7 Rendez à chacun ce qui lui est dû : à qui l'impôt, l'impôt ; à qui les taxes, les taxes ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l'honneur, l'honneur. |
L'attitude de Paul envers les obligations de l'homme peut, à première vue, paraître quelque peu contradictoire. Il dit : si vous devez quelque chose à quelqu'un, cette dette vous lie et exige restitution. Chacun doit recevoir ce à quoi il a droit, et on ne peut le refuser à personne, qu'il s'agisse de l'impôt, de l'obéissance ou simplement du respect. Et aussitôt il ajoute : ne devez rien à personne, sinon la dette de l'amour mutuel. Au fond, Paul évalue les obligations elles-mêmes dans le contexte de la relation de l'homme au pouvoir séculier, thème sans aucun doute très aigu à cette époque.
Aigu ne serait-ce qu'en raison du messianisme politique assez répandu dans les milieux juifs, qui considérait l'existence même du pouvoir séculier comme un mal et l'obéissance à ce pouvoir comme un péché. Paul ne le pense pas. Il dit directement qu'il n'existe pas de pouvoir qui puisse exister en dehors de la volonté de Dieu. Et ce n'est pas un appel à une loyauté aveugle, comme beaucoup voudraient, ou au contraire ne voudraient pas, le penser, mais la constatation d'un fait évident. Si Dieu permet à tel ou tel pouvoir d'exister, c'est qu'Il ne juge pas nécessaire d'intervenir. Quant à l'attitude du chrétien envers le pouvoir séculier, tout est plus complexe.
D'un côté, on ne peut parler d'un pouvoir « agréable à Dieu » ou « opposé à Dieu » comme institution étatique, dans le contexte de ce que Paul dit, que de manière très relative. « Il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu », dans le contexte de l'histoire mondiale, et même de l'histoire romaine, avec ses coups de palais et autres renversements, conquêtes, révolutions et le reste, sonne de manière assez indifférente. Si tout pouvoir est « de Dieu », alors on ne peut parler de pouvoir légitime que de manière très relative. Mais alors on ne peut parler aussi de ce qui plaît à Dieu que de manière très relative. Il faut plutôt conclure que Dieu ne fait que tolérer tout pouvoir jusqu'à un certain temps afin d'éviter pire, et qu'il vaut mieux pour le chrétien ne pas s'en mêler. Mais obéir à tout pouvoir n'est possible que « selon la conscience », sinon l'obéissance perd tout sens.
Toute autre obéissance ne compte pas devant Dieu. Et si l'obéissance « selon la conscience » n'est pas possible, il est plus honnête devant Dieu de refuser l'obéissance au pouvoir : ainsi, du moins, on peut éviter l'hypocrisie d'une obéissance formelle, et donc la violation au minimum du neuvième commandement. Et tout ce que l'homme doit aux représentants du pouvoir séculier, comme de tout autre pouvoir, il ne le doit qu'en conséquence de cette obéissance « selon la conscience ». Mais si c'est « selon la conscience », alors jusqu'au bout, de sorte qu'on n'ait rien à se reprocher et qu'on puisse, de la même manière et selon la conscience, répondre de son obéissance devant les hommes et devant Dieu.
Ici, c'est toujours le même « oui, oui, non, non » évangélique. Et cela concerne absolument toutes les relations humaines : toutes les obligations ne découlent que de l'amour mutuel. Sans lui, l'accomplissement du devoir devient une sorte d'hypocrisie spirituelle, sinon psychologique. Un accomplissement qui dessèche spirituellement celui qui accomplit et ne profite pas à celui qui bénéficie des fruits d'un tel accomplissement. Dans le Royaume, de telles relations sont impossibles, et l'apôtre appelle les chrétiens à rester en toute circonstance des habitants du Royaume, qu'il s'agisse de leur rapport au pouvoir ou les uns aux autres.
1 Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. |
2 Si bien que celui qui résiste à l'autorité se rebelle contre l'ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner. |
3 En effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu n'avoir pas à craindre l'autorité? Fais le bien et tu recevras des éloges; |
4 car elle est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. Mais crains, si tu fais le mal; car ce n'est pas pour rien qu'elle porte le glaive: elle est un instrument de Dieu pour faire justice et châtier qui fait le mal. |
5 Aussi doit-on se soumettre non seulement par crainte du châtiment, mais par motif de conscience. |
6 N'est-ce pas pour cela même que vous payez les impôts? Car il s'agit de fonctionnaires qui s'appliquent de par Dieu à cet office. |
7 Rendez à chacun ce qui lui est dû : à qui l'impôt, l'impôt ; à qui les taxes, les taxes ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l'honneur, l'honneur. |
Le texte sur la soumission aux autorités suscite toujours beaucoup de questions et de débats. Mais l'apôtre Paul est très précis et souligne particulièrement deux choses. La première est la nécessité du principe même d'autorité pour toute société. Il ne s'agit pas de reconnaître comme un « être supérieur » toute personne investie du pouvoir, mais de reconnaître que les hommes ont besoin d'établir des règles communes de vie, sans lesquelles personne ne peut vivre en sécurité. Quelle que soit l'attitude d'une personne envers les autres, elle exige toujours pour elle-même la justice et le respect de ses droits. C'est en ce sens que l'État constitue un ensemble nécessaire de règles pour la vie d'une communauté humaine.
Le second point est lui aussi très important. Selon l'apôtre Paul, l'État ne peut pas réglementer les questions de foi. L'argent et les impôts, l'administration et la justice, tout cela peut relever de la compétence de l'État. Mais le choix personnel de chacun, ainsi que l'attitude d'une personne envers l'action de ceux qui détiennent le pouvoir, appartiennent à cette personne. Nul n'a le droit de priver quelqu'un de la liberté d'appeler un tyran un tyran ; nul n'a le droit de dicter à quelqu'un ce qu'il doit croire.
1 Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. |
2 Si bien que celui qui résiste à l'autorité se rebelle contre l'ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner. |
3 En effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu n'avoir pas à craindre l'autorité? Fais le bien et tu recevras des éloges; |
4 car elle est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. Mais crains, si tu fais le mal; car ce n'est pas pour rien qu'elle porte le glaive: elle est un instrument de Dieu pour faire justice et châtier qui fait le mal. |
5 Aussi doit-on se soumettre non seulement par crainte du châtiment, mais par motif de conscience. |
6 N'est-ce pas pour cela même que vous payez les impôts? Car il s'agit de fonctionnaires qui s'appliquent de par Dieu à cet office. |
7 Rendez à chacun ce qui lui est dû : à qui l'impôt, l'impôt ; à qui les taxes, les taxes ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l'honneur, l'honneur. |
En parlant des autorités terrestres, Paul reste fidèle au témoignage du Royaume qui, selon la parole du Sauveur, «n'est pas de ce monde». Il ne parle pas de loyauté envers quelque pouvoir concret que ce soit et ne donne la préférence à aucune forme d'État ou d'organisation sociale. En effet, si, selon l'apôtre, toute autorité vient de Dieu (v. 1-2), cela ne peut signifier qu'une chose: Dieu est indifférent à toute forme concrète de pouvoir, comme aux personnes liées à la structure du pouvoir. Une telle attitude envers l'État et les autorités terrestres n'est possible que si le Royaume et son action dans notre monde pas encore pleinement transfiguré ne dépendent d'aucune autorité terrestre et ne sont déterminés par aucune. Si l'on reçoit le Royaume comme quelque chose de précisément «pas de ce monde», c'est-à-dire vivant selon des lois sans rapport avec l'économie ou la sociologie, cette approche devient non seulement naturelle, mais la seule possible. Cependant, les témoins du Royaume doivent agir dans un monde où l'histoire des États et des gouvernements terrestres n'est pas achevée; il leur faut donc des critères pour évaluer l'action de cette autorité terrestre et savoir comment se comporter envers elle.
Ici Paul est tout à fait cohérent: comme Jésus lui-même, il parle de la possibilité, pour les témoins du Royaume, d'être loyaux envers toute autorité dans les affaires qui ne dépassent pas le cadre de «ce monde», comme les impôts, les règles de vie commune établies par les autorités, les institutions de l'État et autres choses semblables (v. 5-7). L'apôtre ne soutient manifestement aucun mouvement messianique politico-religieux, dont les représentants niaient souvent l'État séculier comme tel, estimant que seul le Messie pouvait fonder sur terre un État vraiment juste, et que cette tâche serait sa principale mission. Un tel messianisme politique était alors largement répandu dans le milieu juif; des vues de ce genre pouvaient pénétrer aussi dans l'Église, si bien que Paul devait rappeler aux chrétiens le véritable Royaume que Jésus a apporté au monde.
Mais Paul définit le critère de l'attitude à adopter envers les actes concrets des représentants concrets du pouvoir: ils sont «serviteurs de Dieu» s'ils agissent «pour le bien» (v. 3-4). L'apôtre admet donc qu'un représentant d'un pouvoir séculier et païen, comme tout homme, peut faire le bien comme le mal. Paul reste cohérent ici encore: il ne refuse pas aux païens la possibilité de connaître la «Torah naturelle» et de la suivre. Si un païen se guide dans ses actes par cette «Torah naturelle», il ne s'opposera objectivement pas au Royaume ni à ses témoins. Pour l'apôtre, aucune autorité n'est sacrée par elle-même; au fond, il ne parle pas tant d'un pouvoir abstrait que des hommes qui en sont revêtus, des hommes qui se trouvent dans le même rapport au Royaume que tout homme. Ni plus ni moins.
Il n’y a pas de lecture pour dimanche
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