1 Yahvé dit à Abram : Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t'indiquerai.
2 Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom; sois une bénédiction!
3 Je bénirai ceux qui te béniront, je réprouverai ceux qui te maudiront. Par toi se béniront tous les clans de la terre.
4 Abram partit, comme lui avait dit Yahvé, et Lot partit avec lui. Abram avait soixante-quinze ans lorsqu'il quitta Harân.
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L'histoire du peuple de Dieu commence par l'appel d'Abraham. Et ce qui était inhabituel ici, ce n'était pas qu'Abraham ait entendu la voix de Dieu: en ces temps-là, entendre la voix d'une divinité ou d'un esprit n'était pas si inhabituel; cela arrivait sinon à chacun, du moins à beaucoup, au moins une fois dans la vie. Ce qui était inhabituel, c'était la réaction même d'Abraham, sa réponse à Dieu. Il ne s'agissait pas du fait que Dieu l'appelait quelque part, vers une terre nouvelle et inconnue. Abraham (ou plutôt, à cette époque, Abram) vivait dans la partie nord de la Mésopotamie, et de ces régions, à son époque, de nombreuses tribus se dirigeaient vers la Palestine, dont certaines étaient voisines d'Abraham. La route vers la Palestine était déjà connue, et Abraham devait savoir quelque chose de la Palestine elle-même.
Il s'agissait d'autre chose. Abraham était déjà vieux, il avait plus de soixante-dix ans. À cet âge, entreprendre quelque chose de radical et de décisif était, pour le moins, peu raisonnable: c'était l'affaire des jeunes. Et surtout, le Dieu qui appelait Abraham était pour lui, au fond, un Dieu inconnu. Nous comprenons aujourd'hui qui s'adresse à Abraham. Lui-même, en revanche, ne savait encore rien de Dieu. Certes, ce Dieu inconnu promet beaucoup, mais pourra-t-Il accomplir ce qu'Il a promis? Jusqu'alors, personne autour de lui n'avait entendu parler de Lui. Qui sait ce que l'on peut attendre de Lui? Les dieux et les esprits des païens étaient loin d'être toujours véridiques, et Abraham ne savait pas qui lui parlait.
Il ne restait qu'à faire confiance à ce Dieu inconnu, ou à Lui refuser cette confiance. À raisonner humainement, la seconde option était peut-être plus prudente. Mais Abraham agit pour une raison qui nous échappe autrement. Pourquoi? À cette question, nous n'avons pas de réponse. Il a simplement cru, et voilà. Son coeur lui a suggéré que l'on pouvait faire confiance à ce Dieu inconnu.
Abraham se confia à Lui. Une fois, et pour tout le reste de sa vie. Et il devint le père du peuple de Dieu. On demande parfois: et s'il avait dit «non» à Dieu? Tous les plans de Dieu auraient-ils échoué? Non, bien sûr. Dieu trouvera toujours des collaborateurs sur la terre. Il aurait appelé quelqu'un d'autre. Mais ce n'aurait déjà plus été Abraham. Et alors l'histoire du peuple de Dieu aurait été une autre histoire, celle d'un autre peuple. Mais Abraham dit «oui» à Dieu. Et le peuple juif devint le peuple de Dieu. Son peuple. Quant au conditionnel, l'histoire ne le connaît pas. Cela vaut aussi pour l'histoire du salut, pleinement.
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