2 et nous avons envoyé Timothée, notre frère et le collaborateur de Dieu dans l'Évangile du Christ, pour vous affermir et réconforter dans votre foi, |
3 afin que personne ne se laisse ébranler par ces tribulations. Car vous savez bien que c'est là notre partage: |
L'Église de Thessalonique subissait des persécutions assez sérieuses, dont les autres Églises eurent connaissance. C'est pourquoi Paul se hâte de soutenir les frères thessaloniciens, leur rappelant que, pour le chrétien dans le monde déchu, les persécutions sont chose inévitable et, au fond, normale. Bien sûr, il ne s'agit pas toujours de persécutions au sens littéral, comme c'était le cas, à en juger par les paroles de l'apôtre, à Thessalonique; mais le refus existe toujours, du côté des gens séculiers, «les païens», comme du côté des gens religieux, «les Juifs». Le Sauveur Lui-même avait déjà averti Ses disciples de cela pendant Son ministère terrestre.
Et la cause n'en est pas souvent une malveillance particulière des persécuteurs, même si cela arrive, mais simplement l'incommensurabilité et l'incomparabilité du Royaume et du monde déchu. Non parce que ce monde est naturel, mais parce qu'il est déchu. Il ne s'agit pas de la nature comme telle, mais du fait que les hommes à qui Dieu a proposé une autre loi et un autre mode d'existence dans Son monde ont choisi la vie selon la loi de la nature, loi qui était destinée non à l'homme, mais au règne animal.
Or l'homme ne peut par définition devenir un animal normal; il peut seulement devenir un homme qui ne répond pas à sa propre vocation et à sa propre définition divines, ce qui est bien pire. Dans un tel état, toute manifestation du Royaume devient objectivement destructrice pour lui, sinon pour sa vie extérieure, du moins pour sa vie intérieure. Le seul fait qu'il existe dans le monde une alternative aux lois du monde naturel, que l'homme déchu considère comme sien parce qu'il se ressent lui-même surtout comme animal, prive déjà l'homme de repos.
Le monde doit être un, il doit vivre selon une seule loi; il n'y a pas et il ne doit pas y avoir d'alternative à l'ordre existant. C'est ainsi que l'homme prend conscience de cette totalité naturelle du monde de la nature que les animaux ressentent instinctivement et à l'intérieur de laquelle ils vivent, sans aucune réflexion bien sûr et sans aucun inconfort, dont l'homme ne peut se débarrasser, quoi qu'il veuille.
Bien sûr, réfléchir à l'ordre existant des choses est en soi une propriété purement humaine, liée à son principe spirituel. Mais l'homme déchu n'aime pas vraiment le faire, précisément parce qu'il ne veut pas se souvenir de lui-même comme d'un être spirituel. La culture, et surtout la religion, peuvent parfois lui rappeler qui il est réellement, mais là encore tout n'est pas si net: on peut comprendre certaines choses à sa manière, en ignorer d'autres, car toute culture, et même la religion, appartiennent tout de même au monde déchu. La manifestation du Royaume est une tout autre affaire. Elle manifeste clairement et distinctement son origine qui n'est pas de ce monde.
L'alternative devient évidente, renforçant l'inquiétude et le désir de faire en sorte qu'elle n'existe pas du tout, ou au moins qu'elle ne soit pas si visible. De là vient l'inévitabilité du refus du Christ et du Royaume, et donc des chrétiens, s'ils demeurent chrétiens autrement que de nom. Parfois ce refus reste dans les limites de la bienséance, mais il peut aussi en sortir, surtout lorsque les témoins sont nombreux et que la lumière du Royaume brille plus fort qu'à l'ordinaire. C'est dans une telle situation que s'est trouvée l'Église de Thessalonique, que Paul soutient dans sa lettre: les persécutions disent justement que, pour le témoignage, tout va bien chez les chrétiens thessaloniciens.
1 Aussi, n'y tenant plus, nous avons pris le parti de demeurer seuls à Athènes, |
2 et nous avons envoyé Timothée, notre frère et le collaborateur de Dieu dans l'Évangile du Christ, pour vous affermir et réconforter dans votre foi, |
3 afin que personne ne se laisse ébranler par ces tribulations. Car vous savez bien que c'est là notre partage: |
4 quand nous étions près de vous, nous vous prédisions que nous aurions à subir des tribulations, et c'est ce qui est arrivé, vous le savez. |
5 C'est pour cela que, n'y tenant plus, je l'ai envoyé s'informer de votre foi. Pourvu que déjà le Tentateur ne vous ait pas tentés et que notre labeur n'ait pas été rendu vain ! |
6 Maintenant Timothée vient de nous revenir de chez vous et il nous a donné de bonnes nouvelles de votre foi et de votre charité: il dit que vous conservez toujours de nous un bon souvenir, que vous aspirez à nous revoir autant que nous à vous revoir. |
7 Nous avons trouvé là, frères, en raison de votre foi, un réconfort au milieu de toutes nos angoisses et tribulations. |
8 Maintenant nous revivons, puisque vous tenez bon dans le Seigneur. |
9 Comment pourrions-nous remercier Dieu suffisamment à votre sujet, pour toute la joie dont vous nous réjouissez devant notre Dieu? |
10 Nuit et jour nous lui demandons, avec une extrême instance, de revoir votre visage et de pouvoir compléter ce qui manque encore à votre foi. |
11 Que Dieu lui-même, notre Père, et notre Seigneur Jésus aplanissent notre chemin jusqu'à vous. |
12 Et vous, que le Seigneur vous fasse croître et abonder dans l'amour que vous avez les uns envers les autres et envers tous, comme nous-mêmes envers vous: |
13 qu'il affermisse ainsi vos cœurs irréprochables en sainteté devant Dieu, notre Père, lors de l'Avènement de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints. |
Les lettres de l'apôtre Paul nous frappent avant tout par leur humanité. Aujourd'hui encore, les parents écrivent ainsi à leurs enfants : avec passion et tendresse, inquiets de ce qu'ils ignorent, essayant de les aider à distance. Quand c'est possible, ils envoient quelqu'un qui saura les consoler et les soutenir. Restés sans nouvelles, ils se tourmentent : tout va-t-il bien, se sont-ils bien installés, n'ont-ils pas fait quelque sottise ? Tout le chapitre d'aujourd'hui est un trésor qui nous permet de comprendre ceux qui nous ont transmis la nouvelle de la mort et de la Résurrection de Jésus. C'est comme si nous pouvions entendre battre leur cœur et prendre leur pouls. Ce n'est pas un genre littéraire ni un monument culturel ; ce sont des paroles, souvent trop chargées d'émotion pour un regard extérieur, de quelqu'un qui s'inquiète pour nous et se demande si nous demeurons fermes dans notre foi.
1 Aussi, n'y tenant plus, nous avons pris le parti de demeurer seuls à Athènes, |
2 et nous avons envoyé Timothée, notre frère et le collaborateur de Dieu dans l'Évangile du Christ, pour vous affermir et réconforter dans votre foi, |
3 afin que personne ne se laisse ébranler par ces tribulations. Car vous savez bien que c'est là notre partage: |
4 quand nous étions près de vous, nous vous prédisions que nous aurions à subir des tribulations, et c'est ce qui est arrivé, vous le savez. |
5 C'est pour cela que, n'y tenant plus, je l'ai envoyé s'informer de votre foi. Pourvu que déjà le Tentateur ne vous ait pas tentés et que notre labeur n'ait pas été rendu vain ! |
6 Maintenant Timothée vient de nous revenir de chez vous et il nous a donné de bonnes nouvelles de votre foi et de votre charité: il dit que vous conservez toujours de nous un bon souvenir, que vous aspirez à nous revoir autant que nous à vous revoir. |
7 Nous avons trouvé là, frères, en raison de votre foi, un réconfort au milieu de toutes nos angoisses et tribulations. |
8 Maintenant nous revivons, puisque vous tenez bon dans le Seigneur. |
9 Comment pourrions-nous remercier Dieu suffisamment à votre sujet, pour toute la joie dont vous nous réjouissez devant notre Dieu? |
10 Nuit et jour nous lui demandons, avec une extrême instance, de revoir votre visage et de pouvoir compléter ce qui manque encore à votre foi. |
11 Que Dieu lui-même, notre Père, et notre Seigneur Jésus aplanissent notre chemin jusqu'à vous. |
12 Et vous, que le Seigneur vous fasse croître et abonder dans l'amour que vous avez les uns envers les autres et envers tous, comme nous-mêmes envers vous: |
13 qu'il affermisse ainsi vos cœurs irréprochables en sainteté devant Dieu, notre Père, lors de l'Avènement de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints. |
S'adressant à ses frères de Thessalonique, Paul leur écrit qu'il se réjouit de la fermeté avec laquelle ils supportent les persécutions et les poursuites qui leur sont échues (v. 5-8). Bien sûr, seul un masochiste peut se réjouir des souffrances en tant que telles. Et l'apôtre, naturellement, ne se réjouit pas du fait que lui-même ou ses frères souffrent. Simplement, pour lui, les souffrances pour la foi deviennent le signe que les chrétiens restent chrétiens, sans trahir leur vocation. Bien sûr, les chrétiens ne souffrent pas parce qu'ils chercheraient eux-mêmes les conflits ou les ennuis. Il s'agit d'autre chose, à savoir de cette incompatibilité du Royaume avec le monde non transfiguré dont le Sauveur Lui-même avait averti ses disciples, et Paul ceux à qui il prêchait le Christ et le Royaume (v. 1-4). C'est cette incompatibilité qui devient la source du conflit que l'apôtre a mentionné à plusieurs reprises dans sa lettre à l'Église de Thessalonique.
Quant à la joie, les chrétiens persécutés ne se réjouissent évidemment pas de leur bon droit en tant que tel, même si, du point de vue de la Torah et de la justice de Dieu, ils ont incontestablement raison devant leurs persécuteurs. Mais le sentiment d'avoir raison engendre rarement en lui-même la joie chez les persécutés; il peut donner la fermeté, la confiance dans la justesse de sa propre position, même la force de supporter les souffrances, mais il n'ajoute habituellement pas de joie en tant que telle. Tout au plus permet-il de ressentir la satisfaction d'avoir accompli son devoir et de ne pas être devenu traître ni apostat.
Pour la joie, il faut quelque chose de plus. Les chrétiens l'ont: c'est précisément ce Royaume que le Sauveur a apporté au monde et que quiconque a part à la vie nouvelle ressent comme une réalité indubitable et authentique de sa propre existence, même lorsque, semble-t-il, il n'y a pas et il ne peut pas y avoir de place pour elle dans la vie d'un souffrant persécuté. C'est pourquoi Paul, et après lui beaucoup d'autres témoins, considérait justement la joie pendant les persécutions et les poursuites comme un signe incontestable d'une vie chrétienne accomplie. La fermeté et la paix de l'esprit pendant les persécutions ont été propres en tout temps à bien d'autres que les chrétiens. Mais la joie du Royaume, dans une telle situation, ne pouvait appartenir qu'à ceux qui y avaient part: aux chrétiens vivant dans le Royaume.
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