27 Après cela il sortit, remarqua un publicain du nom de Lévi assis au bureau de la douane, et il lui dit : " Suis-moi. "
28 Et, quittant tout et se levant, il le suivait.
29 Lévi lui fit un grand festin dans sa maison, et il y avait une foule nombreuse de publicains et d'autres gens qui se trouvaient à table avec eux.
30 Les Pharisiens et leurs scribes murmuraient et disaient à ses disciples : " Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les pécheurs ? "
31 Et, prenant la parole, Jésus leur dit : " Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades ;
32 je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir. "
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La question posée par les pharisiens à Jésus et à Ses disciples est souvent interprétée comme une manifestation d'une sorte de scrupule spirituel de la part de ceux qui demandaient, auxquels il aurait répugné de s'asseoir à la même table que des pécheurs. On suppose alors qu'ils ne se considéraient pas eux-mêmes comme pécheurs, étant convaincus de leur propre irréprochabilité. Pourtant la situation est ici un peu plus complexe qu'elle ne peut paraître au premier regard.
En effet, beaucoup considéraient vraiment les publicains, par exemple, qui percevaient les impôts au profit du pouvoir romain, comme des collaborateurs et des traîtres, surtout lorsqu'il s'agissait de représentants de mouvements extrêmes tels que les « zélotes » mentionnés dans l'Évangile. Mais il n'est pas seulement question ici de préférences religieuses et politiques. Il s'agit de la compréhension du péché propre, non sans fondement, à l'époque préchrétienne. Bien entendu, aucun pharisien ne se considérait comme sans péché ; ni la Torah ni la tradition juive ne partageaient une telle vision de l'homme, même lorsqu'il s'agissait d'un homme profondément religieux et observant strictement toutes les normes et règles de pureté rituelle.
Bien plus : la Torah décrit des rites purificatoires particuliers, ablutions et sacrifices, auxquels on recourait lorsqu'il fallait se purifier des conséquences d'un péché commis. Et, naturellement, une telle purification exigeait le repentir, ordinairement public, puisque celui qui accomplissait le sacrifice purificatoire devait nommer publiquement son péché.
Mais on ne pouvait se purifier que d'un péché commis involontairement, par faiblesse ou par ignorance. Il était impossible de se débarrasser définitivement d'un péché commis consciemment et volontairement. Dieu pouvait certes pardonner même un tel péché si le pécheur se repentait profondément et sincèrement, mais se délivrer des conséquences d'un péché commis volontairement et consciemment était, du point de vue des représentations traditionnelles, impossible.
C'est pourquoi la purification était impossible, par exemple, pour les publicains qui faisaient ce qu'ils faisaient consciemment et volontairement : personne ne les y contraignait. Il ne s'agit pas ici d'une dureté particulière de la Torah ou du judaïsme, mais des lois objectives du monde déchu, où il était presque impossible, avant la venue du Christ, de se délivrer du mal et des conséquences du péché commis par l'homme. Seule Sa manifestation dans le monde change radicalement la situation. Il vient libérer du pouvoir du péché quiconque veut en être libéré, quelle que soit la manière dont l'homme est tombé sous ce pouvoir. Il vient appeler « non les justes, mais les pécheurs à la conversion ».
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