42 Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l'amour de Dieu! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela. |
43 Malheur à vous, les Pharisiens, qui aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques! |
44 Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir ! " |
45 Prenant alors la parole, un des légistes lui dit : " Maître, en parlant ainsi, tu nous outrages, nous aussi ! " |
46 Alors il dit : " A vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d'un seul de vos doigts ! |
Que nous sommes tous intelligents, droits et perspicaces lorsque nous observons les actes des autres ! Nous voyons aussitôt où ils agissent contre la raison, contre leur conscience ou contre les normes morales. Où tout cela disparaît-il lorsqu'il s'agit de nos propres actes ? Nous trouvons alors immédiatement toutes sortes de raisons, de circonstances et d'excuses...
Dans l'Épître aux Romains, Paul écrit : « Penses-tu donc, ô homme, que tu échapperas au jugement de Dieu, toi qui condamnes ceux qui commettent de tels actes et qui fais toi-même les mêmes choses ? » Dans l'Évangile selon Luc, le Seigneur s'adresse aux « guides spirituels » d'Israël : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous êtes comme des tombeaux cachés, sur lesquels on marche sans le savoir. » Notre tentative de nous justifier en nous élevant au-dessus de ceux que nous estimons plus pécheurs que nous est vaine. Dieu ne fait pas acception de personnes. Il ne nous regarde pas en nous comparant les uns aux autres, mais tels que nous sommes ; Son échelle d'évaluation n'est pas relative, mais absolue, et nous ne gagnons des « bons points » que lorsque nous sommes conduits par l'amour de Dieu.
42 Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l'amour de Dieu! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela. |
43 Malheur à vous, les Pharisiens, qui aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques! |
44 Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir ! " |
45 Prenant alors la parole, un des légistes lui dit : " Maître, en parlant ainsi, tu nous outrages, nous aussi ! " |
46 Alors il dit : " A vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d'un seul de vos doigts ! |
Une peur indicible s'insinue quand on pense à ce texte tout en le projetant sur la situation actuelle du monde. «Mais Il dit: Malheur à vous aussi, docteurs de la loi, parce que vous chargez les hommes de fardeaux difficiles à porter, et que vous-mêmes vous ne touchez pas ces fardeaux d'un seul de vos doigts». Il ne s'agit même pas du fait que certains de nos pères spirituels nous obligent à jeûner trop durement, ou nous imposent des pénitences trop sévères. Il semble que tout cela ne soit justement pas le signe de notre époque. Peut-être existe-t-il quelque part des prêtres stricts sans mesure... Mais, dans l'ensemble, ce n'est pas du tout l'esprit de notre temps. Tout prêtre normal comprend que le simple fait d'être un chrétien ordinaire et honnête, sur fond de notre siècle devenu fou, corrompu et terrifiant, est déjà une tâche bien lourde; que dire alors des exploits ascétiques chez les laïcs...
Mais il semble que ce ne soit que le sens le plus direct de la lecture d'aujourd'hui, et qu'elle contienne aussi des couches de sens plus profondes. Aujourd'hui, ces paroles du Seigneur rappellent à notre mémoire d'autres paroles. «Ils vous excluront des synagogues; et même l'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu» (Jn 16:2). Aujourd'hui, ces deux textes sont très proches.
Pourquoi pensera-t-il ainsi, qu'il rend un culte à Dieu? Pourquoi certains «musulmans» pensent-ils qu'en tuant des chrétiens ils rendent un culte à Allah? Pourquoi certains «chrétiens» pensent-ils qu'en larguant des bombes sur les habitants pacifiques d'Irak, sur des enfants et des femmes, ils accomplissent une oeuvre agréable à Dieu, bonne, juste et droite? Pourquoi?
Or la réponse à cette question, aussi étrange que cela paraisse, se trouve précisément dans les paroles que Jésus prononce aujourd'hui. Nous obéissons aux «docteurs de la loi»; ils nous gouvernent comme des ânes sur lesquels on charge un fardeau, et nous leur obéissons. Nous avons même de tels mots: «leader spirituel». Mais il me semble que c'est une sorte d'oxymore, un délire, une expression impossible. En principe, une notion comme leader spirituel ne peut pas exister. Dans l'esprit, seul l'Esprit peut nous gouverner; tout le reste n'est pas de l'esprit, mais simplement du crime, une affaire passible de jugement. Pourtant il faut se tendre, travailler, lire, réfléchir, prier. Alors qu'ici tout est simple: le mollah a dit qu'il est écrit dans le Coran: si tu rencontres un infidèle, frappe-le au cou avec l'épée (sourate 47, «Muhammad»), donc tuez les chrétiens. Et il s'avère qu'en réalité il s'agit de tout autre chose, qu'il est question ici d'une bataille; mais pour le comprendre il faut approfondir, regarder diverses traductions, avoir une vision d'ensemble et une communion vivante avec Dieu. Et les chrétiens entendent que leurs enfants sont tués aux cris de «Allah akbar», et ils se mettent à haïr, voire se conduisent de telle façon que le seul mot qu'un croyant puisse employer à leur sujet est «infidèle». Et ils oublient que le Christ enseigne l'amour, non la haine; ils l'oublient parce qu'ils ne se tournent pas vers le Christ, mais vers des présidents qui se disent croyants, vers des leaders, en un mot vers les «docteurs de la loi».
On a envie de dire: gens, regardez de plus près les paroles que le Seigneur prononce aujourd'hui: «vous chargez les hommes de fardeaux difficiles à porter, et vous-mêmes vous ne touchez pas ces fardeaux d'un seul doigt». Sommes-nous des ânes, pour qu'on nous charge ainsi?! Malheur à eux, certes, mais nous, nous ne devons pas tendre le dos...
42 Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l'amour de Dieu! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela. |
43 Malheur à vous, les Pharisiens, qui aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques! |
44 Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir ! " |
45 Prenant alors la parole, un des légistes lui dit : " Maître, en parlant ainsi, tu nous outrages, nous aussi ! " |
46 Alors il dit : " A vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d'un seul de vos doigts ! |
Jésus se montrait assez exigeant envers les pharisiens et les « légistes » (enseignants de la Torah), condamnant bien des choses dans leur vie. Il condamne manifestement d'abord cette déformation de l'ordre des priorités de la vie spirituelle qui se manifeste extérieurement sous la forme du formalisme religieux.
Bien sûr, le formalisme en lui-même n'apporte rien de bon à la vie spirituelle : il détourne de l'essentiel. Mais il y a pire : le formalisme religieux fournit une excellente justification à l'affirmation de soi. En accomplissant toutes les formalités requises, celui qui les accomplit pense avoir pleinement le droit d'être fier de lui et de ses réussites spirituelles. Jésus, pourtant, rappelle à ceux qui L'écoutent l'essentiel : la justice et l'amour de Dieu.
On pourrait croire que justice et amour sont, en un certain sens, des réalités opposées. Mais à y regarder de plus près, leur lien apparaît assez évident. Si l'on suit la tradition prophétique, les prophètes ayant parlé plus que tous du jugement de Dieu et de la justice, la justice peut et doit être liée non seulement aux procès, mais aussi à la décision comme telle. En faisant un choix, en prenant une décision, en évaluant ses actes ou ceux d'autrui, l'homme qui veut suivre la Torah doit d'abord les évaluer selon leur conformité aux normes et aux lois de la Torah, en particulier aux commandements du Décalogue.
La juste évaluation de ses propres actes et de ceux d'autrui, ainsi que de la situation dans son ensemble, le bon choix et la détermination de le suivre constituent le fondement d'une vie spirituelle quotidienne normale. Les formalités religieuses, elles, non seulement n'aident souvent pas, mais gênent directement, en détournant l'attention de l'essentiel vers le secondaire : au lieu de se demander si tel acte ou telle décision correspond au commandement de Dieu, le formaliste religieux se demande s'il correspond aux règles religieuses. Et le formalisme religieux détourne tout autant de l'amour de Dieu : après avoir accompli les règles prescrites, celui qui les a accomplies commence à penser qu'il ne doit plus rien à personne.
Or l'amour ne se limite jamais au cadre de la loi et des obligations : celui qui aime est toujours prêt à faire pour l'être aimé plus qu'il n'est tenu de faire. Il ne s'agit même pas seulement du fait que le formaliste religieux prive quelqu'un de quelque chose, même si, en réalité, c'est presque toujours le cas. Il s'agit du fait qu'en demeurant ce qu'il est, ce formaliste bâtit sa relation avec Dieu comme avec son prochain. Il est prêt à recevoir de Lui ce qui est dû. Or ce qui est dû à chacun de nous ne suffit manifestement pas pour le salut ; le formaliste devra donc oublier le salut. Et le Royaume aussi.
29 Comme les foules se pressaient en masse, il se mit à dire : " Cette génération est une génération mauvaise ; elle demande un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas. |
30 Car, tout comme Jonas devint un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l'homme en sera un pour cette génération. |
31 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon! |
32 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas ! |
33 " Personne, après avoir allumé une lampe, ne la met en quelque endroit caché ou sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, pour que ceux qui pénètrent voient la clarté. |
34 La lampe du corps, c'est ton œil. Lorsque ton œil est sain, ton corps tout entier aussi est lumineux; mais dès qu'il est malade, ton corps aussi est ténébreux. |
35 Vois donc si la lumière qui est en toi n'est pas ténèbres! |
36 Si donc ton corps tout entier est lumineux, sans aucune partie ténébreuse, il sera lumineux tout entier, comme lorsque la lampe t'illumine de son éclat. " |
37 Tandis qu'il parlait, un Pharisien l'invite à déjeuner chez lui. Il entra et se mit à table. |
38 Ce que voyant, le Pharisien s'étonna de ce qu'il n'eût pas fait d'abord les ablutions avant le déjeuner. |
39 Mais le Seigneur lui dit : " Vous voilà bien, vous, les Pharisiens ! L'extérieur de la coupe et du plat, vous le purifiez, alors que votre intérieur à vous est plein de rapine et de méchanceté ! |
40 Insensés! Celui qui a fait l'extérieur n'a-t-il pas fait aussi l'intérieur? |
41 Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous. |
42 Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l'amour de Dieu! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela. |
43 Malheur à vous, les Pharisiens, qui aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques! |
44 Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir ! " |
45 Prenant alors la parole, un des légistes lui dit : " Maître, en parlant ainsi, tu nous outrages, nous aussi ! " |
46 Alors il dit : " A vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d'un seul de vos doigts ! |
47 " Malheur à vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, et ce sont vos pères qui les ont tués ! |
48 Vous êtes donc des témoins et vous approuvez les actes de vos pères; eux ont tué, et vous, vous bâtissez! |
49 " Et voilà pourquoi la Sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; ils en tueront et pourchasseront, |
50 afin qu'il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la fondation du monde, |
51 depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, qui périt entre l'autel et le Temple. Oui, je vous le dis, il en sera demandé compte à cette génération. |
52 " Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la science ! Vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! " |
53 Quand il fut sorti de là, les scribes et les Pharisiens se mirent à lui en vouloir terriblement et à le faire parler sur une foule de choses, |
Dans plusieurs épisodes, l'évangéliste rapporte différentes paroles du Seigneur sur la vie dans le Royaume de Dieu qui vient. Jésus ne prêchait pas dans le vide—autour de Lui se trouvaient des croyants, plus ou moins pieux. Naturellement, tous comprenaient un peu différemment qui est Dieu et comment il faut vivre avec Lui. Pourtant, dans les paroles rapportées par l'évangéliste, on peut discerner deux grands « types de vie religieuse » : d'un côté, l'être humain dont l'œil est pur et simple, rempli de lumière comme celle d'une lampe visible pour tous ceux qui sont dans les ténèbres ; de l'autre, la piété formelle de ceux qui se souviennent du moment où il faut se laver les mains et payer la dîme, mais qui oublient parfois—non par méchanceté, mais uniquement en raison des limites de la mémoire humaine—des réalités telles que le pardon, la miséricorde et la confiance en Dieu. Bien sûr, ces deux formes sont véritablement des « types », des sortes d'idéaux de la vie spirituelle ; elles dessinent néanmoins assez clairement les deux directions dans lesquelles peut s'engager un disciple de Jésus-Christ.
29 Comme les foules se pressaient en masse, il se mit à dire : " Cette génération est une génération mauvaise ; elle demande un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas. |
30 Car, tout comme Jonas devint un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l'homme en sera un pour cette génération. |
31 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon! |
32 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas ! |
33 " Personne, après avoir allumé une lampe, ne la met en quelque endroit caché ou sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, pour que ceux qui pénètrent voient la clarté. |
34 La lampe du corps, c'est ton œil. Lorsque ton œil est sain, ton corps tout entier aussi est lumineux; mais dès qu'il est malade, ton corps aussi est ténébreux. |
35 Vois donc si la lumière qui est en toi n'est pas ténèbres! |
36 Si donc ton corps tout entier est lumineux, sans aucune partie ténébreuse, il sera lumineux tout entier, comme lorsque la lampe t'illumine de son éclat. " |
37 Tandis qu'il parlait, un Pharisien l'invite à déjeuner chez lui. Il entra et se mit à table. |
38 Ce que voyant, le Pharisien s'étonna de ce qu'il n'eût pas fait d'abord les ablutions avant le déjeuner. |
39 Mais le Seigneur lui dit : " Vous voilà bien, vous, les Pharisiens ! L'extérieur de la coupe et du plat, vous le purifiez, alors que votre intérieur à vous est plein de rapine et de méchanceté ! |
40 Insensés! Celui qui a fait l'extérieur n'a-t-il pas fait aussi l'intérieur? |
41 Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous. |
42 Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l'amour de Dieu! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela. |
43 Malheur à vous, les Pharisiens, qui aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques! |
44 Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir ! " |
45 Prenant alors la parole, un des légistes lui dit : " Maître, en parlant ainsi, tu nous outrages, nous aussi ! " |
46 Alors il dit : " A vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d'un seul de vos doigts ! |
47 " Malheur à vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, et ce sont vos pères qui les ont tués ! |
48 Vous êtes donc des témoins et vous approuvez les actes de vos pères; eux ont tué, et vous, vous bâtissez! |
49 " Et voilà pourquoi la Sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; ils en tueront et pourchasseront, |
50 afin qu'il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la fondation du monde, |
51 depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, qui périt entre l'autel et le Temple. Oui, je vous le dis, il en sera demandé compte à cette génération. |
52 " Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la science ! Vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! " |
53 Quand il fut sorti de là, les scribes et les Pharisiens se mirent à lui en vouloir terriblement et à le faire parler sur une foule de choses, |
La lecture d'aujourd'hui est consacrée au thème central de la polémique qui s'est développée entre Jésus et une partie de la fraternité pharisienne: le thème du Royaume et de la religiosité. Pour comprendre la situation, il importe de garder à l'esprit qu'il ne s'agit pas d'une forme spécifique de religiosité. La religiosité des pharisiens avait bien sûr des traits tout à fait concrets, propres à l'époque; mais, d'un autre côté, c'est précisément la mentalité pharisienne que l'on pourrait considérer comme la quintessence de la religiosité en tant que telle, et, en un certain sens, toute autre religiosité connue dans l'histoire, du moins dans l'histoire des religions abrahamiques, peut être comparée à la religiosité pharisienne comme à un étalon.
Mais le fait est que Jésus n'était pas le fondateur d'une nouvelle religion. Le christianisme n'est pas une religion, mais la vie dans le Royaume, et le Sauveur essaie sans cesse de faire comprendre cette pensée à Ses interlocuteurs. Ce n'est pas par hasard qu'Il répond si longuement au pharisien qui L'a invité chez lui à propos du lavage rituel des mains avant le repas (v. 38-44). La question de la pureté rituelle est la question centrale de toute religion; elle détermine l'appartenance d'une personne à la communauté religieuse et sa plénitude religieuse.
Jésus, Lui, parle de la pureté non comme d'un état religieux, mais comme d'un état spirituel. Car la possibilité de demeurer dans le Royaume est déterminée non par les qualités de l'homme, morales ou religieuses, mais par ses relations avec Dieu et avec ses prochains. La religion et la morale peuvent purifier l'homme extérieurement; l'accomplissement minutieux des obligations religieuses rend l'homme irréprochable religieusement, il correspond à toutes les prescriptions de la Torah, si l'on comprend celle-ci seulement comme une législation religieuse sans rapport avec la vie intérieure de l'homme.
On pourrait appeler cela du formalisme religieux, mais ce ne serait pourtant pas toute la vérité, car les mêmes pharisiens s'efforçaient d'accomplir les prescriptions de la Loi non seulement formellement; ils étaient simplement absolument certains qu'en payant soigneusement la dîme, ils étaient réellement purs devant Dieu (v. 42). Ce n'est pas par hasard que Jésus parle de l'aumône (v. 41), de ce qu'aucune loi ne peut réglementer: seul le renoncement aux tentatives de tout formaliser dans les relations avec Dieu peut amener l'homme à penser non à ses obligations et à ses droits religieux, mais à ses relations avec Dieu et avec les hommes. Alors, un tel homme n'accordera pas non plus une importance particulière au statut, si important dans la vie religieuse (v. 43). Et le problème principal ici est que ce n'est pas une religion particulière et nouvelle qui mène au Royaume, mais le renoncement à toute religion en général. Cela était inacceptable même pour les «scribes», les enseignants de la Torah (v. 45). Mais Jésus remarque en réponse que la théologie rabbinique, comme toute théologie traditionnelle en général, s'occupe de justifier cette même religiosité qui, soit dit en passant, n'oblige les théologiens eux-mêmes à rien (v. 46).
Mais le pire est que la religion et ses défenseurs, en tout temps, se sont opposés aux témoins de Dieu et ont cherché à s'en débarrasser. Il en fut ainsi auparavant, et au temps de Jésus rien n'a changé (v. 46-52). Et voilà que des hommes pleinement religieux, instruits et extérieurement pieux condamnent à la croix Celui qu'ils attendaient, selon leurs propres assurances, depuis de nombreux siècles. En choisissant entre la religion et le Royaume, ils choisissent, comme on le voit, la religion. Et ils restent avec ce qu'ils ont choisi.
29 Comme les foules se pressaient en masse, il se mit à dire : " Cette génération est une génération mauvaise ; elle demande un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas. |
30 Car, tout comme Jonas devint un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l'homme en sera un pour cette génération. |
31 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon! |
32 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas ! |
33 " Personne, après avoir allumé une lampe, ne la met en quelque endroit caché ou sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, pour que ceux qui pénètrent voient la clarté. |
34 La lampe du corps, c'est ton œil. Lorsque ton œil est sain, ton corps tout entier aussi est lumineux; mais dès qu'il est malade, ton corps aussi est ténébreux. |
35 Vois donc si la lumière qui est en toi n'est pas ténèbres! |
36 Si donc ton corps tout entier est lumineux, sans aucune partie ténébreuse, il sera lumineux tout entier, comme lorsque la lampe t'illumine de son éclat. " |
37 Tandis qu'il parlait, un Pharisien l'invite à déjeuner chez lui. Il entra et se mit à table. |
38 Ce que voyant, le Pharisien s'étonna de ce qu'il n'eût pas fait d'abord les ablutions avant le déjeuner. |
39 Mais le Seigneur lui dit : " Vous voilà bien, vous, les Pharisiens ! L'extérieur de la coupe et du plat, vous le purifiez, alors que votre intérieur à vous est plein de rapine et de méchanceté ! |
40 Insensés! Celui qui a fait l'extérieur n'a-t-il pas fait aussi l'intérieur? |
41 Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous. |
42 Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l'amour de Dieu! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela. |
43 Malheur à vous, les Pharisiens, qui aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques! |
44 Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir ! " |
45 Prenant alors la parole, un des légistes lui dit : " Maître, en parlant ainsi, tu nous outrages, nous aussi ! " |
46 Alors il dit : " A vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d'un seul de vos doigts ! |
47 " Malheur à vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, et ce sont vos pères qui les ont tués ! |
48 Vous êtes donc des témoins et vous approuvez les actes de vos pères; eux ont tué, et vous, vous bâtissez! |
49 " Et voilà pourquoi la Sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; ils en tueront et pourchasseront, |
50 afin qu'il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la fondation du monde, |
51 depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, qui périt entre l'autel et le Temple. Oui, je vous le dis, il en sera demandé compte à cette génération. |
52 " Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la science ! Vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! " |
53 Quand il fut sorti de là, les scribes et les Pharisiens se mirent à lui en vouloir terriblement et à le faire parler sur une foule de choses, |
Les paroles du Sauveur adressées aux pharisiens et aux maîtres de la Torah, qu’on appelait alors ordinairement « scribes », peuvent paraître trop dures, comme elles l’ont paru à certains de Ses auditeurs. Mais la question était trop sérieuse, et il fallait appeler les choses par leur nom. Les accusations sont graves : au fond, Jésus reproche aussi bien aux militants religieux de la Synagogue de ce temps, les pharisiens, qu’aux éminents maîtres de la Torah, de ne pas observer eux-mêmes ce à quoi ils appellent les autres. Accusation étrange, semble-t-il : car ce sont précisément les pharisiens et les maîtres de la Torah qui, dans les Évangiles, sont présentés comme des zélateurs de la Torah ; ce sont eux qui reprochent sans cesse à Jésus de violer telle ou telle de ses prescriptions. Mais Jésus désigne clairement le problème : une religiosité extérieure privée de contenu spirituel. C’est précisément cette religiosité qui devint le principal problème de la vie spirituelle synagogale à l’époque évangélique. Beaucoup de pharisiens s’y tenaient, et beaucoup de maîtres de la Torah l’enseignaient au peuple.
Une alternative existait, bien sûr, mais peu nombreux étaient ceux qui la représentaient. Les livres du Nouveau Testament nous ont transmis les noms de certains d’entre eux : Nicodème, Gamaliel... Mais ce n’étaient pas eux qui déterminaient l’atmosphère générale de la vie synagogale de ce temps. Et il apparaissait alors que les appels à la vie spirituelle s’accompagnaient d’un enseignement non pas tant de la vie spirituelle que de la vie religieuse. Non pas comment acquérir l’intégrité intérieure et la lumière intérieure, ce fameux « œil lumineux » dont parle Jésus, mais comment observer les prescriptions rituelles. Bien sûr, elles aussi ne sont pas apparues sans raison, et derrière elles se trouve une certaine expérience spirituelle qui les a engendrées ; mais cette expérience s’était déjà oubliée, tandis que les prescriptions étaient restées.
Et voilà qu’on propose désormais au peuple de vivre d’une seule religiosité sans contenu spirituel, de prescriptions sans communion avec Dieu. Quant aux maîtres eux-mêmes, ils se sentent alors comme les propriétaires de la Torah : ce sont eux qui la commentent et l’interprètent, c’est à eux qu’on demande conseil, c’est précisément leur autorité qui, aux yeux des gens simples, est incontestable.
Tous n’étaient pas ainsi, bien sûr, mais il y en avait assez pour qu’une immense multitude de personnes se referme dans le cercle de la religiosité formelle sans aucune possibilité d’en sortir. Et toute parole libre de Dieu, tout souffle de l’Esprit de Dieu dans ce milieu est perçu comme quelque chose d’inutile et même de dangereux : car cela mine le monopole des maîtres et des interprètes sur la Torah, et donc sur la vie spirituelle. Ce n’est pas par hasard que Jésus dit à ceux qui élèvent des monuments aux anciens prophètes qu’ils ne valent pas mieux que leurs pères, qui tuaient ces mêmes prophètes. La vie spirituelle vivante ne leur est pas nécessaire, pas plus qu’elle ne l’était à leurs pères. Et donc le Royaume ne leur est pas nécessaire non plus.
29 Comme les foules se pressaient en masse, il se mit à dire : " Cette génération est une génération mauvaise ; elle demande un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas. |
30 Car, tout comme Jonas devint un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l'homme en sera un pour cette génération. |
31 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon! |
32 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas ! |
33 " Personne, après avoir allumé une lampe, ne la met en quelque endroit caché ou sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, pour que ceux qui pénètrent voient la clarté. |
34 La lampe du corps, c'est ton œil. Lorsque ton œil est sain, ton corps tout entier aussi est lumineux; mais dès qu'il est malade, ton corps aussi est ténébreux. |
35 Vois donc si la lumière qui est en toi n'est pas ténèbres! |
36 Si donc ton corps tout entier est lumineux, sans aucune partie ténébreuse, il sera lumineux tout entier, comme lorsque la lampe t'illumine de son éclat. " |
37 Tandis qu'il parlait, un Pharisien l'invite à déjeuner chez lui. Il entra et se mit à table. |
38 Ce que voyant, le Pharisien s'étonna de ce qu'il n'eût pas fait d'abord les ablutions avant le déjeuner. |
39 Mais le Seigneur lui dit : " Vous voilà bien, vous, les Pharisiens ! L'extérieur de la coupe et du plat, vous le purifiez, alors que votre intérieur à vous est plein de rapine et de méchanceté ! |
40 Insensés! Celui qui a fait l'extérieur n'a-t-il pas fait aussi l'intérieur? |
41 Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous. |
42 Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l'amour de Dieu! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela. |
43 Malheur à vous, les Pharisiens, qui aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques! |
44 Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir ! " |
45 Prenant alors la parole, un des légistes lui dit : " Maître, en parlant ainsi, tu nous outrages, nous aussi ! " |
46 Alors il dit : " A vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d'un seul de vos doigts ! |
47 " Malheur à vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, et ce sont vos pères qui les ont tués ! |
48 Vous êtes donc des témoins et vous approuvez les actes de vos pères; eux ont tué, et vous, vous bâtissez! |
49 " Et voilà pourquoi la Sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; ils en tueront et pourchasseront, |
50 afin qu'il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la fondation du monde, |
51 depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, qui périt entre l'autel et le Temple. Oui, je vous le dis, il en sera demandé compte à cette génération. |
52 " Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la science ! Vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! " |
53 Quand il fut sorti de là, les scribes et les Pharisiens se mirent à lui en vouloir terriblement et à le faire parler sur une foule de choses, |
Dans l'Évangile, nous ne trouvons aucune dénonciation courroucée de Jésus contre les voleurs, les extorqueurs, les prostituées, les épouses infidèles, les occupants ou les autres pécheurs. Le seul groupe qu'Il dénonce est celui des scribes et des pharisiens. Quelle faute ces hommes avaient-ils donc commise, eux qui étudiaient la Loi, enseignaient aux autres et étaient en quelque sorte la « conscience de la nation » ? Leur faute la plus grave est probablement exprimée au verset 52 : appelés à conduire les hommes à la connaissance de Dieu, ils sont eux-mêmes passés à côté de ce qui est le plus important dans la vie humaine. Sans connaître Dieu, aucune connaissance sur Dieu n'aura de sens.
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