11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
Le Christ nous propose de demander au Père céleste tout ce dont nous avons besoin. Cela seul n'entre pas tout de suite dans la tête : est-ce possible, pouvons-nous Le déranger absolument pour tout ? Mais ce qui frappe encore davantage, c'est à qui le Christ propose de demander : à nous, ces mêmes personnes qu'Il a appelées mauvaises. Mais si le Seigneur nous demande de révéler le potentiel de miséricorde qui vit en nous malgré toute notre dureté, c'est parce qu'Il nous aime Lui-même. Et si la générosité du Père céleste est opposée à notre limitation humaine, alors nous, qui demandons, et ceux qui nous demandent quelque chose, nous nous trouvons dans la même position.
Il paraît assez simple de se mettre à la place de l'autre, mais même cela nous manque souvent. Pourtant, on a remarqué depuis longtemps que le principe moral bien connu appelé « règle d'or », le Christ le formule un peu autrement que ceux qui L'ont précédé. Si beaucoup de sages anciens enseignaient de ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas pour soi-même, le Christ propose de se comporter plus activement : ce que l'on veut pour soi, il faut aussi le faire pour le prochain.
Cela signifie que l'Évangile nous propose de ne pas nous limiter à ne pas faire le mal les bras croisés ; il est un appel à l'activité.
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
Le Christ nous propose de demander au Père céleste tout ce dont nous avons besoin. Cela seul ne rentre pas tout de suite dans la tête: est-ce possible, et pouvons-nous vraiment Le déranger pour n'importe quoi? Mais ce qui frappe encore davantage, c'est à qui le Christ propose de demander: à nous, ces mêmes personnes qu'Il a appelées mauvaises. Mais si le Seigneur nous demande de révéler le potentiel de miséricorde qui vit en nous malgré toute notre dureté, c'est parce que Lui-même nous aime. Et si la générosité du Père céleste est opposée à notre limitation humaine, alors nous qui demandons et ceux qui nous demandent quelque chose nous trouvons dans la même situation.
Il ne paraît pas difficile de se voir à la place de l'autre, mais souvent même cela nous manque. Or on a remarqué depuis longtemps que le principe moral bien connu appelé «règle d'or» est formulé par le Christ un peu autrement qu'avant Lui. Si beaucoup de sages anciens enseignaient à ne pas faire à autrui ce qu'on ne veut pas pour soi, le Christ propose de se comporter plus activement et de faire aussi pour le prochain ce que l'on veut pour soi.
Cela signifie que l'Évangile nous propose de ne pas nous limiter à ne pas faire le mal les bras croisés; il est un appel à l'activité.
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
L’une des « questions les plus fréquentes » qui surgissent chez beaucoup de personnes lorsqu’elles pensent à Dieu est sans doute la plainte selon laquelle nous sommes si malheureux. « Pourquoi cela arrive-t-il ? » : des personnes très différentes, avec des motivations très diverses, posent cette question à Dieu et les unes aux autres. Pourquoi sommes-nous si malheureux ? Cette question implique non seulement le caractère incompréhensible et absurde de l’existence du mal et de la souffrance, mais aussi la soif profonde de vie inscrite dans l’être humain lui-même. Pourquoi m’en manque-t-il tant ?
Et les paroles du Seigneur Jésus-Christ dans l’Évangile selon Matthieu répondent aujourd’hui précisément à cette question, mais elles y répondent, comme cela arrive souvent, d’une manière très inattendue pour nous. La conscience stéréotypée place le sens de la vie dans la possession de quelque chose : des biens, du temps, de la santé, enfin simplement du bonheur. Le Seigneur, au contraire, parle d’appartenance. La vie ne consiste pas à posséder les biens du Royaume des cieux, mais à lui appartenir. Tout le reste « sera donné par surcroît », sera la conséquence de cette appartenance.
Ces paroles du Christ peuvent devenir pour nous une source étonnante de joie si nous les laissons pénétrer profondément dans notre cœur. D’ailleurs, l’appartenance au Royaume des cieux apaise aussi la soif d’appartenir à quelque chose de grand, qui est elle aussi inscrite en nous et que nous essayons d’étouffer par toutes sortes de troubles, comme l’orgueil personnel, social ou national.
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
Comme nous le voyons, la disposition à donner le bien à celui qui demande apparaît comme un trait distinctif de Dieu, sur lequel Jésus attire l'attention de ses auditeurs. Bien sûr, Osée parlait déjà de la disponibilité de Dieu à faire pour son peuple, comme pour chaque personne particulière, plus que ce qui était mérité. La seule chose qui soit exigée du peuple pour cela est de se tourner vers Dieu et de demander pardon pour les péchés commis. Et déjà les prophètes d'avant l'exil liaient à cette disponibilité de Dieu aux bienfaits immérités la possibilité même de la justification au jour du Jugement, qu'il s'agisse du peuple ou d'une personne particulière.
Jésus, quant à lui, y rattache manifestement la possibilité même du Royaume comme tel. Il dit aux hommes qui l'écoutent: vous êtes capables de faire de bonnes œuvres pour ceux que vous aimez, par exemple pour vos propres enfants, bien que le bien, en général, soit opposé à votre nature déchue; mais parfois, avec certaines personnes concrètes, même peu nombreuses, vous êtes capables de construire des relations en dépit de votre nature. Pour Dieu, en revanche, une bonne attitude envers chaque personne est la norme; faire le bien ne contredit pas sa nature. Il suffit seulement d'établir une relation avec lui pour recevoir le bien, car il ne peut pas y avoir avec lui d'autres relations, qui ne seraient pas bonnes. Et cela, à son tour, ouvre à chacun le chemin du Royaume: car c'est précisément la plénitude des relations avec le Père et avec le Christ qui fait participer l'homme à ce Royaume.
Et Jésus témoigne que Dieu est toujours prêt à de telles relations, de sorte que désormais tout dépend seulement de l'homme. Pour lui, aimer l'homme ne demande aucun effort: les relations d'amour sont en effet les seules relations qui lui soient organiques. Mais l'homme, pour aimer, doit toujours se dépasser, construire une relation avec l'autre, qu'il s'agisse de Dieu ou du prochain, malgré sa propre nature déchue. Mais pour l'homme, la chose est simplifiée par le fait que Dieu est toujours prêt à faire un pas vers lui. Et même non pas un seul pas, mais beaucoup de pas en réponse à l'unique pas fait par l'homme qui cherche une relation avec Dieu et le Royaume.
7 " Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. |
8 Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. |
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
« C’est là la Loi et les Prophètes »... C’est-à-dire que Jésus résume tout l’enseignement de l’Ancien Testament en une courte phrase, une ancienne maxime légèrement modifiée par Lui et connue comme la « règle d’or de l’éthique ». Comment la modifie-t-Il ? Il la fait passer d’une forme négative (« ne fais pas... ») à une forme positive, et cela est très important.
Comme il arrive souvent que les gens pensent que la religion est l’opium du peuple, que le christianisme est une niche psychologique commode où l’on peut se cacher des problèmes du monde environnant. Parfois les chrétiens eux-mêmes le pensent aussi ; c’est pourquoi, sans doute, à l’époque soviétique, l’attitude d’outsider était si répandue parmi les chrétiens « clandestins ». Mais Jésus fixe un niveau d’exigence envers soi-même bien plus élevé. « Une ville située au sommet d’une montagne ne peut être cachée » : la position chrétienne dans le monde est une position d’action, de transformation de ce monde, et non de fuite hors de lui.
Mais, bien sûr, toute action ne sera pas juste. Le Seigneur estime que tout homme s’aime tout de même lui-même, et Il nous propose d’agir envers les autres hommes à partir du même motif : l’amour.
1 " Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés ; |
2 car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous. |
3 Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas! |
4 Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : "Laisse-moi ôter la paille de ton œil", et voilà que la poutre est dans ton œil ! |
5 Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère. |
6 " Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu'ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer. |
7 " Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. |
8 Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. |
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
Espérer l’aide de Dieu est aussi naturel que, pour un enfant, d’attendre que ses parents prennent soin de lui. Si vous ne pouvez pas tromper votre propre enfant, comment le Père céleste pourrait-Il décevoir Ses enfants ?... Ces paroles n’ont pas été prononcées pour des « croyants naïfs » qui ignorent la vie, mais pour des personnes tout à fait ordinaires, qui savaient que tout n’est pas si simple, que Dieu ne répond pas toujours à la prière et que la faim, la maladie et la mort existent dans le monde. Qu’est-ce donc : encore une idée religieuse, l’opium du peuple, ou bien est-ce malgré tout la vérité ? Et si c’est la vérité, comment la comprendre ? Il semble qu’on ne puisse la comprendre que dans le contexte de la joyeuse Nouvelle selon laquelle le Maître de l’univers devient Père pour les disciples de Jésus. Car c’est une chose que de savoir recevoir avec gratitude de la main du Maître le bien et le mal, la souffrance et la joie ; c’en est une autre de savoir qu’un Père aimant sera toujours, en toutes circonstances, plus fidèle et plus proche que les êtres qui nous sont les plus chers...
1 " Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés ; |
2 car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous. |
3 Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas! |
4 Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : "Laisse-moi ôter la paille de ton œil", et voilà que la poutre est dans ton œil ! |
5 Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère. |
6 " Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu'ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer. |
7 " Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. |
8 Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. |
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
Dans la lecture d'aujourd'hui, il y a plusieurs passages de sens. Le premier d'entre eux (v. 1-5) est sans doute le plus clair quant au sens (bien qu'il soit le plus difficile à mettre en pratique!). Le verset 6 donne un exemple d'un procédé stylistique assez typique de la parole orale, appelé «chiasme», lorsque la phrase est construite selon le modèle «ABba». Dans notre cas, «foulent aux pieds» se rapporte aux porcs, et «se retournant, déchirent» aux chiens.
Mais de quoi s'agit-il? Devons-nous vraiment considérer certains comme des chiens et des porcs (je rappelle que les uns comme les autres étaient considérés comme des animaux impurs)? Certainement pas! Les versets précédents ne le permettent pas. Il s'agit sans doute du fait que même les choses objectivement bonnes (objets, idées) ne se révèlent pas nécessairement subjectivement bonnes dans des situations concrètes, et qu'il faut donc de la sagesse dans leur usage. Le passage suivant (v. 7-11) ne nous pousse pas seulement à la prière persévérante, mais nous assure aussi que le Père céleste y répond toujours, et précisément en «donnant de bonnes choses». Dans un autre Évangile, il est dit à cet endroit qu'Il «donnera l'Esprit Saint» (qui, bien sûr, est le «bien» suprême). Autrement dit, la réponse de Dieu peut ne pas être «tout à fait» celle que nous attendons.
1 " Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés ; |
2 car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous. |
3 Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas! |
4 Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : "Laisse-moi ôter la paille de ton œil", et voilà que la poutre est dans ton œil ! |
5 Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère. |
6 " Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu'ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer. |
7 " Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. |
8 Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. |
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
La lecture d’aujourd’hui est consacrée à deux thèmes qui, à première vue, ne sont pas directement liés. D’un côté, il est question du jugement et du fait qu’il vaudrait mieux que les disciples du Christ ne jouent pas le rôle de juge (v. 1-5). De l’autre, Jésus conseille directement à ses disciples de demander au Père tout ce dont ils peuvent avoir besoin (v. 7-11). Ce conseil est précédé par des paroles sur l’attitude attentive envers ce qui est saint (v. 6). Au premier regard, il s’agit de choses tout à fait différentes ; mais si l’on y réfléchit, on peut remarquer qu’ici aussi Jésus parle de nouveau du Royaume. En effet, si l’homme peut « ne pas juger », ce n’est que dans le Royaume, précisément.
Dans notre monde déchu, toute évaluation devient presque automatiquement non seulement un jugement, qui nous est permis, mais aussi une condamnation, qui nous est interdite. Or une évaluation sans condamnation n’est possible que dans le Royaume, où le milieu même dans lequel se déroule la communion est différent. Dans un tel milieu, on peut se comparer aux autres sans chercher à savoir quel échelon de l’échelle hiérarchique est plus élevé. Et non parce que tous, dans le Royaume, deviendraient soudain identiques, mais parce que l’échelle elle-même y perd son importance. Dans la plénitude du Royaume, chacun reçoit sa propre plénitude, donnée par Dieu, et alors la comparaison si habituelle dans notre monde devient dépourvue de sens.
Mais comment parvenir à une telle vision dans notre monde déchu ? Évidemment, seulement en gardant le Royaume qui est donné à chaque disciple du Christ dès maintenant, dans ce monde. Ce n’est pas par hasard que le Sauveur rappelle la nécessité de garder la chose sainte dans la pureté, sans la souiller par rien d’impur (v. 6). Les « chiens » et les « porcs » ne sont pas mentionnés ici par hasard : il s’agit d’animaux impurs qui, dans la Bible, deviennent souvent le symbole de l’impureté comme telle.
Et l’appel à traiter les gens comme nous voudrions qu’ils nous traitent (v. 12) rappelle lui aussi le Royaume. On pourrait croire que nous avons devant nous simplement la fameuse « règle d’or » de l’éthique, mais ce n’est tout de même pas tout à fait cela : il ne s’agit pas de traiter les gens de la même manière qu’ils nous traitent, mais de les traiter comme nous voudrions qu’ils nous traitent. Dans ce cas, il devient évident que nous ne pouvons traiter les gens qu’avec amour et, bien sûr, sans condamnation : car on trouverait difficilement quelqu’un qui ne voudrait pas être aimé, ou qui voudrait être condamné, même si cette personne comprend qu’il n’y a guère de raison de l’aimer et qu’il y a justement de quoi la condamner. C’est alors que l’on comprend qu’une telle chose est impossible dans notre monde déchu. Mais l’impossible ici devient possible dans le Royaume.
Si donc nous traitons nos proches précisément comme Jésus nous l’a commandé, cela signifie que le Royaume est déjà devenu pour nous une réalité ; et alors nous pouvons demander comme on demande dans le Royaume, où Dieu donne sans mesurer. Il ne s’agit pas du fait que, tant que nous sommes ici, il ne peut pas nous donner tout ce qu’il pourrait nous donner là-bas. Simplement, dans le Royaume, ayant appris à donner sans rien retenir et dans la plénitude, nous apprendrons aussi à recevoir dans la plénitude — comme on donne et comme on reçoit dans le Royaume.
1 " Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés ; |
2 car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous. |
3 Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas! |
4 Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : "Laisse-moi ôter la paille de ton œil", et voilà que la poutre est dans ton œil ! |
5 Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère. |
6 " Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu'ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer. |
7 " Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. |
8 Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. |
9 Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre? |
10 ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent? |
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! |
12 " Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. |
Ici, il nous est proposé une fois encore de sortir de la captivité de notre propre égocentrisme. Comme il est facile de se griser de ses propres limites, de tenir ses jugements sur les gens, et plus généralement sur le monde environnant, pour infaillibles. Mais voici que Jésus nous fait voir l’étroitesse de notre horizon. Et même s’il est très difficile de comprendre une autre personne, c’est précisément en voyant les limites de notre propre compréhension que nous commençons à les dépasser, et donc à nous rapprocher de la compréhension des autres. Puis nous nous retrouvons à la place de celui que nous jugions récemment, et nous commençons à comprendre l’autre encore mieux... Les paroles sur la paille et la poutre nous sont familières depuis l’enfance; heureusement pour nous, cette sagesse évangélique fait partie de celles que reconnaissaient même beaucoup d’athées endurcis. Certes, la tentation est grande de rabrouer son prochain: «et toi, ta poutre dépasse», mais au fond, il n’y a rien à objecter ici.
Il est plus difficile de remarquer que ces paroles sont immédiatement suivies d’un avertissement sur l’inadmissibilité de donner les choses saintes aux chiens et les perles aux porcs. (Rappelons d’ailleurs qu’ailleurs dans l’Évangile, le Royaume de Dieu est comparé à une perle de grand prix.) Qu’est-ce qui unit ces paroles? Il apparaît qu’ici Jésus nous avertit du danger d’un empressement précipité à enseigner. Car même la prédication de la vérité peut être transformée en moyen d’affirmation de soi, lorsque la complaisance dans sa propre éloquence cache à l’orateur ceux à qui il s’adresse.
Mais il ne faut pas se bercer d’illusions, même si elles ont extérieurement une apparence pieuse. La réalité finira par percer à travers les illusions, et ce sera encore heureux si cela se passe sans tragédies.
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