18 J'estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous. |
19 Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu: |
20 si elle fut assujettie à la vanité - non qu'elle l'eût voulu, mais à cause de celui qui l'y a soumise - c'est avec l'espérance |
21 d'être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. |
22 Nous le savons en effet, toute la création jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement. |
23 Et non pas elle seule: nous-mêmes qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l'attente de la rédemption de notre corps. |
24 Car notre salut est objet d'espérance; et voir ce qu'on espère, ce n'est plus l'espérer: ce qu'on voit, comment pourrait-on l'espérer encore? |
25 Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c'est l'attendre avec constance. |
26 Pareillement l'Esprit vient au secours de notre faiblesse; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut; mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, |
27 et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l'Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu. |
28 Et nous savons qu'avec ceux qui l'aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu'il a appelés selon son dessein. |
29 Car ceux que d'avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l'image de son Fils, afin qu'il soit l'aîné d'une multitude de frères; |
30 et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. |
31 Que dire après cela? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? |
32 Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur? |
33 Qui se fera l'accusateur de ceux que Dieu a élus? C'est Dieu qui justifie. |
34 Qui donc condamnera? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous? |
35 Qui nous séparera de l'amour du Christ? la tribulation, l'angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive? |
36 selon le mot de l'Écriture: À cause de toi, l'on nous met à mort tout le long du jour; nous avons passé pour des brebis d'abattoir. |
37 Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés. |
38 Oui, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, |
39 ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. |
Poursuivant le thème du Royaume et de l’unité spirituelle de l’homme, Paul attire l’attention sur le fait que le Royaume, bien qu’il soit déjà entré dans le monde, ne s’y est pas encore révélé jusqu’au bout. C’est pourquoi les fidèles ne connaissent pas encore le Royaume dans toute sa plénitude, qu’il ne leur reste pour l’instant qu’à espérer (v. 24-25). Il semblerait qu’ils puissent être tranquilles en ce qui concerne les promesses qui leur ont été données par le Sauveur. Selon les représentations généralement admises à cette époque parmi les rabbins savants, le peuple de Dieu (comme le Messie Lui-même) avait été conçu par Dieu avant même la création du monde. Paul applique cette représentation à l’Église, voyant en elle le nouveau peuple de Dieu, et il considère tous ceux qui lui appartiennent comme ceux qui, par la miséricorde de Dieu, se sont trouvés inclus dans ce dessein qui leur garantit l’obtention de la plénitude du Royaume (v. 28-30).
S’il en est ainsi, alors tous ceux que Dieu, par Jésus Christ, a conduits dans l’Église peuvent réellement être tranquilles : ils sont entrés au nombre de ceux dont le chemin a été déterminé par Dieu dès le commencement des temps. Mais, d’autre part, tant que le Royaume ne s’est pas révélé dans toute sa plénitude, le mal domine encore en partie le monde. L’unité n’existe pas encore ; elle n’existe pas seulement dans la nature humaine, mais dans la création tout entière, de sorte que, jusqu’à la transfiguration complète du monde, non seulement l’homme mais aussi toute la création restante est condamnée à souffrir (v. 18-21). Ce n’est pas par hasard que l’apôtre, parlant du corps, revient à la notion de « rédemption », plus exactement de rachat : de même qu’un esclave ne peut recevoir la liberté que si on le rachète pour le rendre libre, de même le corps doit être « racheté », libéré de cette dépendance servile dans laquelle le péché le tient (v. 22-23).
Dans une telle vision, le péché devient non seulement une faute, mais aussi le malheur de l’homme qui, de tout son cœur, voudrait recevoir le Royaume dans toute sa plénitude, mais ne peut le faire tant que le Sauveur ne l’a pas libéré, de même qu’un esclave, malgré tout son désir, ne peut se libérer de l’esclavage si on ne le rachète pas. Ceux qui sont entrés dans l’Église et ont participé au Royaume reçoivent une sorte d’avance, mais ils ne la reçoivent pas sans raison : ce don devient la conséquence du choix qu’ils ont fait, après lequel la souffrance devient inévitable dans la mesure où le monde gît dans le mal (v. 17-18). L’avance reçue leur permet de participer au Royaume déjà au moment où, semble-t-il, ils ne sont encore prêts à rien de tel, car le péché niche encore dans leur nature. Mais désormais toute leur vie, dans son ensemble, est déjà déterminée par la volonté du Sauveur et se déroule selon les lois du Royaume, de sorte que l’opposition au péché dans lequel gît le monde devient en même temps pour eux une opposition à leur propre péché. C’est pourquoi le Ressuscité ne condamne déjà plus Ses fidèles pour leurs péchés (v. 31-34). Comme on le voit, la relation de l’homme avec Dieu et avec le Messie qu’Il a envoyé n’est déterminée que par son propre choix ; et si ce choix est fait correctement, rien ne peut plus l’arracher au Christ et au Royaume (v. 35-39). Pas même son propre péché, pas encore entièrement surmonté.
18 J'estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous. |
19 Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu: |
20 si elle fut assujettie à la vanité - non qu'elle l'eût voulu, mais à cause de celui qui l'y a soumise - c'est avec l'espérance |
21 d'être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. |
22 Nous le savons en effet, toute la création jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement. |
23 Et non pas elle seule: nous-mêmes qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l'attente de la rédemption de notre corps. |
24 Car notre salut est objet d'espérance; et voir ce qu'on espère, ce n'est plus l'espérer: ce qu'on voit, comment pourrait-on l'espérer encore? |
25 Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c'est l'attendre avec constance. |
26 Pareillement l'Esprit vient au secours de notre faiblesse; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut; mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, |
27 et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l'Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu. |
28 Et nous savons qu'avec ceux qui l'aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu'il a appelés selon son dessein. |
29 Car ceux que d'avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l'image de son Fils, afin qu'il soit l'aîné d'une multitude de frères; |
30 et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. |
31 Que dire après cela? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? |
32 Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur? |
33 Qui se fera l'accusateur de ceux que Dieu a élus? C'est Dieu qui justifie. |
34 Qui donc condamnera? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous? |
35 Qui nous séparera de l'amour du Christ? la tribulation, l'angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive? |
36 selon le mot de l'Écriture: À cause de toi, l'on nous met à mort tout le long du jour; nous avons passé pour des brebis d'abattoir. |
37 Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés. |
38 Oui, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, |
39 ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. |
En vérité, nous sommes sauvés dans l’espérance. L’espérance nous soutient dans le conflit avec le monde et dans les moments difficiles de la vie. Mais qu’espérons-nous ? Avant tout, que rien ne nous arrivera sans la volonté du Père ; nous espérons l’adoption dans le Fils et l’Esprit, qui nous soutiendra dans nos faiblesses et nous guidera dans la prière. En un mot, espère toujours en ton Dieu. Si nous gardons constamment cela à l’esprit, l’expérience nous convaincra bientôt qu’une telle espérance ne déçoit pas.
19 Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu: |
Derrière ces paroles de l'apôtre Paul se trouve son sentiment que le processus de la création n'est pas encore achevé, et que depuis la création de l'homme deux forces créatrices agissent dans le monde: celle de Dieu et celle de l'homme. Cela résonne profondément avec l'image décrite dans les deux premiers chapitres du livre de la Genèse (Gn 1-2), où il est montré que toute la création est orientée vers l'homme, créé à l'image de Dieu: c'est précisément à l'homme qu'est confiée la culture et la garde de tout le monde créé, le « jardin »; c'est précisément l'homme qui donne les noms, c'est-à-dire qui donne sens à l'existence de tous les autres êtres vivants; mais c'est précisément l'homme aussi qui, en tombant dans le péché, introduit une déformation dans la création conçue par Dieu comme une co-création du Créateur et de l'homme.
C'est pourquoi Paul note dans l'un des versets suivants (v. 22): « Toute la création gémit et souffre ensemble jusqu'à maintenant ». Mais elle ne souffre pas seulement: elle « attend avec espérance ». Qu'attend-elle? Ce dont Paul parle au verset précédent et ici: que la gloire se révèle en nous, que se produise la révélation, notre manifestation comme fils de Dieu. Car lorsque cela se produira, ces deux forces créatrices commenceront à agir main dans la main, et la grâce de Dieu remplira sans obstacle tout le monde. Il en résulte qu'à la lumière de ces paroles, notre conversion à Dieu, la connaissance de sa volonté en Jésus-Christ et la transfiguration de la vie par l'action de l'Esprit Saint acquièrent une signification véritablement universelle.
19 Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu: |
Derrière ces mots de l'apôtre Paul se trouve sa perception que le processus de création n'est pas encore terminé, mais deux puissances créatrices agissent dès la création de l’homme: Divine et humaine. C'est très conforme à la description de la création dans les premier deux chapitres du livre de Genèse (Gen. 1-2), où est montré que toute la création aspire à l’homme, créé à l'image de Dieu, c’est justement à l’homme qu’a été demandé de cultiver et de préserver toute créature du monde ("le jardin"), c’est justement l’homme qui donne les noms, c'est-à-dire donne la raison d’être de tous les autres être-vivants. Mais c’est bien l’homme, qui en tombant dans le pêché, apporte l'altération dans la création conçue par Dieu comme co-œuvre de Dieu et l’homme. C'est pourquoi, comme le dit Paul dans l’un des versets suivants (verset 22) : « toute la création jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement». Et ne gémit pas seulement, mais «en attente aspire». A quoi aspire-t-elle? Ce dont Paul parle de dans le verset précédent et ici, - qu'en nous s'ouvrira la gloire, il y aura une révélation, notre délivrance comme des fils de Dieu. Car quand cela se produira, deux puissances créatrices de la création commenceront à agir côte à côte et la Grace de Dieu remplira sans obstacles le monde entier.
Donc, les mots de Paul donnent une signification universelle à notre conversion, à notre connaissance de la volonté de Dieu en Jésus Christ, à la transformation de notre vie par l'action de l'Esprit Saint.
26 Pareillement l'Esprit vient au secours de notre faiblesse; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut; mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, |
27 et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l'Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu. |
28 Et nous savons qu'avec ceux qui l'aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu'il a appelés selon son dessein. |
29 Car ceux que d'avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l'image de son Fils, afin qu'il soit l'aîné d'une multitude de frères; |
30 et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. |
Dieu nous aime toujours, tout le temps, sans s’arrêter une seule seconde. Et rien «ne peut nous séparer» de Son amour. De l’extérieur, rien. Aucune autre créature, pas même la détresse. Seulement le péché. Le péché, lui, le peut. Nous-mêmes, nous le pouvons. Dieu nous a donné la liberté, y compris la liberté de Le refuser, de refuser Son amour et Son pardon.
Le père Daniel-Ange écrivait: «Le péché est un court-circuit de l’amour». Nous commençons à résister à l’amour de Dieu dès que nous commettons le péché; nous nous en séparons lorsque nous refusons de demander pardon. Dieu peut tout pardonner, tout ce dont nous nous repentons. Il nous donne la force de pardonner et de demander pardon, Il nous donne la force de changer, Il nous aime et nous accueille toujours. Nous seuls pouvons Le rejeter; Il nous a donné cette liberté. Et alors nous enfonçons un nouveau clou dans Ses mains ouvertes à notre rencontre.
26 Pareillement l'Esprit vient au secours de notre faiblesse; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut; mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, |
Il est intéressant, qu’est-ce que Paul veut dire, en disant que parfois, lorsque nous ne savons nous-mêmes pas de quoi prier, «l'Esprit intercède pour nous»? On aurait bien sûr pu se rappeler de l'expérience, probablement familière à chaque chrétien, lorsque la prière que nous commençons par notre propre volonté, est comme si saisie d'en haut, et nous prions déjà non pas seul et même pas nous-mêmes: c’est comme si une certaine force nous soutenait et nous conduisait, la force du souffle de Dieu, et nous comprenons alors que Dieu était tout près et que nous ne sommes plus tout seul. Mais ici c’est tout de même notre prière, nos relations avec Dieu et le Christ. Est-ce ce que l'apôtre voulait dire, ou peut-être, il y a encore quelque chose de plus grand? Ou alors l'émotion si familière à nous cache encore en elle-même quelque chose, dont nous ne pouvons que deviner? Tout le Royaume imprègne le souffle de Dieu; comme chrétiens comme habitants du Royaume, nous ne pouvons ne pas le sentir.
C’est pourquoi, comme on voit, nous éprouvons parfois ce souffle, comme la participation de Dieu dans nos prières. Mais en effet, le Royaume est quelque chose de plus grand, que seul nos relations avec Dieu et avec Christ. Bien sûr les relations sont sa base, mais elle a aussi sa substance spirituelle, que forme ce même souffle de Dieu, qu'on a commencé à appeler par la suite l'Esprit et percevoir comme la troisième hypostase de la Trinité. Mais une telle substance cesse déjà bien sûr d'être seulement une substance, semblable aux substances de notre monde. Car elle est en elle-même pleine de vies, pleine comme ne l’a été aucune substance d’une créature non transformée.
Elle n’est pas simplement la nature, elle est l’incarnation vivante de la sagesse de Dieu et de l'amour de Dieu. Dans notre monde non transformé la nature est inerte, elle résiste à toute influence spirituelle, en tant que telle. Dans le Royaume tout est différent: là-bas la nature est absolument malléable, répondant volontiers à toute influence spirituelle. Et l’homme vivant dans le Royaume, devient une partie de cette nature spiritualisée.
Sa prière devient non seulement l'élément de sa vie spirituelle, mais aussi une partie de la nature du Royaume. Et alors tout le Royaume peut répondre, particulièrement, si celui qui prie s’est soudainement égaré et ne sait pas quoi demander ensuite. Le proverbe de la maison, où les murs aident, est dans ce cas plus que jamais, opportun : dans le Royaume ses habitants sont vraiment aidés non seulement par tous, mais aussi par tout. Et si les mots ne nous suffisent pas, le souffle de Dieu pénétrant le Royaume, parle pour nous. Ou, plus exactement finit de dire ce que les mots nous manquent.
29 Car ceux que d'avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l'image de son Fils, afin qu'il soit l'aîné d'une multitude de frères; |
30 et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. |
Paul parle des chrétiens comme d'un nouveau peuple de Dieu, comme de l'Église dans sa dimension spirituelle. Dans la tradition rabbinique de l'époque du Second Temple existait l'idée que le peuple de Dieu avait été conçu par Dieu avant même la création du monde. Il ne s'ensuit évidemment pas que le destin de chaque Juif de naissance soit entièrement prédéterminé, du début à la fin. Il y eut bien des Juifs qui trahirent leur vocation à être les hommes de Dieu. Et avec le nouveau peuple de Dieu, la situation est encore moins prévisible : car on ne naît pas chrétien. Mais comme réalité spirituelle, selon la pensée de Paul, l'Église a été conçue par Dieu dès le commencement, et quiconque y entre se trouve au nombre de ceux dont la vie a été prédéterminée, peut-être avant même la création du monde. Il devient une partie du plan de Dieu et du peuple de Dieu.
Mais il faut encore entrer dans l'Église. Tant que cela n'est pas arrivé, l'homme se trouve dans le monde des hasards, où rien n'est prédéterminé et rien n'est déterminé, où il peut arriver à chacun n'importe quoi, et où le hasard apparaît au regard superficiel comme la liberté. Mais Dieu ne prive pas l'homme de sa liberté ; chacun est libre de choisir s'il vivra dans le monde des hasards ou dans le monde de la détermination divine.
Cependant, le discours sur le nouveau peuple de Dieu, sur l'Église, permet à l'apôtre de poser la question de l'ampleur du processus que nous connaissons sous le nom de salut. Et cette ampleur se révèle véritablement universelle. Ce n'est pas par hasard que Paul dit que nous sommes sauvés « en espérance » : en effet, le processus de notre participation à la vie du Royaume, de notre formation comme Torah vivante et, par conséquent, de la transfiguration de notre nature ne fait que commencer. Il demandera évidemment du temps, et beaucoup. Notre vie terrestre ne peut être que le commencement de ce chemin.
Et ce chemin lui-même est inséparable du processus de transfiguration de toute la création dans son ensemble. Car elle aussi, d'une manière ou d'une autre, a souffert de la chute, dont l'homme fut la cause. C'est pourquoi on ne peut corriger cette situation que globalement, en ayant en vue l'homme et tout le reste de la création. Alors le chemin de la formation spirituelle de l'homme, de sa délivrance des conséquences de la chute, doit inévitablement être synchronisé avec le travail correspondant qui touche le reste de la création. Et ce chemin ne s'achèvera qu'avec le retour du Christ dans la gloire. Pour l'instant, il ne nous reste qu'à espérer que tous ceux qui l'ont commencé arriveront heureusement jusqu'au bout.
31 Que dire après cela? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? |
32 Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur? |
33 Qui se fera l'accusateur de ceux que Dieu a élus? C'est Dieu qui justifie. |
34 Qui donc condamnera? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous? |
35 Qui nous séparera de l'amour du Christ? la tribulation, l'angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive? |
36 selon le mot de l'Écriture: À cause de toi, l'on nous met à mort tout le long du jour; nous avons passé pour des brebis d'abattoir. |
37 Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés. |
38 Oui, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, |
39 ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. |
Les paroles de l’apôtre Paul frappent toujours par leur force et leur assurance étonnantes. Après la lecture de ce passage, il ne reste aucun doute que le Seigneur ne nous abandonnera vraiment en aucune circonstance. L’amour de Dieu est si grand et si fort que rien, ni sur la terre ni au ciel, ni autour de l’homme ni dans son monde intérieur, ne peut le vaincre. Ces paroles peuvent relever l’homme du fond du désespoir et lui donner la force de continuer.
Si l’assurance de Paul, qui n’avait même pas rencontré Jésus durant Sa vie terrestre, pouvait être si absolue, quelle foi devaient donc avoir ceux qui virent la lumière du Thabor. Il est évident que c’est précisément cette foi ardente, et non le système moral et éthique du christianisme, qui a rendu possible l’apparition de l’Église.
31 Que dire après cela? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? |
32 Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur? |
33 Qui se fera l'accusateur de ceux que Dieu a élus? C'est Dieu qui justifie. |
Ce texte ne signifie nullement que la fin justifie les moyens et que, quoi que nous fassions au nom de Dieu, tout nous sera compté comme bonne œuvre. Les bonnes intentions, on le sait, ne sont pas portées au crédit. L’apôtre Paul parle d’une chose quelque peu différente. Dans ce que nous faisons selon la volonté de Dieu, il y a une différence entre nos actions pour Lui et nos actions selon Sa volonté. «Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?» Ce principe n’agit que lorsque Dieu est réellement pour nous, lorsque nous accomplissons réellement Son œuvre. L’apôtre Paul encourage les croyants dans les persécutions, en rappelant qu’aucune souffrance ne se compare à la gloire de Dieu. Mais il s’agit précisément de la situation où les croyants subissent des persécutions, et non de celle où ils se transforment eux-mêmes en persécuteurs.
38 Oui, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, |
39 ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. |
En fait, chaque témoignage chrétien est toujours par le témoignage du Royaume. Cela n'est pas surprenant: car par la tâche principale et le sens principal du service terrestre du Sauveur était d’apporter le Royaume dans le monde, et Sa principale affaire par la suite, comme aujourd'hui, et jusqu'à Son retour dans la gloire, est devenue la cultivation du Royaume dans notre monde se transformant, mais pas encore transformé. Mais on peut témoigner du Royaume différemment, et l’un des centraux est le témoignage de cet amour, qui le pénètre.
Il n’y a rien de surprenant ici: car le Sauveur Lui-même parlait de l'amour partagé, comme d’ «un nouveau commandement». Il semblerait, qu’est-ce qui peut être nouveau en ce qu'est vieux, comme le monde? Et est-ce que peu de choses ont été dites sur l'amour avant l'arrivée du Messie? Et il y a tout de même dans les mots de Jésus quelque chose de nouveau et important. Certes, l'amour (au moins, en ce sens, dans lequel ce mot est utilisé dans les livres bibliques) supposait toujours, avant tout, la relation certaine envers le prochain, relation, dans laquelle on souhaite du bien à ce prochain. Mais Jésus parle de quelque chose de plus grand: il parle du Royaume, où l'amour n'est pas simplement une relation, mais le milieu de vie des habitants du Royaume, ce milieu spirituel, sans lequel il n’y a pas de royaume.
L'amour est, dans un certain sens, la base du Royaume, sa substance spirituelle, juste comme les substances naturelles forment le milieu de notre monde pas transformé. Et si quelqu’un s'est joint au Royaume, est devenu son habitant, s'est immergé entièrement dans ce milieu spirituel, il est déjà en effet tout à fait impossible de l'arracher de là. Car le Royaume n'appartient pas à notre monde, ne vit pas d'après ses lois, il entre dans notre monde, en le transformant, en changeant sa nature même, mais en la changeant, il ne devient pas une partie d’elle, l'élément de cet ancien ordre des choses, qu'il est appelé à transformer.
Ce n'est pas surprenant que dans le monde non transformé il n'y ait pas de telle force, qui pourrait influencer les relations liant l’homme au Royaume et à ses habitants. Mais leur lient les relations d'amour, cet amour, l'exemple dont a donné le Sauveur Lui-même à Ses disciples et dont les gens de la vie juste appartenant à de différentes confessions chrétiennes, ont manifesté bien des fois. L'amour, dont personne n'enlèvera en effet à l’homme, à moins qu’il ne le remette lui-même.
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