22 Alors on lui présenta un démoniaque aveugle et muet; et il le guérit, si bien que le muet pouvait parler et voir. |
23 Frappées de stupeur, toutes les foules disaient : " Celui-là n'est-il pas le Fils de David ? " |
24 Mais les Pharisiens, entendant cela, dirent : " Celui-là n'expulse les démons que par Béelzéboul, le prince des démons. " |
25 Connaissant leurs sentiments, il leur dit : " Tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine ; et nulle ville, nulle maison, divisée contre elle-même, ne saurait se maintenir. |
26 Or, si Satan expulse Satan, il s'est divisé contre lui-même: dès lors, comment son royaume se maintiendra-t-il? |
27 Et si moi, c'est par Béelzéboul que j'expulse les démons, par qui vos adeptes les expulsent-ils? Aussi seront-ils eux-mêmes vos juges. |
28 Mais si c'est par l'Esprit de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous. |
29 " Ou encore, comment quelqu'un peut-il pénétrer dans la maison d'un homme fort et s'emparer de ses affaires, s'il n'a d'abord ligoté cet homme fort ? Et alors il pillera sa maison. |
30 " Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi dissipe. |
31 Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis. |
32 Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l'autre. |
33 " Prenez un arbre bon : son fruit sera bon ; prenez un arbre gâté : son fruit sera gâté. Car c'est au fruit qu'on reconnaît l'arbre. |
34 Engeance de vipères, comment pourriez-vous tenir un bon langage, alors que vous êtes mauvais? Car c'est du trop-plein du cœur que la bouche parle. |
35 L'homme bon, de son bon trésor tire de bonnes choses; et l'homme mauvais, de son mauvais trésor en tire de mauvaises. |
36 Or je vous le dis: de toute parole sans fondement que les hommes auront proférée, ils rendront compte au Jour du Jugement. |
37 Car c'est d'après tes paroles que tu seras justifié et c'est d'après tes paroles que tu seras condamné. " |
38 Alors quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et lui dirent : " Maître, nous désirons que tu nous fasses voir un signe. " |
39 Il leur répondit : " Génération mauvaise et adultère ! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. |
40 De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. |
41 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas! |
42 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec cette génération et elle la condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon ! |
43 " Lorsque l'esprit est sorti de l'homme, il erre par des lieux arides en quête de repos, et il n'en trouve pas. |
44 Alors il dit : "Je vais retourner dans ma demeure, d'où je suis sorti. " Étant venu, il la trouve libre, balayée, bien en ordre. |
45 Alors il s'en va prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils reviennent et y habitent. Et l'état final de cet homme devient pire que le premier. Ainsi en sera-t-il également de cette génération mauvaise. " |
46 Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler [ |
47 ]. |
48 A celui qui l'en informait Jésus répondit : " Qui est ma mère et qui sont mes frères ? " |
49 Et tendant sa main vers ses disciples, il dit : " Voici ma mère et mes frères. |
50 Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. " Introduction. |
Aucun miracle ne peut, à lui seul, prouver quoi que ce soit. Les personnes qui avaient vu les guérisons accomplies par Jésus pouvaient toujours les expliquer comme bon leur semblait, jusqu'à soutenir l'affirmation absurde que ces phénomènes étaient de nature satanique. La discussion visant à déterminer si quelque chose « vient de Dieu ou ne vient pas de Dieu », appliquée ici moins au miracle qu'à Jésus Lui-même, n'a aucun fondement probant. L'histoire de l'apologétique chrétienne le montre elle aussi : toute affirmation et toute preuve en faveur du Christ a rencontré son contre-argument, qui se ramenait toujours à ceci : rien ne permet de le conclure, cela n'est pas démontré. N'est-ce pas aussi ce que dit le Seigneur Lui-même lorsque, en réponse à la demande d'une preuve irréfutable, d'un signe, Il donne en exemple le « signe de Jonas » et le relie à Sa résurrection d'entre les morts ? Le paradoxe est que ce « signe » ne constituait pas une preuve de la prédication du prophète. Les pharisiens qui réclamaient un signe ne virent jamais le Christ ressuscité : Il apparut seulement à ceux qui Lui étaient restés fidèles. Le signe de la Résurrection n'agit donc que dans le domaine de l'Esprit ; il ne peut être une preuve que pour ceux qui veulent eux-mêmes participer au mystère du Christ.
22 Alors on lui présenta un démoniaque aveugle et muet; et il le guérit, si bien que le muet pouvait parler et voir. |
23 Frappées de stupeur, toutes les foules disaient : " Celui-là n'est-il pas le Fils de David ? " |
24 Mais les Pharisiens, entendant cela, dirent : " Celui-là n'expulse les démons que par Béelzéboul, le prince des démons. " |
25 Connaissant leurs sentiments, il leur dit : " Tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine ; et nulle ville, nulle maison, divisée contre elle-même, ne saurait se maintenir. |
26 Or, si Satan expulse Satan, il s'est divisé contre lui-même: dès lors, comment son royaume se maintiendra-t-il? |
27 Et si moi, c'est par Béelzéboul que j'expulse les démons, par qui vos adeptes les expulsent-ils? Aussi seront-ils eux-mêmes vos juges. |
28 Mais si c'est par l'Esprit de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous. |
29 " Ou encore, comment quelqu'un peut-il pénétrer dans la maison d'un homme fort et s'emparer de ses affaires, s'il n'a d'abord ligoté cet homme fort ? Et alors il pillera sa maison. |
30 " Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi dissipe. |
31 Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis. |
32 Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l'autre. |
33 " Prenez un arbre bon : son fruit sera bon ; prenez un arbre gâté : son fruit sera gâté. Car c'est au fruit qu'on reconnaît l'arbre. |
34 Engeance de vipères, comment pourriez-vous tenir un bon langage, alors que vous êtes mauvais? Car c'est du trop-plein du cœur que la bouche parle. |
35 L'homme bon, de son bon trésor tire de bonnes choses; et l'homme mauvais, de son mauvais trésor en tire de mauvaises. |
36 Or je vous le dis: de toute parole sans fondement que les hommes auront proférée, ils rendront compte au Jour du Jugement. |
37 Car c'est d'après tes paroles que tu seras justifié et c'est d'après tes paroles que tu seras condamné. " |
38 Alors quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et lui dirent : " Maître, nous désirons que tu nous fasses voir un signe. " |
39 Il leur répondit : " Génération mauvaise et adultère ! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. |
40 De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. |
41 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas! |
42 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec cette génération et elle la condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon ! |
43 " Lorsque l'esprit est sorti de l'homme, il erre par des lieux arides en quête de repos, et il n'en trouve pas. |
44 Alors il dit : "Je vais retourner dans ma demeure, d'où je suis sorti. " Étant venu, il la trouve libre, balayée, bien en ordre. |
45 Alors il s'en va prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils reviennent et y habitent. Et l'état final de cet homme devient pire que le premier. Ainsi en sera-t-il également de cette génération mauvaise. " |
46 Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler [ |
47 ]. |
48 A celui qui l'en informait Jésus répondit : " Qui est ma mère et qui sont mes frères ? " |
49 Et tendant sa main vers ses disciples, il dit : " Voici ma mère et mes frères. |
50 Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. " Introduction. |
Le Royaume de Dieu est-il parvenu jusqu'à nous ? Dans l'Évangile, le Seigneur lie la venue du Royaume, d'une part, à la victoire sur les forces du mal, sur Satan, et d'autre part, à l'action de l'Esprit Saint dans la vie des hommes. Car c'est bien par l'Esprit qu'Il chasse les démons et guérit les maladies (et, en niant ce fait, le Seigneur signale le danger du blasphème impardonnable contre l'Esprit Saint). Ainsi, le Royaume de Dieu ne nous attend pas seulement au-delà de la tombe, il se réalise aussi ici, sur la terre, là où les hommes donnent à l'Esprit Saint la possibilité d'agir à travers eux. Les actions de l'Esprit peuvent être très diverses (1 Co ch. 12-13), mais la principale est l'amour. C'est pourquoi, pour atteindre le Royaume, il nous est demandé peu de chose : premièrement, une confiance totale et une ouverture à Dieu, permettant à Son Esprit d'agir dans notre vie ; deuxièmement, l'attention à Ses actions, nous permettant de ne pas éteindre Sa vie en nous, mais au contraire d'y répondre par l'action de grâce.
22 Alors on lui présenta un démoniaque aveugle et muet; et il le guérit, si bien que le muet pouvait parler et voir. |
23 Frappées de stupeur, toutes les foules disaient : " Celui-là n'est-il pas le Fils de David ? " |
24 Mais les Pharisiens, entendant cela, dirent : " Celui-là n'expulse les démons que par Béelzéboul, le prince des démons. " |
25 Connaissant leurs sentiments, il leur dit : " Tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine ; et nulle ville, nulle maison, divisée contre elle-même, ne saurait se maintenir. |
26 Or, si Satan expulse Satan, il s'est divisé contre lui-même: dès lors, comment son royaume se maintiendra-t-il? |
27 Et si moi, c'est par Béelzéboul que j'expulse les démons, par qui vos adeptes les expulsent-ils? Aussi seront-ils eux-mêmes vos juges. |
28 Mais si c'est par l'Esprit de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous. |
29 " Ou encore, comment quelqu'un peut-il pénétrer dans la maison d'un homme fort et s'emparer de ses affaires, s'il n'a d'abord ligoté cet homme fort ? Et alors il pillera sa maison. |
30 " Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi dissipe. |
31 Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis. |
32 Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l'autre. |
33 " Prenez un arbre bon : son fruit sera bon ; prenez un arbre gâté : son fruit sera gâté. Car c'est au fruit qu'on reconnaît l'arbre. |
34 Engeance de vipères, comment pourriez-vous tenir un bon langage, alors que vous êtes mauvais? Car c'est du trop-plein du cœur que la bouche parle. |
35 L'homme bon, de son bon trésor tire de bonnes choses; et l'homme mauvais, de son mauvais trésor en tire de mauvaises. |
36 Or je vous le dis: de toute parole sans fondement que les hommes auront proférée, ils rendront compte au Jour du Jugement. |
37 Car c'est d'après tes paroles que tu seras justifié et c'est d'après tes paroles que tu seras condamné. " |
L'expulsion des démons, qui entraîna la guérison d'un aveugle et muet, donna au peuple un motif de supposer, encore provisoirement, que Jésus était le Messie. Mais cela seul n'aurait guère suffi, car Jésus lui-même rejette les accusations des pharisiens en rappelant que leurs fils aussi expulsent les démons. Et nous nous trouvons ici devant une réalité par rapport à laquelle il nous faut nous déterminer ; il est impossible d'éviter le choix.
Face aux manifestations du monde spirituel, il nous faut décider : tel ou tel phénomène mystérieux vient-il de Dieu, ou bien s'agit-il d'une imitation de miracles venue des forces des ténèbres, voire d'une simple charlatanerie banale ? Aujourd'hui encore, diverses merveilles, ou leurs imitations, accomplies par de nombreux gourous et guérisseurs, attirent vers eux beaucoup d'admirateurs convaincus que leurs prodiges viennent d'en haut.
Ici, le Seigneur nous donne un critère : les fruits. Car ses miracles sont des manifestations de l'amour ; il ne cherche jamais l'effet pour frapper seulement l'imagination. Mais les paroles sur la ruine d'un royaume divisé sont aussi très actuelles pour nous qui vivons dans un monde désuni. En réfutant les accusations partiales des pharisiens, le Christ ne nie pas que les forces des ténèbres puissent se combattre entre elles et s'affaiblir mutuellement. S'il y a une hostilité entre les factions des forces obscures, elles sont donc condamnées. Mais leurs luttes internes ne les empêchent pas de faire du mal à tout ce qui les entoure. Et ce n'est pas par hasard que là où le mal domine, les divisions et l'hostilité générale grandissent.
Et ce n'est sans doute pas par hasard que retentissent précisément ici les paroles peut-être les plus sévères de tout l'Évangile : celles sur le non-pardon du blasphème contre le Saint-Esprit, le seul non-pardon dans le Nouveau Testament. Car le Saint-Esprit est Dieu, celui qui donne le pardon. Ainsi, celui qui le blasphème rejette la possibilité même du pardon.
22 Alors on lui présenta un démoniaque aveugle et muet; et il le guérit, si bien que le muet pouvait parler et voir. |
23 Frappées de stupeur, toutes les foules disaient : " Celui-là n'est-il pas le Fils de David ? " |
24 Mais les Pharisiens, entendant cela, dirent : " Celui-là n'expulse les démons que par Béelzéboul, le prince des démons. " |
25 Connaissant leurs sentiments, il leur dit : " Tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine ; et nulle ville, nulle maison, divisée contre elle-même, ne saurait se maintenir. |
26 Or, si Satan expulse Satan, il s'est divisé contre lui-même: dès lors, comment son royaume se maintiendra-t-il? |
27 Et si moi, c'est par Béelzéboul que j'expulse les démons, par qui vos adeptes les expulsent-ils? Aussi seront-ils eux-mêmes vos juges. |
28 Mais si c'est par l'Esprit de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous. |
29 " Ou encore, comment quelqu'un peut-il pénétrer dans la maison d'un homme fort et s'emparer de ses affaires, s'il n'a d'abord ligoté cet homme fort ? Et alors il pillera sa maison. |
30 " Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi dissipe. |
Manifestement, la tâche principale, sinon de tous, du moins de nombreux représentants de la fraternité pharisienne, fut d'expliquer les miracles et les guérisons accomplis par Jésus de manière à ne pas le reconnaître comme le véritable Serviteur de Dieu. Tout fut utilisé, y compris des explications déjà tout à fait absurdes, comme si Jésus, en guérissant, recourait à l'aide de certaines forces obscures. Il n'était pas difficile à Jésus de répondre à de telles accusations en soulignant leur absurdité manifeste. Mais le problème, bien sûr, n'était pas les accusations en tant que telles. Le problème était la position des accusateurs, et Jésus, naturellement, le comprenait parfaitement. Ce n'est pas par hasard qu'il a dit: « Celui qui ne rassemble pas avec moi disperse ».
Il s'agissait en substance non d'accusations concrètes, mais du Royaume. Jésus dit directement à ses accusateurs: si j'expulse les esprits impurs par la force du souffle de Dieu, cela signifie que le Royaume vous a atteints, et maintenant votre destinée ultérieure ne dépend que de vous; il ne sera pas possible de rester neutres ici. Le moment du choix est venu, celui que certains philosophes contemporains appellent existentiel: on ne peut pas l'éviter, il déterminera toute la vie ultérieure de l'homme. Il n'y a qu'un seul Messie, et un seul Royaume.
Ce n'est pas une question théologique ou religieuse, ni même une question de vision du monde, mais une question spirituelle et pratique. On peut accueillir le Royaume et vivre de sa vie, mais alors il faut aussi accueillir Celui qui l'a apporté dans le monde, sans déterminer la possibilité de cet accueil ou de ce refus par des critères religieux ou théologiques. Tout est simple: il suffit de regarder si le Royaume est ici ou non. Et s'il est ici, de l'accueillir comme un fait, sans essayer de le faire entrer dans aucun cadre existant. Alors la vie de ceux qui l'accueillent devient une partie du Royaume: ils « rassemblent avec Jésus ».
Mais si, malgré tout, l'homme rejette le Royaume, ce rejet devient le choix qui détermine sa vie, et non une simple position théologique ou religieuse qu'il aurait adoptée. Alors le Royaume n'est pas pour lui, et lui n'est pas pour le Royaume. Et alors, selon les paroles du Sauveur, « celui qui ne rassemble pas avec moi disperse ».
30 " Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi dissipe. |
31 Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis. |
32 Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l'autre. |
33 " Prenez un arbre bon : son fruit sera bon ; prenez un arbre gâté : son fruit sera gâté. Car c'est au fruit qu'on reconnaît l'arbre. |
34 Engeance de vipères, comment pourriez-vous tenir un bon langage, alors que vous êtes mauvais? Car c'est du trop-plein du cœur que la bouche parle. |
35 L'homme bon, de son bon trésor tire de bonnes choses; et l'homme mauvais, de son mauvais trésor en tire de mauvaises. |
36 Or je vous le dis: de toute parole sans fondement que les hommes auront proférée, ils rendront compte au Jour du Jugement. |
37 Car c'est d'après tes paroles que tu seras justifié et c'est d'après tes paroles que tu seras condamné. " |
Les paroles de Jésus sur le blasphème contre l'Esprit paraissent mystérieuses. Mais elles nous paraissent probablement telles parce que des modèles théologiques se superposent souvent à notre perception du texte évangélique, en particulier les modèles trinitaires, surtout lorsque le texte mentionne l'Esprit Saint. Or, aux temps évangéliques, aucune théologie trinitaire n'existait évidemment, et l'Esprit de Dieu était considéré plutôt d'un point de vue spirituel et pratique: comme un élément d'une expérience spirituelle et mystique concrète, avant tout de l'expérience prophétique. Dans le contexte de l'expérience prophétique, l'Esprit est vécu comme le souffle parfaitement réel de Dieu qui pénètre dans le cœur humain et renouvelle l'homme de l'intérieur. Ici, il était impossible de se tromper: ou bien Dieu respirait dans le cœur, ou bien il n'y respirait pas. Puisqu'il en était ainsi, il ne pouvait être question d'aucune confusion ni d'aucun malentendu.
Lorsqu'il s'agit de théories et de conceptions théologiques, les erreurs sont évidemment possibles. On peut même ne pas reconnaître le Messie dans le Messie; cela peut aussi arriver en principe, et pas nécessairement par mauvaise volonté de l'homme: les raisons peuvent être très diverses. Mais lorsqu'il s'agit du souffle de Dieu, de son action évidente pour tous, aucune erreur n'est possible. Seul celui qui ne veut pas voir peut ne pas voir cette action.
Et si le refus de voir devient aussi agressif, au point que l'homme se met à insulter Dieu et ses œuvres, une telle position devient naturellement pour lui une impasse spirituelle. Le problème n'est pas que Dieu soit susceptible, mais que le refus du souffle de Dieu signifie automatiquement le refus du Royaume que ce souffle pénètre de son centre jusqu'à ses limites les plus lointaines. Et le refus du Royaume mène manifestement au refus de la vie et du salut, un refus contre lequel on ne peut rien, puisqu'il est accompli librement, sans aucune contrainte.
30 " Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi dissipe. |
31 Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis. |
32 Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l'autre. |
33 " Prenez un arbre bon : son fruit sera bon ; prenez un arbre gâté : son fruit sera gâté. Car c'est au fruit qu'on reconnaît l'arbre. |
34 Engeance de vipères, comment pourriez-vous tenir un bon langage, alors que vous êtes mauvais? Car c'est du trop-plein du cœur que la bouche parle. |
35 L'homme bon, de son bon trésor tire de bonnes choses; et l'homme mauvais, de son mauvais trésor en tire de mauvaises. |
36 Or je vous le dis: de toute parole sans fondement que les hommes auront proférée, ils rendront compte au Jour du Jugement. |
37 Car c'est d'après tes paroles que tu seras justifié et c'est d'après tes paroles que tu seras condamné. " |
Le repas donné à cinq mille hommes avec cinq pains est un événement très lumineux. Certes, il préfigure l'institution de l'Eucharistie lors de la Cène; il la préfigure et il est l'image de chaque Eucharistie que célèbre l'Église. Aujourd'hui, un détail semble essentiel. Pour que le miracle puisse s'accomplir, il fallait ces pauvres cinq pains et ces deux poissons, très probablement séchés. Les disciples avaient manifestement déjà cherché qui avait combien de pain avec soi, et ils avaient tout compté. Il n'y avait sûrement rien de plus; ces miettes étaient la seule chose trouvée dans toute cette foule, mais dans les mains du Christ, il en naît une nourriture non seulement suffisante, mais abondante. Pourtant, ces pains appartenaient bien à quelqu'un. Quelqu'un, anonyme, à la question des disciples: «Qui a de la nourriture?», a répondu: «Voici, j'ai du pain, prenez.» On pourrait croire que ces auditeurs prévoyants n'avaient pas eux-mêmes besoin de pain.
Les chrétiens des premiers siècles appelaient ce que nous apportons à Dieu dans le sacrement de l'Eucharistie les «prémices» de la création. Les prémices sont une sorte de gage et de signe que nous apportons à Dieu tout ce qu'Il a créé. C'est par elles que commence le miracle de la multiplication, qui fait de la créature quelque chose de plus grand. À l'inverse, sans l'offrande de ces prémices, l'abîme qui sépare le monde de Dieu et ce monde-ci demeure infranchissable. Nous apportons les prémices du monde et, selon les paroles de saint Irénée de Lyon, nous recevons des mains du Christ les prémices du Royaume des cieux.
Chacun de nous possède quelque chose qui peut être apporté à Dieu comme ces cinq pains, ou bien gardé pour soi. C'est de cela que le Seigneur parle: «...celui qui veut sauver son âme la perdra, mais celui qui perdra son âme à cause de Moi la trouvera» (Mt 16:25).
31 Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis. |
Nous percevons d'ordinaire les paroles du Christ selon lesquelles tout péché et tout blasphème seront pardonnés aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas pardonné, comme une mesure de la limite de la miséricorde de Dieu. Voilà, pensons-nous, il y a quelque chose que Dieu ne peut pas, ou ne veut pas, pardonner. Et tout l'intérêt serait de comprendre quelle est donc cette horreur que Dieu refuse de pardonner.
Derrière ces paroles, nous perdons de vue une chose bouleversante, incroyable, que Jésus dit: tout péché et tout blasphème seront pardonnés aux hommes. Il est essentiel que ce ne soit pas une catégorie modale: pourraient être pardonnés. Dans l'original grec, comme dans le texte russe, c'est simplement le futur. Seront pardonnés. Cela n'annule pas, bien sûr, une autre parole du Sauveur: demandez, et il vous sera donné. Il ne fait aucun doute qu'il faut chercher le pardon, c'est-à-dire en avoir besoin, le demander et le pratiquer dans sa vie. Mais comme elle est importante pour nous, la promesse que cette espérance de pardon se réalisera. La limitation est le lot de la créature; le pardon, comme œuvre de Dieu, ne peut pas être limité.
Que signifient alors les paroles de Jésus selon lesquelles le blasphème contre le Saint-Esprit ne sera pas pardonné? Essayons de les reformuler pour plus de clarté. L'eau peut humidifier tout, sauf l'eau. Le feu peut brûler tout, sauf le feu. Tout peut être pardonné, sauf le blasphème contre le Saint-Esprit. Le pardon n'est pas seulement un don; plus encore, il est action et manifestation de la présence du Saint-Esprit, et si cette présence est blasphémée, si nous ne l'accueillons pas, le feu du pardon ne s'allume pas.
32 Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l'autre. |
Qu'est-ce donc que le « blasphème contre l'Esprit Saint » (v. 31) ? Avant tout, rappelons-nous que sur la croix le Christ prie pour ceux qui Le crucifient : « Père ! pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font ». Cela signifie que seul un péché conscient peut être impardonnable.
Regardons maintenant la situation dans laquelle les paroles de Jésus sont prononcées. Les pharisiens déclarent que Jésus, en accomplissant des miracles, agit par la puissance du prince des démons. Autrement dit, les œuvres bonnes (accomplies par la puissance de Dieu, autrement dit par l'Esprit Saint) sont attribuées à Satan et non à Dieu ; ainsi toutes les notions du bien et du mal, de la vérité et du mensonge, de la vie et de la mort sont renversées. Ces hommes ont déjà tout décidé pour eux-mêmes et sont complètement fermés au repentir. Quelle bonté, quelle miséricorde de Dieu de tels hommes peuvent-ils attendre ? Et ne l'attendant pas, ils ne la reçoivent pas. Ainsi, le blasphème contre l'Esprit Saint est le refus conscient de la bonté de Dieu et le rejet de Sa miséricorde et de Son pardon.
33 " Prenez un arbre bon : son fruit sera bon ; prenez un arbre gâté : son fruit sera gâté. Car c'est au fruit qu'on reconnaît l'arbre. |
Jésus prononce ces paroles après que les pharisiens L’ont accusé de chasser les démons par la puissance du prince des démons. Autrement dit, selon eux, une force mauvaise serait la cause d’une bonne œuvre. Par cette courte parabole, Jésus affirme : cela n’arrive pas ! Chez les pharisiens parlent la ruse, la malhonnêteté ; ils « ajustent » la réalité à une conclusion fixée d’avance. Pour eux, l’évaluation du fait est déterminée avant même le fait. De plus, ils sont prêts à changer le critère qui distingue le bien du mal selon les circonstances et l’opportunité.
Le Christ montre qu’en adoptant une telle logique, ils se retrouvent eux-mêmes, et nous aussi parfois, au pouvoir de celui qu’ils appellent le père du mensonge. Les critères de distinction entre le bien et le mal doivent être inébranlables, car ils viennent de Dieu ; ils doivent donc s’appliquer de la même manière à « l’arbre » et au « fruit ». Et toute situation doit être évaluée à partir des faits (« le fruit »), non selon que « l’arbre » nous plaît ou non.
38 Alors quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et lui dirent : " Maître, nous désirons que tu nous fasses voir un signe. " |
39 Il leur répondit : " Génération mauvaise et adultère ! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. |
40 De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. |
41 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas! |
42 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec cette génération et elle la condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon ! |
43 " Lorsque l'esprit est sorti de l'homme, il erre par des lieux arides en quête de repos, et il n'en trouve pas. |
44 Alors il dit : "Je vais retourner dans ma demeure, d'où je suis sorti. " Étant venu, il la trouve libre, balayée, bien en ordre. |
45 Alors il s'en va prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils reviennent et y habitent. Et l'état final de cet homme devient pire que le premier. Ainsi en sera-t-il également de cette génération mauvaise. " |
Les scribes et les pharisiens proposent au Christ d'accomplir un signe, mais beaucoup dans le peuple se seraient sans doute joints à une telle demande. Il semble que la foule sache non seulement d'avance ce que devrait être ce signe, mais qu'elle voudrait aussi dicter les conditions de son accomplissement. En refusant de donner à la foule de voir ce qu'elle est capable d'imaginer et qu'elle est prête d'avance à interpréter selon son propre entendement, le Christ donne un autre signe: sa Résurrection. Beaucoup d'hommes la rejetteront, mais elle deviendra tout de même un signe pour le monde entier, absolument inattendu et ne rentrant pas dans la conscience, mais saisi par la foi. Les signes en eux-mêmes peuvent ne pas conduire à la foi, mais la foi donne de voir le sens des signes.
Les paroles sur ce qui peut se produire après l'expulsion d'un esprit impur ne concernent pas seulement ceux qui chassent les démons de manière « non qualifiée ». Nous voyons ici un avertissement sur les difficultés qui se dressent sur les chemins de la vie spirituelle, sur son sérieux et sur la responsabilité de garder ce qui a été acquis. Car nous risquons de livrer la chambre balayée à sept esprits impurs plus mauvais chaque fois que nous revenons volontairement à des inclinations pécheresses habituelles, apparemment déjà rejetées. Et ce n'est guère un hasard si ces paroles voisinent avec l'avertissement sur l'inadmissibilité du blasphème contre le Saint-Esprit. Oui, le Seigneur est miséricordieux. Mais est-il possible d'accueillir la miséricorde en se détournant de Celui qui la donne?
38 Alors quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et lui dirent : " Maître, nous désirons que tu nous fasses voir un signe. " |
39 Il leur répondit : " Génération mauvaise et adultère ! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. |
40 De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. |
41 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas! |
42 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec cette génération et elle la condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon ! |
43 " Lorsque l'esprit est sorti de l'homme, il erre par des lieux arides en quête de repos, et il n'en trouve pas. |
44 Alors il dit : "Je vais retourner dans ma demeure, d'où je suis sorti. " Étant venu, il la trouve libre, balayée, bien en ordre. |
45 Alors il s'en va prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils reviennent et y habitent. Et l'état final de cet homme devient pire que le premier. Ainsi en sera-t-il également de cette génération mauvaise. " |
Les scribes sont des hommes de science typiques. Ils savent ce qui doit arriver et cherchent à obtenir une confirmation expérimentale de leurs suppositions sur Jésus. Ils voudraient recevoir un signe qui les libérerait du choix moral et, surtout, de la nécessité de faire confiance, de «tomber entre les mains du Dieu vivant». Jésus parle du signe du prophète Jonas et de sa résurrection le troisième jour après la Crucifixion. Puis il rappelle les Ninivites, qui se repentirent après la prédication de Jonas, et dit que, «sur fond» de repentir des Ninivites, la recherche de preuves par les scribes tombe sous la condamnation.
Le fait est que Jonas a appelé les choses par leur nom à Ninive. Les actions mauvaises ont été appelées mauvaises (et non cruauté nécessaire), la violence a été appelée violence, et non limitation de la liberté au nom des intérêts de tels ou tels fantômes. La Bible dit que les Ninivites sont eux aussi des hommes, bien que la Ninive de ce temps rappelât les régimes fascistes du XXe siècle. Et le coeur de l'homme est capable de s'ouvrir à la vérité, à une sérieuse évaluation morale de soi. Les Ninivites se repentirent et renoncèrent à leurs mauvaises actions. Il ne leur fut montré ni miracles ni signes, mais ils reconnurent comme juste l'évaluation de leurs actes donnée par Jonas, et ils furent sauvés. Dieu a donné à l'homme un centre moral, la conscience, et nous pouvons être sauvés si nous écoutons sa voix.
En effet, la foi n'est pas tant une question de raison et de preuves qu'une affaire de conscience. Ensuite Jésus dit qu'il ne suffit pas de cesser de faire le mal pour devenir un homme de vérité, un homme de conscience. Il faut commencer à faire le bien, sinon on tombe dans des péchés encore pires. Sur le chemin de la vérité, il est impossible de rester immobile; on ne peut qu'avancer. Si tu ne montes pas, tu tombes.
38 Alors quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et lui dirent : " Maître, nous désirons que tu nous fasses voir un signe. " |
39 Il leur répondit : " Génération mauvaise et adultère ! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. |
40 De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. |
41 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas! |
42 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec cette génération et elle la condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon ! |
Comme la liberté fait peur... Elle est inévitablement suivie par la responsabilité. Le libre choix est notre problème, notre casse-tête. Même choisir un yaourt au supermarché nous est insupportablement difficile, parce que si nous choisissons mal, nous seuls serons coupables, et nous avons peur de l'être. C'est pourquoi nous cherchons — parfois même inconsciemment — l'absence de liberté, les décisions imposées, les preuves et les signes, comme les scribes et les pharisiens dans l'Évangile selon Matthieu.
Mais renoncer à la liberté de choisir est aussi une décision dont il faut répondre. Refuser de voir les signes de l'action de Dieu dans notre vie et exiger toujours de nouvelles preuves nous rendent coupables devant Dieu, même en comparaison des païens repentants.
38 Alors quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et lui dirent : " Maître, nous désirons que tu nous fasses voir un signe. " |
39 Il leur répondit : " Génération mauvaise et adultère ! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. |
40 De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. |
41 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas! |
42 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec cette génération et elle la condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon ! |
Le mot « signe », nous le comprenons aujourd'hui comme un miracle. Pourtant le mot grec correspondant, et le « signe » lui-même dans son sens premier, celui qu'il a en slavon d'Église ou en vieux russe, signifie « marque », « signal ». Il en résulte que les gens qui écoutent Jésus attendent de Lui un signe qui parlerait... de quoi, au juste ? De Sa messianité ?
C'est tout à fait possible : car, comme on le pensait en ce temps-là, le Messie, en venant, devait prouver Sa messianité, notamment par certains signes bien déterminés, parmi lesquels devaient se trouver des miracles, des manifestations de la puissance de Dieu prouvant que Dieu était réellement avec Lui et qu'Il Lui confiait le ministère auquel Il prétendait. Plus largement, on attendait des signes pour s'assurer que c'était vraiment Dieu qui agissait, et non un homme selon sa volonté propre. On attendait et on exigeait de tels signes de Jésus : par eux, ceux qui L'écoutaient voulaient déterminer qui se trouvait vraiment devant eux. La demande paraîtrait tout à fait légitime, s'il n'y avait un « mais » : Jésus a donné plus qu'assez de témoignages montrant que Dieu était réellement avec Lui, comme Il le dit aux gens qui L'entourent.
De telles manifestations du Royaume, de son souffle, de sa force, de tels signes visibles de la présence de Dieu, Israël n'en avait jamais vu auparavant, et beaucoup de ceux qui regardaient la situation sans préjugé en convenaient. Certes, les signes n'étaient pas tout à fait ceux que l'on attendait, mais ils étaient bien là. Le refus de beaucoup de voir l'évidence rendait inutiles de nouveaux signes : celui qui voulait voir avait déjà vu ; celui qui ne voulait pas voir ne verrait rien, quels que soient les signes qu'on lui montre. Il y avait pourtant autre chose : la fascination pour les signes, en elle-même, n'apporte pas toujours un bien spirituel à l'homme.
Le signe n'est qu'un indicateur de l'essentiel ; il ne doit pas devenir quelque chose de suffisant en soi et de souverain. Les signes ressemblent à une carte géographique, qui représente schématiquement un terrain réel : sur différentes cartes, le système des symboles conventionnels peut varier, mais si la carte est juste, elle transmettra en tout cas correctement les réalités géographiques. Rejeter une carte au système de symboles inhabituel seulement parce qu'un tel système n'est pas familier, c'est oublier le but même de la carte géographique. C'est pourquoi Jésus ne cherche pas à correspondre aux attentes du public en matière de signes : ce qui Lui importe, c'est le Royaume, non les indicateurs.
43 " Lorsque l'esprit est sorti de l'homme, il erre par des lieux arides en quête de repos, et il n'en trouve pas. |
44 Alors il dit : "Je vais retourner dans ma demeure, d'où je suis sorti. " Étant venu, il la trouve libre, balayée, bien en ordre. |
Pourquoi ce texte est-il si important pour nous? Il nous met en garde contre une situation très dangereuse. Remarquons que les commandements du Christ et l'Évangile dans son ensemble peuvent, en un certain sens, être comparés à ces panneaux routiers qui avertissent du danger, par exemple « virage serré », « pente » ou « verglas ». Ce sont vraiment des symboles lumineux, placés avec soin pour nous prévenir du malheur.
De quels ennuis le texte qui nous est donné aujourd'hui par le Seigneur nous met-il donc en garde? Il y a ici matière à réflexion. Qu'éprouve l'homme lorsqu'il comprend qu'il est sorti avec honneur d'une tentation? En règle générale, il éprouve une certaine fierté; on n'y peut rien. Et, dans une certaine mesure, cela est sans doute normal, mais c'est précisément la question de la mesure, l'éternelle question de la mesure: dès que la mesure est dépassée, une fissure s'ouvre dans notre espace intérieur, là où la place autrefois occupée par le péché n'a pas encore eu le temps d'être occupée par autre chose.
Oui, nos victoires doivent nous être précieuses, mais nous ne devons pas oublier l'essentiel: en vainquant, le Christ lui-même a été vaincu, cloué à la Croix, crucifié. De même nous, en vainquant le mal en nous-mêmes, sommes en réalité blessés par lui, malades de lui. Et nous devons garder avec beaucoup de soin notre espace intérieur, comme celui qui sort dans la rue après une angine grave doit bien s'enrouler la gorge et mettre des chaussettes chaudes.
46 Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler [ |
47 ]. |
48 A celui qui l'en informait Jésus répondit : " Qui est ma mère et qui sont mes frères ? " |
49 Et tendant sa main vers ses disciples, il dit : " Voici ma mère et mes frères. |
50 Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. " Introduction. |
Dans cet épisode, Jésus peut d'abord paraître dur. En effet, il est étrange de voir un prédicateur tellement absorbé par la diffusion de son enseignement qu'une foule d'admirateurs lui devient à ce point plus chère que ses proches qu'il est prêt à leur échanger sa propre Mère et ses frères. Oui, n'importe quel orateur démagogue aurait mauvaise allure dans une telle situation.
Mais si nous examinons attentivement le récit évangélique, nous serons contraints de reconnaître que les paroles du Christ ne contiennent aucun reniement, ni de sa Mère ni de ses frères. Car il a appelé frères et mère ceux qui accomplissent la volonté du Père céleste. Or Marie ne s'est-elle pas ouverte à Dieu avec la plénitude la plus grande ? N'est-elle pas devenue Mère du Christ précisément parce qu'elle a accompli la volonté du Père céleste ? Le cas des frères est un peu différent : ils n'avaient pas l'expérience spirituelle de Marie et n'ont pas reconnu immédiatement Jésus comme le Christ. Mais le temps viendra où ils verront et accueilleront ce qu'il leur est encore difficile d'accueillir. Alors ils deviendront frères non seulement par la parenté.
46 Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler [ |
47 ]. |
48 A celui qui l'en informait Jésus répondit : " Qui est ma mère et qui sont mes frères ? " |
49 Et tendant sa main vers ses disciples, il dit : " Voici ma mère et mes frères. |
50 Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. " Introduction. |
Le Seigneur Jésus-Christ nous offre un don incroyable dans le passage d'aujourd'hui de l'Évangile selon Matthieu. Il semblerait qu'il nous suffise qu'Il nous libère de l'asservissement au mal. De nous-mêmes, nous ne souhaiterions guère davantage que d'être délivrés de la mort. Dans les manifestations les plus élevées de l'esprit humain, nous pourrions concevoir de servir Dieu dans Son œuvre créatrice du monde où Il nous a placés. Mais le Seigneur ne Se contente même pas de cela.
Il veut que toute personne qui vient à Lui devienne membre de Sa famille. Il nous nourrit de Son Sang et de Sa Chair afin que nous devenions du même sang que Lui. Et puisque Jésus Lui-même et Sa Mère toute pure obéissent entièrement à la volonté du Père, Il nous appelle nous aussi à accomplir cette volonté et, par là, à devenir Son frère, Sa sœur et Sa mère.
Étonnamment souvent, ceux qui lisent ce passage pour la première fois demandent : « Pourquoi Jésus offense-t-Il ainsi Sa Mère ? » Mais par ces paroles, Il n'offense pas la Vierge toute pure ; c'est à nous qu'Il propose de nous élever jusqu'à Elle.
46 Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler [ |
47 ]. |
48 A celui qui l'en informait Jésus répondit : " Qui est ma mère et qui sont mes frères ? " |
49 Et tendant sa main vers ses disciples, il dit : " Voici ma mère et mes frères. |
50 Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. " Introduction. |
Il semblerait que nous devrions lire quelque chose qui glorifie la Mère de Dieu, et pourtant nous lisons les paroles sévères de Jésus sur le renoncement aux liens du sang. Mais ce texte est l’une des plus hautes louanges qui Lui aient jamais été adressées. Jésus dit : « ...quiconque fait la volonté de Mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour Moi un frère, une sœur et une mère. » Parmi les hommes qui L’entourent, nul n’est digne de telles paroles, sinon Sa Mère. Car l’obéissance parfaite, l’accomplissement de la volonté du Père, s’exprime de la manière la plus entière et la plus humble dans les propres paroles de Marie : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole. »
46 Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler [ |
47 ]. |
48 A celui qui l'en informait Jésus répondit : " Qui est ma mère et qui sont mes frères ? " |
49 Et tendant sa main vers ses disciples, il dit : " Voici ma mère et mes frères. |
50 Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. " Introduction. |
1 En ce jour-là, Jésus sortit de la maison et s'assit au bord de la mer. |
2 Et des foules nombreuses s'assemblèrent auprès de lui, si bien qu'il monta dans une barque et s'assit ; et toute la foule se tenait sur le rivage. |
3 Et il leur parla de beaucoup de choses en paraboles. Il disait : " Voici que le semeur est sorti pour semer. |
Que nous a donné la venue du Christ? Le salut contre le mal? Oui, bien sûr... mais le mal et la souffrance n'ont pas disparu du monde d'un coup de baguette magique. Jésus lui-même ne fait pas que subir de terribles souffrances sur la Croix: il les subit sans faute de sa part. Et c'est lui encore qui dit que ceux qui veulent être ses disciples doivent de la même manière prendre leur croix et le suivre. En quoi consiste donc ce salut contre le mal?
Peut-être est-ce une approche trop humaine. Dans l'une des lectures évangéliques, Jésus rappelle que si tu t'es seulement libéré d'un esprit mauvais, mais que sa place dans ton cœur est restée inoccupée, il t'arrivera finalement quelque chose de pire encore. Être sauvé seulement de ce que nous considérons comme mauvais, c'est hélas trop peu. Trop peu pour l'homme qui regarde la vérité en face. Mais, heureusement, c'est trop peu aussi pour le Créateur.
C'est pourquoi il nous propose quelque chose d'incommensurablement meilleur: l'adoption filiale. Nous pouvons entrer dans la famille de Jésus de Nazareth, devenir ses frères et sœurs adoptifs. Bien plus, la possibilité nous est ouverte d'une union exceptionnelle, essentielle, avec lui, la même que celle de sa Mère. Être frères de Jésus, et par conséquent être adoptés par son Père et sa Mère, partager avec lui sa divino-humanité: pour tout cela une seule chose est requise, dire au Père comme Jésus lui-même: « Que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui soit faite ».
Le salut contre ce qui est désagréable, mauvais, maléfique, c'est une approche humaine. Un tel escapisme n'est guère propre à Dieu. Il ne fuit pas le mal, mais lui fait face sur la Croix et le vainc. Tu peux chercher le confort et une douceur pieuse, mais alors tu passeras de l'enfer de la violence directement à l'enfer de l'hypocrisie; ou bien tu peux consentir à l'adoption par le Père céleste. Oui, c'est un chemin difficile, parfois douloureusement difficile, et ton Frère adoptif, Jésus, y est mort. Mais en devenant son frère, tu partageras aussi avec lui sa victoire sur le mal. Le choix entre la défaite, la fuite et la victoire t'appartient.
46 Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler [ |
47 ]. |
48 A celui qui l'en informait Jésus répondit : " Qui est ma mère et qui sont mes frères ? " |
49 Et tendant sa main vers ses disciples, il dit : " Voici ma mère et mes frères. |
50 Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. " Introduction. |
1 En ce jour-là, Jésus sortit de la maison et s'assit au bord de la mer. |
2 Et des foules nombreuses s'assemblèrent auprès de lui, si bien qu'il monta dans une barque et s'assit ; et toute la foule se tenait sur le rivage. |
3 Et il leur parla de beaucoup de choses en paraboles. Il disait : " Voici que le semeur est sorti pour semer. |
Comme on le voit, Jésus se rapporte aux liens de sang sinon toujours négativement, du moins toujours avec une réserve critique. Une telle attitude paraît étonnante si l'on considère le rôle que jouait le principe clanique et tribal dans la société juive. À proprement parler, l'appartenance même au peuple de Dieu se définissait selon le clan et la tribu. Et pourtant Jésus repousse les liens de parenté au second plan.
On pourrait certes penser que Jésus est l'Homme d'une autre époque, celle de la civilisation hellénistique et des grands empires. À cette époque, l'origine de l'homme comptait moins que sa personne. Mais, comme on le voit, il ne s'agit pas seulement de l'époque, d'autant que la société juive précisément demeurait très conservatrice en matière de liens de parenté et de famille.
Jésus ne dit évidemment pas par hasard que Ses proches sont ceux qui accomplissent la volonté de Dieu. Et il ne s'agit pas seulement du fait qu'Il avait besoin de compagnons de pensée et d'aides. Il s'agit de l'essence même des liens de sang. Ils constituent sans aucun doute un puissant facteur d'union entre les hommes dans le monde déchu ; c'est là leur force. Mais c'est aussi leur faiblesse : en liant les hommes entre eux, ils les attachent en même temps à l'ordre non transfiguré des choses, les y intégrant aussi solidement que rien d'autre. Alors il apparaît que, pour le Royaume, les liens de sang doivent, sinon être totalement rompus, du moins être repoussés au second plan.
Il semblerait qu'une telle décision mette fin à la possibilité même de faire quelque chose pour le salut de ses proches. Mais ce n'est pas toujours le cas : car pour sauver les autres, il faut d'abord participer soi-même à la vie du Royaume, dont le souffle seul est salvateur. Tant que les relations qui étaient purement naturelles n'auront pas changé de qualité, une telle participation restera impossible. Mais, d'un autre côté, la transformation spirituelle de la vie du chrétien trouble souvent objectivement ses anciens liens de sang si ses parents ne marchent pas avec lui sur le même chemin : car si l'un d'eux est prêt à construire ses relations avec son prochain selon les lois du Royaume, et l'autre non, les relations entre eux deviendront, au fond, impossibles. En revanche, celui qui n'a pas encore commencé son chemin vers le Royaume aura la possibilité de bénéficier du soutien de son parent chrétien si, et quand, il commencera ce chemin : car celui-ci sera prêt à de nouvelles relations et les « rattrapera » dès que celui qui fait le premier pas en ressentira le besoin.
De tels liens de sang, transfigurés par le souffle du Royaume, peuvent devenir non plus un frein, mais une aide pour la vie spirituelle. Et Jésus, le sachant, ne s'accroche pas à l'ancien ; Il offre à Ses disciples une vie nouvelle avec des relations renouvelées.
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