12 Car ce n'est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. |
Il n'est pas toujours facile de comprendre adéquatement les paroles de Paul concernant le combat spirituel. Pour nous aujourd'hui «les principautés, les puissances et les régisseurs du ,onde» désignent soit les représentants du pouvoir terrestre, soit une certaine hiérarchie spirituelle, bien sûr de l’obscurité.
Cependant, ni le yahvisme, ni la tradition chrétienne n’a jamais eu tendance à un spiritualisme excessif. Certes, l'existence du monde spirituel n'était un secret ni pour le judaïsme, ni pour le christianisme, mais ce monde (à l'exception peut-être, des sectes à orientation gnostique) n’a jamais pensé comme quelque chose, entièrement éloigné de notre monde. En plus, ni les Juifs, ni les chrétiens n'exagéraient jamais l'influence de ce monde sur les affaires humaines, bien qu’ils ne le niaient pas.
Et sous «principautés», «puissances» et «régisseurs du monde», si Paul faisait probablement allusion à certains esprits de l'obscurité, alors ce serait avant tout seulement dans le sens de leur influence sur l'état spirituel des gens concrets. Mais en effet, l'apôtre dit concrètement que les chrétiens lutteront non pas avec les gens!
Ce n’est pas étonnant : en effet, la lutte des gens concrets (même s'il s'agit des représentants du pouvoir) peut à peine changer quelque chose radicalement: en remplacement des uns viennent d’autres, aucune société ne se peut être sans pouvoir, et il n'y a aucune raison d'espérer que les nouveaux seront mieux que les anciens. La seule lutte, à laquelle sont appelés les chrétiens c’est la lutte contre ce mal, dans lequel se trouve le monde. Et il existe un seul moyen à résister ce mal : faire de manière que le Royaume se répande le plus vite et le plus largement possible dans le monde, le transformant. Parce que seulement une victoire complète du Royaume peut mettre fin à ce mal, dans lequel se trouve le monde déchu.
11 Revêtez l'armure de Dieu, pour pouvoir résister aux manœuvres du diable. |
12 Car ce n'est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. |
Ce n'est évidemment pas par hasard que Paul décrit le chemin du chrétien comme un chemin de guerre spirituelle. Il souligne spécialement qu'il ne s'agit pas d'une guerre contre les hommes, « contre la chair et le sang », mais bien contre ces forces spirituelles qui, de l'intérieur de ce monde, s'opposent au Royaume qui y entre. Or le Royaume entre dans le monde par les chrétiens; la guerre est donc inévitable.
Et l'apôtre énumère ce qui peut aider le chrétien dans cette guerre, en comparant ses instruments spirituels aux armes du guerrier engagé dans les combats terrestres: le casque, l'épée, le bouclier, la cuirasse. La base de tout est la fidélité à la vérité et la justice: elles sont comme la ceinture du guerrier et la cuirasse, sans lesquelles aucun combat n'est possible. En effet, la justice est le fondement du chemin du chrétien; renoncer au chemin de la justice rend impossible la vie chrétienne.
En soi, ce chemin était connu déjà avant l'époque chrétienne; la justice comme pratique de construction de relations conscientes avec Dieu était connue dès l'époque préexilique, et avec la venue du Christ elle n'a nullement disparu. Au contraire, de nouvelles possibilités, dont ceux qui suivaient ce chemin n'auraient pas pu rêver auparavant, se sont ouvertes à eux; mais naturellement, si l'homme renonce au chemin, il renonce aussi aux nouvelles possibilités qui s'ouvrent. Quant au bouclier qui protège le chrétien pendant l'affrontement spirituel, c'est la foi, non comme conviction de la vérité de tels ou tels énoncés et principes, mais comme confiance dans le Christ.
C'est précisément elle qui sauvera dans les situations critiques, quand rien d'autre ne pourra aider. Paul appelle l'épée la parole de Dieu. Il ne s'agit pas seulement de l'Écriture sainte, comme on interprète d'ordinaire ce verset, mais aussi, et d'abord, de cette révélation vivante qui permet à l'homme de vivre conformément à la Torah intérieure, en cherchant à réaliser en Christ l'idéal de la Torah vivante. Tel est, pour l'apôtre, le chemin du chrétien qui s'oppose aux forces des ténèbres ayant capturé ce monde.
10 En définitive, rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. |
11 Revêtez l'armure de Dieu, pour pouvoir résister aux manœuvres du diable. |
12 Car ce n'est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. |
13 C'est pour cela qu'il vous faut endosser l'armure de Dieu, afin qu'au jour mauvais vous puissiez résister et, après avoir tout mis en œuvre, rester fermes. |
14 Tenez-vous donc debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse, |
15 et pour chaussures le Zèle à propager l'Évangile de la paix ; |
16 ayez toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais; |
17 enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire la Parole de Dieu. |
18 Vivez dans la prière et les supplications; priez en tout temps, dans l'Esprit; apportez-y une vigilance inlassable et intercédez pour tous les saints. |
19 Priez aussi pour moi, afin qu'il me soit donné d'ouvrir la bouche pour parler et d'annoncer hardiment le mystère de l'Évangile, |
20 dont je suis l'ambassadeur dans mes chaînes ; obtenez-moi la hardiesse d'en parler comme je le dois. |
21 Je désire que vous sachiez, vous aussi, où j'en suis et ce que je deviens; vous serez informés de tout par Tychique, ce frère bien-aimé qui m'est un fidèle assistant dans le Seigneur. |
22 Je vous l'envoie tout exprès pour vous donner de nos nouvelles et réconforter vos cœurs. |
23 Que Dieu le Père et le Seigneur Jésus Christ accordent paix aux frères, ainsi que charité et foi. |
24 La grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus Christ, dans la vie incorruptible ! |
Du thème des relations sociales, Paul passe à celui du service chrétien et de sa place dans la société. Il proclame aussitôt que les chrétiens ne combattent pas les hommes, même si ces hommes détiennent le pouvoir (suivant l’usage juif, il les appelle « chair et sang »), mais que le but de leur combat est les forces spirituelles qui déterminent l’état du monde déchu. Il les appelle « principautés », « puissances » et « régisseurs des ténèbres d’ici-bas » (« dominateurs des ténèbres de ce siècle »), leur associant « le souffle du mal qui est sous le ciel » (« les esprits du mal dans les lieux célestes », v. 12). Le but des chrétiens, on le voit, n’est pas la prise du pouvoir ni les transformations sociales comme telles, mais la diminution de l’influence des forces du mal qui, agissant principalement à travers les hommes, ne sont pas elles-mêmes humaines et n’utilisent l’homme que comme instrument ; bien sûr, l’homme ne peut devenir un tel instrument qu’en y donnant son consentement.
En parlant ainsi, l’apôtre voulait sans doute mettre en garde ceux qui étaient séduits par les idées d’un messianisme religieux et politique, largement répandu en ces jours-là dans le milieu synagogal et autour des synagogues. D’ailleurs, toute lutte pour le pouvoir en général, lorsqu’elle devient une fin en soi, ne diminue nullement la mesure du mal dans le monde ; elle donne aux esprits des ténèbres un champ extrêmement vaste pour leur activité. Seul le Royaume entrant dans le monde peut diminuer cette mesure ; c’est pourquoi la tâche principale du chrétien est le témoignage rendu au Royaume et au salut, ainsi qu’à Celui qui l’a apporté dans le monde. Mais pour que le témoignage soit adéquat, il faut au témoin fidélité (« vérité ») et justice, sans lesquelles on ne peut participer au Royaume (v. 14-15). Et l’arme principale du témoin dans l’opposition au mal où gît le monde est la confiance en Dieu (« la foi »), la justice, qui est le meilleur témoignage rendu au Royaume, et la Torah, la parole de Dieu, qui permet de distinguer le bien du mal et de faire le bon choix dans les situations difficiles où le témoin devra tôt ou tard se trouver (v. 14-17). Un choix dont dépendra en fin de compte non seulement le destin de ceux à qui il rend témoignage, mais aussi son propre salut.
Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible. Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit. | ||
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||