1 Lance ton pain sur l'eau, à la longue tu le retrouveras.
2 Donne une part à sept ou à huit, car tu ne sais pas quel malheur peut venir sur la terre.
3 Si les nuages sont pleins de pluie, ils la déversent sur la terre; et si un arbre tombe, au sud ou bien au nord, l'arbre reste où il est tombé.
4 Qui observe le vent ne sème pas, qui regarde les nuages ne moissonne pas.
5 De même que tu ne connais pas le chemin que suit le vent, ou celui de l'embryon dans le sein de la femme, de même tu ne connais pas l'œuvre de Dieu qui fait tout.
6 Le matin, sème ton grain, et le soir, ne laisse pas ta main inactive, car de deux choses tu ne sais pas celle qui réussira, ou si elles sont aussi bonnes l'une que l'autre.
7 Douce est la lumière et il plaît aux yeux de voir le soleil;
8 si l'homme vit de longues années, qu'il profite de toutes, mais qu'il se rappelle que les jours de ténèbres seront nombreux: tout ce qui vient est vanité.
9 Réjouis-toi, jeune homme, dans ta jeunesse, sois heureux aux jours de ton adolescence, suis les voies de ton cœur et les désirs de tes yeux, mais sache que sur tout cela Dieu te fera venir en jugement.
10 Éloigne de ton cœur le chagrin, écarte de ta chair la souffrance, mais la jeunesse et l'âge des cheveux noirs sont vanité.
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Que reste-t-il donc à l'homme dans une vie où l'on ne peut trouver ni sens ni providence de Dieu? Manifestement, il ne reste qu'à vivre simplement, à vivre comme si ce sens existait et comme si la providence de Dieu agissait tout de même d'une certaine manière dans le monde, par des voies inconnues de l'homme, tout en demeurant cachée aux yeux des hommes. Nul ne connaît son destin, ni ne sait comment se formeront les circonstances et comment iront les affaires, mais ce n'est pas une raison pour adopter une position passive dans la vie (v. 3-5). Il est impossible de tout prévoir, mais il importe de faire tout le possible pour que la tâche fixée soit accomplie (v. 1-2).
La sagesse de vie à laquelle l'Ecclésiaste est parvenu s'est révélée, en réalité, assez simple et compréhensible: tu ne connais pas la volonté de Dieu ni les voies de la providence; fais donc tout pour atteindre le succès et remets le reste à Dieu (v. 6). Une telle vision du monde ressemble peu à la foi ardente des prophètes ou à la tranquillité assurée des sages, mais cela n'a rien d'étonnant: il s'agit de la vision du monde d'un homme qui comprend que l'on ne peut changer le monde et que la justice et la sagesse y sont trop peu estimées pour que l'on puisse espérer leur triomphe. On ne peut répondre de rien, mais il importe de faire tout le possible. Et, bien sûr, il ne faut jamais manquer l'occasion de se réjouir lorsque Dieu donne à l'homme une telle possibilité: car les jours de joie sont bien moins nombreux dans la vie que les jours de tristesse, si bien qu'il serait dommage de laisser échapper ne serait-ce qu'un de ces jours heureux (v. 7-8).
Bien sûr, la joie ne doit pas être telle que celui qui se réjouit oublie Dieu; mais, manifestement, pour l'Ecclésiaste, la crainte de Dieu, le souvenir du Jugement et la joie sont des réalités compatibles (v. 9-10), peut-être parce que la joie dont il parle est inséparable de celle que l'homme éprouve en présence de Dieu.
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