antoine de Souroge remarque qu'il existe une certaine limite dans l'acquisition d'une telle lucidité spirituelle: voir son âme dans la vraie lumière, la voir et rester saisi d'horreur devant ce qu'on a vu, chanceler au point de tomber, et pourtant rester debout. Cet état est familier à quiconque s'est confessé honnêtement au moins une fois. « Approprié »: la couronne que Dieu donne n'est-elle pas précisément celle qui est unique et qui convient seulement à moi? Dès que nous nous saisissons de ce qui n'est pas à nous, d'un ministère qui ne nous est pas destiné par Dieu ou simplement qui n'est pas béni par lui, nous subissons un échec honteux, en y entraînant aussi d'autres personnes. Nous avons « droit » à notre couronne, car nous avons reçu ce droit avec la foi. Et enfin, nous sommes simplement « obligés » de la prendre: car nous ne sommes ni des saints ni des martyrs, nous faisons simplement ce que nous devons faire.
7 J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. |
8 Et maintenant, voici qu’est préparée pour moi la couronne de justice, qu’en retour le Seigneur me donnera en ce Jour-là, lui, le juste Juge, et non seulement à moi mais à tous ceux qui auront attendu avec amour son Apparition. |
Emprisonné et faisant le bilan de son service et de son chemin terrestre, Paul dit de lui-même qu'il a « bien mené son combat » (« j'ai combattu le bon combat »), qu'il a « achevé la course » et qu'il a gardé la foi, manifestement non comme un simple système d'opinions, mais d'abord comme fidélité au Christ et confiance en Lui. Et maintenant le Sauveur, selon la parole de l'apôtre, lui a préparé la couronne de justice.
Cette couronne, selon le propre témoignage de Paul, transforme sa vie en libation sacrificielle, en « sacrifice ». Ici l'apôtre se souvient clairement des paroles du Sauveur Lui-même sur la vie, que l'on traduit souvent par « âme », et que l'homme peut soit donner au Christ pour l'Évangile, la sauvant ainsi, soit garder pour lui-même et alors finalement la perdre.
En effet, l'âme au sens biblique n'est pas une structure ni quelque chose de statique ; elle est un processus, un flux rappelant un fleuve qui traverse l'homme, dans lequel en même temps demeure mystérieusement l'homme lui-même, son « moi » spirituel, son coeur, comme la Bible appelle ce « moi ». Et l'on ne peut entrer dans le Royaume qu'en laissant orienter le flux de sa propre vie par Celui qui a apporté le Royaume dans le monde. Il faudra se séparer de sa vie ; elle cessera de nous appartenir avant même que notre corps physique ne meure.
Alors que le corps est encore vivant, elle appartiendra déjà au Christ, et nous existerons en elle comme Il nous l'ordonnera. Le flux de notre vie deviendra alors réellement quelque chose qui ressemble à une libation sacrificielle : le vin ou l'huile ne sont pas en eux-mêmes un sacrifice, ils ne sont qu'un ajout au principal ; mais ils deviennent une partie de ce processus spirituel et naturel qu'était tout véritable sacrifice yahviste.
Et maintenant il se produit quelque chose de semblable, dans les limites d'une vie humaine et à l'échelle de tout le corps du Christ en même temps. Ainsi le chrétien obtient la couronne de justice : par ce don de soi au pouvoir du Christ, il reçoit la plénitude de la vie du Royaume, dans laquelle sa propre vie est elle aussi conservée. Le Royaume ressemble beaucoup à un océan, mais sur un point il s'en distingue tout de même : le filet de chaque vie que le Royaume accueille n'y disparaît pas sans trace, comme disparaît le filet d'eau d'une rivière lorsqu'elle se jette dans l'océan.
La plénitude du Royaume inclut la plénitude de la vie de chacun de ses habitants. Et donc aussi la plénitude de sa justice : car il ne peut y avoir de vie injuste dans le Royaume. Bien sûr, il existe une alternative : on peut garder sa vie pour soi. Mais alors, après la mort du corps, elle s'en ira comme de l'eau dans le sable. Le choix est simple : répandre sa vie en vain ou la remettre au Roi qui saura la garder dans Son Royaume. L'apôtre, comme on le voit, a fait son choix, et il ne le regrette pas.
6 Quant à moi, je suis déjà répandu en libation et le moment de mon départ est venu. |
7 J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. |
8 Et maintenant, voici qu’est préparée pour moi la couronne de justice, qu’en retour le Seigneur me donnera en ce Jour-là, lui, le juste Juge, et non seulement à moi mais à tous ceux qui auront attendu avec amour son Apparition. |
9 Hâte-toi de venir me rejoindre au plus vite, |
10 car Démas m’a abandonné par amour du monde présent. Il est parti pour Thessalonique, Crescens pour la Galatie, Tite pour la Dalmatie. |
11 Seul Luc est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est précieux pour le ministère. |
12 J’ai envoyé Tychique à Éphèse. |
13 En venant, apporte le manteau que j’ai laissé à Troas chez Carpos, ainsi que les livres, surtout les parchemins. |
14 Alexandre le fondeur m’a fait beaucoup de mal. Le Seigneur lui rendra selon ses œuvres.
|
15 Toi aussi, méfie-toi de lui, car il a été un adversaire acharné de notre prédication. |
16 La première fois que j’ai eu à présenter ma défense, personne ne m’a soutenu. Tous m’ont abandonné ! Qu’il ne leur en soit pas tenu rigueur ! |
17 Le Seigneur, lui, m’a assisté et m’a rempli de force afin que, par moi, le message fût proclamé et qu’il parvînt aux oreilles de tous les païens. Et j’ai été délivré de la gueule du lion.
|
18 Le Seigneur me délivrera de toute entreprise perverse et me sauvera en me gardant pour son Royaume céleste. À lui la gloire dans tous les siècles ! Amen ! |
19 Salue Prisca et Aquilas, ainsi que la famille d’Onésiphore. |
20 Éraste est resté à Corinthe. J’ai laissé Trophime malade à Milet. |
21 Hâte-toi de venir avant l’hiver. Tu as le salut d’Eubule, de Pudens, de Lin, de Claudia et de tous les frères. |
22 Le Seigneur soit avec ton esprit ! La grâce soit avec vous ! |
À la fin de la seconde épître à Timothée, Paul écrit à son disciple que la fin de son chemin terrestre est proche (v. 6–8). L’apôtre dit alors de lui-même qu’il est « déjà répandu en libation », en pensant aux libations accomplies pendant le sacrifice (v. 6 ; dans la traduction synodale : « je deviens déjà une victime »). Pour bien comprendre ce que Paul dit, il est important de se rappeler que, selon la Torah, le sacrifice devait être accompagné d’une libation : on versait ou aspergeait de vin et d’huile la viande sacrificielle posée sur l’autel, sans quoi elle était tenue pour impropre au sacrifice (Nb 15:1–12). La libation n’était pas l’élément principal du sacrifice ; celui-ci restait la viande, ou plus exactement le sang sacrificiel, dont on aspergeait les assistants, les sanctifiant ainsi. Mais le repas sacrificiel, au cours duquel (sauf lorsqu’il s’agissait d’un holocauste) ceux qui participaient au sacrifice mangeaient la viande sanctifiée, aurait été impossible sans vin ni huile, vidant largement de sens le sacrifice, dont une part essentielle était précisément ce repas sacrificiel. Et Paul compare sa vie et son service à une telle libation, et sa mort de témoin au moment du sacrifice, où cette libation seule peut jouer le rôle que Dieu lui destine, en devenant un élément du sacrifice qui sanctifie le peuple de Dieu et, par lui, le monde entier.
Une telle comparaison n’est bien sûr pas fortuite : l’apôtre comprend parfaitement que tout son service et tout son chemin terrestre ne peuvent recevoir leur sens que dans cette plénitude du Royaume qui lui sera révélée au moment de la transfiguration complète de sa nature humaine, tout en se révélant par lui à l’Église et au monde. De même que le sacrifice était un acte divino-humain, dont le sommet devenait la rencontre entre Dieu et les hommes qui y participaient, rencontre qui sanctifiait ces hommes, de même la rencontre du témoin face à face avec Celui dont il a témoigné toute sa vie devient le moment de sa sanctification définitive et de sa transfiguration complète. Certes, Paul lui-même, sa vie et son service, ne sont qu’une partie de ce processus grandiose lié au déploiement du Royaume dans le monde, et de plus une partie qui n’est pas la principale : au centre, comme il est facile de le deviner, se tient le Sauveur lui-même. Mais désormais cette partie est définitivement unie au tout, devenant son élément indissociable tout en conservant toute son unicité. Et l’histoire du Royaume fait un pas de plus vers cette plénitude qui inclura en elle le monde transfiguré par le souffle de Dieu.
6 Quant à moi, je suis déjà répandu en libation et le moment de mon départ est venu. |
7 J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. |
8 Et maintenant, voici qu’est préparée pour moi la couronne de justice, qu’en retour le Seigneur me donnera en ce Jour-là, lui, le juste Juge, et non seulement à moi mais à tous ceux qui auront attendu avec amour son Apparition. |
9 Hâte-toi de venir me rejoindre au plus vite, |
10 car Démas m’a abandonné par amour du monde présent. Il est parti pour Thessalonique, Crescens pour la Galatie, Tite pour la Dalmatie. |
11 Seul Luc est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est précieux pour le ministère. |
12 J’ai envoyé Tychique à Éphèse. |
13 En venant, apporte le manteau que j’ai laissé à Troas chez Carpos, ainsi que les livres, surtout les parchemins. |
14 Alexandre le fondeur m’a fait beaucoup de mal. Le Seigneur lui rendra selon ses œuvres.
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15 Toi aussi, méfie-toi de lui, car il a été un adversaire acharné de notre prédication. |
16 La première fois que j’ai eu à présenter ma défense, personne ne m’a soutenu. Tous m’ont abandonné ! Qu’il ne leur en soit pas tenu rigueur ! |
17 Le Seigneur, lui, m’a assisté et m’a rempli de force afin que, par moi, le message fût proclamé et qu’il parvînt aux oreilles de tous les païens. Et j’ai été délivré de la gueule du lion.
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18 Le Seigneur me délivrera de toute entreprise perverse et me sauvera en me gardant pour son Royaume céleste. À lui la gloire dans tous les siècles ! Amen ! |
19 Salue Prisca et Aquilas, ainsi que la famille d’Onésiphore. |
20 Éraste est resté à Corinthe. J’ai laissé Trophime malade à Milet. |
21 Hâte-toi de venir avant l’hiver. Tu as le salut d’Eubule, de Pudens, de Lin, de Claudia et de tous les frères. |
22 Le Seigneur soit avec ton esprit ! La grâce soit avec vous ! |
L'apôtre Paul nous donne un modèle de logique chrétienne, de pensée chrétienne. « Je suis déjà offert en sacrifice », dit-il. Il est clair qu'il parle de la mort en martyr qui l'attend. Et ensuite ? Par réflexe, on voudrait poursuivre ainsi : « Mais ce n'est rien, après tout nous faisons de notre mieux pour le Seigneur... » Rien de tel. Paul dit qu'il a parcouru un bon, long et difficile chemin, qu'il a gardé la foi et que, maintenant, une récompense l'attend : la couronne de justice, la couronne du martyre.
14 Pour toi, tiens-toi à ce que tu as appris et dont tu as acquis la certitude. Tu sais de quels maîtres tu le tiens ; |
15 et c’est depuis ton plus jeune âge que tu connais les saintes Lettres. Elles sont à même de te procurer la sagesse qui conduit au salut par la foi dans le Christ Jésus. |
16 Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice : |
17 ainsi l’homme de Dieu se trouve-t-il accompli, équipé pour toute œuvre bonne. |
1 Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, au nom de son Apparition et de son Règne : |
2 proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire. |
3 Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité |
4 et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables. |
5 Pour toi, sois prudent en tout, supporte l’épreuve, fais œuvre de prédicateur de l’Évangile, acquitte-toi à la perfection de ton ministère. |
L'apôtre Paul dit qu'un temps viendra où les hommes choisiront leurs maîtres selon leur convenance... Celui dont la prédication est la plus commode est celui qui me convient. En apparence, l'enseignement proposé peut sembler tout sauf commode et exiger énormément d'une personne ; mais en revanche, il procure un certain confort intérieur et correspond à sa vision intime du monde... Cette recherche du confort ne conduit pas toujours à s'éloigner de l'Église. Parfois, ces « caprices » prospèrent dans nos relations avec les pasteurs : on choisit son père spirituel en fonction de sa commodité. Il n'y aurait rien de terrible à cela, mais le risque de substitution demeure toujours. Pourquoi venons-nous nous confesser ? Pour recevoir le pardon du Seigneur, ou pour faire confirmer notre propre opinion sur une question ? Qu'est-ce qui vient en premier : la relation avec Dieu ou mon confort intérieur ?
14 Pour toi, tiens-toi à ce que tu as appris et dont tu as acquis la certitude. Tu sais de quels maîtres tu le tiens ; |
15 et c’est depuis ton plus jeune âge que tu connais les saintes Lettres. Elles sont à même de te procurer la sagesse qui conduit au salut par la foi dans le Christ Jésus. |
16 Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice : |
17 ainsi l’homme de Dieu se trouve-t-il accompli, équipé pour toute œuvre bonne. |
1 Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, au nom de son Apparition et de son Règne : |
2 proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire. |
3 Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité |
4 et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables. |
5 Pour toi, sois prudent en tout, supporte l’épreuve, fais œuvre de prédicateur de l’Évangile, acquitte-toi à la perfection de ton ministère. |
En achevant son exhortation à Timothée, Paul l'appelle encore et encore à ne pas abandonner le ministère qui lui a été confié, dont le sens est le témoignage et la fidélité à ce qui constitue le fondement de la vie chrétienne. L'Écriture sainte, que Timothée, selon le témoignage de l'apôtre, a étudiée depuis l'enfance (v. 14–17), doit l'aider en cela. Paul ne précise pas, manifestement, de quels livres il parle, mais il n'est pas difficile de deviner qu'il pense avant tout à cette partie du canon juif appelée dans le judaïsme les « prophètes postérieurs ». Elle reposait sur les écrits des prédications des grands prophètes d'Israël, qui témoignaient notamment du Messie à venir et de l'avènement du Royaume messianique. Mais l'apôtre, fidèle à sa compréhension de la Torah, rappelle à son disciple que toute l'Écriture sainte est utile pour former à la justice (v. 16 ; dans la traduction synodale, « pour l'instruction dans la justice »). Pour Paul, l'Écriture sainte n'est pas une source d'idées servant à fonder telle ou telle doctrine religieuse, mais une boussole spirituelle qui aide les fidèles à s'orienter sur la route du Royaume afin de ne pas s'écarter du chemin de la justice.
Or, à en juger par les paroles de l'apôtre, beaucoup voudront les détourner de ce chemin, d'autant plus que le temps est déjà proche où beaucoup seront eux-mêmes heureux de se tromper en écoutant des maîtres qui disent ce qu'il est agréable à leurs disciples d'entendre (v. 3–4). Cette mauvaise foi spirituelle massive peut paraître étrange au premier abord, mais elle devient plus compréhensible si l'on se rappelle les traits de la nature humaine déchue, qui cherche généralement à éviter tout ce qui peut lui causer douleur ou inconfort, fût-ce en vue de sa guérison. Paul a pourtant déjà souvent dû dire et écrire que quiconque veut non seulement parler de la Torah, mais la suivre sérieusement, devra aller contre sa propre condition pécheresse, processus qui ne paraîtra à personne ni facile ni agréable. La vie spirituelle n'est pas jouissance intellectuelle ni exaltation religieuse, mais chemin de résistance au mal. Et ce chemin est bien plus difficile que celui du théologien théoricien ou du militant religieux : l'un comme l'autre peuvent jouir des fruits de leur travail dès ce monde, tandis que le juste ne les verra qu'au terme d'une route longue et difficile. Il n'est pas étonnant que beaucoup préfèrent au chemin de la justice, qui mène au Royaume, d'autres chemins plus faciles, vers lesquels les appellent les maîtres mentionnés par Paul. Mais les « fables », même les plus colorées et captivantes, ne remplacent pas la vie véritable, et l'apôtre rappelle à son disciple le ministère que l'Église lui a confié : le ministère du témoin qui indique aux chercheurs le chemin du Royaume.
14 Pour toi, tiens-toi à ce que tu as appris et dont tu as acquis la certitude. Tu sais de quels maîtres tu le tiens ; |
15 et c’est depuis ton plus jeune âge que tu connais les saintes Lettres. Elles sont à même de te procurer la sagesse qui conduit au salut par la foi dans le Christ Jésus. |
16 Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice : |
17 ainsi l’homme de Dieu se trouve-t-il accompli, équipé pour toute œuvre bonne. |
1 Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, au nom de son Apparition et de son Règne : |
2 proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire. |
3 Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité |
4 et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables. |
5 Pour toi, sois prudent en tout, supporte l’épreuve, fais œuvre de prédicateur de l’Évangile, acquitte-toi à la perfection de ton ministère. |
Nous nous plaignons souvent aujourd'hui que l'Église, dit-on, s'est corrompue : autrefois il y avait la foi et la compréhension des bases de la vie spirituelle, tandis qu'aujourd'hui, prétend-on, on ne trouve plus rien de tel. Pourtant, les épîtres de Paul réfutent ce mythe ecclésial très répandu. La situation dans l'Église n'a jamais été idéale, et dans les différentes églises elle était non idéale de façons différentes.
Mais il y avait aussi quelque chose de commun, et ce commun avait une racine spirituelle unique. L'apôtre la définit clairement et brièvement : la recherche de « maîtres » qui « flattent l'oreille », qui disent aux gens ce qu'ils veulent entendre. Et souvent (et aux premiers temps chrétiens, le plus souvent), il s'agissait de la compréhension de la Bible, des livres sacrés. Paul ne dit pas par hasard que toute la sainte Écriture est inspirée de Dieu, tout entière, et qu'elle est donc tout entière « utile pour enseigner ».
Mais on ne peut apprendre quelque chose de l'Écriture que lorsqu'on la reçoit telle qu'elle est, et dans toute la plénitude accessible à ce moment. Le maître-rabbin pouvait ici apporter une grande aide : il n'expliquait pas seulement le sens de tel ou tel texte, comme le font les commentateurs modernes ; il aidait aussi l'homme à travailler avec le texte. Ou plutôt, il aidait l'homme à s'approcher du texte de telle manière que le texte puisse travailler avec lui, avec son lecteur.
Car derrière tout texte inspiré de Dieu se tient Celui qui en est le véritable Auteur, et le sens de la lecture de la Bible comme Écriture sainte consiste précisément à permettre à l'Auteur, à travers ce texte dans chaque cas tout à fait concret, de travailler avec soi. Une telle lecture supposait une certaine aptitude, et dans cette aptitude, il y avait moins que tout ce que nous aimons souvent aujourd'hui et que l'on pourrait appeler le principe « moi et la Bible », ou même « moi dans la Bible » : mes pensées, mes sentiments, mes émotions, mes expériences à propos de tel ou tel passage.
Or la réception adéquate du texte sacré n'est possible que lorsque fonctionne le principe « la Bible en moi » : il n'y a déjà plus de place pour ma réflexion, peu importe qu'elle soit intellectuelle ou émotionnelle ; il n'y a que le silence intérieur, dans lequel résonne le texte de l'Écriture devenu parole de Dieu adressée à moi. La pratique d'une telle lecture était connue de la Synagogue comme de l'Église, bien que dans l'Église elle se soit, avec le temps, presque entièrement retirée dans les monastères.
Une telle lecture était un exercice spirituel précieux qui, avec la prière intérieure et une vie consciente, aidait l'homme à faire croître en lui cet axe spirituel que l'on appelait en ces temps-là la Torah intérieure. Mais c'était un travail spirituel assez tendu et pas toujours agréable, auquel tout le monde était loin de vouloir se consacrer. Celui qui ne le voulait pas cherchait donc pour lui un « maître » prêt à « réfléchir » et à « éprouver » avec lui, tournoyant avec son disciple devant les miroirs intérieurs de sa propre réflexion.
Il ne pouvait évidemment être question ici d'aucun travail spirituel, mais ce genre de passe-temps était agréable pour qui l'aimait, et il pouvait facilement être présenté, à soi-même et aux autres, comme une « étude de l'Écriture » et comme une « vie spirituelle ». C'est contre cette profanation de la véritable connaissance de la sainte Écriture que Paul met en garde son disciple, pour qui cela était particulièrement actuel : Timothée, à en juger par tout ce que nous savons de lui dans les épîtres de Paul, était justement un maître-rabbin, et la tentation de devenir un « maître qui flatte l'oreille » était pour lui tout à fait réelle.
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