Les mots de Paul «nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés» sonnent mystérieusement. De quelle transformation parle l'apôtre? Et comment est-elle liée à la mort ? En prenant en considération la mention de «la trompette finale», annonçant, comme il n’est pas difficile de deviner, le terrible Jugement, on peut penser qu'il s'agit de cette transfiguration, qui attend chacun de nous...
Les mots de Paul «nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés» sonnent mystérieusement. De quelle transformation parle l'apôtre? Et comment est-elle liée à la mort ? En prenant en considération la mention de «la trompette finale», annonçant, comme il n’est pas difficile de deviner, le terrible Jugement, on peut penser qu'il s'agit de cette transfiguration, qui attend chacun de nous à la fin des temps. D'habitude la phrase «nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés» est comprise dans ce sens que l'apôtre supposait le retour rapide du Sauveur dans la gloire, avant lequel , comme pensait Paul, pourraient tout à fait vivre certains de ses contemporains. Mais est-ce seulement cela que veut dire l'apôtre ? Et comment la mort est-elle liée au dernier Jugement ?
La réponse la plus simple : le jour du Jugement, «au son de la trompette finale», les morts ressuscitent, apparaissant devant Dieu avec ceux, qui vivront en ces jours-là. Tout est ainsi; mais quand a donc commencé la résurrection? Paul lui-même appelle le Sauveur «le premier des morts», voulant dire que c’est notamment Lui le premier à être ressuscité, commençant ainsi par Lui-même ce processus, qui s'achèvera à la fin des temps. Et comment les hommes participent à ce processus ?
L’un des quatre évangélistes, Matthieu, mentionne que le jour de la mort sur la croix du Sauveur, en Judée se sont ouverts les tombeaux, d'où sont sortis des gens ressuscités de la mort, dont ont vu plusieurs de ceux qui vivaient en ce temps dans le pays. Qui s’est alors ressuscité en premier ? Et dans quel sens Paul appelle Jésus «le premier des morts», c'est-à-dire le premier des ressuscités ? Peut-être, le problème ici n’est pas du tout dans la chronologie ? En effet, la résurrection du Sauveur n’était rien d'autre, que le triomphe visible du Royaume sur les forces du mal et de la mort, sur ce shéol, qu’autrefois possédait tôt ou tard tout un chacun, et possédait irrévocablement. Maintenant le vecteur spirituel de notre monde a changé : le shéol a cédé, a cédé au Royaume. Et le premier témoignage à cela fut les ressuscités le jour de la mort sur la croix du Sauveur.
Sa propre résurrection a confirmé : le Messie promis est venu, le Royaume est ici, la mort est vaincue, et la solennité définitive du Royaume n’est qu’une question de temps. Et que dire des gens? Ils participent comme on voit, au processus du devenir du Royaume dans notre monde se transformant, mais pas encore transformé jusqu'à la fin. Sur un tel fond, les mots «nous ne mourrons pas tous» peuvent tout à fait se rapporter non seulement à ceux, qui seront vivants aux derniers jours de l'existence de l’ancien monde, mais aussi à ceux qui se sont joints dans une certaine mesure à la vie du Royaume sur toute l'étendue de son histoire dans notre monde se transformant.
Comme on voit, tout un chacun, ayant une relation avec le Royaume, n'appartient plus déjà à la mort, il ne meurt pas, mais il ne peut pas aussi obtenir la plénitude de la vie du Royaume jusqu'au moment de son [ce Royaume] triomphe total. Mais il n’y a dans notre monde se transformant encore seulement partiellement que des gens, ne prenant du tout pas part au royaume. Il est tout à fait possible que leur destin sera le même, qu’était le destin de tous les gens vivant avant l'arrivée au monde du Sauveur : le shéol qui a cédé, mais pas encore disparu jusqu'à la fin, et après, au dernier jour, ressuscité pour que, s'étant présenté devant Dieu, ils puissent aussi dire leur «oui» ou leur «non» à Lui et Celui, qui a apporté le Royaume au monde.
51 q) Paul s’attendait à ce que la Parousie ait lieu avant sa mort.
52 r) Depuis le Sinaï, Ex 19.16, 19, la trompette fait partie du symbolisme des manifestations divines, Mt 24.31 ; 1 Th 4.16. Elle rythme les étapes du dessein final de Dieu, cf. les sept trompettes de Ap 8.6 — 11.19.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.