15 Or Simon-Pierre suivait Jésus, ainsi qu’un autre disciple. Ce disciple était connu du grand prêtre et entra avec Jésus dans la cour du grand prêtre, |
16 tandis que Pierre se tenait près de la porte, dehors. L’autre disciple, celui qui était connu du grand prêtre, sortit donc et dit un mot à la portière et il fit entrer Pierre. |
17 La servante, celle qui gardait la porte, dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? » Lui dit : « Je n’en suis pas. » |
18 Les serviteurs et les gardes, qui avaient fait un feu de braise, parce que le temps était froid, se tenaient là et se chauffaient. Pierre aussi se tenait là avec eux et se chauffait. |
19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. |
20 Jésus lui répondit : « C’est au grand jour que j’ai parlé au monde, j’ai toujours enseigné en synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s’assemblent et je n’ai rien dit en secret. |
21 Pourquoi m’interroges-tu ? Demande à ceux qui ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux, ils savent ce que j’ai dit. » |
22 À ces mots, l’un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? » |
23 Jésus lui répondit : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » |
24 Anne l’envoya alors, toujours lié, au grand prêtre, Caïphe. |
25 Or Simon-Pierre se tenait là et se chauffait. Ils lui dirent : « N’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples ? » Lui le nia et dit : « Je n’en suis pas. » |
26 Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l’oreille, dit : « Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui ? » |
27 De nouveau Pierre nia, et aussitôt un coq chanta. |
Depuis longtemps, les chrétiens ont des opinions diverses sur la question de savoir si le reniement de Pierre doit être considéré comme une trahison au plein sens du terme, ou s'il s'agit malgré tout d'autre chose. La réponse, comme souvent, dépend de ce que l'on entend exactement par christianisme. Si l'on y voit une sorte de nouvelle religion, le reniement de Pierre peut alors être considéré comme un simple malentendu, et rien de plus. En effet, l'essentiel de ce dont leur Maître leur parlait, à ce qu'il semblait à Pierre comme aux autres apôtres, avait échoué. Il n'y aurait aucune guerre messianique. Tout était fini sans avoir vraiment commencé. En reniant, Pierre ne trahit au fond rien ni personne : il n'y a plus rien ni personne à trahir. Il ne reste que la fidélité à ce qui était et n'est plus. Aux relations d'autrefois. Aux buts et aux idéaux d'autrefois. Bien sûr, il faut considérer comme un héros celui qui garde une telle fidélité, même face à la possibilité de mourir.
Mais nous pouvons difficilement exiger un tel héroïsme de chacun. D'autant qu'il était important pour Pierre de surveiller la cour du grand prêtre, de suivre ce qui arrivait au Maître. Sa relation personnelle avec Lui restait de toute façon d'une importance absolue pour Pierre. Or voici qu'on l'importune avec des questions gênantes sur ce qui n'a désormais plus aucun sens, mais risque de l'empêcher de faire ce qu'il fait. Il écarte ceux qui l'interrogent comme des mouches importunes : je ne sais rien, laissez-moi tranquille. Quelle différence cela fait-il vraiment, à présent ? Ce qui, une heure plus tôt, donnait sens à la vie s'est maintenant effondré, et il n'y a pas lieu de le rappeler. Mais si l'on considère le christianisme comme une vie nouvelle, alors le reniement se révèle bien être une trahison.
Ce n'est pas un hasard si le chant du coq rappelle à Pierre les promesses faites au Maître. En réalité, rien n'est encore terminé. Au contraire, tout ne fait que commencer. L'essentiel est encore à venir. Et pour cet essentiel, rien n'importe davantage que la relation qui unit Pierre à Jésus. Pierre est allé seul dans la cour du grand prêtre, apparemment sans but précis : il ne pouvait en effet aider le Maître en aucune manière. Mais c'est précisément le sentiment de la profondeur de la relation qui le liait à Jésus qui l'a poussé à aller là où il est allé.
Et voici qu'il écarte maintenant avec désinvolture ce qui était, tout récemment encore, le fondement de cette relation. Bien sûr, Pierre lui-même ne comprend pas encore ce qui se passe. Il comprend seulement que tout s'est révélé plus grave qu'il ne l'avait cru au premier instant : le coq a bien chanté, comme le Maître l'avait prédit, et le reniement a bien été prononcé. La véritable compréhension viendra plus tard, au moment de la rencontre avec le Ressuscité. Alors viendra aussi le véritable repentir, celui qui rétablit pleinement la relation de Pierre avec le Maître. Cette fois pour toujours.
15 Or Simon-Pierre suivait Jésus, ainsi qu’un autre disciple. Ce disciple était connu du grand prêtre et entra avec Jésus dans la cour du grand prêtre, |
16 tandis que Pierre se tenait près de la porte, dehors. L’autre disciple, celui qui était connu du grand prêtre, sortit donc et dit un mot à la portière et il fit entrer Pierre. |
17 La servante, celle qui gardait la porte, dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? » Lui dit : « Je n’en suis pas. » |
18 Les serviteurs et les gardes, qui avaient fait un feu de braise, parce que le temps était froid, se tenaient là et se chauffaient. Pierre aussi se tenait là avec eux et se chauffait. |
19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. |
20 Jésus lui répondit : « C’est au grand jour que j’ai parlé au monde, j’ai toujours enseigné en synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s’assemblent et je n’ai rien dit en secret. |
21 Pourquoi m’interroges-tu ? Demande à ceux qui ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux, ils savent ce que j’ai dit. » |
22 À ces mots, l’un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? » |
23 Jésus lui répondit : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » |
24 Anne l’envoya alors, toujours lié, au grand prêtre, Caïphe. |
25 Or Simon-Pierre se tenait là et se chauffait. Ils lui dirent : « N’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples ? » Lui le nia et dit : « Je n’en suis pas. » |
26 Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l’oreille, dit : « Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui ? » |
27 De nouveau Pierre nia, et aussitôt un coq chanta. |
Le reniement de Pierre paraît être une conduite parfaitement raisonnable et sensée dans une situation critique. Il lui faut rester tout près et il veut apprendre quelque chose ; pour cela, personne ne doit le reconnaître. Dans un tel moment, l'un s'enfuit et se cache, tandis qu'un autre essaie de passer inaperçu jusqu'au lieu où se déroulent les événements principaux. Il est insensé de risquer sa vie en reconnaissant que l'on connaît le détenu. On pourrait vous saisir vous aussi, et à qui cela servirait-il ? Nous ignorons toutefois ce qui animait l'apôtre Pierre. Il est tout à fait possible que ces premières raisons superficielles, compréhensibles pour chacun, n'aient pas du tout été l'essentiel à cet instant. Ce qui importe, c'est qu'il arrive parfois un moment où reconnaître ouvertement que l'on suit Jésus est l'unique choix possible. De l'autre côté, on entend le mot terrible de « reniement ».
17 La servante, celle qui gardait la porte, dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? » Lui dit : « Je n’en suis pas. » |
Le reniement de Pierre a toujours été l'un des thèmes favoris pour prêcher sur le péché et la repentance. D'ordinaire, on établit alors des parallèles avec le reniement de Judas, qui a péri non parce qu'il avait péché, mais parce qu'il s'est révélé incapable de se repentir. Pourtant, si l'on regarde attentivement la situation, il n'est pas difficile de voir qu'en réalité tous ont quitté Jésus, sauf deux, dont l'un était Pierre, et l'autre, si l'on suit la tradition chrétienne ancienne, Jean, l'auteur du quatrième Évangile et du livre de l'Apocalypse.
Et l'un d'eux, Pierre, répond aux témoignages accusateurs en disant de Jésus : je ne le connais pas. Qu'est-ce qui a précédé cela ? Pourquoi les disciples se sont-ils dispersés ? Ils n'étaient nullement lâches, et lorsqu'ils promettaient de mourir pour leur Maître, ils ne parlaient guère sous le coup de l'émotion. Mais en pratique, tout s'est révélé tout autre que ce qu'ils attendaient. Ils pensaient que l'heure du soulèvement messianique était venue.
Ils étaient prêts à mourir au combat, et Pierre, si l'on en était venu à la guerre, aurait été l'un des premiers ; ce n'est pas par hasard que c'est lui qui arrache une épée au moment critique. Mais il s'est avéré qu'il n'y aurait pas de soulèvement, que leur Maître se remet simplement entre les mains des représentants de l'autorité, que tout est perdu : le soulèvement a échoué sans même commencer. Après tout, les apôtres ne comprenaient pas encore pleinement ce que le Maître leur avait dit de sa mort et de sa résurrection.
Pierre le suivit dans la cour du grand prêtre non parce qu'il espérait encore quelque chose, mais simplement pour être plus près du Maître, pour voir comment l'affaire finirait, simplement pour rester avec lui jusqu'au bout. Et voici qu'on l'accuse de quelque chose, d'une certaine participation à la préparation d'un soulèvement. Quelle importance tout cela a-t-il maintenant, quand tout est fini ? Pierre n'a plus rien dont témoigner, rien à espérer ; au fond, il lui est désormais indifférent de savoir ce que les gens penseront de lui, car tout est déjà derrière lui.
Sa réaction est une réaction assez ordinaire de quelqu'un qu'on harcèle de sottises alors qu'il est occupé par une affaire importante. Il écarte les questionneurs comme des mouches importunes : laissez-moi tranquille, je ne sais rien et je ne connais personne ! Et seul le chant du coq le fait sortir de sa torpeur spirituelle. Pierre comprend soudain que l'affaire n'est pas encore terminée, que tout ce dont ils avaient parlé si récemment pendant le seder pascal demeure en vigueur, que tout, en général, s'est passé autrement qu'il ne l'attendait, mais... Mais il a renié le Maître, et il l'a renié publiquement. C'est un fait amer et douloureux.
Il ne reste plus maintenant à Pierre qu'à pleurer, à se reprocher une trahison inattendue même pour lui-même, et à se repentir de ce qu'il a fait. Il ne sait pas encore que très bientôt viendra le jour où il rencontrera le Maître, et que celui-ci le comprendra, sans longues explications.
19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. |
20 Jésus lui répondit : « C’est au grand jour que j’ai parlé au monde, j’ai toujours enseigné en synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s’assemblent et je n’ai rien dit en secret. |
21 Pourquoi m’interroges-tu ? Demande à ceux qui ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux, ils savent ce que j’ai dit. » |
22 À ces mots, l’un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? » |
23 Jésus lui répondit : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » |
24 Anne l’envoya alors, toujours lié, au grand prêtre, Caïphe. |
25 Or Simon-Pierre se tenait là et se chauffait. Ils lui dirent : « N’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples ? » Lui le nia et dit : « Je n’en suis pas. » |
26 Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l’oreille, dit : « Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui ? » |
27 De nouveau Pierre nia, et aussitôt un coq chanta. |
28 Alors ils mènent Jésus de chez Caïphe au prétoire. C’était le matin. Eux-mêmes n’entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller, mais pour pouvoir manger la Pâque. |
29 Pilate sortit donc au-dehors, vers eux, et il dit : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » |
30 Ils lui répondirent : « Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré. » |
31 Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et jugez-le selon votre Loi. » Les Juifs lui dirent : « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu’un à mort », |
32 afin que s’accomplît la parole qu’avait dite Jésus, signifiant de quelle mort il devait mourir. |
33 Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : « Tu es le roi des Juifs ? » |
34 Jésus répondit : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » |
35 Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ? » |
36 Jésus répondit :« Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. » |
37 Pilate lui dit : « Donc tu es roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis : je suis roi.Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » |
38 Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité ? » Et, sur ce mot, il sortit de nouveau et alla vers les Juifs. Et il leur dit : « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. |
39 Mais c’est pour vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la Pâque. Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » |
40 Alors ils vociférèrent de nouveau, disant : « Pas lui, mais Barabbas ! » Or Barabbas était un brigand. |
1 Pilate prit alors Jésus et le fit flageller. |
2 Les soldats, tressant une couronne avec des épines, la lui posèrent sur la tête, et ils le revêtirent d’un manteau de pourpre ; |
3 et ils s’avançaient vers lui et disaient : « Salut, roi des Juifs ! » Et ils lui donnaient des coups. |
4 De nouveau, Pilate sortit dehors et leur dit : « Voyez, je vous l’amène dehors, pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » |
5 Jésus sortit donc dehors, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre ; et Pilate leur dit : « Voici l’homme ! » |
6 Lorsqu’ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation. » |
7 Les Juifs lui répliquèrent : « Nous avons une Loi et d’après cette Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » |
8 Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. |
9 Il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus : « D’où es-tu ? » Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. |
10 Pilate lui dit donc : « Tu ne me parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier ? » |
11 Jésus lui répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi a un plus grand péché. » |
12 Dès lors Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs vociféraient, disant : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de César : quiconque se fait roi, s’oppose à César. » |
13 Pilate, entendant ces paroles, amena Jésus dehors et alla siéger au tribunal, en un lieu dit le Dallage, en hébreu Gabbatha. |
14 Or c’était la Préparation de la Pâque ; c’était vers la sixième heure. Il dit aux Juifs : « Voici votre roi. » |
15 Eux vociférèrent : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Crucifierai-je votre roi ? » Les grands prêtres répondirent : « Nous n’avons de roi que César ! » |
16 Alors il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus. |
Dans le récit évangélique de la condamnation du Sauveur, un élément retient l'attention : le désir d'échapper à toute responsabilité que manifestent les représentants du Temple comme ceux du pouvoir romain. Ce n'est pas par hasard que Jésus refuse de répondre à la question du grand prêtre sur Son enseignement et Ses disciples (Jn 18,19–21). Il comprend qu'il ne saurait être question ici d'un procès équitable et que tout cet interrogatoire ne sert qu'à Le prendre au mot afin de trouver un fondement pour fabriquer contre Lui un dossier qui permette de Le condamner à mort. En réalité, tout avait déjà été décidé lorsque Caïphe avait jugé possible de sacrifier Un seul homme au bien du peuple tel qu'il le concevait (Jn 18,14).
Mais tous les participants au procès de Jésus souhaitaient naturellement que la décision fût prise de manière collégiale et dans le respect des formalités prévues par la loi. Ainsi, personne en particulier ne pourrait plus être accusé de meurtre. On pourrait croire que les représentants des élites du Temple n'avaient personne à craindre, mais leur conscience religieuse n'était probablement pas tranquille : un meurtre ordinaire aurait constitué une violation directe de la Torah. Une exécution décidée par le Sanhédrin était une tout autre affaire. Un tel verdict, rendu dans des formes irréprochables, aurait rassuré tout le monde, puisqu'une exécution prononcée par un tribunal n'aurait évidemment pas été considérée comme une violation de la Torah.
Un obstacle très sérieux se dressait cependant sur le chemin de ces « juges » : les condamnations à mort prononcées par le Sanhédrin devaient être confirmées par le pouvoir romain, représenté en Judée par le procurateur. C'est donc auprès de lui qu'ils se rendirent (Jn 18,28). Les dirigeants du Sanhédrin comptaient apparemment sur une simple formalité et, au début, ne voulaient même pas entrer dans les détails, pensant que Pilate signerait la sentence sans la lire (Jn 18,29–32).
Mais Pilate manifesta pour l'affaire un intérêt inattendu et décida d'interroger lui-même l'accusé (Jn 18,33). Jésus, qui était resté silencieux devant le Sanhédrin, témoigna devant Pilate de ce qu'il était désormais inutile d'attester au Sanhédrin : Il répondit à la question du procurateur au sujet de Son Royaume (Jn 18,34–37). Or, si le Royaume dont Jésus témoignait paraissait hostile aux dirigeants du mouvement pharisien et aux élites du Temple, Pilate y était simplement indifférent, comme la plupart des agnostiques à l'esprit pragmatique. Toutefois, comme tout agnostique, il ne voyait aucun crime dans la prédication d'idées quelles qu'elles fussent, même étranges ou erronées, et proposa aux représentants du Sanhédrin venus le trouver d'épargner à un innocent le châtiment (Jn 18,38–40). Voyant qu'ils refusaient tout compromis, Pilate décida apparemment de s'en tenir à la peine prévue par le droit romain pour les non-citoyens coupables d'avoir enfreint les lois locales, et fit flageller Jésus (Jn 19,1–3).
Après cela, il considéra l'incident comme clos (Jn 19,4–5). Les représentants du Sanhédrin durent alors mettre le procurateur au courant de l'affaire et lui expliquer ce qu'ils reprochaient à Jésus (Jn 19,6–7). Cette explication impressionna fortement Pilate (Jn 19,8). Le calme et la force intérieure de l'accusé lui firent apparemment une impression encore plus grande (Jn 19,9–11). Il aurait probablement libéré Jésus si la foule rassemblée dans la cour du prétoire ne l'avait accusé, en Le relâchant, de négliger les intérêts de l'empire (Jn 19,12). La provocation réussit : ne voulant ni prendre ses responsabilités ni devoir répondre d'éventuelles accusations de sympathie envers les rebelles, Pilate condamne un innocent à mort (Jn 19,13–16). Ainsi, la lâcheté et l'irresponsabilité des uns, jointes à la haine du Royaume chez les autres, conduisent le Sauveur du monde à la croix.
31 Quand donc il fut sorti, Jésus dit :« Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui. |
32 Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même et c’est aussitôt qu’il le glorifiera. |
33 Petits enfants, c’est pour peu de temps que je suis encore avec vous. Vous me chercherez, et comme je l’ai dit aux Juifs : où je vais, vous ne pouvez venir, à vous aussi je le dis à présent. |
34 Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. |
35 À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » |
36 Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard. » |
37 Pierre lui dit : « Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je déposerai ma vie pour toi. » |
38 Jésus répond : « Tu déposeras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois. |
1 « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. |
2 Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. |
3 Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. |
4 Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » |
5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » |
6 Jésus lui dit :« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. |
7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. » |
8 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » |
9 Jésus lui dit : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ?Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : « Montre-nous le Père ! » ? |
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. |
13 Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. |
14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. |
15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ; |
16 et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, |
17 l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera. |
18 Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. |
19 Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez. |
20 Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. |
21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » |
22 Judas — pas l’Iscariote — lui dit : « Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde ? » |
23 Jésus lui répondit :« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. |
24 Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles ; et ma parole n’est pas de moi, mais du Père qui m’a envoyé. |
25 Je vous ai dit cela tandis que je demeurais près de vous. |
26 Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. |
27 Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie. |
28 Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais et je reviendrai vers vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi. |
29 Je vous le dis maintenant avant que cela n’arrive, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez. |
30 Je ne m’entretiendrai plus beaucoup avec vous, car il vient, le Prince de ce monde ; sur moi il n’a aucun pouvoir, |
31 mais il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé. Levez-vous ! Partons d’ici ! |
1 « Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. |
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. |
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. |
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. |
5 Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. |
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. |
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. |
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. |
9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. |
10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. |
11 Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. |
12 Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. |
13 Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis. |
14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. |
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. |
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. |
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. |
18 « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. |
19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait. |
20 Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. |
21 Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. |
22 Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. |
23 Qui me hait, hait aussi mon Père. |
24 Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, et moi et mon Père. |
25 Mais c’est pour que s’accomplisse la parole écrite dans leur Loi : Ils m’ont haï sans raison. |
26 Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. |
27 Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. |
1 « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. |
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
5 Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » |
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
8 Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : |
9 de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; |
10 de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; |
11 de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. |
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
14 Lui me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous l’expliquera. |
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté. |
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, |
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu. |
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit :« Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie |
2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ! |
3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. |
4 Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire. |
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde. |
6 J’ai manifesté ton Nom aux hommes, que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole. |
7 Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi ; |
8 car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, et ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. |
9 C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi, |
10 et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux. |
11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. |
12 Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. |
13 Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. |
14 Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
15 Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. |
16 Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
17 Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. |
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. |
19 Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. |
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, |
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. |
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : |
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. |
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. |
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. |
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » |
1 Ayant dit cela, Jésus s’en alla avec ses disciples de l’autre côté du torrent du Cédron. Il y avait là un jardin dans lequel il entra, ainsi que ses disciples. |
2 Or Judas, qui le livrait, connaissait aussi ce lieu, parce que bien des fois Jésus et ses disciples s’y étaient réunis. |
3 Judas donc, menant la cohorte et des gardes détachés par les grands prêtres et les Pharisiens, vient là avec des lanternes, des torches et des armes. |
4 Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui advenir, sortit et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » |
5 Ils lui répondirent : « Jésus le Nazôréen. » Il leur dit : « C’est moi. » Or Judas, qui le livrait, se tenait là, lui aussi, avec eux. |
6 Quand Jésus leur eut dit : « C’est moi », ils reculèrent et tombèrent à terre. |
7 De nouveau il leur demanda : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazôréen. » |
8 Jésus répondit : « Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez ceux-là s’en aller », |
9 afin que s’accomplît la parole qu’il avait dite : « Ceux que tu m’as donnés, je n’en ai pas perdu un seul. » |
10 Alors Simon-Pierre, qui portait un glaive, le tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Ce serviteur avait nom Malchus. |
11 Jésus dit à Pierre : « Rentre le glaive dans le fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, ne la boirai-je pas ? » |
12 Alors la cohorte, le tribun et les gardes des Juifs saisirent Jésus et le lièrent. |
13 Ils le menèrent d’abord chez Anne ; c’était en effet le beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. |
14 Or Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : « Il y a intérêt à ce qu’un seul homme meure pour le peuple. » |
15 Or Simon-Pierre suivait Jésus, ainsi qu’un autre disciple. Ce disciple était connu du grand prêtre et entra avec Jésus dans la cour du grand prêtre, |
16 tandis que Pierre se tenait près de la porte, dehors. L’autre disciple, celui qui était connu du grand prêtre, sortit donc et dit un mot à la portière et il fit entrer Pierre. |
17 La servante, celle qui gardait la porte, dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? » Lui dit : « Je n’en suis pas. » |
18 Les serviteurs et les gardes, qui avaient fait un feu de braise, parce que le temps était froid, se tenaient là et se chauffaient. Pierre aussi se tenait là avec eux et se chauffait. |
19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. |
20 Jésus lui répondit : « C’est au grand jour que j’ai parlé au monde, j’ai toujours enseigné en synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s’assemblent et je n’ai rien dit en secret. |
21 Pourquoi m’interroges-tu ? Demande à ceux qui ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux, ils savent ce que j’ai dit. » |
22 À ces mots, l’un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? » |
23 Jésus lui répondit : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » |
24 Anne l’envoya alors, toujours lié, au grand prêtre, Caïphe. |
25 Or Simon-Pierre se tenait là et se chauffait. Ils lui dirent : « N’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples ? » Lui le nia et dit : « Je n’en suis pas. » |
26 Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l’oreille, dit : « Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui ? » |
27 De nouveau Pierre nia, et aussitôt un coq chanta. |
28 Alors ils mènent Jésus de chez Caïphe au prétoire. C’était le matin. Eux-mêmes n’entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller, mais pour pouvoir manger la Pâque. |
Un Vendredi saint, un Vendredi saint qui n'est pas loin de nous mais plus proche que jamais, même si nous n'étions pas encore de ce monde, le métropolite Antoine de Souroge prononçait en chaire ces paroles : « <...> La Mère se tenait près de la Croix ; Son Fils, trahi, outragé, rejeté, battu, déchiré, torturé, mourait sur la Croix. Et Elle mourait avec Lui… Beaucoup, sans doute, regardaient le Christ ; beaucoup, sans doute, eurent honte et peur et ne regardèrent pas Sa Mère en face. Et voici que nous nous tournons vers Elle en disant : Mère, je suis coupable — parmi d'autres, certes — de la mort de Ton Fils ; je suis coupable : intercède pour moi. Sauve-nous par Ta prière, par Ta protection, car si Tu pardonnes, personne ne nous condamnera ni ne nous perdra… Mais si Tu ne pardonnes pas, Ta parole sera plus forte que toute parole prononcée pour notre défense… <...> Tenons-nous donc devant le jugement de notre conscience, éveillée par Sa douleur, et apportons un cœur repentant et contrit ; adressons au Christ la prière de nous donner la force de nous réveiller, de reprendre nos esprits, de revivre, de devenir humains, de rendre notre vie profonde, vaste, capable d'accueillir l'amour et la présence du Seigneur. Et avec cet amour, allons dans la vie pour créer la vie, pour façonner et bâtir un monde profond et spacieux, qui serait comme un vêtement enveloppant la présence du Seigneur, qui rayonnerait de toute la lumière et de toute la joie du paradis. C'est notre vocation ; c'est ce que nous devons accomplir en nous brisant nous-mêmes, en nous donnant, en mourant s'il le faut — et il le faut ! —, car aimer, c'est mourir à soi-même, c'est ne plus s'estimer soi-même, mais estimer l'autre, qu'il soit Dieu ou un être humain ; c'est vivre pour l'autre en laissant de côté le souci de soi. Mourons autant que nous le pouvons, mettons toutes nos forces à mourir pour vivre d'amour et vivre pour Dieu et pour les autres. » Ce vendredi où le métropolite prononçait ces paroles nous est si proche, comme tous les Vendredis saints passés et à venir. « Je suis coupable. » Je n'étais pas encore de ce monde, mais je suis coupable. On ne peut voir dans ce jour une commémoration symbolique d'événements survenus autrefois. Non. Car le Corps et le Sang auxquels nous communions ne sont pas un symbole, mais le Corps Lui-même et le Sang Lui-même. Me voici, et je suis coupable ici et maintenant. Il est effrayant de voir des gens commencer à se souhaiter de joyeuses Pâques à l'avance — cela arrive vraiment, et souvent ! Aujourd'hui, je ne sais rien de Pâques ; je sais seulement une chose : femme ou homme, je suis coupable, car Il est mort, et je n'ai rien fait pour l'empêcher.
1 Ayant dit cela, Jésus s’en alla avec ses disciples de l’autre côté du torrent du Cédron. Il y avait là un jardin dans lequel il entra, ainsi que ses disciples. |
2 Or Judas, qui le livrait, connaissait aussi ce lieu, parce que bien des fois Jésus et ses disciples s’y étaient réunis. |
3 Judas donc, menant la cohorte et des gardes détachés par les grands prêtres et les Pharisiens, vient là avec des lanternes, des torches et des armes. |
4 Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui advenir, sortit et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » |
5 Ils lui répondirent : « Jésus le Nazôréen. » Il leur dit : « C’est moi. » Or Judas, qui le livrait, se tenait là, lui aussi, avec eux. |
6 Quand Jésus leur eut dit : « C’est moi », ils reculèrent et tombèrent à terre. |
7 De nouveau il leur demanda : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazôréen. » |
8 Jésus répondit : « Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez ceux-là s’en aller », |
9 afin que s’accomplît la parole qu’il avait dite : « Ceux que tu m’as donnés, je n’en ai pas perdu un seul. » |
10 Alors Simon-Pierre, qui portait un glaive, le tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Ce serviteur avait nom Malchus. |
11 Jésus dit à Pierre : « Rentre le glaive dans le fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, ne la boirai-je pas ? » |
12 Alors la cohorte, le tribun et les gardes des Juifs saisirent Jésus et le lièrent. |
13 Ils le menèrent d’abord chez Anne ; c’était en effet le beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. |
14 Or Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : « Il y a intérêt à ce qu’un seul homme meure pour le peuple. » |
15 Or Simon-Pierre suivait Jésus, ainsi qu’un autre disciple. Ce disciple était connu du grand prêtre et entra avec Jésus dans la cour du grand prêtre, |
16 tandis que Pierre se tenait près de la porte, dehors. L’autre disciple, celui qui était connu du grand prêtre, sortit donc et dit un mot à la portière et il fit entrer Pierre. |
17 La servante, celle qui gardait la porte, dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? » Lui dit : « Je n’en suis pas. » |
18 Les serviteurs et les gardes, qui avaient fait un feu de braise, parce que le temps était froid, se tenaient là et se chauffaient. Pierre aussi se tenait là avec eux et se chauffait. |
En décrivant l'arrestation de Jésus et les événements qui l'ont précédée dans le jardin de Gethsémani, Jean se montre sensiblement plus laconique et plus réservé que les autres évangélistes. Il ne mentionne notamment ni la prière que le Sauveur fit avant son arrestation, ni comment les apôtres, incapables de supporter une tension trop forte pour eux, s'endormirent malgré les demandes de leur Maître. Il rapporte seulement en quelques mots que Judas connaissait bien le jardin de Gethsémani, tout comme les autres apôtres, parce que Jésus avait coutume de s'y réunir et d'y converser avec eux (v. 1-2). À en juger par le témoignage de l'évangéliste, ceux qui vinrent arrêter Jésus n'étaient pas des soldats romains, mais les gardes du Temple, et l'arrestation eut lieu en présence de représentants du mouvement pharisien (v. 3).
Jésus, qui attendait son arrestation, sortit lui-même à la rencontre des représentants des autorités venus le chercher (v. 4-5). L'influence de la personne du Sauveur sur tous ceux qui se trouvaient près de lui était si grande que ceux qui étaient venus le chercher n'osèrent pas immédiatement faire ce pour quoi ils étaient venus (v. 5-12). Pendant ce temps, Jésus fit tout son possible pour éviter à ses disciples d'être arrêtés (v. 7-9).
Il comprenait manifestement que les apôtres saisissaient difficilement le sens et la portée de ce qui se passait et craignait peut-être qu'ils ne tentent de profiter de l'occasion pour opposer une résistance armée aux représentants des autorités et déclencher ainsi une révolte qui, dans leur projet, devait se transformer en une guerre à grande échelle menée sous des mots d'ordre religieux et messianiques. Ses craintes n'étaient manifestement pas sans fondement: Pierre, le plus résolu des apôtres, tenta effectivement de résister (v. 10), mais Jésus l'arrêta (v. 11).
Une telle réaction de Jésus déconcerta manifestement les apôtres. Ne sachant que faire ensuite, ils se dispersèrent tout simplement, à en juger par le témoignage des autres évangélistes, et ils ne sont de nouveau mentionnés par la suite que dans les récits de la crucifixion du Sauveur. Jean ne parle pas directement de la fuite des apôtres, mais la description des événements suivants montre clairement que seuls deux hommes suivirent Jésus: Pierre et un autre disciple dont l'évangéliste ne donne pas le nom (v. 15-16). Eux aussi, cependant, n'espéraient apparemment plus rien et désiraient seulement voir comment se terminerait le procès de leur Maître.
Quant aux attentes messianiques et aux espoirs d'un triomphe prochain du Royaume, il n'en restait probablement rien: leur Maître venait lui-même de renoncer volontairement à toute résistance! Il ne leur restait désormais qu'à attendre l'issue de la procédure judiciaire. Il restait l'attachement personnel et humain au Maître qui, aux yeux des apôtres, avait perdu, mais dont la personne n'avait manifestement rien perdu de son attrait aux yeux des disciples. Il semblait que les disciples n'avaient plus que le souvenir du Maître. Mais ce souvenir était sacré à leurs yeux.
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