23 Mais voici ce que je leur ai ordonné : Ecoutez ma voix, alors je serai votre Dieu et vous serez mon peuple. Suivez en tout la voie que je vous prescris pour votre bonheur.
24 Mais ils n'ont pas écouté ni prêté l'oreille; ils ont marché selon leurs desseins, dans l'obstination de leur cœur mauvais, tournés vers l'arrière et non vers l'avant.
25 Depuis le jour où vos pères sont sortis du pays d'Egypte jusqu'à aujourd'hui, je vous ai envoyé tous mes serviteurs, les prophètes; chaque jour je les ai envoyés, sans me lasser.
26 Mais ils ne m'ont pas écouté, ils n'ont pas prêté l'oreille, ils ont raidi leur nuque, ils ont été pires que leurs pères.
27 Tu leur diras toutes ces paroles : ils ne t'écouteront pas. Tu les appelleras : ils ne te répondront pas.
28 Tu leur diras : Voilà la nation qui n'écoute pas la voix de Yahvé son Dieu et ne se laisse pas instruire. La fidélité n'est plus : elle a disparu de leur bouche.
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Situation paradoxale : Dieu envoie un prophète vers des gens dont Lui-même dit à Son envoyé que personne ne l’écoutera ! Si tout est aussi clair, pourquoi donc l’envoyer ? On pourrait penser que Dieu le fait par précaution : peut-être se trouvera-t-il malgré tout quelqu’un qui pourra et voudra entendre ? Mais Dieu n’est pas un homme ; dans Son cas, il ne peut y avoir aucun « et si jamais » ni aucun « peut-être ». Il connaît chacun et tous, et à tout moment Il peut dire avec exactitude s’il y a dans le peuple des gens prêts à écouter et à entendre, ou non.
Il s’agit plutôt d’autre chose : de l’indétermination fondamentale de la situation. Oui, les choses vont mal. Oui, le peuple est peu disposé à écouter ceux qui parlent de la part de Dieu. Ce qui est encore pire, c’est que cette situation n’est pas née aujourd’hui ni hier : à en juger par les paroles de Dieu, le peuple s’est toujours distingué par une insensibilité spirituelle, ou du moins une faible sensibilité, depuis le début même de son histoire, depuis l’Exode. Et pourtant l’espérance demeure, elle existe toujours, tant que l’histoire de l’humanité continue encore.
Bien sûr, les péchés passés pèsent toujours lourdement, qu’il s’agisse d’une personne ou de tout un peuple. Mais, heureusement, le repentir et la conversion sont toujours possibles ; ni l’un ni l’autre ne dépendent des mérites ni des réussites humaines. Le pécheur d’aujourd’hui peut se repentir et s’engager sur le chemin de la justice non pas même demain, mais à la minute suivante, et Dieu accueillera son repentir et se réjouira de sa conversion. Il peut aussi ne pas se repentir, et alors les paroles du prophète seront perdues en vain.
Bien sûr, lui-même restera un homme de Dieu, et il accomplira l’œuvre que Dieu lui a confiée ; à cet égard Dieu n’aura rien à lui reprocher, dans la mesure où il est question d’un homme pécheur. Mais du point de vue de ce désir de sauver chacun du péché et de la mort, désir que Dieu exprime si clairement, les paroles du prophète se révéleront alors inutiles.
Dieu prend un risque, sans lequel, dans le monde déchu, il est impossible de faire quoi que ce soit. Un risque dont aucune œuvre de Dieu ne peut se passer et auquel, par conséquent, nul ne peut échapper s’il accepte de l’accomplir. Si même le Messie Lui-même sait avec certitude, dès le début de Son ministère, qu’Il mourra sur la Croix, que dire des autres ? Et pourtant le prophète va faire l’œuvre que Dieu lui a confiée. Comme tant d’autres l’ont fait avant lui et tant d’autres après lui. Comme le Messie est allé vers la Croix. Non seulement parce qu’autrement le dessein de Dieu ne s’accomplira pas, mais avant tout parce qu’autrement ils perdront Dieu, Son amour, Son Royaume. Et tous le savent.
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