49 Jean prit la parole et dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne te suit pas avec nous. " |
50 Mais Jésus lui dit : " Ne l'en empêchez pas ; car qui n'est pas contre vous est pour vous. " |
Il nous faut parcourir un chemin assez long avant d'arriver à cette pensée simple : celui qui n'est pas contre nous est pour nous. Chercher des ennemis est plus facile que vivre parmi des compagnons d'armes et des collaborateurs. Se prendre pour la vérité ultime est plus agréable que se reconnaître comme l'un parmi beaucoup d'autres. Il faut longtemps digérer le fait que tu n'es pas le premier, mais le dernier, parmi ceux que le Seigneur a appelés.
Sur ce chemin, nous essayons toujours de dévier de « celui qui n'est pas contre vous est pour vous » vers « celui qui n'est pas avec Moi est contre Moi ». Nous essayons de nous mettre à égalité avec le Seigneur et de prendre la place du premier et meilleur disciple, celui qui a tout compris et qui réorganisera aussitôt le monde selon sa compréhension. C'est précisément de cela que le Seigneur nous protège, en donnant comme exemple l'attitude enfantine, infantile, envers la hiérarchie, le pouvoir, l'avancement de carrière, notre place dans le monde et, au bout du compte, ce que nous savons de Lui et de nous-mêmes.
50 Mais Jésus lui dit : " Ne l'en empêchez pas ; car qui n'est pas contre vous est pour vous. " |
Les paroles du Sauveur disant que ceux qui ne sont pas contre les chrétiens sont par là même « pour » peuvent, au premier abord, paraître un peu étranges. En effet, combien y a-t-il dans le monde de gens qui n'ont rien contre le Christ ni même contre le christianisme, mais qui, en somme, n'ont rien non plus « pour ». Ils sont simplement indifférents à tout cela, soit en demeurant agnostiques, soit en choisissant pour eux d'autres traditions spirituelles et d'autres chemins spirituels.
Peut-on appeler une telle position une position « pour » le Christ ou « pour » le christianisme ? Si l'on considère le christianisme comme une nouvelle religion, alors, bien sûr, la réponse ne peut être que négative. Toute religion a besoin de partisans, de préférence conscients, actifs et convaincus d'avoir raison, capables de répandre cette religion et de témoigner de sa vérité.
Mais le christianisme n'est pas une nouvelle religion ; il est une vie nouvelle. La vie avec le Christ dans Son Royaume, qu'Il a apporté dans le monde. Or avec la vie tout n'est pas aussi simple qu'avec les idées et les convictions politiques, sociales, scientifiques ou même religieuses. On ne devient partisan de certaines idées ou convictions que lorsqu'on les comprend et les accepte jusqu'au bout.
Bien sûr, toute religion compte parmi ses partisans des gens qui ne s'y connaissent guère, non seulement dans ses subtilités théologiques, mais parfois même dans les nuances de sa doctrine ; pourtant même ces adeptes peu versés dans les subtilités expriment leur soutien à leur religion de manière tout à fait consciente et sans équivoque, parfois même plus résolument que tous les autres. Mais avec la vie, tout n'est pas aussi simple ; souvent les gens vivent toute leur vie, ou la plus grande partie de leur vie, sans se demander du tout comment, de quoi et pourquoi ils vivent.
Il en va de même de la vie du Royaume qui, selon la parole du Sauveur, s'est désormais approché. Un homme peut parfois sentir le souffle du Royaume sans très bien comprendre ce qui lui arrive ni à quoi il a affaire. Après la venue du Christ, cela se produit souvent : le Royaume s'est approché de tous, et pas seulement des chrétiens ; c'est une réalité spirituelle objective, non une expérience spirituelle appartenant à une confession déterminée, encore moins monopolisée par elle.
Le souffle du Royaume peut aujourd'hui être ressenti par chacun, si toutefois il ne rejette pas d'avance tout ce qui est lié au Christ et au christianisme. Mais alors il apparaît qu'un homme qui, apparemment, n'a aucun rapport avec le christianisme peut se trouver « pour » le Christ et « pour » les chrétiens, à condition, bien sûr, qu'il prenne au sérieux son expérience et sa vie.
Certes, un tel christianisme « anonyme » ne garantit pas encore que l'homme s'engagera consciemment sur le chemin chrétien ; mais il ne deviendra sans doute pas non plus ennemi du Christ et des chrétiens. Cela signifie que le chemin vers le Royaume restera ouvert pour un tel homme, et que la possibilité de le parcourir pourra se conserver assez longtemps pour lui, aussi longtemps que le voudra Celui qui a apporté le Royaume dans le monde.
49 Jean prit la parole et dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne te suit pas avec nous. " |
50 Mais Jésus lui dit : " Ne l'en empêchez pas ; car qui n'est pas contre vous est pour vous. " |
51 Or il advint, comme s'accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu'il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S'étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu'il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : " Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? " |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
Il est frappant que les disciples du Christ, jusqu’à Sa Résurrection d’entre les morts, restent prisonniers des représentations juives courantes. Confrontés au refus des Samaritains, ils sont déjà prêts à prier pour que le feu descende du ciel, et ils citent le prophète Élie comme exemple à imiter.
Il faut reconnaître qu’une telle forme de prédication a paru optimale à beaucoup de chrétiens au cours des siècles. Dans un empire, on a même inventé une théorie théologique spéciale selon laquelle il fallait convertir l’empereur au christianisme, après quoi celui-ci, par le feu et par l’épée, conquérirait le monde entier et pousserait tous les peuples soumis à la foi. Tout aurait été parfait ; dommage seulement que l’empire soit tombé avant d’avoir accompli la mission qu’on lui avait confiée.
Les paroles du Christ en réponse à cette étrange pensée des disciples sont simples et sévères : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ». Même si les empires, aujourd’hui, semblent avoir disparu (sans doute heureusement), dans la vie de chaque personne aussi cette tentation, et cette réprimande du Christ adressée à notre inclination à la violence, sont très importantes. Il ne convient pas de défendre la vérité par la force, car la Vérité triomphe sur la Croix.
46 Une pensée leur vint à l'esprit: qui pouvait bien être le plus grand d'entre eux? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : " Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille, et quiconque m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c'est celui-là qui est grand. " |
49 Jean prit la parole et dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne te suit pas avec nous. " |
50 Mais Jésus lui dit : " Ne l'en empêchez pas ; car qui n'est pas contre vous est pour vous. " |
51 Or il advint, comme s'accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu'il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S'étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu'il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : " Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? " |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
57 Et tandis qu'ils faisaient route, quelqu'un lui dit en chemin : " Je te suivrai où que tu ailles. " |
58 Jésus lui dit : " Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête. " |
59 Il dit à un autre : " Suis-moi. " Celui-ci dit : " Permets-moi de m'en aller d'abord enterrer mon père. " |
60 Mais il lui dit : " Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t'en annoncer le Royaume de Dieu. " |
61 Un autre encore dit : " Je te suivrai, Seigneur, mais d'abord permets-moi de prendre congé des miens. " |
62 Mais Jésus lui dit : " Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. " |
Ces paroles ne s’adressent pas seulement à ceux qui commencent tout juste à suivre Jésus. Elles s’adressent aux disciples eux-mêmes, et à nous. Ne nous arrive-t-il jamais de nous demander lequel d’entre nous est le plus grand ? Ou de vouloir « interdire » quelque chose à celui qui pense autrement ? Ou de demander à Dieu de faire tomber le feu du ciel sur nos ennemis, « comme l’a fait Élie » ? Savons-nous toujours de quel esprit nous sommes ? Pourtant, beaucoup d’entre nous n’ont pas seulement « mis la main à la charrue », mais ont déjà labouré la moitié du champ. Et maintenant, regardons-nous de nouveau en arrière ?
46 Une pensée leur vint à l'esprit: qui pouvait bien être le plus grand d'entre eux? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : " Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille, et quiconque m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c'est celui-là qui est grand. " |
49 Jean prit la parole et dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne te suit pas avec nous. " |
50 Mais Jésus lui dit : " Ne l'en empêchez pas ; car qui n'est pas contre vous est pour vous. " |
51 Or il advint, comme s'accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu'il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S'étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu'il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : " Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? " |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
57 Et tandis qu'ils faisaient route, quelqu'un lui dit en chemin : " Je te suivrai où que tu ailles. " |
58 Jésus lui dit : " Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête. " |
59 Il dit à un autre : " Suis-moi. " Celui-ci dit : " Permets-moi de m'en aller d'abord enterrer mon père. " |
60 Mais il lui dit : " Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t'en annoncer le Royaume de Dieu. " |
61 Un autre encore dit : " Je te suivrai, Seigneur, mais d'abord permets-moi de prendre congé des miens. " |
62 Mais Jésus lui dit : " Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. " |
Aujourd'hui, nous avons lu une petite sélection de brefs récits sur Jésus, réunis par l'évangéliste afin de montrer tout ce que Son Message a d'extraordinaire et combien il est incompatible avec les conceptions humaines normales. Dans le Royaume de Dieu qui vient, tout sera différent de ce qui est admis sur terre : les plus importants et les plus respectés seront ceux qui ont le moins de valeur aux yeux des hommes (car, avant leur majorité, les enfants n'avaient aucun droit et étaient considérés comme la propriété de leurs parents, au même titre que les esclaves, tandis que Jésus les donne en exemple aux disciples). Jésus interdit aux disciples de diviser les hommes entre « les nôtres » et « les autres », bien que ce soit un principe fondamental de la société humaine (pour comparaison, regardez les nouvelles à la télévision). Son Royaume sort de notre système de valeurs ; il est plus important même que le devoir sacré d'enterrer son père, plus important qu'une maison confortable et une famille. Il saisit l'homme tout entier : celui qui a interrogé Jésus sur Son Royaume a déjà « mis la main à la charrue », déjà commencé le chemin paradoxal vers Dieu...
46 Une pensée leur vint à l'esprit: qui pouvait bien être le plus grand d'entre eux? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : " Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille, et quiconque m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c'est celui-là qui est grand. " |
49 Jean prit la parole et dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne te suit pas avec nous. " |
50 Mais Jésus lui dit : " Ne l'en empêchez pas ; car qui n'est pas contre vous est pour vous. " |
51 Or il advint, comme s'accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu'il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S'étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu'il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : " Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? " |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
57 Et tandis qu'ils faisaient route, quelqu'un lui dit en chemin : " Je te suivrai où que tu ailles. " |
58 Jésus lui dit : " Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête. " |
59 Il dit à un autre : " Suis-moi. " Celui-ci dit : " Permets-moi de m'en aller d'abord enterrer mon père. " |
60 Mais il lui dit : " Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t'en annoncer le Royaume de Dieu. " |
61 Un autre encore dit : " Je te suivrai, Seigneur, mais d'abord permets-moi de prendre congé des miens. " |
62 Mais Jésus lui dit : " Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. " |
La lecture d'aujourd'hui est entièrement consacrée au thème du Royaume, ainsi qu'à la manière dont les hommes qui entouraient Jésus le comprenaient, y compris Ses disciples les plus proches. Et de nouveau, nous nous heurtons à une incompréhension totale, même chez les apôtres, de ce qu'est le Royaume et de ce que sont ses lois. La question même de la primauté, de savoir qui est le plus grand dans le Royaume (v. 46), y perd tout sens. Jésus a su l'expliquer en montrant aux disciples un enfant que la question de la primauté, du fait de son âge, ne préoccupe encore absolument pas (v. 47-48).
Selon les lois de notre monde pas encore transfiguré, est grand celui qui est grand par sa propre grandeur; dans le Royaume, manifestement, la grandeur propre ne signifie rien, et moins l'homme s'appuie sur elle, plus la grandeur du Royaume transparaît à travers lui. Voilà pourquoi il n'est pas nécessaire d'imposer ce Royaume par la force, comme les apôtres avaient pensé le faire dans un village samaritain où, comme d'habitude, on n'appréciait pas les Juifs (v. 51-54): car on ne peut ainsi démontrer que sa propre force et prouver sa propre importance, mais il est impossible de rapprocher les hommes du Royaume par ce moyen. Ce n'est pas par hasard que Jésus dit aux disciples qu'ils n'agissent pas selon l'esprit du Royaume: pour le Royaume, aucune violence n'est acceptable; on ne peut y faire entrer personne par la force, car pour y entrer, il faut avant tout une relation avec Dieu et avec Celui qu'Il envoie, une relation non imposée, mais librement acceptée.
Un Royaume imposé par la force n'est pas le Royaume, mais seulement son fantôme, qui peut perdre l'homme mais ne peut pas le sauver. Et puisque le Royaume n'est pas un lieu, mais une relation, il n'est limité par aucune structure; même la communauté apostolique, si on la regarde non comme une communauté de personnes vivant dans le Royaume, mais comme une sorte d'organisation chargée de propager l'idée du Royaume de Dieu, ne le limite pas. C'est pourquoi quiconque témoigne de lui au nom du Christ, en manifestant autour de lui sa puissance et son efficacité, y trouve sa place, même s'il n'a formellement aucun rapport avec la communauté apostolique (v. 49-50). Ainsi, en dissipant les mythes si répandus à cette époque dans la conscience religieuse de masse, Jésus affermit dans le coeur de Ses disciples les représentations du Royaume qui devaient les aider à traverser Sa mort sur la croix et à accueillir Sa résurrection.
46 Une pensée leur vint à l'esprit: qui pouvait bien être le plus grand d'entre eux? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : " Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille, et quiconque m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c'est celui-là qui est grand. " |
49 Jean prit la parole et dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne te suit pas avec nous. " |
50 Mais Jésus lui dit : " Ne l'en empêchez pas ; car qui n'est pas contre vous est pour vous. " |
51 Or il advint, comme s'accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu'il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S'étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu'il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : " Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? " |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
57 Et tandis qu'ils faisaient route, quelqu'un lui dit en chemin : " Je te suivrai où que tu ailles. " |
58 Jésus lui dit : " Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête. " |
59 Il dit à un autre : " Suis-moi. " Celui-ci dit : " Permets-moi de m'en aller d'abord enterrer mon père. " |
60 Mais il lui dit : " Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t'en annoncer le Royaume de Dieu. " |
61 Un autre encore dit : " Je te suivrai, Seigneur, mais d'abord permets-moi de prendre congé des miens. " |
62 Mais Jésus lui dit : " Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. " |
On voit que Jésus explique sans cesse à ses disciples, par différents exemples, ce qu'est la vie du Royaume, quelle elle est. Et l'évangéliste réunit ces exemples, en fait une sorte de résumé qui en contient une brève description. Voici les disciples qui se disputent pour savoir qui est le plus grand dans le Royaume. Enfin, après le Maître, bien sûr. Voici ces mêmes disciples prêts à faire éclater le tonnerre sur un village samaritain où on ne les reçoit pas. Pas pour eux-mêmes, bien sûr, mais pour le Maître. Et pour la vérité, cela va de soi.
Et voici les gens qu'ils rencontrent en chemin. L'un est prêt à partir, mais Jésus lui dit: Je n'ai nulle part où t'inviter. À un autre, Jésus dit Lui-même: suis-Moi, et celui-ci demande la permission d'enterrer son père; il reçoit une réponse qui paraît impitoyable. Comme encore un autre: la réponse est extérieurement plus douce, mais au fond elle dit: laisse, oublie tout le monde, sinon il faudra oublier le Royaume.
Qu'est-ce donc: une forme particulière de sélection? Oui, bien sûr: car Jésus voit le coeur de chacun, il est pour Lui aussi transparent que pour son Père céleste. Mais il y a aussi quelque chose de commun. Le Royaume est ouvert à chacun. Mais à une condition: il doit être à la première place dans la vie de celui qui veut l'atteindre. Dans le Royaume, on ne finit pas sa vie, on vit. Or ceux qui refusent de partir veulent, d'une manière ou d'une autre, finir leur vie. Rester avec ceux qui finissent la leur. Sans comprendre que finir sa vie, seul ou avec d'autres, peut durer indéfiniment. Dans le monde déchu, en effet, il n'y a pas de vraie vie; il n'y en a que les restes. Et il faut choisir: soit ramasser ces restes et essayer d'en tirer jusqu'à la dernière goutte, soit aller là où la vie est en abondance. Sans essayer de traîner avec soi les restes de ce semblant de vie que l'on peut trouver dans le monde déchu.
Mais là-bas, dans le Royaume, les lois sont autres. Il n'y a pas de chefs et de subordonnés, mais des services à porter, et celui qui sait mieux le faire est le principal. Au principal, dans le Royaume, ne reviennent pas les meilleures places, mais les services les plus responsables. Et là-bas, il n'est pas nécessaire de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Dans ce monde non plus, il n'est pas nécessaire de prouver le Royaume à qui que ce soit.
Le montrer, bien sûr, est possible. Mais le prouver est insensé. Car la preuve, surtout lorsqu'elle fait appel aux tonnerres du ciel, suppose toujours le désir de convaincre de force. De contraindre à accepter, à croire. Et peu importe alors quels seront les arguments irréfutables: dans tous les cas, ils supposent que l'homme se rend devant l'inévitable, que ce soit une force à laquelle on ne peut échapper ou une évidence à laquelle on ne peut se soustraire. Le Royaume, bien sûr, est force et évidence. Mais c'est une force dont on peut s'éloigner, et une évidence que l'on peut ne pas remarquer si on le veut. Dieu ne s'impose pas, et l'homme est libre. À l'homme libre, la liberté; au sauvé, le paradis.
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