RÉFLEXIONS pour Jn 18:15-27
Depuis longtemps, les chrétiens ont des opinions diverses sur la question de savoir si le reniement de Pierre doit être considéré comme une trahison au plein sens du terme, ou s'il s'agit malgré tout d'autre chose. La réponse, comme souvent, dépend de ce que l'on entend exactement par christianisme. Si l'on y voit une sorte de nouvelle religion, le reniement de Pierre peut alors être considéré comme un simple malentendu, et rien de plus. En effet, l'essentiel de ce dont leur Maître leur parlait, à ce qu'il semblait à Pierre comme aux autres apôtres, avait échoué. Il n'y aurait aucune guerre messianique. Tout était fini sans avoir vraiment commencé. En reniant, Pierre ne trahit au fond rien ni personne : il n'y a plus rien ni personne à trahir. Il ne reste que la fidélité à ce qui était et n'est plus. Aux relations d'autrefois. Aux buts et aux idéaux d'autrefois. Bien sûr, il faut considérer comme un héros celui qui garde une telle fidélité, même face à la possibilité de mourir.
Mais nous pouvons difficilement exiger un tel héroïsme de chacun. D'autant qu'il était important pour Pierre de surveiller la cour du grand prêtre, de suivre ce qui arrivait au Maître. Sa relation personnelle avec Lui restait de toute façon d'une importance absolue pour Pierre. Or voici qu'on l'importune avec des questions gênantes sur ce qui n'a désormais plus aucun sens, mais risque de l'empêcher de faire ce qu'il fait. Il écarte ceux qui l'interrogent comme des mouches importunes : je ne sais rien, laissez-moi tranquille. Quelle différence cela fait-il vraiment, à présent ? Ce qui, une heure plus tôt, donnait sens à la vie s'est maintenant effondré, et il n'y a pas lieu de le rappeler. Mais si l'on considère le christianisme comme une vie nouvelle, alors le reniement se révèle bien être une trahison.
Ce n'est pas un hasard si le chant du coq rappelle à Pierre les promesses faites au Maître. En réalité, rien n'est encore terminé. Au contraire, tout ne fait que commencer. L'essentiel est encore à venir. Et pour cet essentiel, rien n'importe davantage que la relation qui unit Pierre à Jésus. Pierre est allé seul dans la cour du grand prêtre, apparemment sans but précis : il ne pouvait en effet aider le Maître en aucune manière. Mais c'est précisément le sentiment de la profondeur de la relation qui le liait à Jésus qui l'a poussé à aller là où il est allé.
Et voici qu'il écarte maintenant avec désinvolture ce qui était, tout récemment encore, le fondement de cette relation. Bien sûr, Pierre lui-même ne comprend pas encore ce qui se passe. Il comprend seulement que tout s'est révélé plus grave qu'il ne l'avait cru au premier instant : le coq a bien chanté, comme le Maître l'avait prédit, et le reniement a bien été prononcé. La véritable compréhension viendra plus tard, au moment de la rencontre avec le Ressuscité. Alors viendra aussi le véritable repentir, celui qui rétablit pleinement la relation de Pierre avec le Maître. Cette fois pour toujours.
