27 Après cela il sortit, remarqua un publicain du nom de Lévi assis au bureau de la douane, et il lui dit : " Suis-moi. "
28 Et, quittant tout et se levant, il le suivait.
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Les évangélistes mentionnent plus d’une fois les collecteurs d’impôts qui suivaient Jésus, ou, comme on les appelle dans la traduction synodale russe à la manière slavonne, les publicains. L’un de ces collecteurs était Lévi, mentionné dans l’Évangile de Luc. Pourquoi donc précisément chez eux, chez ces hommes rejetés par la société religieuse, y avait-il un tel intérêt pour le Sauveur ? Et non seulement chez eux, mais aussi, par exemple, chez les prostituées de la ville, et plus généralement chez ceux qui n’avaient rien à espérer dans une respectable société juive religieuse ? Qu’attendaient-ils de Jésus ? Le pardon des péchés ? Mais qu’est-ce qui les empêchait de se tourner eux-mêmes vers Dieu, sans attendre l’apparition de cet Homme inhabituel ? Il ne nous est pas facile de le comprendre aujourd’hui.
Pourtant, les représentations préchrétiennes du mal et du péché, même dans le milieu juif, étaient telles que ces personnes n’avaient rien à espérer. Dans l’Antiquité, partout ou presque dominait la conviction que le mal dans le monde était presque tout-puissant. Ayant commis une fois une action mauvaise, l’homme ne pouvait plus jamais se débarrasser de ses conséquences ; elles restaient avec lui non seulement jusqu’à la fin de sa vie terrestre, mais jusqu’à la fin du monde. Il n’y avait pas d’issue : l’homme n’était pas capable de corriger le mal commis. On pouvait se repentir et regretter autant qu’on voulait : cela ne changeait rien. Ce qui est fait est fait. On ne revient pas sur ce qui a été fait.
Le mal commis, le péché fait un jour, ne disparaîtra plus jamais, ne s’en ira pas dans le néant. Dans le yahvisme et, par conséquent, dans le judaïsme, la situation n’était pas tout à fait ainsi seulement parce que la présence de Dieu, qui accompagnait le peuple, permettait parfois d’être purifié des conséquences du péché commis, de ce qu’on appelait, dans le langage du sacerdoce lévitique, la souillure. Mais la purification n’était possible que lorsque le péché avait été commis involontairement, par exemple par ignorance ou par faiblesse.
Dans ce cas, on pouvait se repentir du péché commis, puis il fallait accomplir les rites de purification correspondants. Ils comprenaient un sacrifice particulier de purification, lorsque l’homme s’approchait de l’autel, du lieu de la présence de Dieu, afin que Dieu le purifie des conséquences de ce qui avait été fait. Mais si le péché était commis consciemment, non pas contre la volonté de l’homme, mais avec son plein accord, il était impossible d’être purifié des conséquences du péché ainsi commis.
Même le repentir et le recours à Dieu avec une demande de pardon ne changeaient pas la situation : Dieu pouvait pardonner l’homme, mais il était impossible de le délivrer des conséquences. Pour qu’une telle délivrance devienne possible, il aurait fallu que Dieu recrée le monde. Relancer toutes les chaînes de cause à effet qui y existent, afin que tout commence sur une page blanche. Or la venue du Christ et la manifestation du Royaume dans le monde offrent précisément à chacun une telle possibilité.
C’est pourquoi Lévi court après Jésus : si ce Maître l’a appelé, cela signifie que, par quelque miracle, son péché à lui, Lévi, commis de façon pleinement consciente et volontaire, peut lui aussi être pardonné ! Pour des gens comme Lévi, c’était une véritable bonne nouvelle. Mais elle l’est aussi pour chacun de nous, même si nous ne le comprenons pas toujours. Car dans le Royaume il n’y a place pour aucun péché, même accidentel et involontaire. Cela signifie donc que nous tous, si nous voulons le Royaume, devrons commencer sur une page blanche. Et profiter de la possibilité que nous offre le Sauveur.
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