31 Ne vous inquiétez donc pas en disant: Qu'allons-nous manger? qu'allons-nous boire? de quoi allons-nous nous vêtir? |
32 Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. |
33 Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. |
34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. |
L’une des « questions les plus fréquentes » qui surgissent chez beaucoup de personnes lorsqu’elles pensent à Dieu est sans doute la plainte selon laquelle nous sommes si malheureux. « Pourquoi cela arrive-t-il ? » : des personnes très différentes, avec des motivations très diverses, posent cette question à Dieu et les unes aux autres. Pourquoi sommes-nous si malheureux ? Cette question implique non seulement le caractère incompréhensible et absurde de l’existence du mal et de la souffrance, mais aussi la soif profonde de vie inscrite dans l’être humain lui-même. Pourquoi m’en manque-t-il tant ?
Et les paroles du Seigneur Jésus-Christ dans l’Évangile selon Matthieu répondent aujourd’hui précisément à cette question, mais elles y répondent, comme cela arrive souvent, d’une manière très inattendue pour nous. La conscience stéréotypée place le sens de la vie dans la possession de quelque chose : des biens, du temps, de la santé, enfin simplement du bonheur. Le Seigneur, au contraire, parle d’appartenance. La vie ne consiste pas à posséder les biens du Royaume des cieux, mais à lui appartenir. Tout le reste « sera donné par surcroît », sera la conséquence de cette appartenance.
Ces paroles du Christ peuvent devenir pour nous une source étonnante de joie si nous les laissons pénétrer profondément dans notre cœur. D’ailleurs, l’appartenance au Royaume des cieux apaise aussi la soif d’appartenir à quelque chose de grand, qui est elle aussi inscrite en nous et que nous essayons d’étouffer par toutes sortes de troubles, comme l’orgueil personnel, social ou national.
31 Ne vous inquiétez donc pas en disant: Qu'allons-nous manger? qu'allons-nous boire? de quoi allons-nous nous vêtir? |
32 Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. |
Rappelons les paroles du prophète. «Ainsi parle le Seigneur: quelle injustice vos pères ont-ils trouvée en Moi, pour s'éloigner de Moi et marcher après la vanité, devenir eux-mêmes vanité, et ne pas dire: «où est le Seigneur, qui nous a fait sortir du pays d'Égypte, nous a conduits dans le désert, dans une terre vide et inhabitée, dans une terre aride, dans une terre d'ombre de mort, où personne ne passe et où aucun homme n'habite?» (Jr 2:5-6).
Le Seigneur nous nourrit toujours, et nous l'oublions avec ingratitude, rapportant apparemment tout à nos propres efforts. Mais le désert pourrait vraiment être l'image de notre vie, sans ce que donne le Seigneur, le Seigneur généreux, le Seigneur aimant. Encore que pourquoi «pourrait être»? Il l'est, car notre vie est l'exode de l'esclavage du péché vers la terre promise, «d'où coulent le miel et le lait».
Mais comment alors, diront certains, expliquer que des gens désordonnés, des gens sans Dieu possèdent tout ce qui nous manque tant, et le possèdent en abondance? Parce que cette abondance même leur nuit, les prive de ce bien inestimable qui est le nôtre: la joie spirituelle, la joie parfaite, la joie d'être pauvre pour le Christ. Et cette joie, personne ne peut l'enlever, car il n'est rien qui nous sépare du Seigneur. Tout ce qui est terrestre peut être enlevé. Mais «ni la mort, ni la vie, ni les Anges, ni les Principautés, ni les Puissances, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur» (Rm 8:38, 39)
33 Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. |
L’aspiration à la vie a été introduite dans l’homme dès la création. La peur pour sa sécurité et le soin de sa vie sont au fond les manifestations naturelles de cette aspiration. Mais alors tout le problème se pose au niveau de savoir: en quoi consiste la vie ? Qu’est ce qu’il faut pour sa garantie ? Malheureusement l’opinion de l’homme est ratée, puisqu’elle est empêtrée dans le péché. Il nous semble que la vie et tout son sens sont concentrés ici bas, dans ce monde. Voila pourquoi ce que l’homme aspire se limite au matériel, à la recherche des moyens d’existence. Et ainsi nous devenons serviteur de Mammon.
Dieu nous ouvre Son dessein sur nous, une vision qui nous est inaccessible, en disant « Cherchez d'abord Son Royaume et Sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît ».Comme disait le beat Augustin dans sa prière «Tu nous as créé pour Toi-même, et notre cœur battra jusqu'à ce qu’elle ne se repose en toi ». Il y a des choses essentielles et prioritaires et des choses signifiantes mais secondaires. Serait-il bien d’acquérir ce qui est secondaire, et de perdre ce qui est essentiel ? Les mots du Christ mettent clairement l’accent sur ce qui est essentiel et font savoir que l’important est absurde sans l’essentiel. On peut laver la voiture autant qu’on veut mais si on ne met pas l’essence, on ne pourrait pas la conduire. De même on peut s’inquiéter autant qu’on veut du salaire, mais la vie s’amenuisera et s’achèvera finalement si on oublie le Royaume des Cieux.
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
Comme nous le voyons, la disposition à donner le bien à celui qui demande apparaît comme un trait distinctif de Dieu, sur lequel Jésus attire l'attention de ses auditeurs. Bien sûr, Osée parlait déjà de la disponibilité de Dieu à faire pour son peuple, comme pour chaque personne particulière, plus que ce qui était mérité. La seule chose qui soit exigée du peuple pour cela est de se tourner vers Dieu et de demander pardon pour les péchés commis. Et déjà les prophètes d'avant l'exil liaient à cette disponibilité de Dieu aux bienfaits immérités la possibilité même de la justification au jour du Jugement, qu'il s'agisse du peuple ou d'une personne particulière.
Jésus, quant à lui, y rattache manifestement la possibilité même du Royaume comme tel. Il dit aux hommes qui l'écoutent: vous êtes capables de faire de bonnes œuvres pour ceux que vous aimez, par exemple pour vos propres enfants, bien que le bien, en général, soit opposé à votre nature déchue; mais parfois, avec certaines personnes concrètes, même peu nombreuses, vous êtes capables de construire des relations en dépit de votre nature. Pour Dieu, en revanche, une bonne attitude envers chaque personne est la norme; faire le bien ne contredit pas sa nature. Il suffit seulement d'établir une relation avec lui pour recevoir le bien, car il ne peut pas y avoir avec lui d'autres relations, qui ne seraient pas bonnes. Et cela, à son tour, ouvre à chacun le chemin du Royaume: car c'est précisément la plénitude des relations avec le Père et avec le Christ qui fait participer l'homme à ce Royaume.
Et Jésus témoigne que Dieu est toujours prêt à de telles relations, de sorte que désormais tout dépend seulement de l'homme. Pour lui, aimer l'homme ne demande aucun effort: les relations d'amour sont en effet les seules relations qui lui soient organiques. Mais l'homme, pour aimer, doit toujours se dépasser, construire une relation avec l'autre, qu'il s'agisse de Dieu ou du prochain, malgré sa propre nature déchue. Mais pour l'homme, la chose est simplifiée par le fait que Dieu est toujours prêt à faire un pas vers lui. Et même non pas un seul pas, mais beaucoup de pas en réponse à l'unique pas fait par l'homme qui cherche une relation avec Dieu et le Royaume.
25 " Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? |
26 Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit! Ne valez-vous pas plus qu'eux? |
27 Qui d'entre vous d'ailleurs peut, en s'en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie? |
28 Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter? Observez les lis des champs, comme ils poussent: ils ne peinent ni ne filent. |
29 Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. |
30 Que si Dieu habille de la sorte l'herbe des champs, qui est aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi! |
31 Ne vous inquiétez donc pas en disant: Qu'allons-nous manger? qu'allons-nous boire? de quoi allons-nous nous vêtir? |
32 Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. |
33 Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. |
34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. |
Nous vivons comme si nous assurions nous-mêmes notre propre vie, alors que nous ne sommes même pas venus en elle par nous-mêmes. Nous passons notre temps dans des soucis constants, cherchant de quoi vivre partout où nous le pouvons. Mais, étant des êtres non éternels, nous ne pouvons pas nous assurer la vie éternelle.
Jésus nous propose de construire notre vie de façon à la recevoir de Celui qui est éternel ; pour cela, il faut chercher Sa présence et Sa conduite, c’est-à-dire Son Royaume. Et il faut encore s’efforcer de « s’inscrire » dans ce Royaume, de lui correspondre, d’accomplir la volonté du Roi céleste : c’est cela la justice, la rectitude du Royaume de Dieu.
De nouveau, comme dans tout le Sermon sur la montagne, Jésus attire notre attention non sur nos œuvres et nos soucis, mais sur la relation avec Dieu, à qui nous sommes si chers qu’Il est prêt à prendre sur Lui tous nos soucis, en nous donnant en échange une vie pleine, éternelle.
24 " Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. |
25 " Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? |
26 Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit! Ne valez-vous pas plus qu'eux? |
27 Qui d'entre vous d'ailleurs peut, en s'en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie? |
28 Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter? Observez les lis des champs, comme ils poussent: ils ne peinent ni ne filent. |
29 Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. |
30 Que si Dieu habille de la sorte l'herbe des champs, qui est aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi! |
31 Ne vous inquiétez donc pas en disant: Qu'allons-nous manger? qu'allons-nous boire? de quoi allons-nous nous vêtir? |
32 Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. |
33 Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. |
34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. |
Beaucoup de personnes ne parviennent pas du tout à comprendre ces paroles. Comment ne pas s’inquiéter, puisqu’il faut travailler pour manger ? Même les oiseaux du ciel, bien qu’ils ne sèment ni ne moissonnent, travaillent constamment de leurs ailes pour trouver leur nourriture et celle de leurs petits.
Pourtant, ne pas s’inquiéter ne signifie nullement ne pas travailler. Il est ici question de cette inquiétude qui écrase l’homme, cesse d’être raisonnable et transforme la vie en une anxiété permanente qui empêche de recevoir les nombreux dons du Père céleste. Notre désir de réduire au minimum les difficultés imprévues est compréhensible, mais en essayant d’envisager toutes les possibilités à venir, nous risquons de devenir comme la maligne Élise, qui s’est privée du présent par peur d’une seule éventualité future.
Mais si nous espérons davantage en Dieu qu’en nos propres efforts limités, nous pouvons entreprendre paisiblement nos travaux quotidiens, convaincus qu’ils ne seront pas une dépense de forces dépourvue de sens. Le Seigneur Lui-même sera auprès de nous dans l’épreuve comme dans la joie.
Ce n’est pas par hasard que ce passage s’achève par l’appel à chercher le Royaume de Dieu et Sa justice. Car c’est là l’essentiel, auquel tout le reste sera donné par surcroît.
24 " Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. |
25 " Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? |
26 Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit! Ne valez-vous pas plus qu'eux? |
27 Qui d'entre vous d'ailleurs peut, en s'en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie? |
28 Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter? Observez les lis des champs, comme ils poussent: ils ne peinent ni ne filent. |
29 Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. |
30 Que si Dieu habille de la sorte l'herbe des champs, qui est aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi! |
31 Ne vous inquiétez donc pas en disant: Qu'allons-nous manger? qu'allons-nous boire? de quoi allons-nous nous vêtir? |
32 Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. |
33 Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. |
34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. |
Parlant du souci du Père céleste pour Sa création, Jésus invite Ses disciples à regarder le monde qui les entoure. Les oiseaux, qui n'ont pas à se soucier de réserves de nourriture, les plantes, parées plus richement que les rois, la croissance de l'homme: tout cela témoigne de la providence divine. En découvrant la beauté de l'univers et en comprenant ses lois, l'homme accomplit le commandement du Créateur. Car, ayant créé Adam, le Seigneur lui a donné pouvoir sur tout être vivant, lui a confié le monde; c'est pourquoi il est si important que l'homme apprenne comment ce monde est réellement organisé. La beauté et l'harmonie étonnantes inscrites dans la nature peuvent devenir une véritable source de connaissance de Dieu. Et cette connaissance nous concerne directement, nous les hommes: c'est la connaissance du fait que «votre Père céleste sait que vous en avez besoin».
Comme nous négligeons souvent cette observation du monde, qui donne tant d'occasions de remercier et de Le connaître. Et nous préférons apprendre toutes sortes de vérités théologiques au lieu de simplement regarder autour de nous et de voir un lis, un oiseau, ou simplement de prendre conscience de la précision étonnante avec laquelle fonctionne notre propre organisme. N'est-ce pas là l'une des manières de chercher le Royaume de Dieu?
22 " La lampe du corps, c'est l'œil. Si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux. |
23 Mais si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ! |
24 " Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. |
25 " Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? |
26 Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit! Ne valez-vous pas plus qu'eux? |
27 Qui d'entre vous d'ailleurs peut, en s'en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie? |
28 Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter? Observez les lis des champs, comme ils poussent: ils ne peinent ni ne filent. |
29 Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. |
30 Que si Dieu habille de la sorte l'herbe des champs, qui est aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi! |
31 Ne vous inquiétez donc pas en disant: Qu'allons-nous manger? qu'allons-nous boire? de quoi allons-nous nous vêtir? |
32 Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. |
33 Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. |
En appelant à espérer que Dieu connaît tous nos besoins et ne nous laissera pas sans soin, le Seigneur Jésus Christ nous ouvre une dimension nouvelle, presque inconnue, de notre vie. Nous avons tellement peur de rester sans le nécessaire, d'être privés de moyens d'existence, que cette peur s'empare de tout notre cœur, et les pauvres ne sont pas ici dans une meilleure situation que les riches. Pourtant le Seigneur parle d'une vie qui ne se referme pas seulement dans le monde matériel et ne se limite pas au bref délai de la vie terrestre. Les paroles saisissantes du Christ sur la manière dont le Père céleste nourrit les oiseaux et vêt les fleurs des champs ouvrent le sens et la beauté du monde dans lequel Dieu nous a placés.
Et ces paroles du Christ nous placent devant un choix: ce qui constitue précisément le but de notre vie. Il est important qu'en choisissant Dieu et son Royaume, nous ne perdions rien, parce que « tout le reste vous sera ajouté »; tandis qu'en choisissant le bien-être du moment, nous risquons de perdre quelque chose d'infiniment précieux et d'irremplaçable.
16 " Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, |
18 pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
19 " Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. |
20 Mais amassez-vous des trésors dans le ciel: là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. |
21 Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur. |
22 " La lampe du corps, c'est l'œil. Si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux. |
23 Mais si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ! |
24 " Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. |
25 " Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? |
26 Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit! Ne valez-vous pas plus qu'eux? |
27 Qui d'entre vous d'ailleurs peut, en s'en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie? |
28 Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter? Observez les lis des champs, comme ils poussent: ils ne peinent ni ne filent. |
29 Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. |
30 Que si Dieu habille de la sorte l'herbe des champs, qui est aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi! |
31 Ne vous inquiétez donc pas en disant: Qu'allons-nous manger? qu'allons-nous boire? de quoi allons-nous nous vêtir? |
32 Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. |
33 Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. |
34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. |
Le mot «mammon», obscur pour nous, signifie proprement «forteresse», ce sur quoi l'on peut s'appuyer, une source d'espérance. Bien sûr, le Seigneur comprend que nous avons tous besoin de manger, de boire, de nous vêtir, de gagner notre vie, et ainsi de suite; mais il dit que dans la vie d'un homme il ne peut pas y avoir deux espérances, deux trésors, deux buts. Il prend l'exemple des petits oiseaux et des fleurs des champs pour montrer qu'il est possible d'être libre, heureux, beau, en espérant non dans un «trésor sur la terre», mais en Dieu. Bien plus, cette beauté est plus pure, cette liberté plus claire que tout ce que peut nous offrir «le souci du jour». Et il ne s'agit pas de fuir la vie, ni d'irresponsabilité ou de vivre aux dépens d'autrui, mais de se tourner vers le contenu le plus précieux et le plus porteur de sens de la vie: vers Dieu, qui est, très certainement, plus étonnant que n'importe quel trésor.
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
Le Christ nous propose de demander au Père céleste tout ce dont nous avons besoin. Cela seul ne rentre pas tout de suite dans la tête: est-ce possible, et pouvons-nous vraiment Le déranger pour n'importe quoi? Mais ce qui frappe encore davantage, c'est à qui le Christ propose de demander: à nous, ces mêmes personnes qu'Il a appelées mauvaises. Mais si le Seigneur nous demande de révéler le potentiel de miséricorde qui vit en nous malgré toute notre dureté, c'est parce que Lui-même nous aime. Et si la générosité du Père céleste est opposée à notre limitation humaine, alors nous qui demandons et ceux qui nous demandent quelque chose nous trouvons dans la même situation.
Il ne paraît pas difficile de se voir à la place de l'autre, mais souvent même cela nous manque. Or on a remarqué depuis longtemps que le principe moral bien connu appelé «règle d'or» est formulé par le Christ un peu autrement qu'avant Lui. Si beaucoup de sages anciens enseignaient à ne pas faire à autrui ce qu'on ne veut pas pour soi, le Christ propose de se comporter plus activement et de faire aussi pour le prochain ce que l'on veut pour soi.
Cela signifie que l'Évangile nous propose de ne pas nous limiter à ne pas faire le mal les bras croisés; il est un appel à l'activité.
7 " Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. |
8 Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. |
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
« C’est là la Loi et les Prophètes »... C’est-à-dire que Jésus résume tout l’enseignement de l’Ancien Testament en une courte phrase, une ancienne maxime légèrement modifiée par Lui et connue comme la « règle d’or de l’éthique ». Comment la modifie-t-Il ? Il la fait passer d’une forme négative (« ne fais pas... ») à une forme positive, et cela est très important.
Comme il arrive souvent que les gens pensent que la religion est l’opium du peuple, que le christianisme est une niche psychologique commode où l’on peut se cacher des problèmes du monde environnant. Parfois les chrétiens eux-mêmes le pensent aussi ; c’est pourquoi, sans doute, à l’époque soviétique, l’attitude d’outsider était si répandue parmi les chrétiens « clandestins ». Mais Jésus fixe un niveau d’exigence envers soi-même bien plus élevé. « Une ville située au sommet d’une montagne ne peut être cachée » : la position chrétienne dans le monde est une position d’action, de transformation de ce monde, et non de fuite hors de lui.
Mais, bien sûr, toute action ne sera pas juste. Le Seigneur estime que tout homme s’aime tout de même lui-même, et Il nous propose d’agir envers les autres hommes à partir du même motif : l’amour.
1 " Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés ; |
2 car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous. |
3 Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas! |
4 Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : "Laisse-moi ôter la paille de ton œil", et voilà que la poutre est dans ton œil ! |
5 Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère. |
6 " Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu'ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer. |
7 " Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. |
8 Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. |
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
Espérer l’aide de Dieu est aussi naturel que, pour un enfant, d’attendre que ses parents prennent soin de lui. Si vous ne pouvez pas tromper votre propre enfant, comment le Père céleste pourrait-Il décevoir Ses enfants ?... Ces paroles n’ont pas été prononcées pour des « croyants naïfs » qui ignorent la vie, mais pour des personnes tout à fait ordinaires, qui savaient que tout n’est pas si simple, que Dieu ne répond pas toujours à la prière et que la faim, la maladie et la mort existent dans le monde. Qu’est-ce donc : encore une idée religieuse, l’opium du peuple, ou bien est-ce malgré tout la vérité ? Et si c’est la vérité, comment la comprendre ? Il semble qu’on ne puisse la comprendre que dans le contexte de la joyeuse Nouvelle selon laquelle le Maître de l’univers devient Père pour les disciples de Jésus. Car c’est une chose que de savoir recevoir avec gratitude de la main du Maître le bien et le mal, la souffrance et la joie ; c’en est une autre de savoir qu’un Père aimant sera toujours, en toutes circonstances, plus fidèle et plus proche que les êtres qui nous sont les plus chers...
1 " Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés ; |
2 car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous. |
3 Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas! |
4 Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : "Laisse-moi ôter la paille de ton œil", et voilà que la poutre est dans ton œil ! |
5 Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère. |
6 " Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu'ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer. |
7 " Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. |
8 Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. |
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
Dans la lecture d'aujourd'hui, il y a plusieurs passages de sens. Le premier d'entre eux (v. 1-5) est sans doute le plus clair quant au sens (bien qu'il soit le plus difficile à mettre en pratique!). Le verset 6 donne un exemple d'un procédé stylistique assez typique de la parole orale, appelé «chiasme», lorsque la phrase est construite selon le modèle «ABba». Dans notre cas, «foulent aux pieds» se rapporte aux porcs, et «se retournant, déchirent» aux chiens.
Mais de quoi s'agit-il? Devons-nous vraiment considérer certains comme des chiens et des porcs (je rappelle que les uns comme les autres étaient considérés comme des animaux impurs)? Certainement pas! Les versets précédents ne le permettent pas. Il s'agit sans doute du fait que même les choses objectivement bonnes (objets, idées) ne se révèlent pas nécessairement subjectivement bonnes dans des situations concrètes, et qu'il faut donc de la sagesse dans leur usage. Le passage suivant (v. 7-11) ne nous pousse pas seulement à la prière persévérante, mais nous assure aussi que le Père céleste y répond toujours, et précisément en «donnant de bonnes choses». Dans un autre Évangile, il est dit à cet endroit qu'Il «donnera l'Esprit Saint» (qui, bien sûr, est le «bien» suprême). Autrement dit, la réponse de Dieu peut ne pas être «tout à fait» celle que nous attendons.
1 " Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés ; |
2 car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous. |
3 Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas! |
4 Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : "Laisse-moi ôter la paille de ton œil", et voilà que la poutre est dans ton œil ! |
5 Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère. |
6 " Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu'ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer. |
7 " Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. |
8 Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. |
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
La lecture d’aujourd’hui est consacrée à deux thèmes qui, à première vue, ne sont pas directement liés. D’un côté, il est question du jugement et du fait qu’il vaudrait mieux que les disciples du Christ ne jouent pas le rôle de juge (v. 1-5). De l’autre, Jésus conseille directement à ses disciples de demander au Père tout ce dont ils peuvent avoir besoin (v. 7-11). Ce conseil est précédé par des paroles sur l’attitude attentive envers ce qui est saint (v. 6). Au premier regard, il s’agit de choses tout à fait différentes ; mais si l’on y réfléchit, on peut remarquer qu’ici aussi Jésus parle de nouveau du Royaume. En effet, si l’homme peut « ne pas juger », ce n’est que dans le Royaume, précisément.
Dans notre monde déchu, toute évaluation devient presque automatiquement non seulement un jugement, qui nous est permis, mais aussi une condamnation, qui nous est interdite. Or une évaluation sans condamnation n’est possible que dans le Royaume, où le milieu même dans lequel se déroule la communion est différent. Dans un tel milieu, on peut se comparer aux autres sans chercher à savoir quel échelon de l’échelle hiérarchique est plus élevé. Et non parce que tous, dans le Royaume, deviendraient soudain identiques, mais parce que l’échelle elle-même y perd son importance. Dans la plénitude du Royaume, chacun reçoit sa propre plénitude, donnée par Dieu, et alors la comparaison si habituelle dans notre monde devient dépourvue de sens.
Mais comment parvenir à une telle vision dans notre monde déchu ? Évidemment, seulement en gardant le Royaume qui est donné à chaque disciple du Christ dès maintenant, dans ce monde. Ce n’est pas par hasard que le Sauveur rappelle la nécessité de garder la chose sainte dans la pureté, sans la souiller par rien d’impur (v. 6). Les « chiens » et les « porcs » ne sont pas mentionnés ici par hasard : il s’agit d’animaux impurs qui, dans la Bible, deviennent souvent le symbole de l’impureté comme telle.
Et l’appel à traiter les gens comme nous voudrions qu’ils nous traitent (v. 12) rappelle lui aussi le Royaume. On pourrait croire que nous avons devant nous simplement la fameuse « règle d’or » de l’éthique, mais ce n’est tout de même pas tout à fait cela : il ne s’agit pas de traiter les gens de la même manière qu’ils nous traitent, mais de les traiter comme nous voudrions qu’ils nous traitent. Dans ce cas, il devient évident que nous ne pouvons traiter les gens qu’avec amour et, bien sûr, sans condamnation : car on trouverait difficilement quelqu’un qui ne voudrait pas être aimé, ou qui voudrait être condamné, même si cette personne comprend qu’il n’y a guère de raison de l’aimer et qu’il y a justement de quoi la condamner. C’est alors que l’on comprend qu’une telle chose est impossible dans notre monde déchu. Mais l’impossible ici devient possible dans le Royaume.
Si donc nous traitons nos proches précisément comme Jésus nous l’a commandé, cela signifie que le Royaume est déjà devenu pour nous une réalité ; et alors nous pouvons demander comme on demande dans le Royaume, où Dieu donne sans mesurer. Il ne s’agit pas du fait que, tant que nous sommes ici, il ne peut pas nous donner tout ce qu’il pourrait nous donner là-bas. Simplement, dans le Royaume, ayant appris à donner sans rien retenir et dans la plénitude, nous apprendrons aussi à recevoir dans la plénitude — comme on donne et comme on reçoit dans le Royaume.
1 " Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés ; |
2 car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous. |
3 Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas! |
4 Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : "Laisse-moi ôter la paille de ton œil", et voilà que la poutre est dans ton œil ! |
5 Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère. |
6 " Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu'ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer. |
7 " Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. |
8 Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. |
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
Ici, il nous est proposé une fois encore de sortir de la captivité de notre propre égocentrisme. Comme il est facile de se griser de ses propres limites, de tenir ses jugements sur les gens, et plus généralement sur le monde environnant, pour infaillibles. Mais voici que Jésus nous fait voir l’étroitesse de notre horizon. Et même s’il est très difficile de comprendre une autre personne, c’est précisément en voyant les limites de notre propre compréhension que nous commençons à les dépasser, et donc à nous rapprocher de la compréhension des autres. Puis nous nous retrouvons à la place de celui que nous jugions récemment, et nous commençons à comprendre l’autre encore mieux... Les paroles sur la paille et la poutre nous sont familières depuis l’enfance; heureusement pour nous, cette sagesse évangélique fait partie de celles que reconnaissaient même beaucoup d’athées endurcis. Certes, la tentation est grande de rabrouer son prochain: «et toi, ta poutre dépasse», mais au fond, il n’y a rien à objecter ici.
Il est plus difficile de remarquer que ces paroles sont immédiatement suivies d’un avertissement sur l’inadmissibilité de donner les choses saintes aux chiens et les perles aux porcs. (Rappelons d’ailleurs qu’ailleurs dans l’Évangile, le Royaume de Dieu est comparé à une perle de grand prix.) Qu’est-ce qui unit ces paroles? Il apparaît qu’ici Jésus nous avertit du danger d’un empressement précipité à enseigner. Car même la prédication de la vérité peut être transformée en moyen d’affirmation de soi, lorsque la complaisance dans sa propre éloquence cache à l’orateur ceux à qui il s’adresse.
Mais il ne faut pas se bercer d’illusions, même si elles ont extérieurement une apparence pieuse. La réalité finira par percer à travers les illusions, et ce sera encore heureux si cela se passe sans tragédies.
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