Bible-Centre

RÉFLEXIONS pour Dt 8:10

10 Tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras Yahvé ton Dieu en cet heureux pays qu'il t'a donné.
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Il arrive d’entendre que la religion de l’Ancien Testament était, par comparaison avec le christianisme, une religion de la chair, que la prospérité était comprise par les hommes de l’Ancien Testament d’une manière trop matérialiste, trop terrestre, que les principaux signes de la bénédiction de Dieu étaient de bonnes récoltes et une bonne reproduction du bétail, de nombreux enfants, l’abondance et le bien-être, la victoire sur l’ennemi en temps de guerre, et certains versets de la Torah semblent confirmer une telle attitude. Pourtant, ce genre de conjectures doit plutôt être considéré comme un tribut au spiritualisme traditionnel des milieux proches de l’Église que comme une attitude proprement yahviste.

Quant au yahvisme, que l’on entend d’ordinaire par « religion de l’Ancien Testament », il était justement tout à fait étranger à quelque spiritualisme que ce soit, tout comme l’était d’ailleurs le christianisme, qui n’a jamais été une « religion de l’esprit » ou une « religion de la souffrance », comme certains l’ont appelé, mais la vie du Royaume. Le yahvisme, lui, connaissait le pressentiment spirituel, l’avant-goût spirituel de cette vie. Et dans le bien-être terrestre, le yahvisme ne voyait rien de répréhensible. À une condition : que ce bien-être ne soit pas atteint par la violation de la Torah, du commandement donné par Dieu. Il ne s’agit évidemment pas ici du fait qu’avant la venue du Christ les hommes auraient été assez naïfs pour croire que la justice dans le monde déchu s’accompagne de prospérité. Il suffit d’ouvrir le livre de l’Ecclésiaste ou le livre de Job pour se convaincre que les hommes spirituellement mûrs ne souffraient pas d’une telle naïveté, même aux temps préchrétiens.

La question était autre : les yahvistes croyants regardaient la terre donnée par Dieu comme le Royaume de Dieu, auquel il ne manquait, pour se révéler en plénitude, que la justice de ceux qui habitaient cette terre. Et il faut reconnaître qu’il y avait dans cette approche sa part de vérité, même si ce n’était pas toute la vérité. En effet, l’essence du Royaume de Dieu ne réside pas dans la nature de l’univers, mais dans sa relation à Dieu. Si Dieu se trouve au centre, le monde devient Royaume. Or Dieu, depuis la théophanie du Sinaï, est déjà venu vers Son peuple et a conclu avec lui une alliance précisément pour demeurer parmi Son peuple à jamais. Et le peuple était réellement appelé à devenir une communauté de fidèles, et le lieu où il habitait, un Royaume. Bien sûr, il s’agit d’un idéal et d’une tâche suprême qui ne pouvait être accomplie adéquatement avant la venue du Messie dans le monde. Et pourtant, dans le peuple a toujours vécu la compréhension que la prospérité sur la terre donnée par Dieu n’est possible que si cette terre devient Royaume. Car Dieu aime Son peuple. Et Il veut qu’il soit heureux.

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