27 Les sept jours touchaient à leur fin, quand les Juifs d'Asie, l'ayant aperçu dans le Temple, ameutèrent la foule et mirent la main sur lui,
28 en criant : " Hommes d'Israël, au secours ! Le voici, l'individu qui prêche à tous et partout contre notre peuple, contre la Loi et contre ce Lieu ! Et voilà encore qu'il a introduit des Grecs dans le Temple et profané ce saint Lieu. "
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L’épreuve la plus sérieuse pour l’homme religieux est l’épreuve de la liberté. Et de la liberté non seulement la sienne, mais aussi celle d’autrui. Surtout lorsqu’il s’agit de quelqu’un que cet homme religieux perçoit comme «l’un des siens». Arrivé à Jérusalem, Paul a pleinement éprouvé sur lui la colère des «siens», indignés par sa liberté. L’apôtre, bien sûr, n’était nullement adversaire de la religion en tant que telle. Il partageait entièrement l’avis du concile apostolique: la religion est admissible dans l’Église, mais elle ne doit pas être obligatoire et ne peut être imposée à personne. L’Église de Jérusalem était composée presque entièrement de Juifs, donc de personnes religieuses.
Paul, évidemment, n’avait pas l’intention d’implanter à Jérusalem l’ordre et les pratiques des Églises d’Asie Mineure, composées en grande partie d’anciens païens, donc de personnes séculières. Sa propre tradition religieuse ne lui pèse nullement: sans aucune protestation intérieure, il accomplit les rites de purification prescrits, parfaitement connus de lui depuis l’enfance, et il vient au Temple, familier depuis sa jeunesse, depuis le temps de sa formation auprès de Gamaliel. Mais il apparaît qu’il ne suffit pas d’être soi-même un homme religieux pour apaiser la conscience religieuse.
La conscience religieuse possède une intégrité qui exclut toute alternative. Si l’homme n’appartient pas entièrement à la religion, si elle n’est pour lui qu’une partie de la vie et non toute la vie, sa conscience religieuse n’est jamais tranquille. Pour Paul, sa religiosité n’était pas un absolu, mais sa conscience n’était déjà plus non plus celle d’un homme religieux. Depuis longtemps, il était sorti du cadre de sa religion et de sa religiosité. Sa vie spirituelle était liée au Royaume, non à la religion. La religion, bien entendu, ne faisait pas peur à l’apôtre, mais elle n’occupait pas pour lui la première place. Et la foule religieuse rassemblée dans la cour du Temple l’a parfaitement senti.
Elle a même exprimé ce sentiment par la bouche de ceux qui accusaient Paul d’appeler les autres à ne pas observer les traditions juives. On pourrait se demander pourquoi ceux que les Juifs eux-mêmes considèrent comme païens auraient dû observer les traditions juives. Et pourquoi Paul aurait dû leur imposer ces traditions? Il n’a jamais détourné personne du judaïsme; il ne cherchait seulement pas à faire de tous et de chacun de ceux à qui il prêchait des Juifs! Mais c’est justement un tel comportement qui, pour la conscience religieuse, est apostasie.
Dans le monde, il n’y a qu’une seule vérité; dans la vie, il ne peut y avoir qu’un seul but; et si le prédicateur ne prêche pas ma religion, il est infidèle. Et s’il était «des nôtres» et prêchait notre religion, mais prêche maintenant autre chose, alors il est apostat. Dès lors, peu importe que le païen d’Éphèse que Paul aurait introduit dans la cour où il n’avait pas le droit d’être ait réellement existé ou non: s’il n’existait pas, il fallait l’inventer, et on l’a inventé. Ainsi commence l’étape finale du ministère de Paul et de son chemin terrestre: par une collision avec la religion, avec cette force même qu’il considérait comme la principale menace pour la formation spirituelle de l’Église.
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