22 Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, |
23 douceur, maîtrise de soi : contre de telles choses il n’y a pas de loi. |
24 Or ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. |
25 Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir. |
26 Ne cherchons pas la vaine gloire, en nous provoquant les uns les autres, en nous enviant mutuellement. |
1 Frères, même dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, vous les spirituels, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien toi aussi être tenté. |
2 Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ. |
Il y a ici des paroles très difficiles, qui exigent une approche très prudente : ils ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. On voit d’ordinaire dans ces mots le fondement de tout ascétisme. Ce thème revient très souvent chez l’apôtre Paul. Il existe encore beaucoup de paroles proches de celles-ci : « Pour moi, je ne veux me glorifier que dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde » (Ga 6:14). Il m’est arrivé d’entendre que ces paroles signifient : je suis mort pour le monde et le monde pour moi. Mais si l’apôtre avait voulu dire cela, il l’aurait dit ainsi ; or il a dit autrement.
Voici ce que dit le père Gueorgui Tchistiakov : « Le fait est que, dans la Bible, il n’y a pas de consigne de lutte contre les passions. Le Nouveau Testament, par la bouche des saints apôtres, nous appelle non pas à lutter contre la colère, la fureur, la méchanceté, etc., mais à les “déposer”, c’est-à-dire à s’en défaire comme on enlève un vieux vêtement, ou à “se dépouiller” de tous ces vices. Ce sont précisément ces deux mots qui sont employés à maintes reprises dans l’Écriture lorsqu’il est question des passions et des vices ; mais il n’est nulle part question ici de lutte contre les passions. Il faut penser que tout ce qui concerne la lutte contre les passions qui dominent sur nous et nichent en nous est entré dans la littérature chrétienne à partir de la philosophie stoïcienne et, plus généralement, antique, à une époque plus tardive.
Les saints apôtres voient le chemin du chrétien non comme une route de lutte contre les passions, mais précisément comme le rejet d’un vieux vêtement, comme le fait de grandir hors de ce vêtement... Mais si nous commençons à disséquer le péché dans ses moindres détails, à le soumettre à l’analyse, alors le processus même de lutte nous capture ou nous aspire inévitablement ; nous devenons des combattants, et notre christianisme s’arrête tout simplement là. Depuis les profondeurs de notre conscience, nous transférons la lutte dans le monde extérieur et nous commençons à lutter contre tous ceux qui, à ce qu’il nous semble, ne pensent pas comme il faut, ne font pas ce qu’il faut, etc. »
Sentons cette circonstance importante : notre Seigneur Jésus ne tirait pas de plaisir de Sa souffrance, alors que nous en tirons parfois de notre propre ascétisme (il existe en effet un type de trouble psychique, le masochisme ; c’est là que Freud avait quelque raison de nous accuser). Et cela est, en réalité, essentiel.
22 Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, |
23 douceur, maîtrise de soi : contre de telles choses il n’y a pas de loi. |
24 Or ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. |
25 Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir. |
26 Ne cherchons pas la vaine gloire, en nous provoquant les uns les autres, en nous enviant mutuellement. |
1 Frères, même dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, vous les spirituels, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien toi aussi être tenté. |
2 Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ. |
Dans la lecture apostolique d’aujourd’hui, l’apôtre Paul nous révèle une interprétation saisissante de l’histoire sainte. Il dit que la promesse faite à Abraham visait la venue du Christ, tandis que la Loi, apparue quatre cent trente ans plus tard, était une forme particulière d’aide accordée à l’humanité indocile afin que nous ne périssions pas, privés d’appui, avant la rencontre avec le Christ. La Loi en elle-même, norme impersonnelle, ne nous donne pas la possibilité de rencontrer le Christ ; elle est nécessaire afin que, « en chemin » vers cette rencontre, nous ne nous détournions pas. De même, la photographie de la femme aimée nous est utile pendant la séparation, pour ne pas oublier les traits de son visage, mais ce n’est pas elle qui nous conduit à la rencontre avec cette femme.
22 Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, |
23 douceur, maîtrise de soi : contre de telles choses il n’y a pas de loi. |
L’apôtre Paul écrit dans l’épître aux Galates moins sur le discernement des esprits que sur le fait que chaque chrétien est appelé à vivre de l’Esprit Saint. Saint Séraphin de Sarov appelle l’acquisition de l’Esprit le but de notre vie. Et dans ces paroles de l’apôtre, nous lisons des choses simples et compréhensibles, dont la présence peut indiquer que la direction choisie vers ce but est juste. Dans le contexte des épîtres de l’apôtre Paul comme dans celui de la vie contemporaine, il est important que l’apôtre n’inclue pas dans cette liste ce qu’il appelle, dans l’épître aux Corinthiens, les dons du Saint-Esprit. C’est précisément ici qu’il parle de ce qui doit témoigner de l’action de l’Esprit Saint dans la vie de chaque chrétien; les dons extraordinaires, selon l’enseignement de l’apôtre, ne sont pas obligatoires pour tous. C’est pourquoi il n’est pas question ici du «don des langues», des illuminations mystiques ni de l’inspiration artistique. Il n’est pas non plus question d’expériences émotionnelles, changeantes et non obligatoires.
L’apôtre parle, au fond, de choses très simples, que nous attribuons d’ordinaire au caractère agréable lorsque nous les rencontrons chez les gens. En réalité, il n’en est pas ainsi: seul l’Esprit de Dieu peut faire naître tout cela dans le cœur des hommes, et cela importe pour comprendre les chemins du Seigneur. Les fruits de l’action de l’Esprit Saint énumérés par Paul ont quelques traits communs. Premièrement, ce ne sont pas des traits de caractère: tout ce qui est énuméré exige un effort de la volonté. Même la joie, qui exige la capacité d’accorder de l’importance au bien, a besoin de l’aide de la volonté. À plus forte raison, des efforts sont nécessaires pour la foi, la patience et les autres réalités énumérées. Deuxièmement, ce sont des choses très pratiques: cette liste permet de vérifier son cœur en se préparant à la confession. De plus, on peut tendre consciemment vers ce qui est énuméré. Il est évident que seul le Seigneur peut accomplir cette aspiration, et que par nous-mêmes nous ne sommes capables d’obtenir rien de ce dont parle l’apôtre. Mais sans notre volonté, il ne se produira guère quoi que ce soit.
Pour l’apôtre, il est aussi très important que l’acquisition de ces fruits de l’Esprit Saint nous libère de l’esclavage de la loi. En effet, si un homme travaille à porter ces fruits à Dieu, il ne peut tout simplement pas faire quelque chose de contraire à la loi. Ainsi, la loi s’accomplit d’elle-même, tandis que les efforts de la volonté sont dirigés non vers son accomplissement, mais vers Dieu. C’est là, pour l’apôtre, la différence radicale entre la Nouvelle Alliance et l’Ancienne.
25 Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir. |
Paul formule l'essence de la vie chrétienne brièvement et avec densité : si nous vivons par l'esprit, nous devons aussi marcher selon l'esprit (tel est littéralement le texte grec correspondant). Que veut-il donc dire ? La réponse dépend de ce que l'on entend par « vie spirituelle ». Souvent, même des chrétiens entendent par là quelque chose de plus ou moins figuré. Par « esprit », ils comprennent de nouveaux principes de vie ou une vision du monde transformée. On suppose alors que l'un ou l'autre apparaît chez l'homme lorsqu'il devient « spirituel ». Et la vie conforme à ces nouveaux principes ou à cette nouvelle vision du monde est appelée « vie selon l'esprit ».
Or cet esprit, ou plutôt ce souffle dont parle l'apôtre, n'a de rapport direct ni avec des principes ni avec une vision du monde. Bien sûr, l'homme qui vit de ce souffle peut avoir ses principes et sa vision du monde. Et pourvu qu'il reste cohérent, l'un comme l'autre correspondront à la vie qu'il mène. Mais ce qui est premier, c'est tout de même la vie elle-même, et non les principes. La vie selon ce souffle de Dieu dont le Royaume est pénétré. C'est de lui, précisément, de ce souffle, que parle Paul. Ce ne sont pas des principes, ni des règles, ni une vision ou une perception du monde. C'est l'expérience réelle de la présence réelle et vivante de Dieu. L'expérience de cette présence dans sa propre vie, extérieure et intérieure. C'est cela, cette présence, qui fait de l'homme un chrétien. Le contact avec elle rend la vie spirituelle au sens propre.
Bien sûr, une certaine mesure de vie spirituelle était ouverte à l'homme avant même la venue du Christ dans le monde. Car le souffle de vie que Dieu insuffle à l'homme lors de la création est lui aussi une présence. Le souffle de Dieu ne peut être rien d'autre. Et si un tel souffle est en chacun, cela ne signifie qu'une chose : tout homme, indépendamment de ce qu'il pense de ce souffle, ou même du fait qu'il y pense, vit en présence de Dieu. Non pas extérieure, mais intérieure. Et il dépend déjà de l'homme lui-même dans quelle mesure ce souffle donné par Dieu déterminera sa vie, dans quelle mesure elle sera spirituelle au sens propre du mot. Mais le souffle du Royaume, entré dans le monde avec le Christ, n'est pas donné à tous, mais seulement à celui qui a établi avec le Christ des relations réelles et vivantes. C'est pourtant toujours le même souffle, seulement dans une plénitude plus grande, on peut dire absolue. Une plénitude capable de rendre la vie de l'homme spirituelle elle aussi dans toute sa plénitude, jusqu'à la transfiguration complète de la nature humaine, qui en fait une partie intégrante du Royaume.
27 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. |
28 « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. |
29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. |
30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. » |
Jésus caractérise parfois le Royaume d'une manière absolument étonnante et paradoxale. Que dire, par exemple, du « joug bon » ou du « fardeau léger »! Pourtant de telles définitions décrivent très précisément ce que le Royaume devient pour l'homme déchu.
Chez un homme normal, le joug ne peut guère être associé à quelque chose de positif: dans le sens initial du mot, le joug est l'instrument que l'on plaçait symboliquement sur un homme réduit en esclavage en signe de sa nouvelle condition. Et le fardeau s'associe plutôt, dans notre conscience, à un poids qu'il faut porter simplement parce qu'on ne peut pas le déposer, et certainement pas à la légèreté de l'être. Pourtant, pour la nature humaine déchue, le Royaume devient réellement un fardeau, tout comme l'homme déchu ne peut parcourir le chemin vers le Royaume que s'il prend sur lui, comme disaient les rabbins savants de cette époque, le « joug de la Torah ».
Dans la bouche de Jésus, le « joug de la Torah » devient le « joug du Royaume », car il s'agit de la même lutte intérieure propre à tout homme déchu qui veut marcher sur le chemin de la justice. Ce n'est pas un hasard si Paul disait lui aussi que par la Torah vient la connaissance du péché: ce sont précisément les tentatives de marcher sur le chemin de la justice, de suivre la Torah, qui révèlent à l'homme sa véritable nature pécheresse; alors le chemin de la justice devient lourd, et la Torah, un joug assumé librement.
Mais Jésus parle de davantage: il n'a pas apporté dans le monde la Torah, que le monde connaissait déjà avant sa venue, mais le Royaume, où celui qui marche sur le chemin de la justice pouvait enfin recevoir du soulagement en atteignant le but. Désormais même le fardeau de sa propre condition pécheresse, que l'on ne commence à sentir qu'en essayant d'observer les commandements, devient léger: car désormais la réalité n'est pas seulement le monde déchu, mais aussi le Royaume avec sa vie; et plus son propre péché devient lourd, plus se fait sentir le souffle du Royaume, qui en allège la pesanteur. Cette dualité est inévitable, elle subsistera jusqu'à la fin des temps, jusqu'à la transfiguration complète de la nature humaine; mais cette dualité inspire en elle-même l'espérance, car elle témoigne que le Royaume entrant dans le monde n'est pas une fiction, mais une réalité.
27 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. |
Peut-on être si indiscret? Oui il le faut si c’est pour la vérité. Même si Jésus est doux et humble (verset 29), Il est trop indiscret dans son service. Mais cet indiscret n’est pas la même chose avec ce que nous les Hommes sommes. Si Jésus était discret, alors il nous serait resté caché le sens de Sa relation avec le Père, comment et pourquoi nous aurait-il appelé à Le suivre ? Nous serions jusqu'à présent entrain de considérer de catégoriquement insurmontable le précipice existant entre Dieu et nous.
28 « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. |
29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. |
30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. » |
Le Seigneur appelle à venir à Lui tous ceux qui peinent et souffrent. Ces paroles concernent chacun de nous - comme l'écrira plus tard Alexandre Blok, «tous ceux qui sont fatigués en terre étrangère, tous les navires partis en mer, tous ceux qui ont oublié leur joie». Nous sommes appelés à Lui par un Dieu plein de sollicitude, le Père, à l'image et à la ressemblance de qui nous avons été créés et qui souffre quand nous souffrons. Nous sommes appelés à Lui par Dieu, qui sait ce que sont la souffrance et la douleur: le Christ, passé par plus de souffrances que chacun de nous et qui a montré que même au-delà de la mort il y a une percée, dans la Résurrection. L'Esprit Saint attend de nous rencontrer: Dieu qui donne le repos et les forces pour espérer et croire que la percée viendra sûrement…
Le Seigneur n'a sans doute pas de désir plus fort que celui de voir Ses enfants venir à Lui, afin qu'Il puisse répandre sur eux tout Son amour. Il veut enlever de nous nos fardeaux, tout ce qui empêche notre regard d'être constamment tourné vers Lui, et nous donner en échange quelque chose de bien plus précieux. Quelque chose qui porte beaucoup de noms, mais dont le principal est sans doute l'Amour. C'est ce joug bon et ce fardeau léger dont Il parle. Et en même temps, comme le Christ Lui-même nous l'a montré, Son fardeau est la Croix... La Croix et la percée dans la Résurrection: voilà la vraie vie que Dieu nous propose.
1 Frères, même dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, vous les spirituels, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien toi aussi être tenté. |
2 Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ. |
3 Car si quelqu’un estime être quelque chose alors qu’il n’est rien, il se fait illusion. |
4 Que chacun examine sa propre conduite et alors il trouvera en soi seul et non dans les autres l’occasion de se glorifier ; |
5 car tout homme devra porter sa charge personnelle. |
6 Que le disciple fasse part de toute sorte de biens à celui qui lui enseigne la parole. |
7 Ne vous y trompez pas ; on ne se moque pas de Dieu. Car ce que l’on sème, on le récolte : |
8 qui sème dans sa chair, récoltera de la chair la corruption ; qui sème dans l’esprit, récoltera de l’esprit la vie éternelle. |
9 Ne nous lassons pas de faire le bien ; en son temps viendra la récolte, si nous ne nous relâchons pas. |
10 Ainsi donc, tant que nous en avons l’occasion, pratiquons le bien à l’égard de tous et surtout de nos frères dans la foi. |
Poursuivant la conversation sur le Royaume et sur les relations qui se forment entre les habitants du Royaume, Paul formule une règle fondamentale de la vie spirituelle, proche du proverbe bien connu: «Ce que tu sèmes, tu le récolteras» (v. 7-9). L'apôtre comprend parfaitement que la vie spirituelle est un processus, tout comme la vie ordinaire, mais, à la différence de celle-ci, elle ne se déroule pas selon les lois de notre monde encore non transfiguré, mais selon les lois du Royaume. Et si, dans le monde non transfiguré, il est tout à fait possible qu'un homme qui viole la Torah et toutes les normes morales réussisse néanmoins à certains égards, cela est impossible en principe dans le Royaume. Non parce que quelqu'un empêcherait spécialement le transgresseur de la Torah de réussir, mais parce que la nature même du Royaume ne le permet pas. C'est pourquoi Paul rappelle l'absurdité, du point de vue des lois du Royaume, de la vantardise et de l'élévation de soi (v. 3-5): il ne s'agit pas seulement du fait que c'est une tromperie, mais aussi du fait que c'est une tromperie inutile; dans le Royaume, tromper est non seulement impossible, mais aussi dépourvu de sens. La nature même du Royaume permet à l'homme d'être seulement ce qu'il est en réalité.
On pourrait dire que le Royaume est un monde où se dissipent toutes les illusions et disparaissent tous les mirages, les effrayants comme les consolants. Il n'est pas étonnant qu'en parlant des corrections, l'apôtre conseille à ceux qui reprennent les autres de faire preuve de douceur et de veiller sur eux-mêmes (v. 1). Bien sûr, il est important de veiller sur soi parce que chacun peut pécher et que, pris par la correction du péché du prochain, on peut très facilement le faire: pendant la correction, l'attention de celui qui reprend se déplace inévitablement de lui-même vers le prochain, si bien qu'il ne reste d'ordinaire pas de temps pour veiller sur soi, ou très peu. Mais ce n'est pas seulement cela. On peut se laisser emporter par la correction en un autre sens aussi, en oubliant que dans le Royaume, où tous se trouvent dans un espace spirituel unique, l'état spirituel de chacun concerne non seulement lui-même, mais aussi tous ceux qui partagent avec lui la vie du Royaume. Le péché d'autrui cesse dans le Royaume d'être étranger; il devient un problème commun, le problème de toute la plénitude du Royaume, qu'il détruit et avec lequel on ne peut donc se résigner. Mais la lutte contre le péché peut elle aussi se révéler destructrice pour le Royaume, surtout si elle devient lutte non seulement contre le péché, mais contre le pécheur lui-même.
Bien sûr, si le pécheur s'identifie à son péché en refusant de se repentir, la situation devient réellement critique: il arrive parfois qu'un pécheur impénitent puisse même perdre tout accès au Royaume. Mais dans tous les autres cas, il faut aider l'homme à se libérer du péché qui l'entrave, et non le pousser dehors simplement parce que sa présence cause trop de soucis à tous les autres. C'est évidemment cela que Paul a en vue lorsqu'il parle de la nécessité de porter les fardeaux les uns des autres (v. 2). On le voit, tout ce que l'apôtre dit des relations des chrétiens envers eux-mêmes et les uns envers les autres n'a qu'un seul but: réorienter les membres de l'Église de Galatie des lois de notre monde encore non transfiguré vers les lois du Royaume.
1 Frères, même dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, vous les spirituels, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien toi aussi être tenté. |
2 Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ. |
3 Car si quelqu’un estime être quelque chose alors qu’il n’est rien, il se fait illusion. |
4 Que chacun examine sa propre conduite et alors il trouvera en soi seul et non dans les autres l’occasion de se glorifier ; |
5 car tout homme devra porter sa charge personnelle. |
6 Que le disciple fasse part de toute sorte de biens à celui qui lui enseigne la parole. |
7 Ne vous y trompez pas ; on ne se moque pas de Dieu. Car ce que l’on sème, on le récolte : |
8 qui sème dans sa chair, récoltera de la chair la corruption ; qui sème dans l’esprit, récoltera de l’esprit la vie éternelle. |
9 Ne nous lassons pas de faire le bien ; en son temps viendra la récolte, si nous ne nous relâchons pas. |
10 Ainsi donc, tant que nous en avons l’occasion, pratiquons le bien à l’égard de tous et surtout de nos frères dans la foi. |
À première vue, ce texte est plein de contradictions. Mais à première vue seulement, car, comme toujours, chaque verset de Paul est logique et clair. La règle générale est la suivante : portez les fardeaux les uns des autres, mais chacun en particulier doit s’occuper de ses propres affaires, accomplir son propre travail et ne pas exiger que quelqu’un d’autre porte son fardeau. Veille sur toi-même, sur tes paroles et sur tes actes ; et lorsqu’il faut reprendre quelqu’un avec d’autres, cela ne peut se faire que dans un esprit de douceur. Veille sur toi-même. L’esprit de douceur ne te permettra ni de juger ni d’accuser ceux qui t’entourent ; tu ne pourras pas te croire quelqu’un d’exceptionnel. Et, en vivant chaque jour dans le travail, en portant ce que le Seigneur a placé sur toi, tu pourras, dans un esprit de douceur, aider ceux qui t’entourent.
16 Or je dis : laissez-vous mener par l’Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle. |
17 Car la chair convoite contre l’esprit et l’esprit contre la chair ; il y a entre eux antagonisme, si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez. |
18 Mais si l’Esprit vous anime, vous n’êtes pas sous la Loi. |
19 Or on sait bien tout ce que produit la chair : fornication, impureté, débauche, |
20 idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions, |
21 sentiments d’envie, orgies, ripailles et choses semblables — et je vous préviens, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui commettent ces fautes-là n’hériteront pas du Royaume de Dieu. |
22 Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, |
23 douceur, maîtrise de soi : contre de telles choses il n’y a pas de loi. |
24 Or ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. |
25 Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir. |
La séparation de l’esprit et de la chair est un thème qui a occupé l’esprit de nombreux philosophes antiques, mais l’apôtre Paul parle d’une compréhension absolument nouvelle de cette question. Ce que propose le Christ ne rentre pas dans les cadres, même de la construction philosophique la plus harmonieuse. L’esprit et la nature de l’homme sont orientés dans des directions opposées, et les réconcilier est pratiquement impossible. Cela se voit clairement aux fruits absolument incompatibles qu’ils entraînent. Voilà la loi à laquelle tout doit être soumis. En agissant selon la chair, l’homme doit inévitablement commencer à commettre meurtres, adultères, idolâtrie...
Et ce n’est qu’en vivant dans l’Esprit Saint que l’homme est capable de rompre ce cercle. Si nous sommes « conduits par l’Esprit », alors peu à peu Il nous transforme de telle sorte qu’aucune loi n’a plus de pouvoir sur nous. Car notre chair, nous la « crucifions avec ses passions et ses convoitises » avec le Christ, et nous commençons à vivre dans la plénitude de tout notre être de telle manière que nos œuvres peuvent être appelées « fruits de l’Esprit ».
13 Vous en effet, mes frères, vous avez été appelés à la liberté ; seulement, que cette liberté ne se tourne pas en prétexte pour la chair ; mais par la charité mettez-vous au service les uns des autres. |
14 Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
|
15 Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous allez vous entre-détruire. |
16 Or je dis : laissez-vous mener par l’Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle. |
17 Car la chair convoite contre l’esprit et l’esprit contre la chair ; il y a entre eux antagonisme, si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez. |
18 Mais si l’Esprit vous anime, vous n’êtes pas sous la Loi. |
19 Or on sait bien tout ce que produit la chair : fornication, impureté, débauche, |
20 idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions, |
21 sentiments d’envie, orgies, ripailles et choses semblables — et je vous préviens, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui commettent ces fautes-là n’hériteront pas du Royaume de Dieu. |
22 Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, |
23 douceur, maîtrise de soi : contre de telles choses il n’y a pas de loi. |
24 Or ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. |
25 Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir. |
26 Ne cherchons pas la vaine gloire, en nous provoquant les uns les autres, en nous enviant mutuellement. |
La liste des « œuvres de la chair » est frappante. L’apôtre Paul énumère à la suite, sans les distinguer, les péchés que nous appelons graves—l’adultère et le meurtre—et les péchés dits « quotidiens »—l’hostilité, les querelles et les désaccords. Et pourtant, semble-t-il, comment imaginer notre vie sans aucune querelle ni aucun désaccord ? Peut-être pouvons-nous l’imaginer, et peut-être même cette image nous plairait-elle... mais la mettre en pratique... Nous aimerions tant pouvoir dire que, si nous n’avons tué personne, tout va plus ou moins bien pour nous, quant aux petits défauts... tout le monde en a. Et pourtant, l’apôtre Paul parle clairement : « Ceux qui commettent de telles choses n’hériteront pas du Royaume de Dieu. » Faut-il donc désespérer et baisser les bras ? N’y a-t-il aucune chance ? Paul nous dit que l’essentiel est de savoir ce qui nous conduit. Si nous sommes conduits par l’Esprit, nous sortons des limites de la loi de la chair. Les fruits de la présence de l’Esprit Saint dans notre vie sont directement opposés à l’hostilité et aux désaccords : l’amour, la joie et la patience. Il ne s’agit pas de cultiver en nous la patience. Il s’agit précisément de l’action de l’Esprit dans le cœur, lorsque la patience et l’amour naissent de l’intérieur. La vertu ne peut être artificielle.
13 Vous en effet, mes frères, vous avez été appelés à la liberté ; seulement, que cette liberté ne se tourne pas en prétexte pour la chair ; mais par la charité mettez-vous au service les uns des autres. |
14 Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
|
15 Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous allez vous entre-détruire. |
16 Or je dis : laissez-vous mener par l’Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle. |
17 Car la chair convoite contre l’esprit et l’esprit contre la chair ; il y a entre eux antagonisme, si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez. |
18 Mais si l’Esprit vous anime, vous n’êtes pas sous la Loi. |
19 Or on sait bien tout ce que produit la chair : fornication, impureté, débauche, |
20 idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions, |
21 sentiments d’envie, orgies, ripailles et choses semblables — et je vous préviens, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui commettent ces fautes-là n’hériteront pas du Royaume de Dieu. |
22 Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, |
23 douceur, maîtrise de soi : contre de telles choses il n’y a pas de loi. |
24 Or ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. |
25 Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir. |
26 Ne cherchons pas la vaine gloire, en nous provoquant les uns les autres, en nous enviant mutuellement. |
Poursuivant le thème de la Torah, Paul écrit aux chrétiens de Galatie que le refus de la circoncision ne signifie nullement le refus de la Torah. Il leur rappelle une sentence rabbinique connue, que le Sauveur Lui-même a citée plus d'une fois: aime ton prochain comme toi-même, et tu peux considérer que tu as accompli la Torah (v. 14). La liberté dans notre monde, qui n'est pas encore transfiguré, n'est qu'une potentialité; on peut l'employer pour le bien comme pour le mal. Dans le Royaume, en revanche, la liberté n'est pas seulement une possibilité, mais son accomplissement, cette incarnation de l'amour qu'est toute relation dans le Royaume, pourvu qu'elle appartienne réellement au Royaume. Ce n'est pas un hasard si l'apôtre parle de l'amour comme du seul usage juste de la liberté et, pour les chrétiens, du seul usage possible (v. 13). Il appelle les chrétiens de Galatie à la chose la plus simple et, en même temps, la plus difficile: à la vie dans le Royaume, à marcher selon l'Esprit (v. 16-17).
L'apôtre rappelle à l'Église de Galatie ce qu'il a dit plus d'une fois à d'autres Églises: dans l'amour se trouve toute la plénitude de la Torah. Car c'est précisément l'amour qui constitue le fondement du Royaume, cette substance dont tout y est imprégné, y compris toutes les relations qui lient ses habitants à Dieu et les uns aux autres. La Torah cesse déjà d'être une clôture protégeant du péché; sa fonction de garde cesse d'être actuelle dans le Royaume. En revanche, une autre fonction apparaît, presque inactive dans notre monde qui n'est pas encore pleinement transfiguré: elle devient la forme qui permet à l'amour imprégnant le Royaume de recevoir forme et qualité. Paul n'énumère pas par hasard avec tant de détail les oeuvres de l'esprit comme les oeuvres de la chair, en les opposant les unes aux autres (v. 19-28). Il veut rappeler à ses lecteurs que le système des relations humaines forme un milieu tout à fait déterminé, qui peut se former soit selon les lois de notre monde encore non transfiguré, soit selon les lois du Royaume. Et il appelle les chrétiens de Galatie à faire de la formation d'un milieu vivant selon les lois du Royaume leur tâche principale. Car c'est bien cela, et non les jeux religieux, qui est une oeuvre véritablement spirituelle, une oeuvre digne des habitants du Royaume.
25 En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. |
26 Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. |
27 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. |
28 « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. |
29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. |
30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. » |
Il est étrange d'entendre que ce qui est inaccessible aux sages et aux intelligents est révélé aux tout-petits. Bien sûr, nous sommes déjà habitués au fait que les paroles de Jésus contiennent non seulement un sens direct, mais aussi une parabole. Et pourtant: comment des tout-petits peuvent-ils contenir ce qui s'est révélé au-dessus des forces des plus sages?
Ici, les paroles du Christ, une fois encore, n'entrent pas dans la logique de notre quotidien. Mais la sagesse humaine a proclamé dès l'Antiquité: « Je sais seulement que je ne sais rien ». Ce n'est qu'en prenant conscience de ses propres limites que l'on peut espérer les dépasser, et pour commencer à comprendre quelque chose, il faut se reconnaître ignorant. Or les scribes et les pharisiens de tous les temps ont du mal à reconnaître leur propre ignorance, et cet orgueil leur ferme la possibilité de voir quelque chose de nouveau d'un regard non troublé. Et bien que, comme on le sait, l'essentiel ne puisse pas être vu avec les yeux, beaucoup de choses peuvent être ressenties par une âme non encombrée de pseudo-savoir et qui a gardé l'ouverture de l'enfance.
Lorsque nous entendons la promesse du Christ de donner le repos à ceux qui peinent et sont chargés, ce repos nous apparaît d'abord simplement comme un repos après de lourds travaux. Ce n'est qu'ensuite que nous nous souvenons du repos du Septième jour, de l'union avec le Seigneur, qui donne la possibilité d'entrer dans son repos.
Le fait que le Christ appelle précisément ceux qui peinent et sont chargés à prendre sur eux son joug paraît d'abord paradoxal. Pourtant cette contradiction apparente est levée par lui-même: le Sauveur est le seul dont le poids, lorsqu'il est accepté librement, ne courbe pas mais redresse. Son fardeau est léger précisément parce qu'il donne des forces et enlève de nous le poids insupportable du fardeau du péché.
20 Alors il se mit à invectiver contre les villes qui avaient vu ses plus nombreux miracles mais n’avaient pas fait pénitence. |
21 « Malheur à toi, Chorazeïn ! Malheur à toi, Bethsaïde ! Car si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que, sous le sac et dans la cendre, elles se seraient repenties. |
22 Aussi bien, je vous le dis, pour Tyr et Sidon, au Jour du Jugement, il y aura moins de rigueur que pour vous. |
23 Et toi, Capharnaüm, crois-tu que tu seras élevée jusqu’au ciel ? Jusqu’à l’Hadès tu descendras. Car si les miracles qui ont eu lieu chez toi avaient eu lieu à Sodome, elle subsisterait encore aujourd’hui. |
24 Aussi bien, je vous le dis, pour le pays de Sodome il y aura moins de rigueur, au Jour du Jugement, que pour toi. » |
25 En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. |
26 Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. |
27 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. |
28 « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. |
29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. |
30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. » |
Les habitants des villes où les signes et les miracles de Jésus avaient été manifestés ne crurent pas en Lui, tandis que parmi Ses disciples se trouvèrent des « petits enfants » : des gens simples, sans instruction, souvent avec un passé « imparfait », des malades, des impurs, des désespérés, des « pauvres en esprit ». Cela nous place devant la question de la connaissance de Dieu, de l'acquisition de la vraie foi. Il s'avère que les miracles jouent un rôle très faible dans le bouleversement intérieur de l'homme que l'Évangile appelle repentir. Dieu ne peut être connu que lorsqu'Il se révèle Lui-même : le Fils révèle le Père, le Père conduit à la foi au Fils. Cette révélation est une sorte de miracle intérieur, un signe invisible pour les autres, souvent même pour la personne elle-même. Elle se produit dans l'expérience du repos que donne le Seigneur Jésus aux « fatigués et chargés », dans la rencontre intuitive avec Celui qui est vraiment doux, lorsque la vie de l'homme devient apprentissage auprès du Christ, acquisition d'un cœur humble.
1 Et il advint, quand Jésus eut achevé de donner ces consignes à ses douze disciples, qu’il partit de là pour enseigner et prêcher dans leurs villes. |
2 Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des œuvres du Christ. Il lui envoya de ses disciples pour lui dire : |
3 « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » |
4 Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : |
5 les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ; |
6 et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! » |
7 Tandis que ceux-là s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules au sujet de Jean : « Qu’êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ? |
8 Alors qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu de façon délicate ? Mais ceux qui portent des habits délicats se trouvent dans les demeures des rois. |
9 Alors qu’êtes-vous allés faire ? Voir un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète. |
10 C’est celui dont il est écrit :Voici que moi j’envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route devant toi. |
11 « En vérité je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. |
12 Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s’en emparent. |
13 Tous les prophètes en effet, ainsi que la Loi, ont mené leurs prophéties jusqu’à Jean. |
14 Et lui, si vous voulez m’en croire, il est cet Élie qui doit revenir. |
15 Que celui qui a des oreilles entende ! |
16 « Mais à qui vais-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins qui, assis sur les places, en interpellent d’autres, |
17 en disant :« Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ! Nous avons entonné un chant funèbre, et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine ! » |
18 Jean vient en effet, ne mangeant ni ne buvant, et l’on dit : « Il est possédé ! » |
19 Vient le Fils de l’homme, mangeant et buvant, et l’on dit : « Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs ! » Et justice a été rendue à la Sagesse par ses œuvres. » |
20 Alors il se mit à invectiver contre les villes qui avaient vu ses plus nombreux miracles mais n’avaient pas fait pénitence. |
21 « Malheur à toi, Chorazeïn ! Malheur à toi, Bethsaïde ! Car si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que, sous le sac et dans la cendre, elles se seraient repenties. |
22 Aussi bien, je vous le dis, pour Tyr et Sidon, au Jour du Jugement, il y aura moins de rigueur que pour vous. |
23 Et toi, Capharnaüm, crois-tu que tu seras élevée jusqu’au ciel ? Jusqu’à l’Hadès tu descendras. Car si les miracles qui ont eu lieu chez toi avaient eu lieu à Sodome, elle subsisterait encore aujourd’hui. |
24 Aussi bien, je vous le dis, pour le pays de Sodome il y aura moins de rigueur, au Jour du Jugement, que pour toi. » |
25 En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. |
26 Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. |
27 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. |
28 « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. |
29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. |
30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. » |
En parlant de la réalisation du Royaume de Dieu, l’évangéliste souligne clairement le rôle central du Christ Lui-même. Il se révèle être le contenu principal de la prédication du Baptiste — car c’est précisément pour cela que les gens venaient à lui de tout le pays, et non pour regarder le vent agiter un roseau dans le désert ! Il est au centre de la prédication dans les villes de Galilée : avec Sa venue, Capharnaüm « s’élève jusqu’au ciel », mais, refusant d’écouter Sa prédication, elle est « précipitée jusque dans l’enfer ». Enfin, Il concentre en Lui la loi divine et la volonté divine. Cela ressort du vocabulaire des derniers versets de ce chapitre. Les personnes pieuses qui prenaient sur elles le « fardeau » d’accomplir tous les commandements de la Loi se disaient « fatiguées et chargées ». Il ne s’agit donc nullement ici de la classe ouvrière qui, après le travail, va à l’église pour apaiser son âme par le culte. Jésus, quant à Lui, appelle les disciples à Le prendre Lui-même sur eux comme un « fardeau », à vivre par Lui et à servir Dieu par Lui, car, contrairement aux commandements fixes et immuables du Pentateuque, Son « fardeau » est aisé et léger : Il sait adopter une approche personnelle envers chacun, et il y a en outre la fidélité, l’amour et le pardon.
1 Et il advint, quand Jésus eut achevé de donner ces consignes à ses douze disciples, qu’il partit de là pour enseigner et prêcher dans leurs villes. |
2 Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des œuvres du Christ. Il lui envoya de ses disciples pour lui dire : |
3 « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » |
4 Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : |
5 les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ; |
6 et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! » |
7 Tandis que ceux-là s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules au sujet de Jean : « Qu’êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ? |
8 Alors qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu de façon délicate ? Mais ceux qui portent des habits délicats se trouvent dans les demeures des rois. |
9 Alors qu’êtes-vous allés faire ? Voir un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète. |
10 C’est celui dont il est écrit :Voici que moi j’envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route devant toi. |
11 « En vérité je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. |
12 Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s’en emparent. |
13 Tous les prophètes en effet, ainsi que la Loi, ont mené leurs prophéties jusqu’à Jean. |
14 Et lui, si vous voulez m’en croire, il est cet Élie qui doit revenir. |
15 Que celui qui a des oreilles entende ! |
16 « Mais à qui vais-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins qui, assis sur les places, en interpellent d’autres, |
17 en disant :« Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ! Nous avons entonné un chant funèbre, et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine ! » |
18 Jean vient en effet, ne mangeant ni ne buvant, et l’on dit : « Il est possédé ! » |
19 Vient le Fils de l’homme, mangeant et buvant, et l’on dit : « Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs ! » Et justice a été rendue à la Sagesse par ses œuvres. » |
20 Alors il se mit à invectiver contre les villes qui avaient vu ses plus nombreux miracles mais n’avaient pas fait pénitence. |
21 « Malheur à toi, Chorazeïn ! Malheur à toi, Bethsaïde ! Car si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que, sous le sac et dans la cendre, elles se seraient repenties. |
22 Aussi bien, je vous le dis, pour Tyr et Sidon, au Jour du Jugement, il y aura moins de rigueur que pour vous. |
23 Et toi, Capharnaüm, crois-tu que tu seras élevée jusqu’au ciel ? Jusqu’à l’Hadès tu descendras. Car si les miracles qui ont eu lieu chez toi avaient eu lieu à Sodome, elle subsisterait encore aujourd’hui. |
24 Aussi bien, je vous le dis, pour le pays de Sodome il y aura moins de rigueur, au Jour du Jugement, que pour toi. » |
25 En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. |
26 Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. |
27 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. |
28 « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. |
29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. |
30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. » |
La lecture d'aujourd'hui nous dit beaucoup de choses sur la sagesse au sens où Jésus l'entend. Elle commence par un épisode décrivant l'étrange perplexité, à première vue, de Jean le Baptiste au sujet du ministère du Sauveur (v. 2-6). En effet, la question a été posée précisément par celui qui, le premier, avait désigné Jésus comme le Messie-Christ (Mt 3:13-17). Et pour Jésus lui-même, cet épisode est devenu l'occasion de paroles amères sur la sagesse humaine. Le problème n'est pas la limitation de la raison humaine : en soi, cette limitation n'a rien de terrible, car Dieu n'a pas conçu l'homme omniscient dès le commencement. Le problème est de savoir comment et dans quel but l'homme utilise la raison que Dieu lui a donnée. Or l'homme déchu, semble-t-il, l'utilise le plus souvent pour se justifier et s'affirmer lui-même.
Les auteurs de l'Ancien Testament voient la sagesse comme l'art de construire des relations avec Dieu et avec les hommes, comme la science d'une vie juste ; mais il arrivait souvent qu'elle dégénère en une sorte de jeux intellectuels servant uniquement au divertissement et, en ce sens, guère différents des jeux d'enfants (v. 16-17). Le pire était que ces jeux, pris avec tout le sérieux possible, ont masqué aux « sages », au moment critique, la Vérité vivante venue dans le monde ; ils leur ont masqué le Royaume.
Quel Messie les Juifs croyants attendaient-ils en ce temps-là ? Les conceptions théologiques messianiques étaient nombreuses, mais il s'est trouvé que le Messie réel n'entrait pleinement dans aucune d'elles. Sans doute même Jean le Baptiste attendait-il autre chose du Messie-Christ qu'il avait reconnu.
Du reste, il est impossible de satisfaire ceux pour qui leurs théories valent plus que la vérité : s'il jeûne, c'est qu'il est possédé ; s'il ne jeûne pas, c'est un glouton, un ivrogne, un pécheur (v. 18-19)... Ici, une seule chose compte : celui qu'on juge correspond-il aux critères du « nôtre », entre-t-il dans le cadre de la conception ou non ? Sinon, on peut toujours trouver des justifications pour le déclarer « incorrect », pécheur, transgresseur de la Torah et serviteur de Satan. Et les partisans de la théorie « correcte » sauront toujours fonder sa « correction » (v. 19). Seulement, au Jugement, ces « théoriciens » auront ensuite plus de peine que ceux qui ont simplement péché sans aucune théorie (v. 20-24). Ce qui, au fond, n'a rien d'étonnant : le sage qui a employé sa sagesse pour le mal porte une responsabilité plus grande que celui qui ne prétend à aucune sagesse.
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