45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. |
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. |
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris; |
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. " |
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, |
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché. |
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
54 Quand ils furent sortis de la barque, aussitôt des gens qui l'avaient reconnu |
55 parcoururent toute cette région et se mirent à transporter les malades sur leurs grabats, là où l'on apprenait qu'il était. |
56 Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. |
L'Évangéliste parle de l'endurcissement du cœur des disciples, qui « n'avaient rien compris à l'affaire des pains ». Pour eux, la rencontre avec le Christ au milieu de la mer déchaînée a failli se transformer en « hallucination » ou en vision fantastique venue du monde spirituel. Pourtant, le Christ qui venait vers eux en marchant sur les eaux était et demeure absolument réel : Il leur dit « C'est Moi ! » Le même endurcissement du cœur nous empêche souvent, nous aussi, de voir dans notre vie l'action et la présence réelle du Christ. Il est, comme toujours, véritable. Il est proche. Surtout pendant la tempête, lorsque nous avons le plus besoin de Son aide bienfaisante. Notre tâche est d'apprendre à Le voir au milieu de nos tempêtes quotidiennes, à reconnaître par la foi Sa présence, qui peut apaiser n'importe quelle tourmente et triompher de toute victoire de la mort.
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. |
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. |
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris; |
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. " |
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, |
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché. |
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
54 Quand ils furent sortis de la barque, aussitôt des gens qui l'avaient reconnu |
55 parcoururent toute cette région et se mirent à transporter les malades sur leurs grabats, là où l'on apprenait qu'il était. |
56 Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. |
La lecture d'aujourd'hui, en racontant encore un miracle accompli par Jésus, poursuit le thème commencé par le récit de la multiplication des pains. Le lien entre les deux récits est indiqué par l'évangéliste lui-même, qui remarque que le miracle de la multiplication des pains n'avait pas suffi pour que les apôtres comprennent quelque chose de très important au sujet de la personne de Jésus et de son ministère (v. 51-52). Dans le passage d'aujourd'hui, il est question d'un événement survenu pendant une tempête qui s'était levée lorsque les disciples de Jésus, laissant le Maître sur la rive orientale du lac de Génésareth, étaient partis vers l'autre rive, voulant gagner Bethsaïde (v. 45-48). Les tempêtes sur le lac de Génésareth peuvent être assez fortes pour mettre en danger des barques de pêche relativement petites, et les apôtres, surpris sur le lac par une telle tempête, se trouvèrent dans une situation difficile et dangereuse.
Et la situation est de nouveau entièrement changée par Jésus lui-même, cette fois par sa seule apparition (v. 51). Ici, comme dans le récit du miracle de la multiplication des pains, il n'y a pas non plus de détails ni de précisions : Jésus apparaît simplement, et le vent tombe aussitôt, comme s'il portait en lui un autre monde, nouveau, avec d'autres lois qui agissent aussi dans ce monde et le soumettent à elles.
L'évangéliste, en décrivant ce qui se passe, souligne en quelque sorte que Jésus n'a rien besoin de faire pour que le miracle se produise ; il lui suffit simplement d'être présent là où son intervention est nécessaire, et cela suffit, car Jésus porte en lui le Royaume de Dieu dont il parle constamment à quiconque est prêt à l'entendre, et non seulement il en parle, mais il montre aussi à quiconque est prêt à voir ce qu'est ce Royaume, où cinq pains suffisent à nourrir plusieurs milliers de personnes et où l'on peut marcher sur l'eau comme sur la terre ferme.
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. |
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. |
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris; |
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. " |
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, |
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché. |
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
54 Quand ils furent sortis de la barque, aussitôt des gens qui l'avaient reconnu |
55 parcoururent toute cette région et se mirent à transporter les malades sur leurs grabats, là où l'on apprenait qu'il était. |
56 Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. |
La séparation du peuple d'avec le Christ et Ses disciples ressemblait à une fuite. Pourquoi une telle hâte? Dans l'Évangile selon Jean (6:14-15), on trouve la réponse à cette question. Les gens voulaient simplement proclamer Jésus roi, agir avec Lui comme avec un homme exceptionnel. L'attitude du peuple est tout à fait compréhensible: ils ne savaient pas qui était Jésus. On aurait pu attendre une autre attitude de ceux qui partageaient avec Jésus le pain, le toit et toutes les peines de la vie difficile d'un prédicateur itinérant. Mais, chose étrange, la foi des apôtres était très faible, surtout quand Jésus n'était pas auprès d'eux.
Après avoir renvoyé les disciples et la foule, Jésus monta sur la montagne pour prier. Quelques heures plus tard, Il vit au milieu de la mer les disciples dans la barque, tentant en vain de lutter contre le vent contraire. Comme nous sommes impuissants sans le Christ! Aucune force de la nature ne peut empêcher le désir du Seigneur d'être auprès des Siens. Les disciples ne L'appelaient pas, mais ils avaient besoin de Lui. Pourtant l'apparition de Jésus marchant sur l'eau ne suscita que peur et étonnement. Ils ne s'attendaient pas à cela de Sa part. Marc explique cette réaction des disciples par l'endurcissement de leur cœur.
Dès que Jésus et les apôtres arrivèrent dans le pays de Génésareth, des foules de gens ayant besoin de guérison affluèrent vers Lui. À de tels miracles les apôtres étaient habitués et ne s'étonnaient plus.
Nous nous étonnons d'un miracle quand il dépasse notre compréhension du monde qui nous entoure ou de celui qui accomplit le miracle. Nous connaissons peut-être peu Dieu si Ses actions nous surprennent, ou si nous réagissons à Ses œuvres par la question: «Et comment a-t-Il fait cela?» Car tout ce que Dieu fait est merveilleux.
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. |
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. |
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris; |
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. " |
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, |
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché. |
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
54 Quand ils furent sortis de la barque, aussitôt des gens qui l'avaient reconnu |
55 parcoururent toute cette région et se mirent à transporter les malades sur leurs grabats, là où l'on apprenait qu'il était. |
56 Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. |
Marc souligne spécialement le lien entre la marche de Jésus sur les eaux et le rassasiement miraculeux du peuple. Il parle du second comme de quelque chose qui aurait dû « instruire » les disciples, leur faire comprendre quelque chose de très important qu’ils n’avaient pas compris. Cette nouveauté, c’était le Royaume apporté au monde par leur Maître. Pour les disciples, tous les miracles accomplis étaient précisément des miracles. Une manifestation de la puissance de Dieu.
Peut-être de l’amour de Dieu. Des manifestations isolées, et c’est là tout le problème. Ils n’avaient pas encore vu l’essentiel : le monde n’était déjà plus celui d’avant. Quelque chose de nouveau y était entré, ce qu’on appelle le Royaume. Pourtant les disciples regardent encore le Royaume à l’ancienne ; pour eux, il est encore un Royaume terrestre, même avec une majuscule. Avec une majuscule parce qu’il devait être dirigé par le Messie, leur Maître, et que Dieu y serait le principal.
Terrestre, parce qu’il devait être fondé sur la terre, dans tous les sens du mot. Pour eux, le Royaume n’existait pas encore ; il fallait encore le construire, le créer, l’établir. Ils attendaient que leur Maître commence enfin à le faire, en commençant bien sûr par un soulèvement messianique. Mais Lui tarde toujours, accomplit des miracles, des guérisons, attire le peuple, sans jamais déclarer Sa messianité. Or le Royaume est déjà entré dans le monde, avec Lui. Les disciples ne l’ont pas remarqué, ce qui n’a rien d’étonnant, car ils attendaient tout autre chose.
Ils n’ont pas compris que les miracles et les guérisons accomplis par leur Maître ne sont pas seulement des manifestations de la puissance de Dieu liées à Sa Personne, mais qu’ils ne sont rien d’autre que les manifestations de ce Royaume même qu’ils attendent. Dans le Royaume, la nature n’est pas comme dans le monde déchu ; elle n’y est pas enfermée en elle-même. Ici, la nature se prête à l’action de la volonté de Dieu et du souffle de Dieu, et aussi à l’action de la volonté humaine, si bien sûr celle-ci n’est pas atteinte par le péché et agit avec la volonté de Dieu. S’il faut davantage de nourriture pour rassasier une multitude, alors il y en aura davantage.
Si un homme doit marcher sur l’eau, alors l’eau sous ses pieds deviendra ferme, ou élastique, bref telle qu’elle doit devenir pour porter l’homme. Quant à la tempête, elle n’existe pas du tout dans le Royaume ; elle reste dans notre monde déchu. Voilà ce Royaume que les disciples devaient voir, mais ils n’étaient pas encore prêts à une telle vision. Ils étaient prêts à voir dans le Maître le Messie, mais ils n’étaient pas prêts à voir le Royaume qu’Il avait apporté au monde. Pas prêts à ce moment-là ; le temps viendra, et ils comprendront tout. Mais ce temps viendra plus tard.
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. |
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. |
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris; |
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. " |
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, |
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché. |
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
Dans la lecture évangélique d'aujourd'hui, il y a un petit point assez difficile, à savoir les mots : et Il voulait les dépasser. Ils sont si incompréhensibles que, dans le texte parallèle plus tardif de l'Évangile selon Matthieu, ils sont omis. Pourquoi voulait-Il les dépasser, s'il est dit : Il les vit en difficulté pour ramer, car le vent leur était contraire ? C'est-à-dire qu'Il vit cela et alla à leur aide ; pourquoi donc voulait-Il les dépasser ?
Le plus simple, dans de tels cas difficiles, est de ne pas remarquer les mots qui sont incompréhensibles, comme s'ils n'existaient pas. Mais une telle approche ne plaira sans doute pas à tout le monde. Une variante de solution à ce problème nous est proposée par l'autrice de la nouvelle traduction « Bonne Nouvelle », Valentina Kouznetsova : il semblait vouloir passer à côté d'eux. Autrement dit, tout est très simple : cela leur a paru ainsi.
Il est difficile aux personnes non versées en philologie d'en juger, mais elles peuvent en revanche analyser diverses traductions dans des langues modernes, en comparant le travail de différents traducteurs. Et nulle part ailleurs nous n'avons pu trouver le mot « semblait ». Mais comment se pourrait-il que de nombreux traducteurs différents aient tous omis le même mot de la même manière ?!
Pourtant, nous ne sommes nullement effrayés même par le degré de paradoxe présent dans le texte sans le mot « semblait ». Avons-nous le droit de juger de l'intention du Seigneur ? Sans doute pas. Nous n'essaierons donc pas de deviner ce qu'Il voulait réellement faire. Il y avait dans Ses actions un sens qui nous est maintenant inconnu. Regardons le témoignage des disciples : Il voulait passer à côté. Regardons, sans aucun travail intellectuel de notre part, le témoignage dans toute sa simplicité, d'autant plus qu'il s'agit bien de l'Évangile selon Marc, et tournons-nous vers notre propre vie : ne nous arrive-t-il pas d'être dans des conditions extrêmement dures, de supplier le Seigneur de nous aider, mais de ne voir que l'aide passer à côté de nous ? Cela ne nous paraît pas ainsi ; nous voyons simplement de nos propres yeux que l'aide vient vers nous, mais que nous ne pouvons pas en profiter.
Cependant, au bout du compte, les disciples furent sauvés. Comme nous le serons aussi. L'ajout du mot « semblait » fait tout passer sur un terrain incertain de sensations obscures, dont le rapport avec la réalité reste inconnu ; et il semble, précisément il semble, qu'une telle approche soit assez dangereuse.
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. |
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. |
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris; |
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. " |
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, |
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché. |
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
Dans la barque au milieu de la mer agitée, les apôtres se sont trouvés dans la situation où chacun de nous se trouve constamment individuellement, et où le monde entier se trouve aussi. Dans la situation où tu cherches des moyens humains de résoudre un problème qui dépasse les forces humaines. Et la rencontre avec Dieu, à de tels moments de la vie, suscite vraiment en nous la peur, comme elle l'a suscitée chez les apôtres lorsqu'ils virent Jésus marcher sur les eaux. Que sont donc pour Lui nos problèmes microscopiques ? Que vaut notre vie devant le Tout-Puissant ? Depuis des siècles, l'humanité cherche une réponse à cette question et s'accorde à dire que notre vie est poussière, néant. C'est tout ce que nous sommes capables d'inventer, et sur un fondement aussi misérable nous pensons pouvoir nous-mêmes mépriser la valeur les uns des autres.
L'Évangile, lui, nous annonce l'unique espérance, la première et la dernière. Le Tout-Puissant Lui-même est venu à nous et est devenu comme l'un de nous, parce qu'Il a tant aimé le monde. C'est l'unique chose qui donne sens à l'existence de notre race. Lorsque nous Lui posons des questions tragiques sur ce qui nous arrivera, il nous suffirait, comme à Job, d'obtenir simplement une réponse. Mais le Tout-Puissant, au lieu de répondre, vient Lui-même à nous et dit : c'est Moi, n'ayez pas peur.
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
Le fait que Jésus, pendant Son ministère terrestre, prie comme tout homme en déconcerte certains. Pourquoi, semble-t-il, prierait Celui qui, dès le moment de Sa conception, porte en Lui toute la plénitude de Dieu ? Bien sûr, Il est homme pas moins que chacun de nous, et même beaucoup plus. Mais pourquoi demander ce que l'on possède déjà ? Une telle manière de voir la prière est propre à beaucoup d'entre nous, hommes déchus. Rien d'étonnant : pour nous, la prière devient le plus souvent une demande adressée à Dieu, ou simplement une sorte de quête de Dieu, lorsque, ne sentant pas Sa présence, nous Lui demandons de répondre, de se manifester, d'entrer dans notre vie. Jésus, bien sûr, n'avait pas à demander quoi que ce soit de ce genre : au cours de Sa vie terrestre, Il n'a vécu l'abandon de Dieu qu'une seule fois, pendant Ses souffrances sur la croix.
C'est nous qui devons demander : car une certaine distance nous sépare de Dieu, non pas tant extérieure, puisqu'elle reste de toute façon infranchissable pour nous, qu'intérieure. Dieu est proche de nous, mais nous sommes d'ordinaire loin de Lui. Nous crions vers Lui de loin, et souvent nous n'arrivons pas à nous faire entendre, non parce qu'Il ne nous entend pas, mais parce que nous ne savons pas L'entendre. Pourtant, même certains d'entre nous, hommes dont la nature est déformée par le péché, peuvent prier autrement. Prier de telle sorte que la prière devienne une présence intérieure continue devant Dieu et une communion avec Lui.
Les hommes qui prennent la vie spirituelle au sérieux ont cherché cela en tout temps ; c'est pourquoi la pratique de la prière intérieure est si largement répandue dans différentes traditions spirituelles et systèmes ascétiques. Mais la prière intérieure elle aussi peut être diverse, comme peut l'être la plénitude de la communion avec Dieu. Lorsque cette plénitude devient limite pour l'homme, la prière comme parole disparaît, et il ne reste que la rencontre de deux volontés, de deux intentions : celle de Dieu et celle de l'homme. Les hommes ordinaires apprennent souvent toute leur vie une telle prière. Jésus, peut-on dire, est né avec elle.
Cette rencontre et cette unité de deux volontés, Sa propre volonté humaine et la volonté de Son Père céleste, sont Son état spirituel habituel. Tout Son chemin terrestre est plénitude de service, plénitude de présence et plénitude de communion avec le Père. Mais parfois, comme tout homme, Il avait besoin de parler seul à seul et dans le silence avec Son Père. Alors Il se retire pour prier. Car Il est venu dans le monde afin d'y apporter la plénitude du Royaume. Et Il avait besoin de demeurer dans ce Royaume et de parler face à face avec Son Père. Non pour Lui-même, mais pour ceux à qui, selon la volonté du Père, Il ouvrait les portes du Royaume.
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
54 Quand ils furent sortis de la barque, aussitôt des gens qui l'avaient reconnu |
55 parcoururent toute cette région et se mirent à transporter les malades sur leurs grabats, là où l'on apprenait qu'il était. |
56 Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. |
D'un côté, Jésus nous révèle réellement un Dieu qui nous accueille tels que nous sommes, avec toutes nos maladies, nos besoins, nos difficultés psychologiques, nos complexes d'enfance, indépendamment de nos mérites ou de notre indignité. Tout cela est vrai, comme il est vrai que, grâce à la foi et à l'élan vers Dieu, beaucoup de problèmes se résolvent parfois, des maladies sont guéries, ou bien nous devenons capables, ce qui n'est pas moins précieux, de regarder toutes ces épreuves de la vie autrement, avec les yeux de Dieu Lui-même, comme on dit, d'en comprendre le sens et d'en tirer profit. Et, sans aucun doute, cela aussi peut être rattaché à ce qui est appelé dans le passage évangélique d'aujourd'hui des «guérisons», si l'on entend par là des actions divines grâce auxquelles notre raison, toute notre vie, même loin de l'idéal, commence à acquérir une certaine intégrité, et nous recevons la capacité de nous élever au-dessus des problèmes oppressants et de comprendre quelque chose de nouveau et d'inattendu sur la vie, sur Dieu.
D'un autre côté, on a l'impression que, malgré l'immense nombre de scènes de guérisons et d'autres miracles dans l'Évangile, Marc, suivant l'Esprit et les intentions de Jésus, voulait dire encore quelque chose. La guérison ou les changements pour le mieux peuvent se produire ou ne pas se produire, même si l'espérance du meilleur demeure en tout cas; mais au fond de toutes ces attentes ou déceptions se cache un appel adressé à chaque homme: regarder à la racine et s'efforcer d'accueillir de tout son être que la souffrance et la détresse sont synonymes de la vie humaine. Leur dépassement n'est possible qu'en déplaçant notre attention de nos propres «bobos» vers les souffrances et la douleur des autres, comme le faisait Jésus. Car la participation à la souffrance des autres peut agir comme une anesthésie pour nos propres souffrances, et elle aide en même temps à rendre la vie plus supportable et, surtout, non privée de consolations ni de joie partagée avec les autres.
54 Quand ils furent sortis de la barque, aussitôt des gens qui l'avaient reconnu |
55 parcoururent toute cette région et se mirent à transporter les malades sur leurs grabats, là où l'on apprenait qu'il était. |
56 Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. |
1 Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblèrent auprès de lui, |
2 et voyant quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées - |
3 les Pharisiens, en effet, et tous les Juifs ne mangent pas sans s'être lavé les bras jusqu'au coude, conformément à la tradition des anciens, |
4 et ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s'être aspergés d'eau, et il y a beaucoup d'autres pratiques qu'ils observent par tradition: lavages de coupes, de cruches et de plats d'airain -, |
5 donc les Pharisiens et les scribes l'interrogent : " Pourquoi tes disciples ne se comportent-ils pas suivant la tradition des anciens, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures ? " |
6 Il leur dit : " Isaïe a bien prophétisé de vous, hypocrites, ainsi qu'il est écrit : Ce peuple m'honore des lèvres ; mais leur cœur est loin de moi. |
7 Vain est le culte qu'ils me rendent, les doctrines qu'ils enseignent ne sont que préceptes humains. |
8 Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. " |
La conversation de Jésus avec les pharisiens au sujet du lavement des mains illustre très bien l'essence du conflit entre Jésus et une partie de la fraternité pharisienne, conflit qui finit par conduire beaucoup de pharisiens à haïr ouvertement Celui qu'ils croyaient attendre avec tant d'impatience. Il ne s'agit bien sûr pas ici d'hygiène, ni de la nécessité de se laver les mains avant de manger, mais précisément du lavage rituel sans lequel, selon certains maîtres pharisiens, on ne pouvait toucher le pain qui allait être rompu et béni (les Juifs croyants ne mangeaient pas, et ne mangent pas, de pain sans l'avoir béni d'une manière particulière).
Il faut remarquer que ce lavage relevait moins de l'accomplissement des normes de la Torah que d'un hommage à la tradition : car la Torah, qui exige effectivement un lavage pour ceux qui participent au sacrifice du Temple, ne dit rien de la nécessité de lavages avant la bénédiction de la nourriture en général, et du pain en particulier, dans le cadre domestique. Mais, comme on le voit, pour une partie des pharisiens, peut-être assez importante, refuser de suivre cette tradition tardive et secondaire, ainsi que d'autres semblables, équivalait à l'apostasie. Et Jésus réagit assez vivement aux accusations portées contre Ses disciples (comme d'habitude, on n'accuse pas directement les disciples, en faisant porter toute la responsabilité sur le Maître). Il n'entre avec Ses adversaires dans aucune discussion sur la tradition ; Il leur rappelle seulement les paroles d'Isaïe sur le vrai et le faux culte rendu à Dieu, sur le fait qu'honorer Dieu en paroles ne signifie pas L'honorer de son cœur.
Que veut-Il donc dire ? Car une telle piété « excessive », à première vue, ne gêne pas particulièrement la piété authentique. On peut certes être fidèle à Dieu sans se laver les mains, mais le lavement des mains, semble-t-il, ne peut pas non plus faire obstacle à une telle fidélité. Et pourtant Jésus voit la situation autrement. Et le problème ne tient sans doute pas seulement au fait que la piété « excessive » devient trop souvent un motif d'orgueil et d'affirmation de soi aux dépens du prochain.
Le problème tient avant tout aux racines spirituelles d'une telle « piété ». Le fait est que l'homme qui ne veut pas approfondir et intensifier sa relation avec Dieu, qui craint cet approfondissement, est souvent porté à le remplacer par une religiosité excessive, qui engendre à son tour une « surpiété ». Celui qui ne veut pas aller « en profondeur », approfondir sa relation avec Dieu, ira inévitablement « en largeur », sur la voie de l'augmentation du nombre des rites religieux et des obligations religieuses. Et plus ils deviennent nombreux, moins il reste de chances de revenir sur la voie du mouvement « en profondeur ». Or Jésus, bien sûr, le comprend parfaitement. Et Il condamne le mouvement « en largeur » de la façon la plus résolue. Car en avançant ainsi, on n'arrive jamais au Royaume.
30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et ils lui rapportèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. |
31 Et il leur dit : " Venez vous-mêmes à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. " De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux que les apôtres n'avaient pas même le temps de manger. |
32 Ils partirent donc dans la barque vers un lieu désert, à l'écart. |
33 Les voyant s'éloigner, beaucoup comprirent, et de toutes les villes on accourut là-bas, à pied, et on les devança. |
34 En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à les enseigner longuement. |
35 L'heure étant déjà très avancée, ses disciples s'approchèrent et lui dirent : " L'endroit est désert et l'heure est déjà très avancée ; |
36 renvoie-les afin qu'ils aillent dans les fermes et les villages d'alentour s'acheter de quoi manger. " |
37 Il leur répondit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger. " Ils lui disent : " Faudra-t-il que nous allions acheter des pains pour deux cents deniers, afin de leur donner à manger ? " |
38 Il leur dit : " Combien de pains avez-vous ? Allez voir. " S'en étant informés, ils disent : " Cinq, et deux poissons. " |
39 Alors il leur ordonna de les faire tous s'étendre par groupes de convives sur l'herbe verte. |
40 Et ils s'allongèrent à terre par carrés de cent et de cinquante. |
41 Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, il bénit et rompit les pains, et il les donnait à ses disciples pour les leur servir. Il partagea aussi les deux poissons entre tous. |
42 Tous mangèrent et furent rassasiés; |
43 et l'on emporta les morceaux, plein douze couffins avec les restes des poissons. |
44 Et ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes. |
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
Combien de nourriture faut-il à l'homme pour être rassasié ? Il est difficile de répondre à cette question de façon univoque. Tout dépend de la personne : de son âge, de son sexe, de sa taille, de son état physique. Et aussi de son état spirituel : car l'homme est, d'une part, esprit et, d'autre part, animal, et son état spirituel influe sur le physique, tout comme l'inverse. Qu'est-ce donc que cet état spirituel ? Par quoi est-il déterminé ? On a coutume de penser que l'état spirituel de l'homme est déterminé par ses propres efforts intérieurs, mais cela n'est vrai qu'en partie. En réalité, l'état spirituel de l'homme est déterminé par la dynamique de ses relations avec Dieu, où les efforts proprement humains sont certainement importants, mais où l'action de Dieu, Son influence sur l'homme et sur la vie humaine, est encore plus importante. L'état spirituel de l'homme se détermine dans le processus de son dialogue continuel avec Dieu ; il dépend de la profondeur et de la conscience de ce dialogue.
D'ailleurs, on peut dire la même chose non seulement de l'état spirituel de l'homme, mais aussi de la réalité dans laquelle il vit. Aujourd'hui, même dans la science, l'un des problèmes clés est celui de l'observateur, et les savants sont de plus en plus convaincus que toute réalité n'est réelle que dans la mesure où elle est observable. L'univers ne peut exister que dans la mesure où il a un Observateur qui l'a créé : tel est encore un aspect de ce qu'on appelle la preuve cosmologique de l'existence de Dieu.
Cependant, l'homme aussi est observateur, et comme tel il crée lui aussi sa réalité. Elle est, bien sûr, réelle autant que l'homme lui-même est réel, et l'homme est réel autant que son existence est déterminée par Dieu. C'est là que réside le mystère du Royaume comme réalité divino-humaine, qui nous est révélée d'abord dans la Personne du Dieu-homme. C'est là aussi le mystère de tous les miracles évangéliques : tous sont des miracles divino-humains, non seulement en ce sens qu'ils sont accomplis par le Dieu-homme, mais aussi en ce sens que des personnes ordinaires participent à ces miracles en s'intégrant à la réalité divino-humaine, en entrant dans son espace.
Or, dans l'espace de la réalité divino-humaine, la nourriture est créée non seulement par Dieu, comme dans notre monde déchu, qui est déchu précisément parce que l'homme déchu ne le construit pas tant avec Dieu qu'il ne le détruit séparé de Lui, mais aussi par l'homme auquel cette nourriture est destinée. L'état spirituel de l'homme et l'état physique de la nourriture dans l'espace divino-humain du Royaume se correspondent parfaitement ; alors n'importe quel nombre de personnes peut être rassasié par n'importe quelle quantité de nourriture, comme le décrit l'évangéliste.
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