46 Une pensée leur vint à l’esprit : qui pouvait bien être le plus grand d’entre eux ? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : « Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. » |
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
51 Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
57 Et tandis qu’ils faisaient route, quelqu’un lui dit en chemin : « Je te suivrai où que tu ailles. » |
58 Jésus lui dit : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer la tête. » |
59 Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci dit : « Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père. » |
60 Mais il lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu. » |
61 Un autre encore dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé des miens. » |
62 Mais Jésus lui dit : « Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. » |
On voit que Jésus explique sans cesse à ses disciples, par différents exemples, ce qu'est la vie du Royaume, quelle elle est. Et l'évangéliste réunit ces exemples, en fait une sorte de résumé qui en contient une brève description. Voici les disciples qui se disputent pour savoir qui est le plus grand dans le Royaume. Enfin, après le Maître, bien sûr. Voici ces mêmes disciples prêts à faire éclater le tonnerre sur un village samaritain où on ne les reçoit pas. Pas pour eux-mêmes, bien sûr, mais pour le Maître. Et pour la vérité, cela va de soi.
Et voici les gens qu'ils rencontrent en chemin. L'un est prêt à partir, mais Jésus lui dit: Je n'ai nulle part où t'inviter. À un autre, Jésus dit Lui-même: suis-Moi, et celui-ci demande la permission d'enterrer son père; il reçoit une réponse qui paraît impitoyable. Comme encore un autre: la réponse est extérieurement plus douce, mais au fond elle dit: laisse, oublie tout le monde, sinon il faudra oublier le Royaume.
Qu'est-ce donc: une forme particulière de sélection? Oui, bien sûr: car Jésus voit le coeur de chacun, il est pour Lui aussi transparent que pour son Père céleste. Mais il y a aussi quelque chose de commun. Le Royaume est ouvert à chacun. Mais à une condition: il doit être à la première place dans la vie de celui qui veut l'atteindre. Dans le Royaume, on ne finit pas sa vie, on vit. Or ceux qui refusent de partir veulent, d'une manière ou d'une autre, finir leur vie. Rester avec ceux qui finissent la leur. Sans comprendre que finir sa vie, seul ou avec d'autres, peut durer indéfiniment. Dans le monde déchu, en effet, il n'y a pas de vraie vie; il n'y en a que les restes. Et il faut choisir: soit ramasser ces restes et essayer d'en tirer jusqu'à la dernière goutte, soit aller là où la vie est en abondance. Sans essayer de traîner avec soi les restes de ce semblant de vie que l'on peut trouver dans le monde déchu.
Mais là-bas, dans le Royaume, les lois sont autres. Il n'y a pas de chefs et de subordonnés, mais des services à porter, et celui qui sait mieux le faire est le principal. Au principal, dans le Royaume, ne reviennent pas les meilleures places, mais les services les plus responsables. Et là-bas, il n'est pas nécessaire de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Dans ce monde non plus, il n'est pas nécessaire de prouver le Royaume à qui que ce soit.
Le montrer, bien sûr, est possible. Mais le prouver est insensé. Car la preuve, surtout lorsqu'elle fait appel aux tonnerres du ciel, suppose toujours le désir de convaincre de force. De contraindre à accepter, à croire. Et peu importe alors quels seront les arguments irréfutables: dans tous les cas, ils supposent que l'homme se rend devant l'inévitable, que ce soit une force à laquelle on ne peut échapper ou une évidence à laquelle on ne peut se soustraire. Le Royaume, bien sûr, est force et évidence. Mais c'est une force dont on peut s'éloigner, et une évidence que l'on peut ne pas remarquer si on le veut. Dieu ne s'impose pas, et l'homme est libre. À l'homme libre, la liberté; au sauvé, le paradis.
46 Une pensée leur vint à l’esprit : qui pouvait bien être le plus grand d’entre eux ? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : « Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. » |
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
51 Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
57 Et tandis qu’ils faisaient route, quelqu’un lui dit en chemin : « Je te suivrai où que tu ailles. » |
58 Jésus lui dit : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer la tête. » |
59 Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci dit : « Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père. » |
60 Mais il lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu. » |
61 Un autre encore dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé des miens. » |
62 Mais Jésus lui dit : « Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. » |
Ces paroles ne s'adressent pas seulement à ceux qui veulent tout juste se mettre à la suite de Jésus, mais aussi aux disciples eux-mêmes — et à nous. Ne nous vient-il jamais « à l'esprit » de savoir lequel d'entre nous est le plus grand ? Ou ne ressentons-nous jamais le désir d'« interdire » à quelqu'un qui pense autrement ? Ou de demander à Dieu que le feu du ciel tombe sur nos ennemis, « comme Élie l'a fait » ? Savons-nous toujours de quel Esprit nous sommes ? Beaucoup d'entre nous n'ont pas seulement « mis la main à la charrue », mais ont déjà bel et bien labouré la moitié du champ. Et pourtant, regardons-nous de nouveau en arrière ?
46 Une pensée leur vint à l’esprit : qui pouvait bien être le plus grand d’entre eux ? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : « Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. » |
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
51 Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
57 Et tandis qu’ils faisaient route, quelqu’un lui dit en chemin : « Je te suivrai où que tu ailles. » |
58 Jésus lui dit : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer la tête. » |
59 Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci dit : « Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père. » |
60 Mais il lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu. » |
61 Un autre encore dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé des miens. » |
62 Mais Jésus lui dit : « Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. » |
La lecture d'aujourd'hui est entièrement consacrée au thème du Royaume, ainsi qu'à la manière dont les hommes qui entouraient Jésus le comprenaient, y compris Ses disciples les plus proches. Et de nouveau, nous nous heurtons à une incompréhension totale, même chez les apôtres, de ce qu'est le Royaume et de ce que sont ses lois. La question même de la primauté, de savoir qui est le plus grand dans le Royaume (v. 46), y perd tout sens. Jésus a su l'expliquer en montrant aux disciples un enfant que la question de la primauté, du fait de son âge, ne préoccupe encore absolument pas (v. 47-48).
Selon les lois de notre monde pas encore transfiguré, est grand celui qui est grand par sa propre grandeur; dans le Royaume, manifestement, la grandeur propre ne signifie rien, et moins l'homme s'appuie sur elle, plus la grandeur du Royaume transparaît à travers lui. Voilà pourquoi il n'est pas nécessaire d'imposer ce Royaume par la force, comme les apôtres avaient pensé le faire dans un village samaritain où, comme d'habitude, on n'appréciait pas les Juifs (v. 51-54): car on ne peut ainsi démontrer que sa propre force et prouver sa propre importance, mais il est impossible de rapprocher les hommes du Royaume par ce moyen. Ce n'est pas par hasard que Jésus dit aux disciples qu'ils n'agissent pas selon l'esprit du Royaume: pour le Royaume, aucune violence n'est acceptable; on ne peut y faire entrer personne par la force, car pour y entrer, il faut avant tout une relation avec Dieu et avec Celui qu'Il envoie, une relation non imposée, mais librement acceptée.
Un Royaume imposé par la force n'est pas le Royaume, mais seulement son fantôme, qui peut perdre l'homme mais ne peut pas le sauver. Et puisque le Royaume n'est pas un lieu, mais une relation, il n'est limité par aucune structure; même la communauté apostolique, si on la regarde non comme une communauté de personnes vivant dans le Royaume, mais comme une sorte d'organisation chargée de propager l'idée du Royaume de Dieu, ne le limite pas. C'est pourquoi quiconque témoigne de lui au nom du Christ, en manifestant autour de lui sa puissance et son efficacité, y trouve sa place, même s'il n'a formellement aucun rapport avec la communauté apostolique (v. 49-50). Ainsi, en dissipant les mythes si répandus à cette époque dans la conscience religieuse de masse, Jésus affermit dans le coeur de Ses disciples les représentations du Royaume qui devaient les aider à traverser Sa mort sur la croix et à accueillir Sa résurrection.
46 Une pensée leur vint à l’esprit : qui pouvait bien être le plus grand d’entre eux ? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : « Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. » |
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
51 Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
57 Et tandis qu’ils faisaient route, quelqu’un lui dit en chemin : « Je te suivrai où que tu ailles. » |
58 Jésus lui dit : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer la tête. » |
59 Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci dit : « Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père. » |
60 Mais il lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu. » |
61 Un autre encore dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé des miens. » |
62 Mais Jésus lui dit : « Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. » |
Aujourd'hui, nous avons lu une petite sélection de brefs récits sur Jésus, réunis par l'évangéliste afin de montrer tout ce que Son Message a d'extraordinaire et combien il est incompatible avec les conceptions humaines normales. Dans le Royaume de Dieu qui vient, tout sera différent de ce qui est admis sur terre : les plus importants et les plus respectés seront ceux qui ont le moins de valeur aux yeux des hommes (car, avant leur majorité, les enfants n'avaient aucun droit et étaient considérés comme la propriété de leurs parents, au même titre que les esclaves, tandis que Jésus les donne en exemple aux disciples). Jésus interdit aux disciples de diviser les hommes entre « les nôtres » et « les autres », bien que ce soit un principe fondamental de la société humaine (pour comparaison, regardez les nouvelles à la télévision). Son Royaume sort de notre système de valeurs ; il est plus important même que le devoir sacré d'enterrer son père, plus important qu'une maison confortable et une famille. Il saisit l'homme tout entier : celui qui a interrogé Jésus sur Son Royaume a déjà « mis la main à la charrue », déjà commencé le chemin paradoxal vers Dieu...
46 Une pensée leur vint à l’esprit : qui pouvait bien être le plus grand d’entre eux ? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : « Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. » |
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
Les apôtres posent à Jésus l’une de ces questions dont la réponse devait flatter leur amour-propre. Manifestement, ils se considéraient comme des personnes particulières, « avancées », spécialement proches du Maître et donc plus importantes que les autres. Mais la réponse de Jésus se révèle tout à fait inattendue : elle bouleverse toutes leurs idées et réduit à néant toute vanité. Il s’avère qu’à l’échelle divine, ce que le monde considère comme petit devient grand et ce qu’il considère comme insignifiant devient important. Les disciples cherchaient la réponse parmi des adultes comme eux, des personnes rendues sages par l’expérience, alors qu’il leur suffisait de regarder quelque chose de tout à fait différent. Pour entrer dans le Royaume des Cieux, il est inutile de développer à l’extrême en soi les qualités appréciées par la société. Le Christ nous appelle à « naître d’en haut », à devenir tout autres. Il est étonnant que l’image la plus proche, celle qui nous indique ce que doit être cette personne nouvelle, soit celle d’un enfant sans défense que l’on peut tout simplement « prendre et placer devant Lui ».
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
51 Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
Il est frappant que les disciples du Christ, jusqu’à Sa Résurrection d’entre les morts, restent prisonniers des représentations juives courantes. Confrontés au refus des Samaritains, ils sont déjà prêts à prier pour que le feu descende du ciel, et ils citent le prophète Élie comme exemple à imiter.
Il faut reconnaître qu’une telle forme de prédication a paru optimale à beaucoup de chrétiens au cours des siècles. Dans un empire, on a même inventé une théorie théologique spéciale selon laquelle il fallait convertir l’empereur au christianisme, après quoi celui-ci, par le feu et par l’épée, conquérirait le monde entier et pousserait tous les peuples soumis à la foi. Tout aurait été parfait ; dommage seulement que l’empire soit tombé avant d’avoir accompli la mission qu’on lui avait confiée.
Les paroles du Christ en réponse à cette étrange pensée des disciples sont simples et sévères : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ». Même si les empires, aujourd’hui, semblent avoir disparu (sans doute heureusement), dans la vie de chaque personne aussi cette tentation, et cette réprimande du Christ adressée à notre inclination à la violence, sont très importantes. Il ne convient pas de défendre la vérité par la force, car la Vérité triomphe sur la Croix.
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
51 Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
Qu'est-ce que la religion ? Et que vaut la religiosité humaine ? On en débat depuis plus d'un siècle. Les uns voient dans la religion le principal moteur de la vie spirituelle ; les autres la considèrent comme une force terrible et destructrice, en montrant avant tout les formes que peut prendre une religiosité militante, intolérante à toute dissidence, et les phénomènes qu'elle engendre.
Les disciples de Jésus étaient sans aucun doute des hommes profondément religieux, comme la plupart des Juifs de leur époque. Au moment de l'épisode du village samaritain décrit par l'évangéliste, ils avaient déjà passé au moins un an avec leur Maître. Mais voici le refus, et leur première réaction, immédiate : que ce village soit maudit ! Que la foudre frappe ses habitants ! On pourrait bien sûr penser qu'ils parlent sous le coup de la colère, qu'il ne s'agit que d'une première réaction spontanée. Jésus en juge autrement. Il dit à Ses disciples : vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. Apparemment, ce qui a été dit ne l'a pas été simplement dans un mouvement d'emportement : ce n'est ni une erreur fortuite ni un lapsus, mais une position.
Une position tout à fait explicable à partir des conceptions religieuses des Juifs de l'époque évangélique. Une époque où les Samaritains étaient, à leurs yeux, pires que les païens : comme eux, ils se considéraient comme le peuple de Dieu et adoraient le même Dieu d'Abraham et de Moïse. On devine aisément que les Juifs ne pouvaient leur pardonner de telles prétentions. Les païens étaient simplement autres, sans lien avec le Dieu d'Israël ; les Samaritains avaient ce lien et revendiquaient devant Dieu la place occupée de droit par le peuple juif. Le sentiment religieux ne dictait qu'une réponse à de telles prétentions : la haine.
Une haine qui paraissait pleinement justifiée à la conscience religieuse : toute religion est, au fond, totale ; elle réclame l'homme tout entier et détermine entièrement sa vision du monde, son comportement et son système de valeurs. Et aucune religion ne tolère évidemment la concurrence : la tolérance entre religions apparaît généralement lorsque la tension religieuse retombe. Mais une autre raison est possible : on peut être tolérant envers la religiosité d'autrui non seulement lorsqu'on n'a pas encore atteint spirituellement le sentiment religieux, mais aussi lorsqu'on l'a dépassé spirituellement.
C'est précisément ce que veut dire le Sauveur lorsqu'Il dit aux apôtres qu'ils ne savent pas de quel esprit ils sont. Ils croient qu'en souhaitant anéantir les adversaires de leur Maître, ils rapprochent le triomphe de Son Royaume. En réalité, ils ne font que le retarder. Car le christianisme n'est pas une religion, mais la vie dans le Royaume, et le Messie est venu dans le monde non pour détruire Ses ennemis, mais pour sauver tous ceux qui peuvent être sauvés.
Mais ce n'est pas facile à comprendre. À vrai dire, les seuls efforts humains ne permettent pas de le comprendre, et le sentiment religieux n'y aide pas ; il peut même, semble-t-il, faire obstacle à la compréhension du Royaume apporté au monde par le Sauveur. Seul le souffle de Dieu révèle aux apôtres ce qu'est le Royaume. Après la Pentecôte, il ne leur viendra plus jamais à l'esprit d'établir le Royaume et d'implanter l'Église par la force. Même dans les situations les plus difficiles et avec les meilleures intentions.
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
Il nous faut parcourir un assez long chemin avant de parvenir à cette pensée simple : qui n'est pas contre nous est pour nous. Il est plus facile de chercher des ennemis que de vivre parmi des compagnons de lutte et des collaborateurs. Il est plus agréable de se croire l'autorité ultime en matière de vérité que de se reconnaître comme l'un parmi beaucoup d'autres. Il faut longtemps pour assimiler que l'on n'est pas le premier, mais le dernier parmi ceux que le Seigneur a appelés. Sur ce chemin, nous cherchons toujours à quitter « qui n'est pas contre vous est pour vous » pour aller vers « qui n'est pas avec moi est contre moi ». Nous cherchons à nous mettre sur le même plan que le Seigneur et à prendre la place du premier et du meilleur disciple, celui qui a tout compris et qui réorganisera aussitôt le monde selon sa propre compréhension. C'est précisément de cela que le Seigneur nous protège en nous donnant pour exemple l'attitude d'un enfant, d'un tout-petit, envers la hiérarchie, le pouvoir, l'avancement de carrière, notre place dans le monde et, finalement, envers ce que nous savons tout simplement de lui et de nous-mêmes.
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
Les paroles du Sauveur disant que ceux qui ne sont pas contre les chrétiens sont par là même « pour » peuvent, au premier abord, paraître un peu étranges. En effet, combien y a-t-il dans le monde de gens qui n'ont rien contre le Christ ni même contre le christianisme, mais qui, en somme, n'ont rien non plus « pour ». Ils sont simplement indifférents à tout cela, soit en demeurant agnostiques, soit en choisissant pour eux d'autres traditions spirituelles et d'autres chemins spirituels.
Peut-on appeler une telle position une position « pour » le Christ ou « pour » le christianisme ? Si l'on considère le christianisme comme une nouvelle religion, alors, bien sûr, la réponse ne peut être que négative. Toute religion a besoin de partisans, de préférence conscients, actifs et convaincus d'avoir raison, capables de répandre cette religion et de témoigner de sa vérité.
Mais le christianisme n'est pas une nouvelle religion ; il est une vie nouvelle. La vie avec le Christ dans Son Royaume, qu'Il a apporté dans le monde. Or avec la vie tout n'est pas aussi simple qu'avec les idées et les convictions politiques, sociales, scientifiques ou même religieuses. On ne devient partisan de certaines idées ou convictions que lorsqu'on les comprend et les accepte jusqu'au bout.
Bien sûr, toute religion compte parmi ses partisans des gens qui ne s'y connaissent guère, non seulement dans ses subtilités théologiques, mais parfois même dans les nuances de sa doctrine ; pourtant même ces adeptes peu versés dans les subtilités expriment leur soutien à leur religion de manière tout à fait consciente et sans équivoque, parfois même plus résolument que tous les autres. Mais avec la vie, tout n'est pas aussi simple ; souvent les gens vivent toute leur vie, ou la plus grande partie de leur vie, sans se demander du tout comment, de quoi et pourquoi ils vivent.
Il en va de même de la vie du Royaume qui, selon la parole du Sauveur, s'est désormais approché. Un homme peut parfois sentir le souffle du Royaume sans très bien comprendre ce qui lui arrive ni à quoi il a affaire. Après la venue du Christ, cela se produit souvent : le Royaume s'est approché de tous, et pas seulement des chrétiens ; c'est une réalité spirituelle objective, non une expérience spirituelle appartenant à une confession déterminée, encore moins monopolisée par elle.
Le souffle du Royaume peut aujourd'hui être ressenti par chacun, si toutefois il ne rejette pas d'avance tout ce qui est lié au Christ et au christianisme. Mais alors il apparaît qu'un homme qui, apparemment, n'a aucun rapport avec le christianisme peut se trouver « pour » le Christ et « pour » les chrétiens, à condition, bien sûr, qu'il prenne au sérieux son expérience et sa vie.
Certes, un tel christianisme « anonyme » ne garantit pas encore que l'homme s'engagera consciemment sur le chemin chrétien ; mais il ne deviendra sans doute pas non plus ennemi du Christ et des chrétiens. Cela signifie que le chemin vers le Royaume restera ouvert pour un tel homme, et que la possibilité de le parcourir pourra se conserver assez longtemps pour lui, aussi longtemps que le voudra Celui qui a apporté le Royaume dans le monde.
51 Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
57 Et tandis qu’ils faisaient route, quelqu’un lui dit en chemin : « Je te suivrai où que tu ailles. » |
58 Jésus lui dit : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer la tête. » |
59 Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci dit : « Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père. » |
60 Mais il lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu. » |
61 Un autre encore dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé des miens. » |
62 Mais Jésus lui dit : « Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. » |
Comme la réaction des apôtres nous est proche. D'un côté, il n'y a là rien d'étonnant, car nous sommes tous des hommes et, de plus, ressembler à un futur apôtre est même très bien. Mais de l'autre, en quoi leur ressemblons-nous? Précisément en ce que nous sommes des hommes, avec nos réactions «communes à tous les hommes». Les disciples, brûlant de zèle pour le Maître, sont offensés de ce qu'on n'ait pas voulu Le recevoir. Quelqu'un a traité leur Maître comme n'importe quel autre homme: on a refusé l'hospitalité à un voyageur. Et voilà déjà devant nous la «colère juste» qui gronde, car ces simples pêcheurs ne prononçaient sans doute pas calmement les paroles appelant le feu céleste vengeur, même si l'Évangile le rapporte sans émotion (voir Lc. 9:54). Et ces hommes simples s'estiment en droit de venger une attitude si peu accueillante envers leur Seigneur. Peut-être sont-ils mus par les paroles du Christ qui les envoie prêcher: «Et si quelqu'un ne vous reçoit pas et ne vous écoute pas, en sortant de là, secouez la poussière de vos pieds en témoignage contre eux. Je vous le dis en vérité: au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins rigoureusement que cette ville» (Mc. 6:11). Or il s'agissait alors d'eux-mêmes, tandis qu'ici il s'agit de leur Maître! La punition doit donc être proportionnée!..
Et si l'on imaginait que Joseph se soit comporté ainsi lorsque personne ne voulait les accueillir, lui et Marie qui était sur le point d'enfanter? Combien de gens et de maisons auraient été brûlés par le feu?
Il est étonnant que les disciples aient ici la foi que le feu viendra à leur demande! Et la question ne sonne pas ainsi: «Le feu descendra-t-il du ciel si nous le demandons?», mais «Veux-tu que nous disions que le feu descende du ciel et les consume?» (Lc 9:54).
Et comme il est merveilleux que la foi en Dieu et dans le fait que «tout ce qu'ils demanderont leur sera accordé par Mon Père céleste» s'accompagne d'un dialogue avec le Seigneur! Car Il rejette la proposition des disciples et le leur interdit (Lc. 9:55), dirigeant leurs sentiers sur le droit chemin.
51 Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
Nous ne savons pas de quel esprit nous sommes. Aujourd'hui, la possibilité de juger ne nous étonne pas ; nous jugeons facilement non seulement en notre propre nom, mais aussi au nom des chrétiens, au nom de toute l'Église. On entend souvent : « les saints Pères disent... », ou « le Pape a dit », etc., etc. Au nom de l'Église, nous accusons les gens de péchés sans voir la poutre dans notre propre oeil. Dans toutes les confessions, il y eut des périodes où l'on tuait des hommes au nom de l'Église : l'Inquisition, la lutte contre les vieux-croyants, les guerres de religion... Dans ce texte, nous voyons que, même du vivant de Jésus, les apôtres voulaient, en Son nom, exterminer ceux qui ne L'avaient pas accueilli.
C'était une manifestation d'amour pour Lui, mais non d'un amour véritable. Car l'amour de Dieu est impossible sans l'amour du prochain. Nous ne savons pas de quel esprit nous sommes, mais nous savons avec certitude que Machiavel avait tort lorsqu'il écrivit que la fin justifie les moyens. On ne peut pas implanter l'amour pour son Maître et Dieu par la violence. Par la violence on ne peut rien obtenir, et encore moins l'amour. Dieu et la violence sont incompatibles. Dieu est mort pour chaque habitant de ce village samaritain qui ne L'a pas accueilli ; Il est mort aussi pour chacun des apôtres, Il est mort pour Judas, Il est mort pour chacun de nous, et en dehors de Lui, personne ne peut juger.
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
Jésus prononce ces paroles en réponse à l'étrange proposition des disciples de faire descendre le feu du ciel et de détruire ceux qui n'avaient pas voulu les recevoir. « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes », s'exclame amèrement le Sauveur. Et ces paroles contiennent un aspect très important de notre foi.
Avec la venue du Christ dans le monde, tout comme au moment où chaque personne entre en contact avec lui, le jugement commence. Selon la parole du Seigneur lui-même, le jugement consiste en ceci : la Lumière est venue dans le monde, et les actes comme les intentions de chacun deviennent visibles dans cette Lumière. Chacun de nous choisit entre la Lumière et le repentir, ou les ténèbres et la satisfaction de soi. Des difficultés et des dangers nous guettent sur ce chemin ; malgré toute son évidence, ce choix est très difficile à faire. Et souvent, très souvent, nous nous trouvons incapables de suivre le Christ.
Voici donc que le Seigneur dit qu'il n'est pas venu pour nous « prendre en faute » lorsque nous ne sommes pas prêts à le recevoir, puis nous vouer à la perdition. Non, le but de sa venue est de sauver les âmes humaines. C'est l'une des raisons les plus importantes pour lesquelles il met si souvent et si instamment ses disciples en garde contre le jugement et la condamnation. Et c'est une espérance étonnante pour nous qui sommes indignes de son sacrifice.
57 Et tandis qu’ils faisaient route, quelqu’un lui dit en chemin : « Je te suivrai où que tu ailles. » |
58 Jésus lui dit : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer la tête. » |
59 Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci dit : « Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père. » |
60 Mais il lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu. » |
61 Un autre encore dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé des miens. » |
62 Mais Jésus lui dit : « Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. » |
Le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête. Nulle part... mais pourquoi ? Pourquoi trouvons-nous un endroit où reposer la tête, tandis que Lui n'a pas de place ? Même le plus démuni des sans-abri de Moscou trouvera un coin chaud dans une gare ou ailleurs, mais notre Seigneur n'a pas de place. Pourquoi ? Il a pourtant pris place à des repas et fréquenté même des maisons riches, ce qui signifie que des gens fortunés L'ont accueilli chez eux. Pourquoi dit-Il donc qu'Il n'a pas où reposer la tête ? Se plaint-Il vraiment de Son dénuement et de Sa pauvreté ? Non, bien sûr.
On peut dire que notre première réaction à ces paroles est effectivement une pitié, un amour et une tendresse sans mesure. Combien d'expériences mystiques ces mots ont suscitées, combien de fois a-t-on parlé de donner au Seigneur son cœur pour qu'Il y repose la tête. Mais sont-ce là les seuls sentiments que le Seigneur veut éveiller en nous par les paroles de la lecture d'aujourd'hui ? S'il en était ainsi, Il ne ferait que Se plaindre et demander qu'on Le plaigne. On ne peut dire que cela soit entièrement absent, car le Seigneur a également assumé la nature humaine, dans laquelle est inscrit le désir d'amour et de tendresse, désir qui n'est pas pécheur en lui-même. Nous avons pourtant le sentiment qu'il ne faut pas s'arrêter à cette seule compréhension de Ses paroles : nous devons réfléchir plus profondément et chercher d'autres sens.
Quand un enfant est malade, quand il repose la nuit brûlant de fièvre, sa mère ne peut dormir. Même si rien ne dépend d'elle et qu'elle ne peut rien faire, elle ne peut reposer la tête et s'endormir. Mais dès que la fièvre tombe, le sommeil vient de lui-même. En réalité, notre monde est lui aussi terriblement malade. Réfléchissons : s'est-il écoulé une seule minute sur terre sans qu'un homme meure quelque part, sans qu'un malheur survienne ? Pour nous, le temps se partage entre la nuit et le jour ; pour le Seigneur, entre les mains duquel repose toute la terre, il n'y a ni nuit ni jour.
On se souvient de la « Prière du soir » du métropolite Antoine de Souroge : « Dans un hôpital ou dans la chambre d'un malade, il y a des gens qui ne dormiront pas parce qu'ils souffrent, parce qu'ils ont peur, parce qu'ils sont inquiets pour ceux qu'ils aiment, dont les uns portent avec eux le poids de leur maladie et dont les autres seront laissés orphelins par leur mort. Il y a des hommes dans la solitude de la prison ; certains sont jeunes, et quelque part au-delà des murs se trouve la jeune fille qu'ils aiment, il y a leurs enfants, leurs camarades, il y a la liberté, il y avait l'espérance, et maintenant il ne reste rien. Il existe aussi des prisons où les nuits sont terribles, où les interrogatoires vont commencer ; ils se prolongent de longues heures au cœur de la nuit ; quelqu'un sera battu, quelqu'un sera torturé. Ils retourneront dans leurs cellules épuisés et entreront dans un jour où ils n'auront aucune consolation, seulement la peur de la nuit à venir. Maintenant la nuit se referme sur eux, la peur enveloppe leur corps et leur âme. En outre, dans toutes les villes, il y a la nuit bruyante, la nuit des bars, la nuit des jeux de hasard, la nuit de l'ivrogne, la nuit où des jeunes gens et des jeunes filles perdront leur pureté ; la nuit où des époux, ayant oublié l'amour et saisis par le seul désir, seront durs l'un envers l'autre. Il y a des gens qui perdront leur honneur et qui auront honte de se réveiller le matin. »
Et en méditant les paroles du métropolite, on peut se demander : quand il existe de telles nuits sur terre, comment le Seigneur pourrait-Il dormir ?
57 Et tandis qu’ils faisaient route, quelqu’un lui dit en chemin : « Je te suivrai où que tu ailles. » |
58 Jésus lui dit : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer la tête. » |
59 Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci dit : « Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père. » |
60 Mais il lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu. » |
61 Un autre encore dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé des miens. » |
62 Mais Jésus lui dit : « Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. » |
Les réponses du Seigneur Jésus-Christ aux paroles de trois personnes qui viennent à Lui en exprimant le désir de Le suivre troublent souvent le lecteur. Pourquoi, au lieu d'accueillir de nouveaux disciples, le Seigneur les rejette-t-Il en quelque sorte et dénonce-t-Il quelque chose dans leur désir de Le suivre ? Cette question tient souvent à nos propres craintes : nous redoutons qu'Il ne rejette aussi notre désir de suivre Jésus. Quoi qu'il en soit, les paroles du Christ dans la lecture d'aujourd'hui, tirée de l'Évangile de Luc, nous choquent ; elles contredisent certaines de nos idées toutes faites, profondément enfouies. Parfois, on en vient même à en vouloir à l'évangéliste : sans ce passage, tout serait bien plus simple et agréable pour nous.
Il faut sans doute distinguer trois raisons principales à cette attitude envers ces paroles du Christ. Premièrement, nos représentations habituelles et stéréotypées sont peut-être fausses. Deuxièmement, nous ne comprenons peut-être pas ce que dit le Seigneur. Et troisièmement, nous appliquons peut-être à tous, y compris à nous-mêmes, ce qui est dit à des personnes bien précises pour une raison bien précise. Ici, les trois raisons semblent jouer à la fois.
L'idée que le Seigneur ne rejettera pas celui qui vient à Lui repose sur Ses propres paroles. Mais Il dit Lui-même aussi que ce n'est pas quiconque L'appelle « Seigneur » qui peut entrer dans la vie, mais seulement celui qui fait la volonté du Père céleste. Dieu n'est donc pas un homme politique dont l'objectif serait la popularité à tout prix. Seul peut Le suivre celui qui possède une certaine pureté d'intention. Lorsque nous cherchons Dieu, nos motivations sont sans doute toujours quelque peu altérées ; mais dans certains cas, cette altération rend notre venue au Christ, non pas impossible, non, mais désastreuse pour nous-mêmes. Tels sont les trois exemples rapportés par l'évangéliste. Le premier, attiré par la gloire du Royaume messianique, veut y prendre part ; mais le Seigneur parle de Son chemin comme d'un chemin de rejet et de souffrance. Les deuxième et troisième veulent suivre le Christ à leurs propres conditions : « Je Te suivrai, mais... », disent-ils. C'est ici l'homme lui-même qui détermine sa route et tente de faire une sorte de faveur à Dieu en acceptant de Le suivre. Or tout cela est loin d'être anodin sur le plan spirituel, comme le soulignent les réponses du Seigneur Jésus.
Il est évident que la première raison de notre refus des paroles du Christ est directement liée à la troisième : il ne faut pas généraliser au monde entier les réponses du Christ à ces trois personnes. Pour qu'elles ne puissent pas nous être appliquées, il suffit de ne pas répéter les erreurs de ces hommes.
Et enfin, il faut vraiment pénétrer le sens de ce que le Seigneur veut dire. Au premier des trois hommes mentionnés, Il parle, au fond, de la Croix. Il importe que les souffrances de la Croix et le rejet par les hommes apparaissent ici comme les compagnons constants du Seigneur Jésus tout au long de Son chemin terrestre, de la grotte de Bethléem au Golgotha. Il est important d'entendre la réponse du Christ à l'homme qui refuse de Le suivre en raison d'un devoir filial essentiel en même temps que la question. Cet homme dit : permets-moi de Te quitter, car quelque part là-bas, quelque chose d'important m'attend. Mais en quittant Dieu, on ne peut aller qu'en un seul endroit : l'enfer, car partout où Dieu est absent, c'est l'enfer. Et le Christ dit à cet homme : non, c'est de là-bas que tu dois partir pour venir à Moi. La question comme la réponse s'articulent autour du verbe apelauno, « partir, s'éloigner ». Là où le Christ est absent, dit Jésus, se trouve le royaume des morts. Ce n'est pas le Christ qu'il faut quitter pour s'y rendre, mais cet endroit qu'il faut quitter pour venir au Christ. Toi, dit le Seigneur, va annoncer le Royaume. Quant au troisième, tout en acceptant de suivre le Christ, il cherche à se réserver un certain degré de liberté et, peut-être aussi, à se vanter devant ses proches de ses progrès spirituels, puisqu'il part à la suite du Maître de Nazareth. Et le Seigneur lui dit qu'une telle duplicité du cœur est impossible devant la face de Dieu.
Voilà apparemment pourquoi il importait à l'évangéliste Luc d'inclure ces trois brefs dialogues dans l'Évangile : afin que nous puissions voir fidèlement ce qui se passait et tirer quelque enseignement de cet exemple.
57 Et tandis qu’ils faisaient route, quelqu’un lui dit en chemin : « Je te suivrai où que tu ailles. » |
58 Jésus lui dit : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer la tête. » |
59 Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci dit : « Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père. » |
60 Mais il lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu. » |
61 Un autre encore dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé des miens. » |
62 Mais Jésus lui dit : « Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. » |
Jésus ne répondait nullement de la même manière à tous ceux qui voulaient Le suivre. Bien sûr, d'une manière générale, Il tenait compte de la personne et de sa situation, répondant en fonction de ce que l'on pouvait attendre d'elle. Mais c'est une vue d'ensemble ; qu'en est-il concrètement ? En effet, Jésus a plus d'une fois refusé à des personnes de rester avec Lui. Voici un homme qui s'approche de Lui, prêt à Le suivre n'importe où. Jésus lui répond qu'Il est sans demeure, qu'Il n'a nulle part où aller, tout comme celui qui vient à Lui. Tout paraît logique. Mais voici deux autres cas rapportés par l'évangéliste : Jésus appelle au contraire à Le suivre des personnes qui, il faut le remarquer, ne Lui opposent aucun refus, mais demandent seulement un très court délai, tout à fait justifié à vues humaines.
Bien sûr, il est pratiquement impossible de tout comprendre ici avec exactitude : il faudrait pour cela reconstituer entièrement la logique qui guide les décisions du Sauveur, en général comme dans chaque cas particulier. Mais on peut néanmoins comprendre certaines choses. Manifestement, l'essentiel pour Jésus n'est pas seulement, ni même tant, l'état spirituel présent de la personne que ses potentialités spirituelles. Il ne considère pas seulement sa disposition à Le suivre à cet instant précis, mais aussi ce qui en résultera par la suite.
En effet, la volonté de suivre telle ou telle personne, même lorsqu'il s'agit d'un être humain ordinaire, peut être liée à un élan émotionnel passager ou à des constructions intellectuelles, aux conclusions que l'on tire des paroles prononcées et de ce que l'on croit discerner derrière elles.
Le Sauveur, bien sûr, voit immédiatement, en parlant avec une personne, toutes les forces et tous les motifs qui animent le désir exprimé : le cœur humain Lui est aussi transparent qu'à Son Père.
Il comprend parfaitement que, si quelqu'un attend un refuge chaleureux et douillet contre tous les vents qui soufflent dans le monde, cette personne ne peut faire route avec Lui : Il n'a rien à offrir à celui qui cherche un abri sûr. Il en va autrement lorsqu'il s'agit d'arracher une personne à un tel refuge douillet, si le moment est venu pour elle d'aller plus loin, de s'engager sur le chemin qui mène au Royaume.
Jésus peut alors Se montrer absolument intransigeant : aucun retard, laisse tout et suis-Moi ! En effet, tout délai peut n'être, et n'est souvent, qu'un prétexte pour remettre à plus tard une décision dont l'heure est venue, puis pour l'éviter tout à fait. C'est pourquoi Jésus invite ceux dont l'heure est venue à regarder non pas en arrière, mais en avant. Comme le laboureur, qui ne regarde que devant lui et ne doit pas se retourner, sous peine de gâcher tout son travail.
60 Mais il lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu. » |
Les paroles de Jésus sur les morts qui ensevelissent leurs morts peuvent sembler trop dures dans la situation où elles furent prononcées. Mais, à bien y réfléchir, il n'est pas difficile de voir que la situation elle-même était au fond critique, bien que l'homme que Jésus avait appelé à le suivre ne lui demandât apparemment rien d'extraordinaire. Au contraire, il s'agissait d'un devoir que nous qualifions habituellement de sacré : ensevelir son propre père. Il existe une interprétation intéressante de cette demande. Certains commentateurs estiment qu'il ne s'agit pas ici du fait que le père de l'homme mentionné dans le récit était déjà mort, mais qu'il était encore en vie tout en attendant la mort, soit à cause d'une maladie, soit simplement en raison de son grand âge. Cet homme demandait un délai afin de permettre à son père de vivre paisiblement les années—sans doute peu nombreuses—qui lui restaient sur terre. Il était prêt à suivre Jésus ; il demandait seulement un délai.
Mais Jésus ne lui accorda pas ce délai. Pourquoi ? On pourrait dire que les ajournements relâchent une personne et lui ôtent souvent la résolution qu'elle avait à un moment donné, résolution qui disparaît avec le temps parce qu'elle n'a jamais accompli ce qu'elle avait décidé de faire. Mais ce n'est qu'un aspect de la question. L'autre est que, dans la vie spirituelle, il n'existe généralement aucun « plus tard ». Dieu est hors du temps, et l'on ne peut le rencontrer que dans le présent, seulement ici et maintenant. Mais l'« ici et maintenant », comme point de rencontre entre la personne et Dieu, se projette dans un moment tout à fait précis du temps et en un point tout à fait précis de l'espace. C'est exactement ce point que Jésus a indiqué à l'homme mentionné dans le récit. En ce point, il faut une concentration extrême sur la présence de Dieu, sur la révélation de sa volonté et sur la tâche placée devant la personne dans le contexte de tout ce qui vient d'être dit.
Mais l'homme dont parle l'évangéliste ne possède pas cette concentration. Il n'est pas dans ce présent éternel où sa rencontre avec Dieu a eu lieu ; il est dans le présent temporel, où le passé cède la place à l'avenir et où le présent se révèle non pas un point de rencontre avec Dieu, mais seulement le lieu où ce qui n'existe pas encore rencontre ce qui n'existe plus. Les paroles tranchantes du Sauveur sont nécessaires pour arracher l'homme au présent temporel et le placer devant Dieu dans le présent éternel. Bien sûr, cela ne constitue pas encore en soi une garantie, car la personne est libre. Mais le moment de la plus grande clarté possible pour une personne devient toujours pour elle un moment de vérité : une vérité envers laquelle il lui faut prendre position—pour le Royaume et pour le salut.
62 Mais Jésus lui dit : « Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. » |
La Bible offre de nombreux exemples d'un tel « regard en arrière » : la femme de Lot, Israël pendant l'Exode... Nous cherchons nos idéaux dans le passé, sans comprendre que le Royaume de Dieu est toujours ici et devant nous. Il convient ici de rappeler une pensée de l'auteur contemporain Richard Rohr :
« La Bonne Nouvelle renvoie toujours vers l'avenir, vers un lieu nouveau, vers une terre promise. Elle ne se tourne jamais en arrière. Mais l'ironie de l'histoire chrétienne réside dans notre habitude de nous tourner en arrière et de dire : “Autrefois, il y avait des miracles. C'est autrefois que Dieu était Dieu, c'est alors que vivaient les grands prophètes. C'est au Moyen Âge qu'il y avait de grands saints...” Par cette ironie, la Parole de Dieu, de force libératrice, s'est transformée en force défensive. Parce que nous n'avons pas véritablement prêté l'oreille à la Parole de Dieu, nous nous sommes mis à faire de la gymnastique religieuse et avons perdu le contact avec la puissance de la Parole de Dieu. »
44 « Vous, mettez-vous bien dans les oreilles les paroles que voici : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. » |
45 Mais ils ne comprenaient pas cette parole ; elle leur demeurait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens, et ils craignaient de l’interroger sur cette parole. |
46 Une pensée leur vint à l’esprit : qui pouvait bien être le plus grand d’entre eux ? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : « Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. » |
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
Un enfant, un tout-petit... cet être est tant aimé du Seigneur. Et si cet enfant est abaissé non seulement par son jeune âge, mais aussi par la maladie, alors c'est un ange dans la chair, qui atteint ici-bas des hauteurs tout à fait inaccessibles pour nous, tandis que nous le regardons d'en bas. Un jour, un de ces enfants, âgé de huit ans et gravement atteint d'un cancer, a dit avant une opération extrêmement lourde : « Ne m'en voulez pas si je meurs. » Voilà une petitesse multipliée qui rapproche de Dieu comme rien d'autre. Nous avons pris l'habitude de considérer leur vie spirituelle avec condescendance. Nous disons qu'ils ne doivent pas jeûner ni se confesser avant un certain âge. Dans la plupart des cas, c'est probablement juste. Mais voici ce qu'écrit le prophète Joël : « Maintenant encore, dit le Seigneur, revenez à Moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les lamentations. <...> Rassemblez le peuple, convoquez l'assemblée, invitez les anciens, rassemblez les enfants et les nourrissons... » (Jl 2,12, 16). Il dit que les enfants et les nourrissons doivent participer même aux assemblées de pénitence, non bien sûr pour tourmenter leur chair, mais pour que le Seigneur voie, dans le miroir de leurs âmes transparentes, notre amour pour Lui.
Une autre enfant, âgée de quatre ans et en parfaite santé, a un jour raconté cette histoire de son invention : « Il était une fois une fille. Et on l'a tuée. Puis on l'a tuée encore une fois. Ensuite, on l'a emmenée à l'hôpital et les médecins lui ont fait des piqûres, mais ils ne l'ont pas guérie. Puis on l'a emmenée à Christos (c'est ainsi qu'elle le dit encore), et Il l'a guérie. Et elle s'est mise à danser. Voilà, c'est bientôt la fin de l'histoire. » Cette enfant ne sait pas encore qu'un médecin peut ne pas guérir, car, en quatre ans, elle n'a jamais eu de maladie plus grave que la grippe. Pourtant, elle est déjà parvenue, d'une certaine manière, à comprendre que ce qui est impossible à l'homme est possible à Dieu (cf. Mt 19,26 ou Mc 10,27). Cette compréhension nous coûte énormément, à nous adultes ; pour eux, c'est ce dont ils vivent, ce qui leur vient comme « de soi-même », simplement par la communion aux saints Mystères du Christ et par d'autres chemins que nous ignorons. C'est précisément pourquoi retentissent ces paroles : « Par la bouche des petits enfants et des nourrissons, Tu as établi la louange, à cause de Tes ennemis, pour réduire au silence l'ennemi et le vengeur » (Ps 8,3). Car leurs lèvres, bien qu'elles ne connaissent pas encore la loi, sont pleines de grâce. Et la grâce triomphe de la loi (cf. « la miséricorde triomphe du jugement », Jc 2,13).
44 « Vous, mettez-vous bien dans les oreilles les paroles que voici : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. » |
45 Mais ils ne comprenaient pas cette parole ; elle leur demeurait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens, et ils craignaient de l’interroger sur cette parole. |
46 Une pensée leur vint à l’esprit : qui pouvait bien être le plus grand d’entre eux ? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : « Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. » |
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
Continuant à révéler l'essence du chemin de croix qu'Il propose, le Seigneur nous parle aujourd'hui de l'abaissement de soi. L'évangéliste rapporte qu'une pensée vint aux disciples qui suivaient le Christ : lequel d'entre eux pouvait être le plus grand ? Une pensée très humaine, malheureusement familière aussi à beaucoup de ceux qui Le suivent à toutes les époques. Nous avons besoin de faire l'expérience de l'amour de Dieu, de sentir que Dieu nous accueille. Le Christ répond à ce besoin en disant qu'Il est venu chercher et sauver ce qui était perdu.
L'homme perdu doit encore ressusciter d'entre les morts et être purifié de nombreux péchés. Nous pensons souvent que Dieu nous attend au tournant tandis que nous avançons maladroitement sur ce chemin, légèrement irrité par notre lenteur. En réalité, Il est venu dans ce monde pour nous accueillir tels que nous sommes et nous conduire à Sa suite sur le chemin de la sainteté. Chaque personne doit faire elle-même l'expérience de tout cela ; sans elle, il est impossible de vivre.
Mais, sous l'influence du péché, l'âme humaine déforme ce besoin de faire l'expérience de l'amour de Dieu et le transforme en ce que la psychologie appelle une estime de soi positive. Nous dépendons de la manière dont nous nous évaluons nous-mêmes et dont les autres nous évaluent, et cela s'exprime précisément dans la pensée qui « vint » aux disciples : lequel d'entre eux pouvait être le plus grand ? Nous ne savons pas exactement s'il s'agissait de savoir qui était le plus proche du Maître, le plus juste, le plus intelligent ou simplement le plus endurant... Quant à nous, à la différence des disciples du Christ, nous nous mesurons généralement à des choses plus primitives, jusqu'à l'argent.
Ce qui importe, c'est la réponse de Jésus aux disciples. Premièrement, Il ne rejette pas l'idée même de grandeur, si chère aux hommes, mais propose une autre échelle pour se « mesurer ». Cela signifie avant tout ne pas rechercher sa propre grandeur, mais, en se considérant comme le dernier, prendre soin des autres ; et puisqu'Il S'est Lui-même abaissé jusqu'au bout pour nous sauver, cette échelle devient celle de la ressemblance avec Dieu. Deuxièmement, comme dans tout ce que Jésus dit, par exemple au sujet du pardon, Il nous propose, pour faire l'expérience de l'accueil que Dieu nous réserve, d'accueillir nous-mêmes les autres, et tout particulièrement les plus faibles et les plus insignifiants. Ainsi, Ses paroles sur ceux qui accueillent un enfant et accueillent par là Celui qui L'a envoyé deviennent une réponse directe et précise aux pensées des disciples sur la grandeur.
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