29 Et si j'ai commis le mal, à quoi bon me fatiguer en vain?
Masquer
Job connaît bien les livres des sages et peut citer beaucoup de textes. Mais ces citations ne résolvent pas son problème principal. La question n'est pas que Dieu soit plus élevé que l'homme et certainement plus juste. La question est que Dieu est le fondement de toute justice, et la Tradition en témoigne clairement.
C'est Lui qui décide qui est juste et qui ne l'est pas. Mais qui établit alors les règles? Et qui joue le rôle d'arbitre? À la base de la Tradition se trouve l'idée de la justice comme relation entre Dieu et l'homme, non une relation d'essence, mais, dirait un philosophe moderne, une relation existentielle. La justice n'appartient pas à l'homme comme une qualité, même acquise; elle est son état, et c'est Dieu qui évalue dans quelle mesure cet état correspond aux critères de la justice.
Mais quels critères? À l'époque où le Livre de Job fut écrit, personne n'imaginait plus le jugement de Dieu comme les Égyptiens imaginaient celui d'Osiris pesant l'âme sur une balance. Une balance suppose une réalité objective et séparée de celui qui pèse comme de celui qui est pesé. Dans le yahvisme, depuis le prophète Amos, s'est imposée l'idée du jugement de Dieu comme rencontre face à face entre l'homme et Dieu, moment de vérité qui remet chacun à sa place. Autrement dit, la balance n'est pas un instrument objectif: c'est encore la main de Dieu. Dieu est à la fois joueur et arbitre.
S'Il ne favorise pas comme arbitre Sa propre position comme joueur, tout va bien. Mais s'Il le fait? Qui peut L'en empêcher? Qui peut être ce tiers impartial capable d'évaluer si Dieu a raison dans Son jugement? Or Job doute justement de l'impartialité de Dieu envers Lui-même. Il ne comprend pas pourquoi Dieu le punit, lui le juste. Nous, lecteurs, commençons déjà à deviner confusément que Dieu et Job ne comprennent pas la justice de la même manière.
Job, pour l'instant, ne le soupçonne pas. C'est un homme profondément religieux, et il ne connaît qu'une seule mesure de la justice: celle de l'homme religieux. Là-dessus, il n'a rien à se reprocher. Il dit donc: je suis juste, je suis prêt à comparaître devant Dieu; mais Lui ne le veut pas, Il se cache et frappe en traître sans que je comprenne pourquoi. Il frappe comme si je n'étais pas un juste, mais le pire des pécheurs. Alors pourquoi me frappe-t-Il?
Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible.
Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit.