18 Yahvé me l'a fait savoir et je l'ai su; tu m'as alors montré leurs agissements.
19 Et moi, comme un agneau confiant qu'on mène à l'abattoir, j'ignorais qu'ils tramaient contre moi des machinations "Détruisons l'arbre dans sa vigueur, arrachons-le de la terre des vivants, qu'on ne se souvienne plus de son nom!"
20 Yahvé Sabaot, qui juges avec justice, qui scrutes les reins et les cœurs, je verrai ta vengeance contre eux, car c'est à toi que j'ai exposé ma cause.
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La haine envers le prophète est une chose assez ordinaire. Certes, lorsqu'il s'agit de Jérémie, on peut parler des circonstances particulières de son ministère. Il lui a fallu prêcher à une époque où une religiosité superficielle, purement extérieure, se combinait dans la conscience collective avec une exaltation vantarde, avec la certitude de sa propre justice, avec un nationalisme religieux fortement mêlé à une mythologie particulière qui n'avait rien de commun avec le yahvisme. Le prophète dut s'opposer spirituellement à ce mélange, suscitant au minimum de l'hostilité, souvent passée à la haine, surtout sur fond de défaites militaires (Jérémie prêcha durant les dernières années de l'existence de Juda, devenant témoin de sa fin et du début de l'exil babylonien).
Mais il ne s'agit pas seulement des particularités du ministère prophétique de Jérémie; il s'agit aussi des particularités de ce ministère comme tel. Si le prophète n'était qu'un prédicteur de l'avenir (comme on considère parfois les prophètes), il aurait très bien pu être dangereux pour les puissants, mais un tel prédicteur n'aurait pas suscité une haine générale. La haine générale s'explique par le fait que le prophète n'est pas un prédicteur de l'avenir, avenir qu'il est d'ailleurs impossible de prédire, ne serait-ce que parce qu'il n'existe aucun avenir programmé de manière univoque, mais un témoin de Dieu. Il voit la situation telle que Dieu la voit, Dieu qui révèle au prophète Sa vision. Là, d'ailleurs, une prédiction des événements à venir est possible, surtout si ces événements sont déjà mûrs et s'expliquent par l'état spirituel présent de la société; mais même lorsque la catastrophe paraît inévitable, le prophète appelle d'ordinaire quand même à la conversion: rien n'est décidé d'avance, il y a toujours une alternative, il suffit de se repentir des péchés commis et de se tourner vers Dieu. Cependant, l'essentiel reste tout de même le témoignage même, que ceux contre qui il est dirigé ne peuvent souvent pas pardonner au prophète. C'est lui qui suscite la haine, d'autant plus forte que ceux contre qui le témoignage du prophète est dirigé comprennent ceci: sans lui, sans ce prophète importun et sa prédication, ils n'auraient pas de problèmes, ils pourraient vivre tranquillement.
Il se peut que ces gens comprennent même que le prophète a raison, que la catastrophe est inévitable; cependant, les particularités du psychisme de l'homme déchu le forcent souvent à se cacher la tête dans le sable et à ne pas remarquer la menace qui approche, surtout lorsqu'on ne peut l'empêcher qu'en renonçant au mode de vie habituel et au système de valeurs habituel. Dans une telle situation, les paroles du prophète ne peuvent réellement provoquer chez ses contemporains rien d'autre que la haine. Et ce n'est qu'après des années et des décennies (et parfois des siècles), lorsque la catastrophe dont ce prophète avertissait sera devenue un fait et aura été comprise spirituellement, que les descendants de ceux à qui le prophète s'adressait comprendront et reconnaîtront qu'il avait raison. Comme cela s'est produit avec Jérémie.
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