5 ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu'un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres. |
6 Mais, pourvus de dons différents selon la grâce qui nous a été donnée, si c'est le don de prophétie, exerçons-le en proportion de notre foi; |
7 si c'est le service, en servant; l'enseignement, en enseignant; |
8 l'exhortation, en exhortant. Que celui qui donne le fasse sans calcul; celui qui préside, avec diligence; celui qui exerce la miséricorde, en rayonnant de joie. |
9 Que votre charité soit sans feinte, détestant le mal, solidement attachés au bien; |
10 que l'amour fraternel vous lie d'affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants, |
11 d'un zèle sans nonchalance, dans la ferveur de l'esprit, au service du Seigneur, |
12 avec la joie de l'espérance, constants dans la tribulation, assidus à la prière, |
13 prenant part aux besoins des saints, avides de donner l'hospitalité. |
14 Bénissez ceux qui vous persécutent; bénissez, ne maudissez pas. |
15 Réjouissez-vous avec qui est dans la joie, pleurez avec qui pleure. |
16 Pleins d'une égale complaisance pour tous, sans vous complaire dans l'orgueil, attirés plutôt par ce qui est humble, ne vous complaisez pas dans votre propre sagesse. |
Rien ne s’oppose davantage à notre vie quotidienne que ce texte de l’apôtre. Malheureusement, cela vaut même pour la vie chrétienne quotidienne. Accueillir l’autre tel qu’il est, l’aimer avec tendresse, respecter son caractère unique et prendre conscience que nos différences nous sont nécessaires, c’est une tâche presque au-dessus de nos forces. Les paroles de Paul sont extraordinairement simples, et elles n’en frappent que davantage. Elles sont une sorte de mode d’emploi de la vie qu’il faut simplement suivre sans discuter ou, comme il est écrit ici même, sans prétention. Il est des choses évidentes qu’il ne faut pas obscurcir par des raisonnements sur la manière de les accomplir ou sur leur raison d’être. Il faut simplement les faire. Sinon, le monde qui nous a été confié s’effondre. Il est inutile de s’effrayer : si l’on verse de l’eau sur un moteur électrique en marche, on provoquera inévitablement un court-circuit. On aura beau réfléchir aux étranges propriétés de l’électricité, le court-circuit se produira tout de même. Il en va pareillement dans la vie : si l’on ne respecte pas ceux qui nous entourent, si l’on n’a pas le mal en horreur, si l’on n’applique pas avec constance ce qu’a écrit Paul, on récolte ensuite la division et la haine. Pour revenir au mode d’emploi de la vie, notre tâche consiste à l’appliquer chaque jour. Paul ne recommande pas non plus de rêver au bonheur qui régnera une fois que tout sera accompli, car ce chemin n’a pas de fin.
9 Que votre charité soit sans feinte, détestant le mal, solidement attachés au bien; |
Les mots de Paul sur la feinte charité semblent tout à fait clairs, au moins, dans le contexte de cette compréhension de la charité qui est propre au monde non transformé. Certes, pour l’homme déchu, il n’est pas si simple d’être sincère dans l'amour. Et le problème ici n’est ni dans les sentiments et ni dans les idées, qui assombrissent parfois l'image du voisin. Bien sûr, les sentiments, et les idées jouent leur rôle dans les relations entre les hommes. Mais le principal rôle dans les relations est tout de même joué par la volonté, le choix fait par l’homme. Et voici alors il se trouve qu’il est très difficile pour l’homme déchu d’être responsable et cohérent. L’endurance est l'expression extérieure de l'intégrité spirituelle, mais après la chute les gens ne naissent pas spirituellement entier. Il faut encore obtenir l'intégrité spirituelle, et elle est obtenue seulement par un moyen : par l'observation stricte et successive de la Torah, les commandements donnés par Dieu. Comme on voit, et l'apôtre appelle à la même chose, conseillant aux chercheurs de la charité sans feinte de s’attacher au bien et détester le mal.
Mais conformément à la vie du Royaume, il faut déjà parler de la charité non seulement comme une relation envers Dieu ou voisin. La charité pour le Royaume devient un milieu de vie naturel, l'espace, à l'intérieur duquel se développent et se forment toutes les relations. Un tel espace de relations existe aussi pour les relations du monde non transformé, mais ici ce milieu est psychique, et donc, naturel, comme une partie de la nature (bien que sa partie tout à fait spéciale) est la psyché elle-même. Et le milieu du Royaume devient la charité, qui n’est pas une partie de la nature: car elle apparaît grâce à ce souffle de Dieu, par lequel le Royaume est pénétré du centre aux frontières les plus lointaines. Notamment la charité du Royaume est ce milieu spirituel, à l'intérieur duquel apparaissent et se développent toutes les relations de ses habitants. Au propre, c’est notamment ces relations qui forment la structure du Royaume, lui donnent la forme.
Et ici la sincérité a une valeur singulière : car c’est notamment elle qui définit la qualité d’une relation. La sincérité des relations dans le monde non transformé définit, avant tout, la stabilité des relations interhumaines; dans le Royaume elle définit la stabilité du Royaume. Ce n'est pas étonnant qu'elle ne puisse exister qu’à la condition de la sincérité complète des relations de chacun de ses habitants envers tout le reste. Et c'est pourquoi personne n'entrera dans le Royaume, s’il ne manifeste pas dans ses relations envers le voisin cette sincérité : car ne l’ayant pas, l’homme deviendra non pas l’édificateur, mais le destructeur du Royaume. Destructeur, qui ne peut avoir de place dans le Royaume.
10 que l'amour fraternel vous lie d'affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants, |
Comme les mots de l'apôtre Paul sur les relations des hommes entre eux contrastent de manière frappante avec ce que nous voyons autour de nous. Le manque de respect l'un à l'autre, l'humiliation de la dignité humaine sont des traits caractères à notre vie. C'est devenu une chose ordinaire que nous avons cessé de nous en rendre compte.
C'est pourquoi les mots de l'apôtre sont comme «une gorgée d’air frais». Extraordinaire que ce sont des mots très concret, comme on le dit maintenant. L'apôtre explique en détail ce que signifie «tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux». Le concret de ces indications nous donne la possibilité de les réaliser dans notre vie, dans nos relations les uns les autres. Il est important que c’est notamment en ceci, et non en quelque chose d'autre, que nous est donné déjà dans cette vie, dans ce monde, la possibilité de se joindre au Ciel, au Royaume du siècle futur.
Et encore: les mots «dans la ferveur de l'esprit, au service du Seigneur» (verset 11) dits dans ce texte ont un lien logique avec tout le reste. Que l’amour fraternel soit au service du Seigneur. Lorsque les chrétiens disent qu’il leur est donné de rencontrer Jésus Ressuscité, ce n’est pas du tout de la métaphore d'art, mais de la pure vérité. Pour cela, il faut seulement avoir un amour fraternel entre nous avec tendresse. Et en outre non pas seulement envers les proches et les amis, mais aussi envers l'un l'autre - envers tous.
15 Réjouissez-vous avec qui est dans la joie, pleurez avec qui pleure. |
Tout chrétien sait que sa tâche est le témoignage, le témoignage rendu au Christ et au Royaume que le Christ a apporté dans le monde. Et plus il témoigne activement, plus de gens autour de lui seront sauvés. Mais qu'est-ce que le témoignage? D'ordinaire, par témoignage, nous entendons des paroles et des actes qui peuvent faire comprendre à ceux qui nous entourent ce qu'est le Royaume et de quelle vie vivent ses habitants. Mais qu'en est-il des personnes mêmes auxquelles nous témoignons? Ont-elles le Royaume en tête?
La question peut paraître étrange: tout chrétien sait en effet que c'est précisément dans le Royaume que toutes les difficultés sont surmontées et que tous les problèmes trouvent leur solution. Aucune religion, bien sûr, n'aidera ici, mais la participation à la plénitude du Royaume peut aider. Ce n'est pas un hasard si l'un des principaux témoignages de la puissance du Royaume, au temps du ministère terrestre du Sauveur, ce sont les guérisons.
Bien sûr, chaque guérison se révèle être un témoignage. Mais pourquoi précisément les guérisons? La réponse la plus simple est celle-ci: parce que c'était ce que les gens attendaient en premier lieu. Plus encore: certains d'entre eux, peut-être même la majorité, au début, dès qu'ils entendaient parler de Jésus, n'attendaient de Lui que la guérison; et ce n'est qu'après avoir reçu ce qu'ils désiraient qu'ils commençaient à penser à davantage, même si tous ne le faisaient pas et pas toujours. Mais Jésus ne ménageait pas pour ces gens le Royaume, sa force, sa vie. Il comprenait que tant que l'homme n'est pas convaincu que le problème qui empoisonnait jusque-là toute sa vie peut être résolu, il ne croira à aucun Royaume comme à une réalité et ne l'accueillera pas comme réalité.
Et l'apôtre, on le voit, le comprend aussi parfaitement. Le témoignage sur le Royaume, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ne doit pas commencer par des paroles abstraites sur le Royaume, ni même par sa propre expérience de vie en lui, mais par la personne à qui l'on doit témoigner, par sa vie, par ses problèmes. Non pas, bien sûr, simplement pour parler de ce qui fait mal et rouvrir encore davantage les plaies, mais pour lui attester la possibilité de résoudre ses problèmes et de changer sa vie, s'il se décide à faire un pas à la suite du Christ. Non pas pour devenir l'adepte d'une religion nouvelle pour lui, qui ne l'aidera sans doute en rien, mais pour devenir habitant de Son Royaume, où les problèmes, certes, ne disparaissent pas d'eux-mêmes par magie, mais où ils peuvent trouver leur solution.
16 Pleins d'une égale complaisance pour tous, sans vous complaire dans l'orgueil, attirés plutôt par ce qui est humble, ne vous complaisez pas dans votre propre sagesse. |
En parlant des relations des fidèles entre eux, Paul leur conseille de suivre l’exemple de ceux qu’on appelait alors d’ordinaire les «pauvres» ou les «humbles». Autrefois, huit siècles avant la venue du Messie, au temps d’Isaïe de Jérusalem, on appelait ainsi les disciples du prophète, qui donnèrent naissance à tout un mouvement religieux. Ses membres s’appelaient eux-mêmes «pauvres» ou «humbles», bien qu’il s’agît d’ordinaire non de leur situation matérielle, mais de leur état spirituel. Ces hommes considéraient comme leur but principal la préparation à la rencontre du Messie, dont Isaïe annonçait la venue prochaine.
Ils s’appelaient «pauvres» et «humbles» parce qu’ils comprenaient que seul l’homme qui renonce à tout ce qu’il possède dans ce monde et se remet entièrement à la volonté de Dieu peut espérer entrer dans le Royaume du Messie. Et Paul, s’adressant à ses coreligionnaires, les appelle à cette humilité dont parlaient déjà les «pauvres» de l’époque d’avant l’exil. Que comprend donc l’apôtre par humilité lorsqu’il s’agit de l’attitude envers le prochain, envers le frère dans le Christ? Avant tout ce que la traduction russe appelle, pas très heureusement, «unanimité». On pourrait penser qu’il s’agit d’opinions communes sur telle ou telle question.
En réalité, l’expression grecque correspondante signifie «penser de l’autre de la même manière». Il s’agit, d’une part, de ne distinguer personne et de ne donner la préférence à personne, et, d’autre part, de ne pas non plus se placer soi-même au-dessus des autres. Un tel appel peut paraître irréalisable: les hommes sont différents, et il est impossible de ne pas remarquer ces différences. Mais Paul n’appelle pas à ne pas remarquer les différences entre les hommes. Il propose seulement de ne pas en distinguer certains au-dessus des autres, de ne pas placer les uns plus haut et les autres plus bas en fonction des capacités ou des qualités personnelles de l’homme.
Et de ne pas se donner à soi-même non plus la préférence en ce sens, de «ne pas être orgueilleux de soi», comme dit l’apôtre. En effet, la véritable humilité ne consiste pas à se considérer inférieur à tous, mais à cesser d’évaluer aussi bien soi-même que les autres. Bien sûr, nous sommes tous différents, et il faut voir ces différences. Mais il ne faut pas essayer de déterminer qui est plus important aux yeux de Dieu, qui est plus haut ou plus bas à cet égard. Dieu Lui-même peut le déterminer lorsque la nécessité s’en présentera. Quant à nous, nous pouvons très bien accomplir Son œuvre sans penser du tout à savoir dans quelle mesure nous sommes plus haut ou plus bas à Ses yeux que n’importe lequel de nos prochains.
9 Que votre charité soit sans feinte, détestant le mal, solidement attachés au bien; |
10 que l'amour fraternel vous lie d'affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants, |
11 d'un zèle sans nonchalance, dans la ferveur de l'esprit, au service du Seigneur, |
12 avec la joie de l'espérance, constants dans la tribulation, assidus à la prière, |
13 prenant part aux besoins des saints, avides de donner l'hospitalité. |
14 Bénissez ceux qui vous persécutent; bénissez, ne maudissez pas. |
15 Réjouissez-vous avec qui est dans la joie, pleurez avec qui pleure. |
16 Pleins d'une égale complaisance pour tous, sans vous complaire dans l'orgueil, attirés plutôt par ce qui est humble, ne vous complaisez pas dans votre propre sagesse. |
17 Sans rendre à personne le mal pour le mal, ayant à cœur ce qui est bien devant tous les hommes, |
18 en paix avec tous si possible, autant qu'il dépend de vous, |
19 sans vous faire justice à vous-mêmes, mes bien-aimés, laissez agir la colère ; car il est écrit : C'est moi qui ferai justice, moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. |
20 Bien plutôt, si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s'il a soif, donne-lui à boire ; ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. |
21 Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. |
En décrivant la vie du Royaume et de ceux qui y ont part, Paul souligne une particularité très importante de notre époque, l'époque du Royaume qui vient, qui se révèle avec une plénitude toujours plus grande et accueille sans cesse de nouveaux habitants.
Auparavant, parlant des manières dont Dieu agit dans le monde, l'apôtre, en se référant à la Torah, attirait l'attention de ses lecteurs sur le fait que Dieu peut agir même par ceux qui lui résistent; mais alors ce n'était plus l'action de l'amour de Dieu, mais celle de sa puissance. Maintenant, à première vue, le tableau change: l'action de l'amour de Dieu est visible, et Paul décrit avec détail ses manifestations dans les relations entre frères comme dans celles des chrétiens avec ceux qui ne connaissent pas encore le Royaume (v. 9-18).
Mais Paul ne mentionne pas les manifestations de la puissance de Dieu du genre de celles dont il parle en se référant aux textes de l'Exode. Au contraire, il interdit la vengeance, suivant ici les enseignements de Jésus lui-même, et propose de la remettre jusqu'au moment où Dieu manifestera directement sa puissance et exercera son jugement (v. 19-21). Mais, à en juger par ce que Paul dit du Royaume et du retour du Sauveur, le jugement définitif sur les ennemis de Dieu, et donc sur les ennemis des fidèles, est remis à la fin des temps.
À première vue, on peut avoir l'impression que Dieu expose ainsi son peuple aux coups, car les fidèles devront attendre encore longtemps le jugement de Dieu. Mais cette manière d'agir dans notre monde déchu apparaît comme la seule possible. En effet, on ne peut parler du jugement définitif de Dieu que lorsque l'homme se trouve dans le Royaume ou devant le Royaume, et un Royaume révélé dans toute sa plénitude.
Certes, Dieu voit dès maintenant le cœur de chacun. Mais l'histoire du Royaume ne fait que commencer; il ne s'est pas encore révélé au point de transformer jusqu'au bout notre monde, qui n'est pas encore libéré du péché. Cela signifie que l'ancienne histoire, où le choix d'une voie ne signifiait encore que le choix d'une voie, n'est pas tout à fait terminée. L'ancien monde a cessé d'être l'unique réalité de l'histoire, mais il en constitue encore une part réelle. Par conséquent, tout choix fait par l'homme dans ce monde ambigu et divisé ne peut être tenu pour définitif, sauf pour ceux qui ont choisi le Royaume et ont parcouru leur chemin jusqu'au bout. Tous les autres ont encore, jusqu'au retour du Sauveur, la possibilité de changer d'avis, de modifier leur décision et leur choix.
Mais alors il faut aussi leur donner le temps d'utiliser cette possibilité. Et Dieu, en différant son jugement, leur donne du temps afin d'employer jusqu'au bout toutes les possibilités pour le salut de chacun. Pour ceux qui sont déjà dans le Royaume, le chemin du salut est ouvert. Il est maintenant temps pour eux de penser à ceux qui ne connaissent pas encore ce chemin, afin que le Sauveur soit réellement le Sauveur de chacun de ceux qui peuvent encore être sauvés.
9 Que votre charité soit sans feinte, détestant le mal, solidement attachés au bien; |
10 que l'amour fraternel vous lie d'affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants, |
11 d'un zèle sans nonchalance, dans la ferveur de l'esprit, au service du Seigneur, |
12 avec la joie de l'espérance, constants dans la tribulation, assidus à la prière, |
13 prenant part aux besoins des saints, avides de donner l'hospitalité. |
14 Bénissez ceux qui vous persécutent; bénissez, ne maudissez pas. |
15 Réjouissez-vous avec qui est dans la joie, pleurez avec qui pleure. |
16 Pleins d'une égale complaisance pour tous, sans vous complaire dans l'orgueil, attirés plutôt par ce qui est humble, ne vous complaisez pas dans votre propre sagesse. |
17 Sans rendre à personne le mal pour le mal, ayant à cœur ce qui est bien devant tous les hommes, |
18 en paix avec tous si possible, autant qu'il dépend de vous, |
19 sans vous faire justice à vous-mêmes, mes bien-aimés, laissez agir la colère ; car il est écrit : C'est moi qui ferai justice, moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. |
20 Bien plutôt, si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s'il a soif, donne-lui à boire ; ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. |
21 Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. |
Toutes les recommandations de l’apôtre Paul dans cette partie de l’Épître aux Romains sont remarquables et méritent un examen particulier. Mais il importe surtout de s’arrêter sur certains liens internes entre les règles de la vie chrétienne proposées par Paul aux versets 11 et 12.
« Ne ralentissez pas votre zèle. » Nous appelons habituellement zèle une activité persévérante qui demande un effort de volonté et se fraie un chemin à travers notre propre paresse. Mais vient aussitôt : « soyez fervents d’esprit ». Lorsque le feu de l’esprit s’allume en nous, aucun effort n’est nécessaire ; tout se fait comme « de soi-même ». Ce sont deux antithèses dans la description de notre activité, après lesquelles Paul donne une synthèse : « servez le Seigneur ». Ainsi, nos actes sont appelés à être un service de Dieu, qu’ils soient accomplis avec aisance ou au prix d’un grand effort.
Voici maintenant le groupe de trois suivant. « Réjouissez-vous dans l’espérance. » Par l’attente d’un bien à venir, l’espérance fait naître en nous dès maintenant un état lumineux. « Soyez patients dans la détresse. » Quelque chose de négatif survenu dans le passé nous plonge dans une affliction difficile à supporter ; nous avons donc besoin de patience. Mais voici de nouveau la synthèse : « persévérez dans la prière » ! L’état lumineux comme l’état sombre de l’âme doivent nous pousser à la communion avec Dieu.
Paul connaît donc les alternances de notre vie : à l’essor succède le déclin, et inversement. Mais il dit qu’en toute circonstance, Dieu demeure au centre de la vie du chrétien, de son attention et de ses actes.
9 Que votre charité soit sans feinte, détestant le mal, solidement attachés au bien; |
10 que l'amour fraternel vous lie d'affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants, |
11 d'un zèle sans nonchalance, dans la ferveur de l'esprit, au service du Seigneur, |
12 avec la joie de l'espérance, constants dans la tribulation, assidus à la prière, |
13 prenant part aux besoins des saints, avides de donner l'hospitalité. |
14 Bénissez ceux qui vous persécutent; bénissez, ne maudissez pas. |
15 Réjouissez-vous avec qui est dans la joie, pleurez avec qui pleure. |
16 Pleins d'une égale complaisance pour tous, sans vous complaire dans l'orgueil, attirés plutôt par ce qui est humble, ne vous complaisez pas dans votre propre sagesse. |
17 Sans rendre à personne le mal pour le mal, ayant à cœur ce qui est bien devant tous les hommes, |
18 en paix avec tous si possible, autant qu'il dépend de vous, |
19 sans vous faire justice à vous-mêmes, mes bien-aimés, laissez agir la colère ; car il est écrit : C'est moi qui ferai justice, moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. |
20 Bien plutôt, si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s'il a soif, donne-lui à boire ; ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. |
21 Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. |
Paul considère que la condition principale de la vie chrétienne est la nécessité de vaincre le mal par le bien. Et il explique assez précisément ce qu’il entend par là : il s’agit notamment de prier pour tous ceux que nous connaissons et avec lesquels des relations se sont établies, y compris nos ennemis ; d’être ouverts, ce qui suppose l’hospitalité et la disponibilité à prendre part à la vie du prochain lorsque cette participation est nécessaire ; de garder le calme au temps de l’épreuve ; et de vivre cette unité d’esprit qui naît dans les relations lorsque ce sont précisément elles qui occupent la première place, et non le désir de s’affirmer.
Tout cela n’est possible que lorsque la vie même de l’homme est pleine et qu’elle se remplit du souffle de Dieu, du souffle de ce Royaume dont tout chrétien est citoyen. La vie humaine est un courant que Dieu remplit avec la participation de l’homme lui-même.
Dieu est prêt à remplir de son souffle la vie de quiconque s’ouvre à Lui, et le Christ est prêt à révéler la plénitude du Royaume à quiconque se confie en Lui. Mais l’ouverture à Dieu suppose aussi l’ouverture au monde. « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » est l’un des principaux principes de la vie chrétienne, de la vie du Royaume. Le courant de la vie doit couler librement. Mais nous sommes tous des hommes déchus, et la nature humaine déchue a peur d’une telle liberté. Il nous semble sans cesse que, si nous laissons notre vie couler librement, elle va très vite s’écouler tout entière et que le courant se tarira.
En réalité, c’est exactement le contraire : toute tentative d’arrêter le courant de la vie, d’élever un barrage sur son cours ou même tout un système de digues et de barrages conduit inévitablement à son tarissement, tandis que l’eau accumulée se transforme lentement mais sûrement en bourbier. C’est précisément contre cela que l’apôtre met en garde, en donnant des recommandations très pratiques, mais qui ne peuvent être suivies que si le courant de notre vie coule librement et se remplit des eaux du Royaume. Autrement, aucune force ne suffira pour vivre la vie que décrit l’apôtre.
Du moins pour la vivre constamment, surtout lorsqu’il s’agit d’aimer ses ennemis et de renoncer à la vengeance. Bien sûr, on peut préserver les apparences pour des raisons idéologiques ou religieuses. On peut « pardonner » à son ennemi entre ses dents et même se retenir de se venger par un effort de volonté. Mais il s’agit de tout autre chose : que la pensée même de cette vengeance ne surgisse pas et que l’on ne pense à ses ennemis que dans la mesure nécessaire pour ne pas leur permettre de nous empêcher d’accomplir l’œuvre de Dieu.
Dès que la lutte contre les ennemis devient une fin en soi, la bataille est perdue. Et la lutte contre le mal l’est aussi, si l’on se donne pour but le triomphe sur les forces du mal plutôt que la manifestation au monde de la vie du Royaume, qui est le sens principal de la vie du chrétien. Une rivière, en creusant son lit, ne lutte contre personne ; elle avance seulement, sans dévier, vers le but que Dieu lui a assigné, vers la mer ou l’océan dans lequel elle se jette. La vie chrétienne ressemble à un courant qui prend sa source dans le Royaume et se déverse dans le monde à travers le cœur des chrétiens. Être un tel courant est la tâche principale de la vie chrétienne.
1 Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu: c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre. |
2 Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. |
3 Au nom de la grâce qui m'a été donnée, je le dis à tous et à chacun : ne vous surestimez pas plus qu'il ne faut vous estimer, mais gardez de vous une sage estime, chacun selon le degré de foi que Dieu lui a départi. |
4 Car, de même que notre corps en son unité possède plus d'un membre et que ces membres n'ont pas tous la même fonction, |
5 ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu'un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres. |
6 Mais, pourvus de dons différents selon la grâce qui nous a été donnée, si c'est le don de prophétie, exerçons-le en proportion de notre foi; |
7 si c'est le service, en servant; l'enseignement, en enseignant; |
8 l'exhortation, en exhortant. Que celui qui donne le fasse sans calcul; celui qui préside, avec diligence; celui qui exerce la miséricorde, en rayonnant de joie. |
« Ne vous conformez pas au siècle présent »... Il existe probablement en chacun de nous, à un degré ou à un autre, le désir soit « d’être comme tous les gens normaux », soit, au contraire, « de ne pas être comme tout le monde ». Mais l’un et l’autre signifient que nous construisons notre modèle de conduite en nous appuyant sur celui que propose le siècle présent ou en nous y opposant. D’une manière ou d’une autre, nous nous conformons encore à ce monde. Paul propose une position entièrement différente. Peu importe ce que le monde pense de ma vie. Peu importe qu’elle corresponde ou non à la norme généralement admise. Peut-être, sur un point, y correspondra-t-elle si bien que j’en serai même contrarié : comment se fait-il que moi, personne si originale et singulière, je me conduise comme ils le jugent convenable ?! Le christianisme nous propose simplement de ne regarder ni autour de nous ni dans le miroir. Notre regard doit être renouvelé, et la seule manière de tout regarder avec d’autres yeux est de regarder d’abord Dieu, puis seulement tout le reste. Alors, peu à peu, nous apprendrons à tout voir par Ses yeux.
1 Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu: c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre. |
2 Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. |
3 Au nom de la grâce qui m'a été donnée, je le dis à tous et à chacun : ne vous surestimez pas plus qu'il ne faut vous estimer, mais gardez de vous une sage estime, chacun selon le degré de foi que Dieu lui a départi. |
4 Car, de même que notre corps en son unité possède plus d'un membre et que ces membres n'ont pas tous la même fonction, |
5 ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu'un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres. |
6 Mais, pourvus de dons différents selon la grâce qui nous a été donnée, si c'est le don de prophétie, exerçons-le en proportion de notre foi; |
7 si c'est le service, en servant; l'enseignement, en enseignant; |
8 l'exhortation, en exhortant. Que celui qui donne le fasse sans calcul; celui qui préside, avec diligence; celui qui exerce la miséricorde, en rayonnant de joie. |
Passant de la perspective eschatologique à l'époque présente, Paul appelle ses lecteurs à vivre dans le Royaume ici et maintenant, afin qu'au jour du retour du Sauveur ils ne se trouvent pas à l'écart de cet événement joyeux. La tâche principale, selon l'apôtre, est la transformation spirituelle, qui constitue le sens de la vie du chrétien. En gardant en mémoire le chemin de la justice, Paul parle d'une part du sacrifice, et d'autre part du renouvellement (v. 1 – 2). En parlant du sacrifice, l'apôtre a manifestement en vue cette vérité bien connue en son temps : tout sacrifice, dans le cas normal, n'était rien d'autre qu'une forme de communion avec Dieu ; et l'appel à faire de soi-même et de sa vie un sacrifice que Dieu sanctifiera par Sa présence devenait, dans la bouche de l'apôtre, un appel à ce que la tradition chrétienne appellera parfois plus tard une « vie consacrée ».
Dans l'histoire de l'Église, il y eut des temps où seuls quelques-uns pensaient à une telle vie et où elle fut considérée comme le lot des élus ; mais Paul, à ce qu'il apparaît, la considère comme la norme pour tout chrétien, ce qui n'a rien d'étonnant : en effet, au sens propre du mot, on ne peut appeler chrétien que celui qui cherche le Royaume et vit en lui. Une telle vie, bien sûr, demeure impossible tant que celui qui cherche le Royaume n'est pas intérieurement transformé et libéré de ce pouvoir du péché qui pèse sur chacun dans le monde déchu.
Cependant cette libération n'est possible que lorsque celui qui marche sur le chemin de la justice a déjà touché le Christ et le Royaume ; sinon l'homme n'a aucune possibilité de se libérer de sa propre condition pécheresse. Et la transformation, à son tour, est inséparable du service, qui suppose le témoignage du Royaume. L'apôtre énumère de nombreux services de ce genre, embrassant les aspects les plus divers de la vie ecclésiale et sociale, en soulignant qu'ils sont tous bons et qu'ils ont un sens spirituel (v. 4 – 8). Mais pour que ce sens ne disparaisse pas, une condition très importante doit être remplie, que Paul décrit par ces mots : « ...ayez des pensées modestes, selon la mesure de foi que Dieu a départie à chacun » (v. 3).
Il ne s'agit pas simplement d'un appel à la modestie. Car il est évident pour l'apôtre que chacun des services qu'il mentionne n'a d'importance que dans la mesure où il peut devenir témoignage du Royaume. Or cela n'est possible que si celui qui porte le service ne se contente pas, comme on le dit souvent de nos jours, de « s'exprimer », mais témoigne précisément, agit de telle sorte que l'on voie non pas tant le serviteur lui-même que la lumière du Royaume passant à travers lui. Pour un tel témoignage, il faut bien sûr déjà une certaine mesure de transformation ; sinon la lumière du Royaume ne pénétrera pas à travers l'épaisseur de péché que porte tout homme déchu.
Mais le point est précisément que la transformation elle-même n'est possible que dans le processus du service ; elle est inséparable du service et en devient une partie. Dans notre monde pas encore transformé jusqu'au bout, la vie dans le Royaume, la transformation et le service-témoignage sont inséparables les uns des autres et impossibles les uns sans les autres. Et l'apôtre, le comprenant, appelle ses lecteurs à ne pas attendre des temps meilleurs, de meilleures conditions ou de meilleurs témoins, mais à devenir habitants et témoins du Royaume ici et maintenant.
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