11 Car tel est le message que vous avez entendu dès le début: nous devons nous aimer les uns les autres, |
12 loin d'imiter Caïn, qui, étant du Mauvais, égorgea son frère. Et pourquoi l'égorgea-t-il? Parce que ses œuvres étaient mauvaises, tandis que celles de son frère étaient justes. |
13 Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait. |
14 Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort. |
15 Quiconque hait son frère est un homicide; or vous savez qu'aucun homicide n'a la vie éternelle demeurant en lui. |
16 À ceci nous avons connu l'Amour: celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères. |
17 Si quelqu'un, jouissant des biens de ce monde, voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui? |
18 Petits enfants, n'aimons ni de mots ni de langue, mais en actes et en vérité. |
19 À cela nous saurons que nous sommes de la vérité, et devant lui nous apaiserons notre cœur |
20 si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout. |
21 Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons pleine assurance devant Dieu: |
22 quoi que nous lui demandions nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable. |
23 Or voici son commandement: croire au nom de son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres comme il nous en a donné le commandement. |
24 Et celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui ; à ceci nous savons qu'il demeure en nous : à l'Esprit qu'il nous a donné. |
La pensée que l’apôtre Jean veut nous transmettre est extrêmement simple : croyez en Jésus et aimez-vous les uns les autres. Mais combien de fois l’apôtre la répète-t-il dans ce court texte et dans une épître qui n’est pas très longue ? Il l’aborde sous différents angles et utilise des exemples tirés de la Sainte Écriture et de la vie afin de transmettre ce qui est pour lui le plus important et le plus évident. Cette clarté est celle de l’esprit ; au-delà, chacun se heurte à l’impuissance des mots, incapables de transmettre l’expérience spirituelle, l’expérience du contact avec la vérité. Il est impossible de garder la révélation en soi : des fleuves d’eau vive jaillissent de celui qui a connu Dieu qui est Amour ; et chaque fois que l’apôtre dit « aimez-vous les uns les autres », il est évident pour lui qu’il n’existe réellement rien de plus important. Mais ces paroles resteront un son vide tant que celui qui les lit n’aura pas lui-même touché le Dieu vivant, tant qu’il n’aura pas simplement aimé. Alors seulement l’homme devient capable de comprendre qu’il n’y a rien de plus important que l’amour, et que c’est précisément pourquoi le mal s’acharne si violemment contre tout signe que, quelque part — même très peu, et pas encore de la manière dont Jean l’écrit —, les hommes choisissent non pas la haine, mais l’amour.
11 Car tel est le message que vous avez entendu dès le début: nous devons nous aimer les uns les autres, |
12 loin d'imiter Caïn, qui, étant du Mauvais, égorgea son frère. Et pourquoi l'égorgea-t-il? Parce que ses œuvres étaient mauvaises, tandis que celles de son frère étaient justes. |
13 Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait. |
14 Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort. |
15 Quiconque hait son frère est un homicide; or vous savez qu'aucun homicide n'a la vie éternelle demeurant en lui. |
16 À ceci nous avons connu l'Amour: celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères. |
17 Si quelqu'un, jouissant des biens de ce monde, voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui? |
18 Petits enfants, n'aimons ni de mots ni de langue, mais en actes et en vérité. |
19 À cela nous saurons que nous sommes de la vérité, et devant lui nous apaiserons notre cœur |
20 si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout. |
La langue de la première épître catholique de l'apôtre et évangéliste Jean est si proche de celle de son Évangile que la question de l'auteur paraît tout à fait oiseuse. Il est d'autant plus intéressant de voir comment le disciple bien-aimé utilise les expressions du Maître. Dans l'Évangile, le Seigneur dit : « celui qui croit en Celui qui m'a envoyé a la vie éternelle, et il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie » (Jn 5,24). Dans le passage d'aujourd'hui de l'épître, nous lisons : « nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie ». Nous avons pleinement le droit de penser que, par cette expression grecque, dans les deux cas, l'apôtre transmet avec exactitude les paroles du Christ qui lui étaient restées en mémoire. Pourquoi donc, comme le dit l'apôtre, savons-nous que nous sommes passés de la mort à la vie ? Parce que nous aimons les frères.
À vrai dire, ces paroles ont quelque chose de choquant. Les péripéties de l'histoire nous portent à penser que la certitude de ce passage de la mort à la vie accompli tient à d'autres choses. Comme tout est simple chez l'apôtre : nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons les frères. C'en est presque vexant, parce que c'est précisément cela que, d'ordinaire, nous ne savons pas faire... Mais en même temps, lire ces paroles donne une grande joie, parce que le christianisme se révèle être une foi beaucoup plus vivante qu'on ne pourrait le penser en nous regardant nous-mêmes.
15 Quiconque hait son frère est un homicide; or vous savez qu'aucun homicide n'a la vie éternelle demeurant en lui. |
16 À ceci nous avons connu l'Amour: celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères. |
Jésus appelle Ses paroles «aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés» un «commandement nouveau». Mais qu'y a-t-il donc de nouveau en lui, si l'appel à aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme et de toutes ses forces, et le prochain comme soi-même, a retenti au moins six ou sept siècles avant la venue du Christ? Jean lie l'amour au Royaume, comme le faisait aussi son Maître.
Avant tout, Jean attire l'attention sur le fait que la haine est propre au monde déchu, tandis que l'amour, du moins celui dont parle Jésus, ne l'est pas. C'est précisément pourquoi le monde ne reçoit ni le Christ Lui-même ni Ses disciples. D'ailleurs, le problème se révèle plus large: la haine du monde déchu s'opposait depuis longtemps à toute manifestation de l'amour dans ce monde; déjà le conflit de Caïn avec Abel était un exemple d'une telle opposition. L'amour peut être présent dans le monde, mais comme quelque chose d'étranger à sa nature. Or le Royaume aussi est étranger à la nature du monde déchu; selon la parole du Sauveur, il «n'est pas de ce monde».
Cependant le lien entre le Royaume et l'amour ne se manifeste pas seulement en cela; il est beaucoup plus profond. On pourrait appeler l'amour la nature du Royaume, dans la mesure où l'on peut parler de nature à propos du Royaume. Bien sûr, le monde qui se transforme et devient une partie du Royaume y entre tout entier, avec toute sa nature. Seul reste dehors le mal, qui déforme la nature du monde, et non la nature elle-même. Mais le rapport de la nature transfigurée à Dieu change. Dieu, bien sûr, est dès maintenant présent dans chaque particule de Sa création.
Sa présence se révèle le plus souvent impersonnelle et demeure inconsciente. Dieu, pour ainsi dire, se cache du monde, présent en lui sans Se manifester. Il en va autrement du Royaume: là, Il ne Se cache plus. Et là, Sa présence se manifeste précisément comme amour, qui devient une partie aussi indissociable de la vie du Royaume que l'énergie naturelle l'est ici. Le souffle de Dieu, qui pénètre le Royaume, devient pour ses habitants énergie d'amour. Un amour sans lequel la vie dans le Royaume est impossible.
15 Quiconque hait son frère est un homicide; or vous savez qu'aucun homicide n'a la vie éternelle demeurant en lui. |
16 À ceci nous avons connu l'Amour: celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères. |
Combien souvent nous effraient les paroles selon lesquelles «quiconque hait son frère est un meurtrier», et par le meurtre se prive de la vie éternelle, de Dieu qui vit en lui, chasse l’amour de son cœur. Oui, ces paroles sont terribles. Mais nous ne réfléchissons pas si souvent à ce qu’est réellement la haine. D’un côté, il est bon que, chaque fois que nous commençons à nous mettre en colère, à nous irriter, à nous fâcher, nous nous souvenions de ces paroles, que nous en ayons peur et qu’elles nous arrêtent. Mais la peur du péché peut aussi éloigner de Dieu si l’on ne regarde que la peur elle-même.
La haine n’est même pas un sentiment. C’est plus fort. Quand on hait, on veut que l’autre n’existe pas. Du tout. C’est pourquoi cela équivaut au meurtre, lorsqu’un homme fait en sorte qu’un autre ne soit plus. Quand on hait, on anéantit en pensée.
C’est terrible, oui, mais alors il s’ensuit que l’on peut trouver assez facilement un remède à la haine, un antidote. Il suffit d’abord d’accepter que l’homme que nous haïssons existe. Il n’est pas nécessaire de vouloir devenir son ami ni communiquer avec lui. Il faut, au fond de son cœur, lui donner le droit de vivre, même si au début nous souhaitons vivre au pôle Nord et lui au pôle Sud. Si nous pouvons accepter que cet homme vive quelque part, marche sur la même terre que nous, soit créé et gardé par le même Dieu aimant, nous ne haïssons déjà plus. Et cela signifie que le Seigneur peut planter dans notre cœur la semence du pardon et de l’amour pour cet homme; là où il n’y a pas de haine, il reste, même souvent toute petite, une place pour l’amour.
16 À ceci nous avons connu l'Amour: celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères. |
Comme dans son Évangile, l'apôtre Jean le Théologien définit ici le véritable amour à travers le sacrifice de Christ, Sa mort pour notre salut. C'est-à-dire que si nous avons accepté ce témoignage, avons accepté le fait que l'amour de Dieu à nous est manifesté, surgit alors naturellement la question sur notre réponse à Lui. Comment pouvons-nous répondre à Son amour? L'apôtre Jean répond : l'amour en retour, et elle, si c'est l'amour véritable, - doit être notre sacrifice. Il parait que tout est clair : il a donné Sa vie pour nous, nous donnons aussi la vie pour Lui. Cependant Jean écrit quelque chose d'autre : notre sacrifice n'ajoutera rien à Dieu, il faut apporter notre sacrifice pour ceux là, pour qui Christ a donné Sa vie. Ainsi nous pouvons devenir des coparticipants du salut du monde, des communiants de Son amour.
16 À ceci nous avons connu l'Amour: celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères. |
Comme dans son Évangile, l'apôtre Jean le Théologien définit ici le véritable amour à travers le sacrifice de Christ, Sa mort pour notre salut. C'est-à-dire que si nous avons accepté ce témoignage, avons accepté le fait que l'amour de Dieu à nous est manifesté, surgit alors naturellement la question sur notre réponse à Lui. Comment pouvons-nous répondre à Son amour? L'apôtre Jean répond : l'amour en retour, et elle, si c'est l'amour véritable, - doit être notre sacrifice. Il parait que tout est clair : il a donné Sa vie pour nous, nous donnons aussi la vie pour Lui. Cependant Jean écrit quelque chose d'autre : notre sacrifice n'ajoutera rien à Dieu, il faut apporter notre sacrifice pour ceux là, pour qui Christ a donné Sa vie. Ainsi nous pouvons devenir des coparticipants du salut du monde, des communiants de Son amour.
21 Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons pleine assurance devant Dieu: |
La question de ce qui est péché et de ce qui ne l'est pas devient centrale pour tout homme religieux. De quels critères peut-on se guider dans ce cas? La Bible nous propose les commandements et une multitude d'interprétations très diverses.
Au fond, tous les livres bibliques sont liés d'une manière ou d'une autre à la question de l'observance, ou de la violation, des commandements donnés par Dieu. Mais on peut se rapporter à leur observance de différentes manières. On peut se guider par des critères extérieurs, comme le fait d'ordinaire la majorité des croyants. Dans ce cas, beaucoup dépend de la manière de comprendre tel ou tel commandement, de la manière de l'interpréter. Que faut-il, par exemple, considérer ou ne pas considérer comme meurtre, vol, débauche, blasphème?
Le Décalogue interdit déjà tout cela. Mais il y a eu et il y a une multitude de variantes d'interprétation des commandements du Décalogue. Avant tout parce que tous les interprètes les ont analysés d'une manière ou d'une autre de l'extérieur, comme de côté, cherchant à établir une fois pour toutes des règles et des lois données. La Bible elle-même réfute une telle approche. L'Ancien Testament déjà nous propose au moins deux variantes de législation fondées sur le Décalogue. Et elles ne coïncident pas en tout. Ainsi la Bible nous dit pour ainsi dire: ne cherchez pas l'interprétation unique, juste et seule possible; elle n'existe pas. L'accomplissement des commandements dépend du lieu et du temps.
Seule est inébranlable la volonté de Dieu, ces intentions de Dieu qui se tiennent derrière chacun des commandements du Décalogue. Le comportement de l'homme, lui, peut être différent selon les situations. La législation vétérotestamentaire n'est qu'un exemple de la manière dont on peut et doit appliquer les commandements dans la vie réelle. Il aurait pu y avoir plus d'exemples. Et pour ne pas se perdre, les commandements de Dieu doivent devenir pour l'homme un impératif spirituel intérieur. Ce que l'on appelait aux temps évangéliques la Torah intérieure.
Ses commandements, comme le disait Jérémie, ne sont pas gravés sur des pierres, mais écrits dans le cœur de l'homme. Alors chaque situation sera perçue par l'homme à travers le prisme de cette Torah intérieure. Et l'on pourra se fier à son cœur en ce qui concerne le péché ou son absence. Si le cœur, conduit par la Torah intérieure, ne condamne pas l'homme, alors il peut s'adresser à Dieu avec paix. Un tel homme, bien sûr, n'est pas sans péché, mais il peut dire d'un cœur pur à lui-même et à Dieu: pour lutter contre mon péché, j'ai fait tout ce que je pouvais.
23 Or voici son commandement: croire au nom de son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres comme il nous en a donné le commandement. |
Il a été depuis longtemps observé que le thème principal des messages de Jean est le thème de l'amour. Bien sûr il n’y a rien de surprenant ici : car même la dernière conversation du Sauveur pendant la Cène était aussi consacrée notamment à l'amour, cet amour qui devient le signe distinctif des chrétiens et le signe distinctif du Royaume. Semblerait-il même avant beaucoup a été dit et écrit sur l'amour, y compris dans les livres bibliques. Alors pourquoi Jésus parle de l'amour, comme «d’un nouveau commandement» ? Et pourquoi l'apôtre répète Ses mots, liant cet amour à la personnalité de Jésus-Christ, à Qui sans confiance il est impossible ?
Bien sûr s'il s'agissait de cet amour, qui était connu longtemps avant l'arrivée au monde du Sauveur, il n’y aurait vraiment rien eu de nouveau dans le commandement sur l'amour. Mais Il dit Lui-même: aimez vous les uns les autres, comme Je vous ai aimé. Ce n'est pas étonnant que l'apôtre lie la possibilité de l'amour chrétien entre les gens à la foi en Jésus-Christ : Sans confiance à Celui, qui a manifesté ce nouvel amour au monde, sans relation avec Lui, sans le fait de vivre avec Lui une même vie du Royaume, personne des hommes ne peut aimer ainsi.
Et le problème ici n’est pas dans l'intensité ou la profondeur de la relation (et l'amour dans ce sens, dans lequel les auteurs des livres bibliques comprennent ce mot, n’est pas l'émotion, mais surtout la relation), mais dans sa nouvelle qualité. Certes l'amour reste l'amour et dans le Royaume, et dans le monde non transformé. Mais dans le monde non transformé il ne peut pas être rien de grand, que la relation. Mais voici dans le Royaume il devient non seulement la relation, mais aussi ce milieu spirituel, à l'intérieur duquel cette relation naît et se développe. Ce genre de milieu existe aussi dans le monde non transformé, mais ici il reste naturel, psychique (car la psyché est aussi une partie de la nature, bien que tout à fait spéciale).
Mais dans le Royaume, où la nature humaine se transforme, les relations entre les gens ne peuvent plus déjà exister dans un milieu purement naturel, ici elles demandent une médiation spirituelle, puisque le Royaume lui aussi est pénétré par le souffle de Dieu, il est avant tout spirituel, et ensuite naturel. Et l'amour devient ce milieu spirituel, à l'intérieur duquel on construit toutes les relations du Royaume. On pourrait appeler l'amour la principale substance du Royaume, sa propre nature. Et les formes concrètes de l'existence de cette nature sont définies par ces relations de l'amour, qui lient les habitants du Royaume entre eux. Ce n'est pas étonnant que Jean appelle les chrétiens à l'amour : car c’est la même chose que les appeler à vivre la vie du Royaume. Cette seule vie, que l'on peut considérer chrétienne.
21 Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons pleine assurance devant Dieu: |
22 quoi que nous lui demandions nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable. |
23 Or voici son commandement: croire au nom de son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres comme il nous en a donné le commandement. |
24 Et celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui ; à ceci nous savons qu'il demeure en nous : à l'Esprit qu'il nous a donné. |
1 Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s'ils viennent de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde. |
2 À ceci reconnaissez l'esprit de Dieu: tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu; |
3 et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n'est pas de Dieu; c'est là l'esprit de l'Antichrist. Vous avez entendu dire qu'il allait venir; eh bien! maintenant, il est déjà dans le monde. |
4 Vous, petits enfants, vous êtes de Dieu et vous les avez vaincus. Car Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde. |
5 Eux, ils sont du monde; c'est pourquoi ils parlent d'après le monde et le monde les écoute. |
6 Nous, nous sommes de Dieu. Qui connaît Dieu nous écoute, qui n'est pas de Dieu ne nous écoute pas. C'est à quoi nous reconnaissons l'esprit de la vérité et l'esprit de l'erreur. |
«Bien-aimés! si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance devant Dieu…» Le cœur… mais pourquoi le cœur? Car la capacité de porter des jugements semble appartenir à l’intelligence, non au cœur. Il y eut un homme nullement religieux, un homme des Temps modernes (il vécut au XVIIe siècle), François de La Rochefoucauld, moraliste qui précéda l’apparition de Voltaire, Rousseau et Diderot, et il disait ceci: l’esprit est toujours la dupe du cœur. Il voulait peut-être dire autre chose que ce que nous allons tenter de lui faire dire. Mais voici encore une opinion, celle d’un homme tout différent, bien qu’ayant vécu à peu près à la même époque: les paroles de Spinoza selon lesquelles les passions ne sont vaincues non par la raison, mais seulement par des passions plus fortes. Ce n’est pas par hasard que nous parlons maintenant de cela, et ce n’est pas par hasard que l’Apôtre parle du cœur qui ne condamne pas, car nous sommes aux portes du Grand Carême. Nous mangerons moins et nourrirons moins bien notre cerveau afin de contraindre le cœur à devenir plus sensible et à nous dire s’il nous condamne. Car très souvent, sinon toujours, nous nous repentons de ce que notre intelligence nous propose pour la confession. Or que sont nos péchés? Presque tous sont des passions, et voilà que nous essayons de les vaincre par l’intelligence. Bien sûr, nous tâchons de faire comme si nous les vainquions par l’ascèse… Mais quelle ascèse peut pratiquer l’homme urbain moderne, qui doit aller travailler chaque jour et réfléchir au travail malgré l’hypoglycémie, qui doit courir avec ses enfants et ses parents âgés? L’ascèse au sens véritable est impossible dans de telles conditions; tout cela n’est qu’une autolimitation à la mesure de ses forces. Il ne nous reste alors, pour lutter contre les passions, que l’intelligence. Mais voici le témoignage de deux hommes si différents: cela peut être tout à fait inutile. Revenons maintenant aux paroles de l’Apôtre: «…si notre cœur ne nous condamne pas…». Regardons cet organe merveilleux: le cœur. C’est l’un des mots les plus fréquents de la Bible. Voici ce qu’écrit le philosophe du cœur, comme certains l’appellent, B. Vycheslavtsev: «Il faut reconnaître le cœur comme l’organe fondamental des expériences religieuses. Dans la simplicité et l’accessibilité de ce mot “cœur”, de ce symbole constamment présent dans le langage courant, réside sa haute valeur religieuse. Un homme “sans cœur” est un homme sans amour et sans religion; l’irréligion est, en fin de compte, absence de cœur». Consacrons le Grand Carême à accueillir dans notre cœur le Saint Cœur de Jésus et à chercher, dans l’infini Saint Cœur de Jésus, une petite place pour notre propre cœur.
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