25 Et voici qu'un légiste se leva, et lui dit pour l'éprouver : " Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? " |
26 Il lui dit : " Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Comment lis-tu ? " |
27 Celui-ci répondit : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même. " - |
28 " Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras. " |
29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : " Et qui est mon prochain ? " |
30 Jésus reprit : " Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort. |
31 Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là; il le vit et passa outre. |
32 Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. |
33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. |
34 Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l'hôtellerie et prit soin de lui. |
35 Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l'hôtelier, en disant : "Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour. " |
36 Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ? " |
37 Il dit : " Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. " Et Jésus lui dit : " Va, et toi aussi, fais de même. " |
38 Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. |
39 Celle-ci avait une sœur appelée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. |
40 Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : " Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. " |
41 Mais le Seigneur lui répondit : " Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ; |
42 pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. " |
Ces deux récits doivent de nouveau bouleverser nos idées sur «ce qui est bien et ce qui est mal». Ces deux récits parlent du service rendu aux hommes. Jésus raconte une parabole, puis, dans la maison de Ses connaissances, Il se retrouve Lui-même au coeur de la parabole. Il est possible que, pour les premiers auditeurs de la parabole de l'homme blessé et du Samaritain, le moment le plus choquant ait été l'identité du Samaritain: dans l'idée des Juifs orthodoxes, les Samaritains étaient des hérétiques et des demi-païens. Et pourtant c'est lui qui s'est révélé être le prochain le plus proche et l'homme le plus important pour le malheureux que le prêtre et le lévite n'avaient pas pris en pitié. Mais si vous êtes habitués à l'idée que tous les hommes sont égaux devant Dieu, ou du moins devant la loi, la pensée que l'homme qui nous est le plus proche n'est pas celui qui nous a aidés, mais celui que nous avons aidé, ne vous paraît-elle pas choquante?
Si vous aimez aider les gens, alors le récit de Marthe et de Marie est pour vous. Jésus voyait plus d'amour dans le fait de L'écouter que dans celui de Lui préparer un repas. Mais beaucoup d'autres, pour qui l'attention personnelle compte bien plus que le service le plus dévoué rendu quelque part loin d'eux, ne pensent-ils pas de même?
25 Et voici qu'un légiste se leva, et lui dit pour l'éprouver : " Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? " |
26 Il lui dit : " Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Comment lis-tu ? " |
27 Celui-ci répondit : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même. " - |
28 " Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras. " |
29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : " Et qui est mon prochain ? " |
30 Jésus reprit : " Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort. |
31 Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là; il le vit et passa outre. |
32 Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. |
33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. |
34 Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l'hôtellerie et prit soin de lui. |
35 Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l'hôtelier, en disant : "Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour. " |
36 Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ? " |
37 Il dit : " Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. " Et Jésus lui dit : " Va, et toi aussi, fais de même. " |
38 Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. |
39 Celle-ci avait une sœur appelée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. |
40 Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : " Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. " |
41 Mais le Seigneur lui répondit : " Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ; |
42 pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. " |
La parabole du bon Samaritain est sans doute l’un des textes évangéliques les plus largement cités et les plus souvent mentionnés. Rien d’étonnant à cela : on la comprend d’ordinaire comme un appel à la miséricorde et aux bonnes œuvres, devenant le fondement évangélique de ce que la pratique ecclésiale a appelé le service social. Pourtant, à une lecture attentive, tout n’est pas si simple. En effet, Jésus raconte la parabole du bon Samaritain en réponse à la question qui Lui est posée : qui est mon prochain ? Et si l’on suit la logique du texte de la parabole, la réponse à la question posée à Jésus est très concrète : mon prochain est celui qui m’a aidé, qui m’a fait du bien.
L’exigence « va, et toi aussi, fais de même » sonne dans ce contexte de façon un peu étrange : car il ne s’agit pas ici de la manière dont agit un homme, mais de la manière dont on agit envers lui. La réponse à la question posée est liée précisément à cela. Le passage à une justification, par le texte de la parabole, des œuvres de miséricorde et, plus largement, du service social, n’est possible que par une inversion du sens : le lecteur doit s’identifier non au voyageur tombé aux mains des brigands, mais au Samaritain qui lui a porté secours.
Pourtant la question même concernait bien le voyageur blessé : qui, parmi tous, s’est montré son prochain ? Mais alors la réponse du Sauveur est manifestement liée non seulement à ce qu’a fait le Samaritain, mais aussi à la situation dans son ensemble. Et la parabole devient non seulement une parabole sur la bonté et l’aide au prochain, mais une parabole sur les relations entre les hommes. Et sur la primauté de ces relations. Sur une situation où l’aide vient non de ceux qui pensent ou croient comme nous, mais de ceux de qui on l’aurait le moins attendue. Des ennemis, car les Juifs et les Samaritains étaient alors les pires ennemis. Et voilà que ce qui, dans les relations, paraissait déterminant se révèle, à l’épreuve, n’être qu’un clinquant sans importance.
Dans une situation critique, tous les cadres et les liens sociaux, nationaux et religieux se révèlent soudain des conventions qui n’obligent à rien. Ce qui devient significatif, c’est quelque chose qui, dans la personne humaine, se trouve plus profondément que tout cela, à cette profondeur où réside le véritable « moi » spirituel de l’homme. Là seulement, à cette profondeur, l’aide, la compassion, la miséricorde sont possibles. À la surface, il n’y a rien de tel. Il n’y a que le service social. Qui, bien sûr, empêchera le pauvre de mourir de faim, mais ne lui donnera pas l’amour. Ni la vie du Royaume.
25 Et voici qu'un légiste se leva, et lui dit pour l'éprouver : " Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? " |
26 Il lui dit : " Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Comment lis-tu ? " |
27 Celui-ci répondit : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même. " - |
28 " Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras. " |
29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : " Et qui est mon prochain ? " |
30 Jésus reprit : " Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort. |
31 Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là; il le vit et passa outre. |
32 Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. |
33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. |
34 Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l'hôtellerie et prit soin de lui. |
35 Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l'hôtelier, en disant : "Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour. " |
36 Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ? " |
37 Il dit : " Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. " Et Jésus lui dit : " Va, et toi aussi, fais de même. " |
Aujourd'hui, on voudrait attirer l'attention non sur la parabole elle-même du bon Samaritain, dont on a déjà tant parlé et écrit, mais sur la manière dont Jésus répond à la question. Dans le texte, nous lisons que le légiste a posé la première question pour mettre Jésus à l'épreuve, et la seconde pour se justifier. Quand on nous interroge sur quelque chose et que nous voyons que la question est malhonnête, insincère, répondons-nous ainsi? Premièrement, contrairement au Seigneur, nous ne sentons pas toujours juste, alors que le Seigneur savait bien si le légiste était sincère; deuxièmement, même si nous avons raison, si l'on nous interroge sans sincérité, soit nous répondons dans le même esprit, formellement, soit nous refusons tout simplement de répondre. Nous refusons alors à l'homme la possibilité de changer en écoutant la réponse; nous refusons à Dieu la possibilité de mettre dans notre bouche la réponse qui rendra à la conversation sa sincérité et sa vérité.
Dans cet entretien, nous pouvons voir comme trois étapes. Premièrement: le légiste pose une question provocatrice, très vraisemblablement en accomplissant non pas sa propre volonté. La réponse ne l'intéresse pas beaucoup. Jésus répond comme si la question avait été posée réellement. Deuxièmement: le légiste est troublé par la réponse, il se sent coupable, il pose une question pour se justifier, car il sait qu'il a de quoi se justifier. La question est sincère, mais pas très honnête. Jésus répond de façon à faire accéder le légiste au niveau d'un véritable dialogue, et il pose lui-même une question. Le légiste répond sincèrement, et après cela Jésus lui donne un commandement, c'est-à-dire qu'il établit une relation avec lui. Le légiste est maintenant prêt non seulement à entendre, mais aussi à accomplir le commandement: «Va, et toi aussi, fais de même».
Dieu nous fait confiance au point que, même lorsque nous mentons aux autres, à nous-mêmes et à lui, il nous donne la chance de devenir sincères et de le suivre.
25 Et voici qu'un légiste se leva, et lui dit pour l'éprouver : " Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? " |
26 Il lui dit : " Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Comment lis-tu ? " |
27 Celui-ci répondit : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même. " - |
28 " Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras. " |
29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : " Et qui est mon prochain ? " |
30 Jésus reprit : " Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort. |
31 Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là; il le vit et passa outre. |
32 Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. |
33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. |
34 Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l'hôtellerie et prit soin de lui. |
35 Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l'hôtelier, en disant : "Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour. " |
36 Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ? " |
37 Il dit : " Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. " Et Jésus lui dit : " Va, et toi aussi, fais de même. " |
Le commandement principal n’est pas loin de nous, dit le livre du Deutéronome. Et le dialogue de Jésus avec le légiste dans l’Évangile selon Luc le confirme : le légiste connaît ce commandement. Mais pour qu’il cesse d’être de simples mots, quelqu’un doit descendre du ciel et le manifester.
Et voici que Jésus « fait vivre » ce commandement par la célèbre parabole du bon Samaritain, dans laquelle tous les clichés habituels sont renversés : le prêtre et le lévite ont tort, le Samaritain à demi païen est juste, et le prochain devient non pas celui qui t’a fait miséricorde, mais celui à qui tu as fait miséricorde. Ainsi la vie change quand le Christ y entre.
25 Et voici qu'un légiste se leva, et lui dit pour l'éprouver : " Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? " |
26 Il lui dit : " Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Comment lis-tu ? " |
27 Celui-ci répondit : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même. " - |
28 " Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras. " |
29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : " Et qui est mon prochain ? " |
30 Jésus reprit : " Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort. |
31 Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là; il le vit et passa outre. |
32 Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. |
33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. |
34 Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l'hôtellerie et prit soin de lui. |
35 Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l'hôtelier, en disant : "Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour. " |
36 Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ? " |
37 Il dit : " Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. " Et Jésus lui dit : " Va, et toi aussi, fais de même. " |
La parabole du bon Samaritain se lit d’ordinaire comme une histoire sur la manière d’agir envers ceux qui ont besoin de notre aide. Il en ressort que le prochain est celui qui s’est trouvé dans notre champ de vision avec ses problèmes. Pourtant, Jésus pose la question un peu autrement, en disant : « Qui a été le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ? ». On Lui répond : « Celui qui lui a fait miséricorde », c’est-à-dire celui qui a su venir en aide au moment nécessaire, qui a partagé les épreuves et donné de son temps. Il est intéressant que le Sauveur voie cette histoire non du côté du bon passant, qui se manifeste activement devant le malheur, mais du côté de la victime, qui reçoit passivement les soins du premier venu.
Nous admettons rarement que nous sommes faibles et impuissants ; il nous est bien plus naturel de nous voir à cheval et parfaitement armés. Et comme l’exemple de l’étonnante humilité de notre Seigneur apparaît expressif sur ce fond.
37 Il dit : " Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. " Et Jésus lui dit : " Va, et toi aussi, fais de même. " |
« Va, et fais de même », dit aujourd'hui le Seigneur. Comme le bon Samaritain, car qui es-tu sinon un Samaritain ? Tu es un homme mêlé, il n'y a pas en toi de pureté de foi. Tu crois bien en Dieu, mais quel Dieu, comment L'adores-tu, quels rites t'inventes-tu toi-même ou copies-tu sans réfléchir chez les autres ? Bien sûr, tu n'es qu'un Samaritain. Mais regardons ces paroles dans une autre traduction, celle de l'un des plus grands philologues de notre temps, Sergueï Sergueïevitch Averintsev. « Marche, et fais de même ta démarche ». Notre attention s'est arrêtée sur le fait que ce grand philologue viole soudain comme la loi du texte littéraire qui déconseille une répétition si proche d'une même racine : « marche » et « démarche ». Mais, bien sûr, c'est par une instruction de Dieu qu'il l'a fait. Car cela donne une abondance de sens nouveaux. « Une démarche est un pas vertical. Elle n'a pas d'autre sens ni d'autres conséquences », ce sont les paroles remarquables d'une autre philologue de notre temps, Olga Sedakova. La démarche est un pas. Il y a ici le même lien avec la marche. Qu'a dit le Seigneur à Sergueï Sergueïevitch, et par lui à nous, dans ces paroles si « peu sonores » et en réalité étonnamment sonores ? Chaque jour nous faisons des milliers, parfois des dizaines de milliers de pas, mais il est bon si, d'une confession à l'autre, nous avons eu le temps d'accomplir ne serait-ce qu'une démarche. Des racines si proches et un écart mathématique si grand... Une démarche est un pas vertical. Il est clair que ce n'est qu'une image poétique, même très forte. Mais voici : « elle n'a pas d'autre sens ni d'autres conséquences ». Et le Samaritain ? Quelles conséquences pour lui ? Si un Juif aidait un Juif, il accomplissait une œuvre agréable à Dieu ; la conséquence pour lui était la miséricorde de Dieu. C'est ainsi qu'on pensait. Mais le Samaritain... il a sauvé un étranger, quelqu'un qui ensuite remerciera Dieu « autrement », et donc Dieu pourrait ne pas l'entendre. Vous direz que nous extrapolons trop. Mais nous ne faisons qu'essayer d'écarter de nous les formes mentales chrétiennes et culturelles qui nous sont contemporaines. Il n'y a pas cette mise en relation : le Dieu de mon peuple, l'homme de mon peuple, et voici que j'entre dans ce lien, je m'ajoute à leur intégrité. Mais voici le Dieu de mon peuple et un homme étranger : ils ne sont liés en rien, il n'y a pas cette intégrité à laquelle je pourrais m'ajouter ; je dois m'ajouter à la rupture, et cela menace de me déchirer moi aussi. Voilà ce qu'est le « pas vertical », tel qu'il nous est apparu aujourd'hui : c'est un pas par-dessus une fracture de la terre qui s'élargit à toute vitesse. C'est pourquoi : marche et fais ta démarche, relie ces nombres si éloignés l'un de l'autre sur l'échelle des nombres : 1000 pas par jour et 0,001 démarche par jour.
38 Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. |
39 Celle-ci avait une sœur appelée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. |
40 Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : " Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. " |
41 Mais le Seigneur lui répondit : " Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ; |
42 pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. " |
Dans la tradition chrétienne, l'image de Marthe et de Marie est devenue classique, symbolisant deux formes du service chrétien — l'active et la contemplative — et établissant en même temps leurs priorités, car le Sauveur dit sans aucune ambiguïté ce qui est principal dans le service. On comprend habituellement ses paroles comme une indication de ce que faisait Marie, qui écoutait les paroles de Jésus sans s'en détourner une seule minute. Cependant, « une seule chose » et « beaucoup de choses » permettent aussi une interprétation quelque peu différente. Ce n'est pas un hasard si Jésus parle des « beaucoup de choses » comme de quelque chose qui cause à l'homme inquiétude et agitation, du moins si l'on comprend littéralement le texte grec.
Marthe s'affaire beaucoup; elle pense sans cesse à quelque chose qui l'inquiète et lui ôte la paix. Elle n'a pas le temps d'écouter, non parce qu'elle est occupée aux tâches domestiques, mais à cause de cette inquiétude permanente qui la prive de paix intérieure. La multitude des tâches l'inquiète précisément parce qu'elle y est entièrement plongée: intérieurement, elle se précipite d'une tâche à l'autre, craignant de ne pas suffire à tout ce qu'elle pense devoir faire. Et c'est son agitation, non le nombre de tâches, qui l'épuise au point qu'elle n'a déjà plus la force d'écouter le Sauveur.
Il n'existe qu'une seule issue, et Jésus l'indique: quitter le multiple pour l'unique, pour l'essentiel qui soutient l'homme, pour la relation avec lui, avec Jésus. Lorsque cette relation devient le centre et le foyer de la vie intérieure de l'homme, toutes ses activités extérieures s'ordonnent autour de ce centre. L'homme ne se disperse plus, ne se fragmente plus en une multitude de projections de lui-même liées aux affaires quotidiennes, mais demeure intérieurement entier et rassemblé autour de cette seule chose qui remplit véritablement de vie sa personne et toutes ses activités.
38 Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. |
39 Celle-ci avait une sœur appelée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. |
40 Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : " Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. " |
41 Mais le Seigneur lui répondit : " Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ; |
42 pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. " |
On peut comprendre l'irritation de Marthe. Il arrive souvent que l'un doive travailler beaucoup et durement, tandis que, de notre point de vue, l'autre ne fait rien. Alors nous commençons à murmurer et même à exiger de cet autre qu'il travaille lui aussi au moins un peu.
Le Seigneur répond à cette indignation avec une sévérité inattendue, comme si elle dévalorisait nos soucis terrestres, en disant: «Tu t'inquiètes de beaucoup de choses, mais une seule est nécessaire». Cela sonne comme un appel à renoncer aux affaires quotidiennes, même si l'on peut aussi y voir un autre sens. Jésus ne veut-il pas reprocher à Marthe le fait que, ayant son propre chemin, portant sa propre croix, elle commence à s'immiscer dans la vie de sa soeur, qui a choisi une autre vocation?
En méditant cela, il convient de se rappeler les paroles du dernier chapitre de l'Évangile selon Jean, où le Christ dit à Pierre, préoccupé par la question du martyre du disciple bien-aimé de Jésus: «Que t'importe? Toi, suis-moi».
38 Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. |
39 Celle-ci avait une sœur appelée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. |
40 Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : " Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. " |
41 Mais le Seigneur lui répondit : " Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ; |
42 pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. " |
L'interprétation traditionnelle de cet épisode sur Marie et Marthe est une leçon morale sur le fait de laisser l'agitation terrestre autour de beaucoup de choses pour porter attention à l'unique Vérité, qui ne nous sera pas enlevée, pourvu que nous nous soyons engagés sur ce chemin. Ce sens transparaît de la manière la plus directe à travers le texte, sans laisser de doute sur lui-même. Et, sans doute, il en est bien ainsi.
Mais réfléchissons aussi à autre chose. Si Marthe n'avait pas été là, qui aurait donné à manger au Sauveur? Réfléchissons encore une fois à ces deux soeurs. Pour comprendre jusqu'au bout leurs images, rappelons-nous que nous les rencontrons encore une fois dans les pages de l'Évangile selon Jean, lorsque leur frère Lazare meurt. C'est précisément Marthe qui se montre alors capable de surmonter son chagrin et de sortir à la rencontre du Sauveur avec de si remarquables paroles de confession de foi, tandis que Marie reste pleurer à la maison. Peut-être Marthe, Marthe l'affairée, se révèle-t-elle spirituellement plus forte que sa soeur, parce que son agitation n'est pas vide?
Comment unir ces deux sens inconciliables? Sans doute existe-t-il différents types de personnes: il y en a d'un peu détachées, des priants, il y a des gens qui rayonnent la joie d'exister à un kilomètre à la ronde, il y en a qui sont plongés en eux-mêmes, il y a des extravertis... nous sommes tous très différents, mais si le centre de nos pensées est le Christ, nous choisissons la bonne part et elle ne nous sera plus enlevée.
38 Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. |
39 Celle-ci avait une sœur appelée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. |
40 Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : " Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. " |
41 Mais le Seigneur lui répondit : " Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ; |
42 pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. " |
Que de raisons de diviser les hommes... L’Évangile selon Luc parle de deux sœurs, Marthe et Marie, qui reçoivent le Christ dans leur maison. Le Christ les aime toutes les deux, elles Lui sont toutes deux chères (cf. Jn, ch. 11-12). Mais même entre elles surgit une division, et Jésus doit intervenir pour les réconcilier.
Seul le Christ donne l’unité aux hommes. C’est en cela que consiste aussi le mystère dont l’apôtre Paul écrit aux Colossiens: tout homme atteint la perfection dans l’union avec Jésus-Christ et, par Lui, dans une telle unité avec tous que il n’y a plus ni Grec ni Juif, où tout ce qui est céleste et terrestre est réuni sous le Christ comme chef.
38 Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. |
39 Celle-ci avait une sœur appelée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. |
40 Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : " Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. " |
41 Mais le Seigneur lui répondit : " Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ; |
42 pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. " |
Aujourd'hui nous lisons un passage composite de l'Évangile selon Luc. La seconde partie de la lecture raconte comment «une femme du milieu de la foule éleva la voix et dit: Heureux le sein qui T'a porté et les mamelles qui T'ont allaité». Ces paroles, comme celles de Pierre aux environs de Césarée, sont une forme de confession de Jésus comme Christ, le Messie promis de la lignée de David.
Plus tard, lorsque les pharisiens demanderont au Seigneur d'arrêter ceux qui crient «Hosanna au Fils de David», Il dira: «S'ils se taisent, les pierres crieront». De même, si cette femme s'était tue, les pierres auraient crié, parce que, si nous croyons que Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu incarné, nous ne pouvons pas ne pas glorifier Celle par qui cette incarnation s'est accomplie.
Sa béatitude comme Mère de Son Créateur est le gage et la condition de notre salut; sans le Fils de Marie, nous demeurerions encore en enfer. Les hymnographes orientaux du premier millénaire parlent souvent de la Toute-Pure comme de la nouvelle Ève, dont l'obéissance a corrigé le péché d'Ève, comme l'obéissance de Son Fils a guéri le péché d'Adam. Et il est important pour nous de nous souvenir avec vénération et amour de deux autres choses. Premièrement, se tenant au pied de la Croix, la Très Sainte Vierge remet Son Fils à Dieu et à nous, afin que celui qui croit en Lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. Deuxièmement, en concluant avec nous la Nouvelle Alliance, le Seigneur Jésus nous donne en nourriture et en boisson Sa Chair et Son Sang, qu'Il a reçus de la Très Sainte Vierge.
La réponse de Jésus à l'exclamation de la femme est étonnante. Dans la traduction synodale («Et Il dit: bienheureux...») cela ne se voit pas du tout, et dans le slavon («Il dit donc: aussi bienheureux...») seulement en partie. Le fait est qu'Il dit: «menoun makarioi...». Le grec menoun est une expression d'accord, employée au sens de «certes», «sans aucun doute», «en vérité». Autrement dit, Il dit: «Certes, bienheureux ceux qui entendent la Parole de Dieu et la gardent». Sous cette forme, ce sont précisément des paroles sur la Très Sainte Vierge: «Sans aucun doute, Elle est bienheureuse, car Elle a entendu la parole de Dieu et l'a accomplie». Et ce n'est pas seulement la constatation d'un fait, mais aussi l'indication d'un chemin pour nous.
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