Bible-Centre

RÉFLEXIONS pour 2P 1:5-7

Pour cette même raison, apportez encore tout votre zèle à joindre à votre foi la vertu, à la vertu la connaissance,
à la connaissance la tempérance, à la tempérance la constance, à la constance la piété,
à la piété l'amour fraternel, à l'amour fraternel la charité.
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Pierre décrit une chaîne intéressante: de la confiance à ce que désigne le mot grec ἀρετή, de là à la connaissance, de la connaissance à ce qu'en français on pourrait appeler retenue ou maîtrise de soi, puis à la constance et à la piété, suivies de l'amour fraternel et de l'amour. Que veut dire l'apôtre? Le mot grec ἀρετή se traduit d'ordinaire par « vertu », mais il ne s'agit pas ici de vertus comme bonnes actions ou bonnes dispositions de l'âme. Le mot ἀρετή désigne d'abord l'effort pour suivre des principes qui conduisent au bien, à peu près ce que le langage du yahvisme et du judaïsme appelle la recherche de la justice. On le voit, sans un tel élan il ne peut y avoir de vie spirituelle normale chez un chrétien. Cet élan aide celui qui cherche à acquérir la connaissance, qu'un yahviste croyant ou un Juif de l'époque postexilique aurait appelée « sagesse », et qui aide celui qui cherche le chemin juste à ne pas s'en écarter. Et si celui qui cherche le chemin de la justice parvient à maîtriser cette « connaissance », qu'il vaudrait mieux appeler aptitude ou savoir-faire, car le mot grec correspondant permet ce sens, il acquiert ce que le judaïsme appelle la Tora intérieure: chacun de ses actes, chacune de ses paroles et chacun de ses choix cessent d'être accidentels ou spontanés; ils sont d'abord évalués selon leur conformité à la Tora et aux commandements donnés par Dieu, puis seulement ils sont dits ou accomplis. L'apôtre, qui écrivait en grec, a employé pour décrire cet état intérieur du chrétien un mot que l'on pourrait traduire par « retenue » ou « maîtrise de soi ». Le mot « abstinence » a reçu dans l'usage chrétien un sens un peu différent et spécifique, même si dans son sens premier il conviendrait aussi. Quand celui qui cherche le chemin de la justice acquiert l'habitude d'une telle retenue ou maîtrise de soi, on peut dire que la Tora intérieure est devenue une partie indissociable de sa vie spirituelle; il acquiert ce que l'apôtre appelle « piété ». Alors seulement il devient possible de parler d'amour fraternel, de cette attitude envers les frères que l'on peut appeler amour, quand on ne souhaite que le bien à chacun avec qui l'on a affaire, quels que soient sa conduite et son attitude envers nous. Et alors seulement on peut parler de l'amour dont le Sauveur parlait à ses disciples lors de la Cène: car Il parlait de l'amour comme du milieu et de l'espace du Royaume, qui peut exister dans les assemblées chrétiennes comme ce Royaume manifesté dans le monde seulement tant que l'amour fraternel demeure dans les relations entre les membres de la communauté. Ainsi l'apôtre décrit le chemin vers l'Église et le chemin vers le Royaume: depuis l'élan vers une vie juste jusqu'au moment où la vie du Royaume s'ouvre à celui qui cherche dans toute sa plénitude.

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